Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 27 septembre 2007

Sécu:une franchise hypocrite ?

http://olivierbonnet.canalblog.com/archives/2007/08/02/5787916.html
(écrit par Olivier Bonnet)

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=29508

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=31272:

Franchises médicales : la fièvre monte !

Mesure impopulaire, les franchises médicales font monter la fièvre sur le thermomètre social.

En cours d’examen au Parlement, la franchise médicale était une des mesures annoncées par Nicolas Sarkozy.

Entrant en vigueur au 1er janvier 2008, cette franchise est fixée à 0,50 euro par boîte de médicaments et pour tous les actes paramédicaux et à 2 euros sur tous les transports sanitaires. Elle est plafonnée à 50 euros par an et par assuré social. Les familles aux revenus les plus modestes (bénéficiaires de la Couverture maladie universelle), les enfants et les femmes enceintes en sont dispensés. La franchise médicale est destinée à financer le plan de lutte contre le cancer, la maladie d’Alzheimer et l’amélioration des soins palliatifs. Elle devrait également contribuer à réduire le déficit de la Sécurité sociale, notamment de l’assurance-maladie.

L’objectif de la franchise médicale est relativement noble au premier abord : il y a près de 900 000 personnes en France atteintes de la maladie d’Alzheimer et 150 000 décès par an liés au cancer. Quant au déficit de la Sécurité sociale, il atteindra 11,7 milliards d’euros pour 2007 et 12,7 milliards en 2008, selon les prévisions de la Commission des Comptes de la Sécurité sociale. Il était donc urgent d’agir.

Poudre aux yeux budgétaire

Instaurer une franchise pour diminuer les remboursements et le déficit, c’est bien. Mais est-ce efficace ? Rien n’est moins sûr. La franchise devrait rapporter 850 millions d’euros alors que le « trou de la sécu » dépasse les 11 milliards. 11 milliards, c’est justement le montant des allègements fiscaux accordés aux grandes fortunes par Nicolas Sarkozy l’été dernier. 11 milliards c’est aussi le montant de ce que n’a pas reversé l’Etat à la Sécurité sociale concernant le produit des taxes sur le tabac et l’alcool. Agir c’est bien, réfléchir avant c’est mieux : il aurait peut-être été plus judicieux de donner un peu moins aux riches que de prendre toujours plus aux classes moyennes. Philippe Séguin, président de la Cour des comptes a d’ailleurs proposé de soumettre les stock-options aux mêmes cotisations sociales que les autres revenus. Cela représenterait un gain de 3 milliards d’euros, soit 3,5 fois ce que rapportera la franchise. Une autre idée est de taxer davantage les produits nutritionnels néfastes pour la santé. Dans le même esprit, je serais personnellement plus favorable à l’idée de « détaxer » les produits bons pour la santé (baisse de la TVA) afin de promouvoir l’achat de produits frais et bio et de lutter contre la morosité du pouvoir d’achat.

Principe de responsabilisation contre principe de solidarité

Ensuite, une majorité de Français s’interroge sur cette entorse au principe de solidarité qui a toujours animé notre système de santé, l’un des meilleurs au monde. Chaque citoyen a droit à un accès équitable aux soins, en fonction de ses besoins et indépendamment de ses revenus ou de son niveau social. Le premier effet de la franchise est de faire basculer un système de cotisation solidaire vers un système d’assurance mercantile et individualiste (modèle américain). Le deuxième effet est de rationaliser les soins en fonction des revenus : « plus tu es riche, mieux tu seras couvert et soigné ».

Le montant des franchises est d’ailleurs évolutif puisqu’il sera indexé sur la baisse ou l’augmentation du déficit de la Sécu - le déficit augmente : la franchise augmente. Le gouvernement appelle cela « responsabiliser » le patient face aux dépenses de santé. Il me semble que c’est plutôt prendre les malades en otages, comme s’il suffisait de croire qu’en les faisant payer plus, ils n’en tomberaient que moins malades !

Alors certes il y a des abus et des gaspillages, certes la lutte contre le déficit comme contre la maladie d’Alzheimer ou le cancer est une priorité. Mais l’égalité, l’équité et la solidarité entre les Français, ou une meilleure qualité des soins pour tous, n’en sont-elles pas d’autres ? Une vraie politique de santé, élaborée avec le corps médical et paramédical, les associations, les institutions, un Grenelle de la santé en quelque sorte, aurait été plus productif que cette “TVA médicale”.

Mais vous connaissez l’adage... mieux vaut être riche et bien portant que malade et mendiant. Nicolas Sarkozy l’a bien compris : au 1er janvier 2008, date de l’entrée en vigueur des franchises médicales, son indemnité présidentielle nette mensuelle fera un bond de 7 084 euros à 19 331 euros, soit 172 % de hausse. Bel exemple de solidarité !

Avec 70 % des Français qui sont opposés à la franchise médicale selon les derniers sondages, cette mesure devient la plus impopulaire du gouvernement. Elle ajoute au mécontentement ambiant concernant la réforme des régimes spéciaux, des universités, de la carte judiciaire... Nul doute, la fièvre est en train de monter.

(article publié dans Agoravox par Sparta Furia)


mardi 25 septembre 2007

Bruxelles et ses lobbies


France: quel déclin ?


Article de Jérôme Guillet (Le Monde du 09/07)

Dans l’image des propos annonçant la constitution de la commission Attali, il est bien difficile aujourd’hui de trouver, dans les médias tant nationaux qu’internationaux, un commentaire sur l’économie française où manquent les mentions obligatoires de son déclin, de la faiblesse de la croissance, ou de la persistance d’un chômage de masse. De tous côtés, les « réformes » sont présentées comme une urgente nécessité.

Ce mot « réformes » est devenu un nom de code plus ou moins explicite pour un programme à sens unique: libéralisation d’un marché du travail considéré « trop rigide », via l’assouplissement du code du travail ; baisse des charges sur les entreprises ; allégement du contrôle de l’Etat, et, naturellement, baisse des impôts. Des travailleurs plus flexibles et moins chers seraient plus facilement embauchés, ce qui améliorerait la compétitivité des entreprises et leurs profits, sur le modèle anglais ou américain. Et, évidemment, les 35 heures tant décriées, cette « aberration économique », doivent être éliminées afin de remettre la France au travail.

Le problème est que ce programme, qui sert bien les intérêts des actionnaires et des dirigeants d’entreprise, se fonde sur une description extrêmement partielle et partiale de la réalité.

Le leitmotiv du déclin prend généralement appui sur la croissance plus faible de la France et sur la baisse relative de son PIB par habitant, comparé à ceux de pays comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis au cours des dernières années. Or cette description tronquée de la réalité ne tient pas compte de la distribution des richesses et de l’augmentation extraordinaire de l’inégalité dans ces économies censées servir de modèles. En fait, toute la richesse créée dans ces pays a été captée par une tranche étroite de la population.

Les revenus médians sont stagnants, alors que les revenus des 0,1 % les plus riches de la population augmentent en flèche, au point d’être passés de 2 à 7 % des revenus totaux en moins de vingt ans aux Etats-Unis, selon les chiffres de la retentissante étude de Piketty et Saez. Ces 5 % supplémentaires captés par les plus riches sont équivalents à l’appauvrissement relatif des Français (dont le PIB par tête est passé de 78 % à 72 % de celui des Américains sur la période, en moyenne), ce qui veut dire que la croissance économique a été identique en France pour les 99,9 % les moins riches de la population...

L’accroissement des inégalités se constate également à l’autre bout de l’échelle des revenus, où l’on note un taux de pauvreté infantile de 7 % en France, de 16 % au Royaume-Uni (le double de celui en 1979) et de 20 % aux Etats-Unis (sans oublier les 15 % d’Américains qui n’ont aucune couverture maladie).

Il est compréhensible de défendre la liberté d’entreprendre et de bénéficier des fruits de leur travail pour les membres les plus dynamiques de la société. Mais cette liberté accordée sans contreparties s’accompagne inévitablement de fractures sociales bien plus marquées qu’en France. Le choix d’un niveau élevé de solidarité et de redistribution modère les revenus des plus riches, soit, mais pas ceux des autres, ce qui est moins souvent évoqué. Des études comme celles de la banque UBS démontrent qu’un Français de revenu modeste ou membre des classes moyennes ou même aisées profite plus de la croissance modérée de l’économie française que son cousin américain profite du dynamisme de son pays.

Il semblerait donc que, sur le plan des revenus, les très riches forment le seul groupe qui bénéficie des « réformes ». Mais cette conclusion ne fait-elle pas bon marché du chômage dont souffre la France ?

Tout dépend de ce qu’on mesure. Ainsi, parmi les hommes de 25 à 54 ans, 87,6 % avaient un emploi en 2004 en France et 87,3 % aux Etats-Unis, selon les chiffres de l’OCDE. Et pourtant, le taux de chômage pour cette catégorie était alors de 7,4 % en France et de 4,4 % aux Etats-Unis. La ligne séparant chômage d’inactivité n’est visiblement pas mise au même endroit dans chaque pays...

De même, le chômage des jeunes touche 8,4 % des 15-24 ans en France, contre 5,5 % au Danemark, 7,6 % aux Etats-Unis et 7,5 % au Royaume-Uni, donc pas de quoi crier à la faillite du modèle. Certes, le taux de chômage est nettement plus élevé, mais cela reflète essentiellement le fait que la population active est plus étroite dans cette classe d’âge en France, notamment parce que moins de jeunes trouvent nécessaire d’occuper un emploi tout en poursuivant leurs études.

Nouvel argument: les Français travaillent moins, nous dit-on. Ce n’est pas vrai. Les travailleurs français effectuent 37,4 heures par semaine en moyenne, contre 35,6 heures au Royaume-Uni. Les employés à temps-plein travaillent effectivement moins longtemps en France (40,9 heures, contre 43,2 heures en 2005), mais le nombre élevé d’emplois à temps partiel baisse la moyenne britannique ; le nombre d’heures totales travaillées dans les deux pays est à peu près équivalent, pour des populations similaires. Dire que les Français travaillent moins est donc tout simplement faux.

Par ailleurs, la France a créé autant d’emplois que le Royaume-Uni au cours des dix dernières années: 2,5 millions. La seule différence est que, au Royaume-Uni, la création de postes a été très régulière, alors qu’en France, la quasi-totalité de ces emplois a été créée entre 1997 et 2002, c’est-à-dire précisément au moment de la mise en place des 35 heures et alors que la croissance mondiale a été plus forte durant les cinq dernières années.

Plus remarquable encore, la France a créé plus d’emplois dans le secteur privé (+ 10 % entre 1996 et 2002, selon l’OCDE) que le Royaume-Uni (+ 6 %) ou les Etats-Unis (+ 5%). En fait, le Royaume-Uni n’a créé quasiment aucun emploi net dans le secteur privé depuis près de cinq ans, mais a bénéficié de l’augmentation très forte des emplois dans le secteur public.

Cela reflète le fait que les croissances anglaise et américaine reposent très largement sur l’augmentation de la dépense publique, qui a littéralement explosé sous Blair et Bush, passant de 38 % à 45 % du PIB au Royaume-Uni et de 34 % à 37 % aux Etats-Unis entre 2000 et 2006. Dans le cas britannique, cette relance keynésienne (centrée sur les secteurs de l’éducation et de la santé) s’est faite grâce à l’augmentation des impôts et à la cagnotte du pétrole de la mer du Nord, tandis que l’administration Bush a procédé (pour payer sa guerre en Irak) à une augmentation sans précédent de la dette publique comme de la dette privée, la plupart des ménages se voyant obligés d’emprunter pour compenser la stagnation de leurs revenus. Mais dans ce cas-là, semble-t-il, il s’agit de « dynamisme ». Il paraît cependant légitime de se demander quelle partie du modèle anglo-saxon nous sommes conviés à copier...

Evidemment, il ne s’agit pas de dire que tout va bien en France, ni qu’il n’y a rien à changer. Mais le mot « réforme » est maintenant porteur d’un tel agenda idéologique qu’on aurait sans doute tout à gagner à l’exclure de tout discours qui se voudrait sincère. A moins, bien entendu, que nous soyons tous déjà d’accord sur l’objectif: faire baisser les revenus des travailleurs les plus modestes afin de réduire le fardeau qui pèse sur les quelques happy few en haut de l’échelle des revenus.

Il est tentant de se demander si le feu roulant qui tend à déprécier l’économie française provient de ceux qui ne supportent pas l’existence d’un modèle social différent. S’il est possible d’assurer la prospérité de presque tous en décourageant la concentration de la richesse entre quelques mains, cela élimine le principal argument des partisans du capitalisme débridé.

Comme l’a dit le milliardaire Warren Buffett, les riches aux Etats-Unis mènent - et gagnent - la lutte des classes. Il serait temps de noter qu’ils n’agissent pas dans l’intérêt de tous, mais uniquement dans le leur." Jérôme Guillet

lundi 24 septembre 2007

USA-IRAN: danger?


DSK : sauveur du FMI ?




AgoraVox le média citoyen : FMI : Faut-il aider le soldat Strauss-Kahn ?



La nomination de DSK à la direction du FMI est maintenant une certitude (1). Obligé de renoncer à ses ambitions sur la scène politique française, son départ prochain pour New York préfigure-t-il un changement de cette instance internationale si souvent décriée, parfois traitée de "pompier pyromane"(2), parce qu’elle semble réparer les dégâts qu’elle a elle-même causés ? Si l’on en croit certaines déclarations de DSK, il y a urgence à le faire, car a-t-il affirmé : "Pour de nombreuses personnes, le FMI est le diable et il y a des raisons à cela". (3)(4)
Mais, aura-t-il les moyens de ses ambitions et jusqu’où peut aller sa volonté de changement, qui, pour l’instant, manque de précision ? Ne sera-t-il pas l’otage d’un système sur lequel les grandes puissances ont la haute main, particulièrement les Etats-Unis, et n’est-il pas déjà condamné à l’échec, quand on connaît de quelle manière sa candidature a été proposée et par qui il a été appuyé ?
La petite histoire retiendra que cette dernière a été l’aboutissement de contacts et de tractations officieuses assez obscures et pour le moins peu démocratiques. Si l’on en croit R. Bacqué du Monde, tout aurait commencé à Yalta, fin juin 2007(5). Là se réunissait le YES (Yalta European Seminar), think tank regroupant tout ce que le monde compte de têtes importantes dans le domaine de la finance et de la vie politique. DSK y rencontre P. Lellouche, qui lui fait part de la possibilité de sa candidature, soutenue par N. Sarkozy, qui voit en lui "un homme de qualité, qui a une expérience et une compétence". Un ami de longue date, Claude Junker, président de l’Eurogroup, l’incite à tenter l’expérience (6), puisque le mandat de l’Espagnol Rodrigo Rato a pris fin. Camdessus est emballé : "Ce sera un candidat du tonnerre !" (7).
Fort de ces appuis, DSK prend son bâton de pèlerin et parcourt le monde, aux frais de l’Etat français, pour convaincre le maximum de gouvernements, avec l’aide discrète de l’Elysée, trop content de déstabiliser un peu plus le P.S... Il se heurte aux résistances de certains pays africains et asiatiques ainsi que de l’Argentine, qui ont eu à souffrir des interventions parfois brutales du FMI et qui ont une représentation dérisoire dans les instances de décision. La presse britannique se déchaîne contre cette candidature, mais le 4 septembre, Georges Brown donne son accord. Moscou avance son pion, en la personne du Tchèque J. Tosovsky, mais sans succès. Le 19, les Etats-Unis apportent leur appui définitivement. Le 20, c’est le grand oral devant les administrateurs du FMI.
Mais que pourra faire DSK, dont on connaît les options social-libérales, les relations politiques et économiques qu’il entretient et le mode de fonctionnement du FMI et de ses choix en matière de gouvernance économique mondiale ? Réformes de détail ou révolution structurelle ?
Il n’est pas inutile de revenir rapidement sur l’origine de cette institution et ses pratiques.
« Le FMI est né en juillet 1944 lors de la conférence de Bretton Woods qui vit adopter le système monétaire international de l’après Seconde Guerre mondiale. Ce système, proposé par le représentant américain Harry Dexter White, reposait sur trois règles :
* chaque État devait définir sa monnaie par rapport à l’or, ou au dollar américain lui-même convertible en or. Il en découlait pour chaque monnaie une parité officielle en or ou en dollar (système dit d’« étalon de change-or » ou « gold exchange standard ») ;
* la valeur des monnaies sur le marché des changes ne devait fluctuer que dans une marge d’1 % par rapport à leur parité officielle ;
* chaque État était chargé de défendre cette parité en veillant à équilibrer sa balance des paiements.
Afin d’essayer de garantir la stabilité du système monétaire international, les accords de Bretton Woods donnent naissance au Fonds monétaire international. Le rôle de cette organisation est donc de promouvoir l’orthodoxie monétaire afin de maintenir un contexte favorable à l’essor du commerce mondial, tout en accordant des prêts à certains pays en difficultés dans le contexte de la reconstruction d’après-guerre. Le FMI est plus ou moins complémentaire des autres grandes institutions économiques créées à l’époque : la BIRD (Banque internationale pour le développement et la reconstruction, aussi appelée Banque mondiale) qui fut créée en même temps que le FMI, et le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) signé peu de temps après.
Lors des négociations de Bretton Woods, le représentant britannique, l’économiste John Maynard Keynes, souhaitait la création d’une institution bien plus importante, une véritable Banque centrale mondiale destinée à émettre une monnaie internationale, le « Bancor ». Cette proposition fut rejetée. Elle aurait signifiée pour les États-Unis une perte de souveraineté vis-à-vis d’une institution internationale et les aurait empêché de profiter de la position dominante du dollar américain à l’époque. »(Source : Wikipedia) (8)
Plusieurs fois réformé par la suite, sa mission essentielle aujourd’hui est « de garantir auprès de ses contributeurs la bonne utilisation des fonds alloués à tel ou tel pays. Il ne s’agit pas seulement de retarder la crise par l’octroi d’une aide monétaire temporaire, mais de profiter du répit accordé par le prêt pour corriger les causes structurelles des difficultés économiques. Ainsi le FMI exige des emprunteurs qu’ils mettent en place les politiques économiques qu’il préconise : les « politiques d’ajustement structurel ».
Finalement les trois grandes missions du FMI sont :
* d’accorder des prêts aux pays en difficulté financière ;
* de conseiller les États membres quant à leur politique économique ;
* d’apporter une assistance technique et des offres de formation aux États membres dans le besoin. Prévenir les crises systémiques, fournir des liquidités à certains pays en cas de graves difficultés pour remédier à leurs problèmes de balance des paiements par des prêts à bon compte.
Suivant une ligne néolibérale très orthodoxe, tout en étant paradoxalement décrié par les plus ultralibéraux de l’école de Milton Friedman, car encore trop interventionniste à ses yeux, le FMI est accusé de favoriser la domination des pays les plus riches au détriment des moins bien pourvus. 2 700 salariés, adhésion de 185 pays. Le problème est la sous-représentativité des pays les plus faibles. Par ex. la Belgique dispose de 2,02 % des droits de vote alors que le Brésil en a seulement 1,38 % ; 43 pays africains n’en détiennent ensemble que 4,4 %. Inspiré du "consensus de Washington", les remèdes proposés par le FMI exigent la réduction des déficits et des subventions, la baisse des impôts, l’assainissement du secteur bancaire, l’encadrement des salaires, l’ouverture aux importations, avec pour conséquences l’augmentation des prix, la suppression des services publics et des politiques sociales, l’appauvrissement de vastes secteurs de l’économie (agriculture notamment), la baisse du pouvoir d’achat. A l’occasion de la crise asiatique de 2001-2002 notamment, il a préconisé des déréglementations qui se sont soldées par les résultats que l’on sait. De même en Argentine. Au Mali, la privatisation imposée du secteur cotonnier a contribué à appauvrir un peu plus une population vivant avec moins de deux dollars par jour, en conduisant à une chute de 20 % du prix du coton. (9)
Donc, manque de représentativité, effets pervers de beaucoup de ses interventions et crise aiguë de légitimité. DSK a donc une tâche énorme devant lui. Il lui faudra aussi trouver des recettes, car le déficit est très important. Si les choses restent en l’état, on verra naître des projets de FMI régionaux, comme actuellement en Asie (Chiang Mai en Thaïlande) ou en Amérique latine, pour mutualiser les réserves et prêter à ceux qui seraient en crise (Banque du Sud). Peut-être ces projets sont-ils ceux qui ont le plus de chances d’être efficaces et justes, pour éviter la dictature du roi-dollar, via l’organisme international, et les violences sociales, conséquences d’une gestion dogmatiquement ultralibérale des mesures généralement préconisées.
Mais peut-être le FMI n’est-il pas réformable, étant donné aussi son fonctionnement opaque (seul un résumé des décisions de son conseil est rendu public ). Les Etats-Unis y "disposent d’un veto de fait" et les pays pauvres qui souhaitent bénéficier des prêts doivent s’aligner sur ses exigences. DSK a déjà proposé une règle de "double majorité" requise pour toutes les décisions - majorité de voix et de pays. Mais cela suffira-t-il, si on ne change pas toutes les règles du jeu ?
Certaines voix se font entendre pour préconiser une transformation radicale du système, voire sa suppression pure et simple. Parmi les "réformistes", on compte notamment J. Stiglitz, prix Nobel d’économie, ancien vice-président de la Banque mondiale, qui fait une critique sans concession d’une institution au service de son principal bailleur de fonds, les Etats-Unis (10). Dans La Grande Désillusion, il dit : « Si l’analyse des déséquilibres mondiaux par le FMI n’est pas équitable, si le Fonds n’identifie pas les États-Unis comme étant le principal coupable, s’il ne concentre pas son attention sur la nécessité de réduire le déficit budgétaire américain par des impôts plus élevés pour les citoyens les plus riches et de dépenses plus faibles en matière de défense, la pertinence du FMI risque fort de décliner au cours du XXIe siècle ».
D’autres critiques vont plus loin encore. Certains pays en voie de développement sont très remontés contre la politique économique du FMI , et on en comprend les raisons. Ces critiques sont relayées par divers mouvements altermondialistes dénonçant l’interventionnisme souvent aveugle des "experts" du FMI, ignorant la réalité du terrain (11,12). Certains vont même jusqu’à affirmer que son intervention a contribué à l’éclatement de la fédération yougoslave, entraînant les conséquences que l’on sait (13).
Alors, l’action de DSK est-elle vouée à l’échec s’il ne s’ attaque pas la racine du mal, s’il ne remet pas en question fondamentalement l’esprit et l’idéologie de cette institution et les rapports de force qu’elle cache et manifeste à la fois ? Les conditions de son accès à cette nouvelle fonction, les relations privilégiées qu’il entretient depuis longtemps avec le monde de la finance internationale (14), sa tiédeur réformiste, malgré ses déclarations fracassantes, ne compromettent-elles pas toute chance de succès d’une radicale transformation des pouvoirs s’exerçant au sein de l’institution qu’il va diriger, notamment - et c’est le fond du problème - de l’hégémonie de la puissance impériale américaine depuis 1945...(15)
Alors, faut-il aider le soldat DSK dans son combat à venir ou la bataille est-elle perdue d’avance ?
Adieu Bretton Woods ?...




ZEN

vendredi 21 septembre 2007

Où sont les privilèges?


Un commentaire de T.Valmour sur Agoravox (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=29286)

"Je me souviens d’un repas avec des amis et des amis d’amis pendant la campagne présidentielle. Il y avait une coiffeuse à domicile, une ouvrière à la chaîne, un important agriculteur, un maire d’une ville moyenne, une professeure de l’Education Nationale, une dirigeante de PME, un commerçant, un maître-chien, un cadre d’EDF, une ingénieure d’une grande entreprise, et moi, ancien professeur dans une Grande Ecole privée (donc, pas fonctionnaire), et aujourd’hui dirigeant d’entreprise. L’un des sujets portait naturellement sur les privilèges des fonctionnaires. La pauvre professeure, pourtant très sympathique, fut la cible privilégiée sur ce thème (avec le cadre d’Edf). C’est alors que j’ai fait remarquer les faits suivants:

La coiffeuse à domicile faisait la moitié de son chiffre d’affaires au noir ;

- L’agriculteur a bénéficié de maintes subventions depuis plusieurs décennies ;

- Le commerçant connaissait toutes les ficelles pour défiscaliser, et lui aussi, faisait pas mal de « black » ;

- La dirigeante de PME avait une entreprise au Delaware (paradis fiscal) qui achetait peu cher des produits pour les vendre très chers à son entreprise basée en France. Ainsi faisait-elle une forte marge au Delaware, et une faible marge en France, ce qui lui permettait de payer très peu d’impôts et taxes ;

- Le maître-chien, à temps-plein, ne travaillait que trois nuits pas semaine ;

- Le cadre d’Edf et l’ingénieure bénéficiaient de considérables avantages via le C.E. (que n’ont pas les fonctionnaires) ;

- Je ne savais rien du maire aussi ne puis-je m’exprimer sur ses avantages, mais je les suppose conséquents.

En fait, la personne la plus virulente sur ce sujet fut l’ouvrière à la chaîne, pourtant la seule à ne pas jouir de privilèges. Cela a permis de vérifier la théorie qui veut que l’on fustige principalement ceux qui sont un peu au dessus/dessous de soi sur l’échelle sociale. Mais on ne dénoncera jamais les privilèges des puissants. On ne dira rien non plus lorsqu’ils bafouent les lois au quotidien. Les médias nous ont appris que les privilèges des puissants sont justifiés, puisqu’ils travaillent, eux ! J’en ai formés quelques-uns, et je sais qu’ils ne sont ni plus intelligents, ni plus travailleurs que bien des plébéiens. Ils ont juste une estime d’eux-mêmes hors du commun, principal moteur de réussite ; estime de soi qui s’accompagne souvent d’un mépris des autres.

Maintenant, on peut également lister toutes les professions, et on trouvera beaucoup de privilèges chez les uns et les autres. Combien de salariés ne passent-ils pas une grande partie de leur temps de travail sur Internet (d’où la création de postes de surveillance dans les grandes entreprises). On continue ?

Vraiment, la lobotomisation médiatique a fait son chemin. On cherche à détruire les soit-disant « privilèges » quand il faudrait les augmenter. Une humanité qui progresse ne doit-elle pas tendre vers le meilleur ? Que ce soit dans une entreprise ou dans un foyer, il faut toujours chercher à augmenter le CA plutôt qu’à faire des économies. Le PIB n’a cessé d’augmenter, et même si l’on prend en compte la croissance démographique, le ratio est meilleur qu’au temps où ces « privilèges » aujourd’hui dénoncés ont été institués.

Le problème ne viendrait-il pas alors de la répartition de la richesse, aujourd’hui moins équitable qu’auparavant ?

La solution serait de créer des entreprises citoyennes qui vendraient les biens et les services dont nous aurions besoin sans les dérives que l’on observe. Je ne crois pas, en effet, que ce soit un privilège d’acheter un appareil garanti deux ans pour qu’il tombe en panne un mois après l’expiration de la garantie, surtout lorsque cela est voulu par le fabriquant (condamné par la justice). On en parle aussi de toutes ces heures de temps de travail perdus pour une société de consommation inique ?

On dit que les fonctionnaires sont payés avec nos taxes et impôts, ce qui est vrai. Mais les taxes et impôts ne sont-ils pas un prélèvement ? Et quand on consomme des biens et services, ne paie-t-on pas des prélèvements obligatoires ? Si, si, réfléchissons !Les dividendes versés aux actionnaires ne sont-ils pas un prélèvement aléatoire consenti par le consommateur ?"

Intervention de Ronny, à la suite:


"De fait, la "méthode Sarkosy" c’est l’opposition d’une partie de la société contre une autre. On l’a bien vu dans la campagne, avec des thèmes comme "chomeurs fainéants contre employés du privé", responsables de PME contre fonctionnaires branleurs, ou plus vicieux "habitants des cités contre francais moyens", et plus discret "vieux contre djeunz". Cela ne fait donc que continuer, avec deux thématiques populaires pour ne pas dire populistes: français contre immigrants (miniSStère de l’identité nazionale, test ADN pour les uns et pas pour les autres, au fait Sarkozy, c’est pas français comme nom !) et le classique mais lucratif (dans les sondages) fonctionnaires privilégies et branleurs contre valeureux employés du privé.

Alors je dis STOP: ne nous laissons pas avoir ! Le but de cette maneuvre d’opposition généralisée est de faire gagner une plutocratie dans laquelle on va retrouver un bon nombre de politiques - majoritairement de droite et d’archi droite - qui émargent dans les cercles financiers également , ou qui y ont leurs petites entrées (vacances en yatch, déjeuner au Fouquet’s, vacances à 200 000 euros la semaine payées par des copains PDG, apartemetns à prix réduit, au hasard). On y trouvera aussi les 500 familles les plus riches, les capitaines d’industrie et des affaires, bref la cour du prince d’aujourd’hui.

Et qui seront les perdants ? Dans un premiers temps on s’en prendra à une minorité érigée en bouc émissaire (au hasard encore les regimes spéciaux de retraite, si "injustes") puis on attaquera les autres catégories progressivement, avec, faut-il que nos concitoyens soient TF1-isés pour ne pas le voir un alignement sur le moins disant social et les plus mauvaises des conditions de travail.

Attention, français d’ici et de là bas, vieux et jeunes, nouveaux arrivants et résidents de plusieurs générations, l’attaque est violente et vise tout simplement à anhiler 50 ans de progrès et de justice sociale. On va laminer la fonction publique (FP) pour remplacer nombre des services qu’elle propose ou assure à coût modéré, et qui sont mutualisés via l’impôt, par des services tarifés non mutualisés. Ce sera du chacun pour soi, que l’on justifiera par le faux argument du coût et de l’efficacité économique.

Dernier point, la FP n’est pas parfaite, mais elle a le mérite d’exister. Elle existe parce que nombre de gens qui y travaillent sont à l’opposé de la caricature que l’on en fait. Je connais des tas de profs et d’instits qui sont bien au delà des 35 heures par semaine, qui achètent le matériel pédagogique sur leurs propres deniers. Je connais des flics qui ne comptent pas leurs heures et qui disposent de tellement de jours de récupération après des journées de travail de 20 heures qu’ils sont quasiment obligé d’en faire cadeau à l’Etat. Je connnais des infirmiers et infirmières que l’on paye une misére pour s’occuper de presonnes seules vieilles, isolées mourrantes ; je connais des chercherus qui sont systématiquement de leur poche lors de déplacements tellement les remboursements sont ridicules, des gendarmes qui travaillent sur leur propre portable.. Et pour ceux qui crachent sur EDF, rappelons la tempète de 99, ou les employés ont travaillé jour et nuit dans le froid, le week end, appuyés gracieusement par les retraités de l’entreprise... Quant aux cheminots, il faut se renseigner sur les conditions de travail, les horaires décalés, les couchages hors de la maison, la responsabilité de mener de 800 à 1600 personnes à bon port, tout seul, à 160 kmh, quel que soit le temps, avant de les considérer comme des archi-privilégies. Les archi-privilégiés sont en fait bien cachés tellement ils sont visibles. Le premier d’entre eux passe son temps à denoncer ses concitoyens, et - indice - il est petit physiquement et moralement."


Cette remarque de B.Maris peut être éclairante:


Narcissisme des petites différences
Essayons d’approcher maintenant le cœur du capitalisme en s’éclairant de la pulsion de mort. La pulsion de mort située au sein du le narcissisme, pulsion d’auto-destruction et de destruction d’autrui, se manifeste dans les aversions et répulsions des autres : « Dans les aversions et répulsions qui sans voile, se font jour à l’égard des étrangers qui sont à proximité, nous pouvons reconnaître l’expression d’un amour de soi, d’un narcissisme qui aspire à son auto-affirmation et se comporte comme si la présence d’un écart par rapport aux modalités de sa conformation individuelle entrainaît une critique de ces dernières et une invitation à les reconfigurer ». Freud, Psy des masses et analyse du moi, p 40 La « reconfiguration » peut aller jusqu’au meurtre. Ce qui est proche de moi et me ressemble, je le déteste. En vérité je déteste mon prochain. Dans cette haine du proche, du voisin, se niche «le narcissisme des petites différences ». Parfois une détestation commune peut nous unir, nous souder dans une foule prête au lynch ou à la guerre : « Il n’est manifestement pas facile aux hommes de renoncer à satisfaire ce penchant à l’agression qui est le leur (...) mais il est toujours possible de lier les uns aux autres dans l’amour une assez grande foule d’hommes si seulement il en reste d’autres à qui manifester de l’agression. » (Freud, Malaise dans la culture, MC, p 56) C’est ainsi que des peuples assez proches au fond, économiquement, culturellement, se combattent à mort. Les Allemands et les Français sont un bon exemple. « J’ai donné à ce phénomène le nom de narcissisme des petites différences. » (MC p 56). Le peuple juif a grandement mérité du « narcissisme des petites différences ». Quand un Etat prétend à l’universel, comment cimentera-t-il son peuple ? Par la haine des autres, certes. Mais quand il aura dominé les autres ? Il faudra bien qu’il trouve du ciment de mort quelque part. « Le rêve d’une domination germanique sur le monde appela son complément d’antisémitisme. » (MC p 57). Freud écrit cette phrase en 1929 ! En Russie, la haine du bourgeois a cimenté la révolution, comme celle du cièdevant cimenta la révolution française. «On peut se demander, s’inquiète Freud, ce que les Soviets entreprendront une fois qu’ils auront exterminé eur bourgeois. » (ibid). Et bien la réponse est simple : ils extermineront leurs médecins juifs, puis leurs intellectuels, puis leurs paysans baptisés « koulaks », puis eux-mêmes. En un sens l’extermination des juifs d’Europe est un autoanéantissement de l’Europe, correspondant particulièrement bien à la pulsion de mort. On peut se demander ce que fera le capitalisme lorsqu’il aura liquidé totalement la nature. Qui liquidera-t-il ? La encore, la réponse est assez évidente.
Mais revenons au « narcissisme des petites différences », cette haine spéculaire du voisin, du proche, du collègue de bureau, du confrère, de l’homme qui fait la queue pour du pain comme moi et soudain prend ma place. René Girard, freudien malgré qu’il en ait, a remarquablement interprété de narcissisme dans son concept de « rivalité mimétique ». Derrière la rivalité mimétique, la rivalité envers le semblable, narcissique et spéculaire, se trouve la jalousie, l’envie, le désir d’accaparer ce que possède l’autre, le désir de l’autre tout simplement, pour le blesser, le mutiler et le tuer. La frustration et le sadisme sont au cœur de la rivalité mimétique. Observons notre homme sortant de son trou et échangeant avec l’humanité, et, pour son malheur, l’affrontant. Un économiste dirait : « il exprime des besoins, et, dans un monde de rareté, cherche à satisfaire ses besoins ». Freud et Girard préfère dire qu’il désire ce que possède les autres, parce que les objets n’ont de valeur qu’en tant que possession des autres, et que ce que font ou possèdent les autres les autres lui paraisse admirable, imitable, en tout cas rageusement enviable. L’individu n’est pas seul face à ses propres besoins, mais « dans la recherche volontaire d’une adversité dont on est soi-même l’artisan » (op cit p 131 vérif). En fait, notre homme va se confronter à « des minables de son espèce » (Girard). C’est cruel. C’est la vie économique. Ces gens que je juge admirables et dont je désire le salaire, le poste, la voiture ou la femme sont en fait des « minables de mon espèce », et ce haut désir ou ces nobles besoins ne sont que « le souci morbide de l’autre » ( p 209 vérif).
Ici il faut s’arrêter sur deux mots chers à l’économiste. Le premier est « concurrence ». Etymologiquement, être en concurrence, c’est courir avec les autres. On peut imaginer des moutons de panurge, courant vers un destin qu’ils ignorent (la noyade), et en même temps se poussant, se dépassant, se battant pour être les premiers. La concurrence est la rivalité mimétique. Le second est « compétition ». La « compétition » ressemble à la concurrence. Mais étymologiquement elle signifie « demander ensemble ». On à envie de dire : « quémander » ensemble. Encore une fois, il s’agit de rivalité mimétique : je veux ce que possède l’autre, et l’autre veut ce que je possède. Ensemble nous quémandons. Mais la compétition possède un contenu « infantile » que n’avoue pas immédiatement la concurrence, plus adulte. Ce sont les enfants qui demandent, et qui, d’ailleurs, demandent toujours plus et sont à jamais insatisfaits. Nous reviendrons sur cet aspect essentiel du capitalisme, l’insatisfaction infantile.
Mais voilà que le narcissisme des petites différences, la rivalité mimétique si l’on préfère, éclaire l’un des plus grands mystères du capitalisme, l’un des plus grands mystères de l’humanité tout simplement : la servitude volontaire.

http://www.inegalites.fr/spip.php?article732&id_mot=30





Droit du travail:quel avenir?

Article de JC Bernard
" La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?" (Le Figaro économie, 30 août 2005)Mme Parisot

(Droit du travail et sarkozisme)

jeudi 20 septembre 2007

samedi 15 septembre 2007

Séduisante Sicile ...


http://www.lasicile.com/


juin 2007

Aventures norvégiennes


http://www.norvege-fr.com/

juillet 2006

Apaisante Côte d'Opale



Douceurs des formes,teintes pastel, couleurs changeantes, lumière filtrée...la sérénité

-Autour de Wimereux-

vendredi 14 septembre 2007

pouvoir et culture








Le brain trust élyséen, sans concertation préalable avec les intéressés, vient d’adresser à Mme Albanel une lettre très particulière dans son ton et son contenu, donnant des directives sèches concernant l’aide publique future en matière de politique culturelle. Le monde artistique est en émoi. Beaucoup de directeurs d’établissements culturels subventionnés sont inquiets. Pourquoi ?
Une lettre ? Plutôt une sorte d’ukase, qui introduit une radicale nouveauté dans un monde qui se définit essentiellement par une certaine liberté d’action et de création, de choix sans contraintes externes ou directives normatives, par une autonomie précieuse, sans laquelle l’oeuvre théâtrale, musicale perdrait son sens. Qu’y a-t-il de pire que des diktats dans ce domaine ?
Or, c’est ce qui risque de se produire quand on lit la "lettre de mission" que Nicolas Sarkozy vient d’envoyer à Christine Albanel début août. La méthode est d’abord tout à fait nouvelle et choquante. Les intéressés attendaient des encouragements à poursuivre leur travail de création et leur ouverture au public. Ce qu’on leur propose, c’est sept pages très directives, des injonctions, sur le mode de : "vous ferez", "nous demandons"... Un ton sec, impératif, qui tranche avec les recommandations habituellement adressées jusqu’ici.
L’objectif, quoique non dit, est clair. L’heure est aux économies. Il s’agit de faire plus avec moins de subventions et en encourageant progressivement le financement privé. « Obligation de résultats » indique la directrice de cabinet de M. Sarkozy, Emmanuelle Mignon : "Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu’elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions. "Que l’Etat ait droit de regard sur l’usage des subventions allouées, cela semble normal, mais qu’il fixe aussi rigidement la nécessité des résultats est un non-sens.Quels résultats d’ailleurs ? Faudra-t-il faire des spectacles au rabais pour attirer les foules dans les salles ? Faudra-t-il jouer du Feydeau plutôt que du Shakespeare ? Un directeur d’orchestre devra-t-il éviter de programmer Stravinsky parce que ce compositeur attire difficilement les masses ?
Une autre injonction résume d’ailleurs toute l’ambiguïté de ce discours : "Veiller à ce que les aides publiques à la création favorise une offre répondant aux attentes du public"... Est-ce la politique de l’audimat, qui fait des ravages sur nos écrans de télévision, qui est revendiquée là ? Qu’est-ce que les "attentes du public", en ces matières, qui doivent échapper aux règles de la consommation ordinaire. Faut-il se résoudre à un nivellement par le bas et mettre en œuvre les orientations qui ont si bien réussi à M. Patrick Lelay ? L’accès aux oeuvres difficiles pour le plus grand nombre doit être encouragé, et cela ne se fait pas sans pédagogie, sans formation, sans moyens.
"L’accent est mis sur la demande. Mais c’est la qualité de l’offre qui élève le niveau de la demande", dit Didier Bezace, directeur du Théâtre de la Commune à Aubervillers, jugeant l’esprit de cette lettre. Pertinent jugement, qui remet en question la logique profonde de la feuille de route venant de l’Elysée. Sans oeuvres exigeantes, parfois difficiles, sur quoi nous appuierions-nous pour nous ressourcer, stimuler notre sens esthétique, nous élever un peu, transcender pour un temps la "prose du monde".
Le spectacle coûte cher, c’est vrai. Il doit s’efforcer de ne pas être abscons, trop expérimental ou exagérément élitiste, d’accord. Mais "la création ne peut être attendue, elle surgit" (Martinelli). Le propre de l’art est aussi de surprendre. Il peut être difficile et populaire. Cette exigence doit être maintenue à tout prix (à tous prix ?). Elle s’expérimente çà et là d’ailleurs. Par exemple, JC Casadessus a osé, avec un succès avéré, faire jouer du Mozart ou du Ravel dans une prison du Nord, un hôpital psychiatrique, une usine, des écoles. La Comédie de Béthune s’ouvre au monde scolaire, avec déplacement dans les établissements, les quartiers... Mais tout cela n’est pas très « rentable », évidemment...
"Obligation de résultats" : c’est le maître mot. Conception étroitement utilitariste de la culture, vue de Bercy... Quelle part dérisoire de notre budget est consacrée à la culture en général, par rapport à d’autres pays ? Quelle place tient l’enseignement artistique dans nos établissements scolaires ? La lettre élyséenne promet d’y remédier, soyons justes, mais comment ne pas se poser des questions, quand on voit les coupes sombres pratiquées dans l’Education nationale...
Au fait, combien coûte un rafale ? Notre engagement en Afghanistan ? L’entretien de contingents en Afrique ? A combien s’élèvent certaines aides aveugles à des grosses entreprises, qui se révèlent souvent être de l’argent versé à fonds perdus ?...
Source : Claude Fabre(Le Monde du 13 sept. 2007)
ZEN

mercredi 12 septembre 2007

La bière comme art de vivre

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=28926

(Récréation gustative ou halte épicurienne)-Découvertes nordiques-

Il m’a fallu le hasard d’une mutation dans le Nord de la France pour découvrir un monde jusque-là ignoré, celui de la bière, ou plutôt des bières. Car on ne parle de la bière qu’au pluriel.

Imbu des préjugés de buveur occasionnel de vin, j’avais la pire image des buveurs de bière : ceux qui en consomment par packs entiers pour tuer le temps, pour s’étourdir dans les stades, ceux qui ne savent pas s’attarder avec délice sur « la première gorgée de bière » (1) et pour qui la quantité prime sur la qualité, bref, je ne connaissais que la « petite bière », la bibine.

Il m’arrivait de boire de la bière, comme tout un chacun, essentiellement pour étancher ma soif , en période estivale.Une Kro faisait l’affaire. Mais jamais je n’avais dégusté UNE bière, n’avais fait l’expérience de la diversité des bières, de leurs qualités propres. Jamais je n’avais appris à boire avec ferveur un breuvage qui vous envoie des messages si divers et si subtils. Si je savais faire la différence entre un beaujolais et un pomerol, je n’avais aucune idée que l’on pû être réceptif à la fine différence entre une Goudale et une Janlain, une Trois-Monts et une Grain d’Orge. Les crus sont innombrables, pour ne parler que du Nord de la France, et beaucoup de bières anciennes renaissent. D’autres s’inventent régulièrement, avec l’expérience de brasseurs innovants. Si on sort de ce périmètre, le panorama des bières est impressionnant (2).

Peu à peu, par le biais des déplacements, des contacts, du bouche-à-oreille, mon épicurisme naturel s’est éveillé à cette « culture » si particulière, si développée en particulier dans la voisine Belgique, pays des mille bières (3), aussi variées que délicieuses (4).

Déguster une bière s’éduque, s’approfondit. Apprendre la lenteur, comme le fumeur de pipe. S’attarder sur les premiers arômes, les garder en bouche pour les différencier, apprécier leur palette, goûter l’instant sublime d’une bière d’exception. Les bières de fermentation haute, d’un volume d’alcool pouvant atteindre les 10 %, sont des bières que l’on déguste très lentement, en en appréciant toute la richesse. Ma préférence va aux bières ambrées, profondes et capiteuses, longues en bouche. Difficile de bien parler de la bière...

Les bières trappistes belges sont les plus recherchées, elles sont fabriquées et vendues par les moines de l’ordre de Saint-Benoît. Les plus réputées sont la Chimay, l’Orval, la Rochefort, la Westmalle... Les bières d’abbaye sont exploitées par des brasseurs privés utilisant les recettes ancestrales et reversant des royalties aux communautés monastiques : Leffe, Grimbergen, Maredsous, Floreffe... Ces dernières ont tendance à perdre leur spécificité originale, à se banaliser, conséquence d’une commercialisation un peu débridée.

Sans pouvoir affirmer que je suis maintenant expert en biérologie, loin de là, je peux maintenant faire la distinction entre une Leffe radieuse une Chimay rouge, les yeux fermés. Je ne suis pourtant qu’un explorateur débutant et curieux. Entre une bière de base, à faible teneur en bouche, et une bière de dégustation, il y a un monde. Il est des bières rares, à diffusion parfois presque confidentielle, que l’on découvre sur le tard et qui laissent des souvenirs gustatifs puissants, comme la Carolus Triple, par exemple.

Une petite initiation au vocabulaire du monde complexe de la bière n’est pas inutile, pour éviter de se perdre dans la forêt des variétés et les appellations, pour donner quelques repères essentiels (5). Un petit survol historique et technique peut aider à mieux cerner les différents aspects du divin breuvage (6).

Car la bière a une longue histoire. On en trouve des traces à Sumer (7). En Egypte, la zythum est appréciée (8) et, bien sûr, chez les Celtes, elle a une place de choix. C’était pour eux une boisson nationale. Il n’existait pas de brasserie, comme en Mésopotamie ou en Egypte. La bière était préparée par les femmes, dans l’espace domestique, et on la trouvait dans tous les foyers. La Cervoise (nom dérivée de la déesse Cérès) était obtenue à partir d’une infusion entre les grains d’orge germés, mélangés avec du blé germé, du seigle et de l’avoine.

Les anciens avaient remarqué que la bière avait des effets heureux sur la santé. Aujourd’hui, certains médecins et nutritionnistes reconnaissent que, prise de manière modérée, elle apporte des bienfaits à l’organisme (9). La question est encore discutée...

On évoquera enfin le rôle qu’elle peut jouer dans la gastronomie. Par exemple, en se référant ici (10).


C’est la fin de cette petite halte épicurienne sur un sujet léger et savoureux. Mais la somme des plaisirs minuscules ne contribue-t-elle pas à ensoleiller quelque peu l’existence ?... Qui mieux que le regretté Ronny Coutteure, artiste et biérologue confirmé, a pu célébrer ce divin breuvage ? (11)

A consommer avec modération...

Avant ma mise en bière, s’il vous plaît, une petite bière. ZEN




(1)Philippe Delerm : La Première gorgee de bière

"C’est la seule qui compte. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ne donnent qu’un empâtement tiédasse, une abondance gâcheuse. La dernière, peut-être, retrouve avec la désillusion de finir un semblant de pouvoir...

Mais la première gorgée ! Gorgée ? Ça commence bien avant la gorge. Sur les lèvres déjà cet or mousseux, fraîcheur amplifiée par l’écume, puis lentement sur le palais bonheur tamisé d’amertume. Comme elle semble longue, la première gorgée ! On la boit tout de suite, avec une avidité faussement instinctive. En fait, tout est écrit : la quantité, ce ni trop ni trop peu qui fait l’amorce idéale ; le bien-être immédiat ponctué par un soupir, un claquement de langue, ou un silence qui les vaut ; la sensation trompeuse d’un plaisir qui s’ouvre à l’infini... En même temps, on sait déjà.

Tout le meilleur est pris. On repose son verre, et on l’éloigne même un peu sur le petit carré buvardeux. On savoure la couleur, faux miel, soleil froid. Par tout un rituel de sagesse et d’attente, on voudrait maîtriser le miracle qui vient à la fois de se produire et de s’échapper. On lit avec satisfaction sur la paroi du verre le nom précis de la bière que l’on avait commandée. Mais contenant et contenu peuvent s’interroger, se répondre en abîme, rien ne se multipliera plus. On aimerait garder le secret de l’or pur, et l’enfermer dans des formules. Mais devant sa petite table blanche éclaboussée de soleil, l’alchimiste déçu ne sauve que les apparences, et boit de plus en plus de bière avec de moins en moins de joie. C’est un bonheur amer : on boit pour oublier la première gorgée."

(2) http://www.biblebiere.com/index.ph

(3) http://www.belgourmet.be/fr/bieres/index.php

(4) http://www.geocities.com/napavalley/3372/

(5) http://perso.orange.fr/jean.balsalobre/bieres/glossairebeer.html

(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Bieren

(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ninkasi

(8) http://www.egypte-antique.com/nourriture.php

(9) http://www.lachope.com/sante.html

(10) Goosto

(11) http://www.touteslesbieres.fr/dossiers/dossiers.php?id_dossier=19


http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=28926