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samedi 29 novembre 2008

Razzias sur terres cultivables



(-Version2 -pour Agoravox-)

Aspects du néocolonialisme

On savait que des particuliers fortunés pouvaient acheter une île en Ecosse, que Volkswagen s’est offert des milliers d’hectares au Brésil, que l’Argentine propose de vastes espaces en Patagonie (Benetton y a acquis 900000 hectares, Soros et Stallone vont faire de même, aux dépens du peuple Mapuches).
Mais ce que l’on ne savait pas encore, c’est qu’il est devenu possible de faire main basse sur un petit morceau de continent, à plus grande échelle encore. Va-t-on vers un dépeçage de certains pays pauvres ?


C’est en cours. De grandes firmes privées, souvent appuyées par leurs pays d’origine, sont en train de réaliser de telles opérations, en Afrique notamment, en profitant du sous-développement et de la faiblesse de certains Etats

"Dans le contexte des ventes de terres arables, il s’agit d’une opération sans précédent, assure Carl Atkin. Nous sommes habitués à des transactions portant sur 100 000 hectares. Cette fois, c’est dix fois plus."

On pensait ces pratiques d’une autre époque, on imaginait que cela ne pourrait plus se produire, cela se passe pourtant aujourd’hui, si discrétement...La presse n’en parle pratiquement pas. Silence médiatique en France. Paul Redfern du Daily Nation fait état d’une déclaration de Jacques Diouf, directeur la FAO, reprise par Le Guardian, relayée pas Courrier International.

Des pays occidentaux, par l’intermédiaire de grands goupes, achètent des millions d’hectares de terre, en Afrique notamment, en vue de placer leurs liquidités, d’anticiper sur leur manque de produits agricoles à long terme. "Les gouvernements et les entreprises de certains pays qui disposent de liquidités mais manquent de terres agricoles ont pris le parti de ne pas attendre la réaction des marchés mondiaux. Ils essaient de garantir leur propre accès à la nourriture, à long terme, en achetant des terres dans les pays pauvres."

Il s’agit d’assurer leur autosuffisance alimentaire future ou développer les agrocarburants. On sait pourtant que cette voie est une impasse (Ce sont des millions d’hectares de terre agricole qui seraient concernés dans un certain nombre de pays).

"M. Diouf fait valoir que la multiplication de ces transactions pourrait entraîner une forme de néocolonialisme, des Etats pauvres produisant de la nourriture pour les pays riches aux dépens de leur propre population affamée.Le quotidien britannique The Guardian affirme que la flambée des prix alimentaires à l’échelle mondiale a d’ores et déjà déclenché une deuxième "ruée vers l’Afrique". Mi-novembre, Daewoo Logistics a annoncé un projet d’achat d’une concession de 1 million d’hectares à Madagascar pour une durée de 99 ans (la moitié des terres arables cultivées !) La société sud-coréenne veut y cultiver 5 millions de tonnes de maïs par d’an d’ici à 2023 et produire de l’huile de palme à partir d’une autre concession de 120 000 hectares, en faisant appel à une main-d’œuvre principalement sud-africaine. La production serait destinée avant tout à la Corée du Sud."

"Sur un certain plan, ce ne sont que des projets commerciaux, mais ils sont souvent soutenus par tel ou tel Etat, car ils obéissent à des impératifs de sécurité alimentaire", confirme Carl Atkin, consultant chez Bidwells Agribusiness, une société de Cambridge qui a contribué à négocier certains des contrats d’achat de terrains internationaux.Les autorités malgaches ont déclaré qu’elles ne donneraient leur feu vert à l’accord avec Daewoo qu’après la réalisation d’une étude d’impact environnemental, mais elles se félicitent de cet investissement. Jusqu’à présent, cette gigantesque concession est la plus importante d’une série d’accords fonciers conclus depuis la hausse des prix alimentaires, qui a débuté à la fin de 2007."Le plus scandaleux est que cette opération n’a pratiquement rien coûté à Daewoo
Le plus étonnant, c’est que pour certains pays pauvres, le couteau sous la gorge, manquant de moyens et sans doute séduits par les promesses faites et des contrats peu clairs "ces rachats sont généralement bien accueillis"par les autorités, comme à Madagascar. "Ainsi, dans un contexte de récession, le ministre malgache de la Réforme foncière a assuré que le produit de ces ventes irait aux infrastructures et au développement dans les zones exposées aux inondations."
Le Soudan cherche également à attirer des investisseurs pour ses quelque 900 000 hectares de terres, et le Premier ministre d’Ethiopie, Meles Zenawi, a courtisé les investisseurs saoudiens. D’immenses terrains en Tanzanie ont également éveillé l’intérêt de sociétés occidentales qui s’intéressent à la production de biocarburants. »
Une tendance lourde qui s’observe ailleurs...

"S’il s’agissait d’une négociation entre partenaires égaux, cela pourrait être une bonne chose, commente Duncan Green, directeur de recherche chez Oxfam . Mais le problème, c’est que, dans cette ruée vers les terres, aucune place n’est accordée aux petits exploitants."
Alex Evans, du Centre de coopération internationale à l’université de New-York, estime pour sa part que "les petits agriculteurs sont déjà perdants : les gens qui n’ont pas de titres de propriété en bonne et due forme vont sans doute être chassés". Les détails des accords fonciers sont généralement tenus secrets, si bien qu’on ne sait pas s’ils prévoient des garanties pour les populations locales.""Il n’y a guère d’économies d’échelle dans l’agriculture au-dessus du niveau de l’exploitation familiale, explique Steve Wiggins, expert britannique en développement rural à l’Overseas Development Institute, car la gestion de la main-d’œuvre est extrêmement difficile."
" Les investisseurs pourraient aussi devoir faire face à une vague d’hostilité. "Si j’étais conseiller en risques politiques auprès des investisseurs, poursuit-il, je leur dirais qu’ils ont intérêt à se méfier. Car la terre est une question très sensible. Cela peut très mal tourner si l’on ne tire pas les leçons de l’Histoire."

-Mains basses sur les terres agricoles à l’échelle mondiale :

« La synergie actuelle entre la crise alimentaire et la crise financière a déclenché un nouvel « accaparement des terres » au niveau mondial. D’un côté, des gouvernements préoccupés par l’insécurité alimentaire qui recourent à des importations pour nourrir leurs populations s’emparent de vastes territoires agricoles à l’étranger pour assurer leur propre production alimentaire offshore. De l’autre, des sociétés agro-alimentaires et des investisseurs privés, affamés de profits dans un contexte d’aggravation de la crise financière, voient dans les investissements dans des terres agricoles à l’étranger une source de revenus importante et nouvelle. De ce fait, des terres agricoles fertiles sont de plus en plus privatisées et concentrées. Si elle devait rester incontrôlée, cette main basse sur les terres à l’échelle planétaire pourrait sonner le glas des petites exploitations agricoles et des moyens de subsistance ruraux dans bien des régions du monde. ... »

Crise alimentaire et spéculation financière: la chasse aux terres du Sud est ouverte :néocolonialisme agraire:
"...C'est l'un des effets collatéraux de la double crise, alimentaire et financière, de l'année 2008 : l'«accaparement des terres». Des pays riches ou émergents, assis sur de confortables réserves de devises, se sont mis à acheter de gigantesques portions de terrains dans les Etats les plus pauvres, afin de répondre à leurs besoins alimentaires en forte croissance. En toute discrétion, la planète est en train de devenir le plateau de jeu d'un Monopoly vertigineux, où le Qatar fait ses courses en Indonésie, le Japon en Egypte, ou encore l'Inde au Paraguay.

Dernière annonce de taille, qui a fait l'effet d'une bombe au sein des milieux agricoles : Daewoo Logistics, filiale du groupe sud-coréen Daewoo, a confirmé le 17 novembre 2008, la conclusion d'un accord de location, pour 99 ans, de 1,3 million d'hectares de terres à Madagascar. C'est, à peu de choses près, la moitié de la superficie de la Belgique. Dans l'ouest de l'île, on produira du maïs (4 millions de tonnes par an). Dans le nord-est, de l'huile de palme (500.000 tonnes). L'essentiel de la production, qui devrait être assurée par une main-d'œuvre originaire d'Afrique du Sud, est destinée à la Corée du Sud, très dépendante de ses importations en maïs. Montant de l'investissement de Daewoo sur les 25 prochaines années, selon le Financial Times : 4,8 milliards d'euros...." (Mediapart)

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