Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 23 juillet 2009

Crise: "reprise" trompeuse?

Point de vue , anticipations et interrogations










"...il faut s’attendre à une courbe en W plus qu’à une reprise en U comme on voudrait s’en persuader avec quelque précipitation..."

W ou la malédiction de la reprise (de l'inflation) - AgoraVox:

"C’est entendu, malgré les analogies, la crise actuelle ne présente pas le caractère catastrophique de celle de 1929, principalement à cause de nombreux amortisseurs sociaux et politiques sans compter l’ébauche d’un gouvernement mondial qui renforce considérablement le système, redoublant la fonction de garant en dernier ressort des Etats. On est loin, pour l’instant du moins, d’un effondrement du système, encore plus de la fin du capitalisme tant espérée ! Ce n’est pas pour autant qu’on serait sorti d’affaire et qu’il n’y aura pas des bouleversements plus ou moins dramatiques, la véritable crise, qui est celle du dollar, n’ayant pas encore eu lieu. Le premier choc a été contenu mais ce n’est que le premier et il faut s’attendre à une courbe en W plus qu’à une reprise en U comme on voudrait s’en persuader avec quelque précipitation. Les réactions optimistes et le sentiment de soulagement général sont même une preuve éclatante qu’il ne pourra y avoir les nécessaires réajustement sans y être contraint, par des situations catastrophiques justement ! La question est celle du réel des déséquilibres et de leur inévitable correction (The harder they come, the harder they fall).
Bien sûr, il ne s’agit pas d’un décalque de la crise de 1929, nous sommes si loin de cette époque, on ne va pas revivre exactement le même scénario. Il y a malgré tout un certain nombre de courbes (pas toutes) qui semblent se recouvrir parfaitement. C’est le cas notamment de la courbe des revenus des 10% les plus riches qu’on a reproduit ici et qui témoigne des analogiesannées folles précédant la grande crise et les années fric qu’on vient de connaître ; non seulement au plan économique et financier, donc, mais tout autant idéologique et social voire technologique (avec tout de même de grandes différences aussi). Ce sont ces courbes qui sont l’un des arguments principaux de l’hypothèse d’une rechute en W après un semblant de reprise comme en 1930, suivie d’une plongée bien plus grave suite à l’impossibilité de recréer une bulle du crédit. Ce qui devrait nous faire peur, pas par plaisir de se faire peur, c’est que la véritable sortie de la crise ne ne fera qu’avec la guerre (et le retour de l’inflation).
Certes, ce ne sera pas la fin du monde, mais de quoi s’inquiéter sérieusement quand même. En effet, il n’y a peut-être pas là un simple concours malheureux de circonstances mais la nécessité d’une destruction de capital, ce que Schumpeter appelait une "destruction créatrice" comme la fin des dinosaures dégageant le terrain pour les mammifères. Il n’y a aucune évidence que nos capacités de régulation et notre rationalité économique pourraient nous éviter cette épreuve darwinienne (qui n’est pas la survie du plus fort, ni du plus gros qui peut disparaitre, mais du plus adaptable). Cela voudrait dire qu’il ne serait plus possible de remettre en cause les positions acquises et dominantes. On comprend que beaucoup y aient intérêts mais le risque des crises est inhérent au capitalisme lui-même, c’est-à-dire à une production qui n’a d’autre but que le profit ce qui, contrairement à d’autres systèmes de production, mène à la faillite et la fermeture d’usines quand l’entreprise n’est plus rentable, aggravant de ce fait la situation générale par un effet boule de neige qui est la contrepartie de la capacité de croissance et d’emballement du système.
La situation est bien sûr assez différente aujourd’hui par rapport aux années 1930, notamment parce qu’on n’est plus dans le modèle industriel, mais ce qui donne crédit actuellement au scénario W d’une rechute brutale, c’est une sorte de malédiction de la reprise. En effet, à peine les indices s’améliorent, et le climat devient plus optimiste, qu’aussitôt les prix du pétrole remontent et le dollar repart à la baisse. Or, c’est bien l’inflation et les tensions sur les matières premières, en premier lieu le pétrole, qui ont déclenché la crise en se répercutant sur les intérêts variables, ce qui a provoqué les défauts de paiements des subprimes et la chute de tout le château de cartes spéculatif dont l’immobilier n’était que la dernière pierre. Non seulement le retour de l’inflation provoquera une deuxième vague de chute de l’immobilier mais, pour des raisons profondes, matérielles, c’est la suprématie des Etats-Unis et du dollar qui devrait être mise en cause. Etant donné les milliards de dollar injectés (avec raison) pour éviter une crise systémique, il y a un véritable risque de dévaluation du dollar et d’hyperinflation avec une perte (relative) de sa position de monnaie de réserve, remplacée progressivement par une monnaie de référence mondiale (en cours de constitution par les pays du BRIC). C’est ce bouleversement géopolitique dont il faut évaluer les risques, qui pour n’être peut-être pas aussi cataclysmiques que dans les années 1930, ne se fera pas sans drames, en tout cas pas de bon gré de la part des USA.
Ce n’est pas une question de maladresse, de hasards malencontreux, de simples dysfonctionnements, encore moins de facteurs psychologiques mais ce sont bien des processus matériels, des déplacements de lignes de force, des déséquilibres de plus en plus intenables qui sont en jeu. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on ne peut éviter l’apurement des comptes et le retour au réel. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la raison d’un krach n’est rien d’autre que la bulle spéculative qui précède et non pas tel ou tel événement déclenchant, ni une mystérieuse perte de confiance alors que ce n’est rien que la perte de nos illusions dont on doit seulement se demander comment elles ont pu durer si longtemps ! La crise n’est pas psychologique, ce n’est pas seulement l’inversion des anticipations, c’est un choc qui se transmet sur toute la chaîne économique et financière parce que les anticipations n’étaient pas tenables. Tant que la purge n’est pas terminée, le système ne peut repartir ("le cercle vertueux de la croissance") car le sol se dérobe sous ses pieds et il manque de carburant, ce n’est pas à cause de l’analogie de l’économie avec le corps humain comme s’aventure à le prétendre un historien, mais parce que le dynamisme du capitalisme est basé sur une boucle de rétroaction positive où l’argent appelle l’argent.
étonnantes entre les

Dans une vidéo du 15 juin, 3 historiens (Patrick Verley, Jean Heffer, Patrick Fridenson) se veulent des plus rassurants et prétendent qu’on se fait peur pour rien. Pour eux, la crise ne serait pas du tout aussi grave que celle de 1929 où une conjonction malheureuse d’erreurs politiques aurait été cause de son caractère dramatique (notamment le protectionnisme) alors que nos protections sociales réduisent énormément l’impact de la crise par rapport à l’époque où la chute de la production a pu atteindre 25%. On doit leur accorder qu’on ne risque sans doute pas de retomber au niveau de misère de l’époque, du moins on aurait les moyens de l’éviter et c’est à prendre en compte. Ils ne nient pas d’ailleurs la gravité relative de la crise actuelle et sa possible durée sur plusieurs années mais seulement sa portée au regard d’autres crises du même type, ne débouchant finalement comme toujours que sur un renforcement de l’Etat et des régulations financières. Ils reconnaissent malgré tout des causes plus matérielles, notamment démographiques mais qu’ils ne relient pas à l’inflation (la réduction de la population est pourtant déflationniste alors que l’entrée en scène des pays les plus peuplés est inflationniste, ce qui favorise la croissance). Ils reconnaissent aussi qu’il y a un nécessaire changement de paradigme, changement de régime productif avec un rééquilibrage entre facteurs de production et que ceux qui sont le plus lent à s’en rendre compte auraient été ceux qui ont le plus souffert dans le passé. Ce qu’ils récusent, c’est surtout la nécessité de dramatiser. S’il y a vraiment crise, elle serait très atténuée et bien maîtrisée par le politique...C’est non seulement un peu optimiste (on n’est encore qu’au début et le tout est de savoir si le gouvernement mondial va tenir, et le dollar...) mais cela témoigne surtout de l’étrange croyance que les guerres et fluctuations économiques ne seraient pas surdéterminés et simplement le fruit de contingences historiques. On pourrait les éviter avec un peu d’habileté, sinon d’amour diraient certains ! Or, c’est un fait qu’on peut déplorer aussi fortement qu’on le veut mais à éviter ces destructions créatrices, par exemple grâce à une socialisation des pertes qui ne fait pourtant que renforcer "l’aléa moral", on aggrave simplement les déséquilibres. On le constate : aux premiers signes de reprise, les banquiers retombent aussitôt dans la spéculation et leurs anciennes pratiques en se disant que le risque n’était finalement pas si grand et valait bien la chandelle !Les politiques n’ont pas un poids suffisant pour imposer leurs règles à un système qui semble remarcher et qui produit des richesses. Pas moyen d’éviter d’aller au clash.

On aurait bien tort également de compter pour acquis qu’on ne ferait pas les mêmes erreurs qu’en 1929 sous prétexte qu’on aurait appris les leçons de l’histoire. Ainsi, on reparle quand même de protectionnisme et avec quelques raisons car les mesures de libéralisation ont été dévastatrices mais ce n’est pas pour cela que plus de protectionnisme arrangerait forcément les choses dans l’immédiat. Il n’y a aucun doute qu’il y a encore pas mal de protectionnisme et qu’il faut plutôt en augmenter la dose sur le long terme mais il n’est pas si facile de revenir en arrière à cause de nos interdépendances et c’est quand même un facteur d’aggravation de la situation économique et de contraction des échanges, avec une série de réactions en chaînes se propageant sur des périodes plus ou moins longues. Les conséquences à court terme risquent d’être socialement insupportables en plus d’être économiquement contre-productives. C’est pourquoi la relocalisation est une voie plus facilement praticable dans la sortie de crise mais le protectionnisme tente inévitablement de nombreux politiques (et quelques économistes) d’autant plus qu’il est absolument justifié et qu’on ne veut pas voir les effets en retour qu’il peut avoir dans la situation actuelle.Le pire n’est pas sûr et il ne s’agit pas de noircir le tableau. De même que l’éclatement de la bulle internet n’a pas été la fin de l’économie numérique et d’internet, l’effondrement du dollar et du capitalisme financier ne sera pas la fin de l’Amérique ni du capitalisme, seulement une redistribution des cartes et la fin de l’économie casino, pour un temps du moins. Il est cependant difficile d’imaginer que cela puisse se faire sans des circonstances dramatiques. Ainsi, pour reprendre le graphique ci-dessus, un des effets de la sortie de crise devrait être une réduction drastique des inégalités sociales qui ont atteint un niveau insoutenable, y compris économiquement, et qui doivent retrouver une proportionnalité plus raisonnable, gardant un lien avec la réalité. Or, ce qui est troublant, c’est de voir que la crise de 1929 n’a pas suffi à les réduire significativement, c’est seulement la guerre qui les a ramenées à un niveau raisonnable (de même que le chômage, etc.), ce qui laisse bien peu d’espoir...Que ce ne soit ni la fin du monde, ni la fin du capitalisme, n’empêche pas que la résolution de la crise passe par une redistribution des cartes, un New deal mondial qui pourrait se traduire par quelques guerres ou révolutions. La question n’est pas de savoir si on aura un répit de quelques années avec la création d’une nouvelle bulle, ce qui est toujours possible bien que peu probable quand même. La question est de savoir si le réel existe, ce dont un bon nombre de nos contemporains se sont mis à douter ! Or, si nous ne vivons pas dans un rêve, il n’y a aucune chance que le réel se fasse oublier, recouvert par la publicité comme par la propagande médiatique. Le réel, c’est ce qui n’oublie rien disait Lacan, c’est aussi ce qui fait trou dans nos représentations et nous dément. Ce qui est rejeté du symbolique fait retour violemment dans le réel. Hélas, en l’absence d’un garant de la vérité, il est impossible de s’assurer qu’on est dans le réel et qu’on n’est pas en train de délirer, raison pour laquelle on ne peut éviter les crises, ni les confrontations idéologiques arguments contre arguments qui se règlent seulement dans le réel, et souvent par des massacres insensés (qui n’empêchent pas d’ailleurs la victoire des massacrés in fine !).-La crise est certaine, elle devrait être longue, il n’est pas sûr qu’on aille aux extrémités de la grande dépression, des fascismes et de la deuxième guerre mondiale mais ce n’est pas exclu pour autant car elle devra atteindre un point de rupture, faisant forcément appel au politique. Ce n’est pas une raison pour prendre nos désirs pour des réalités et s’imaginer la révolution de nos rêves, que rien n’annonce. Même si tout retour au réel est rassurant, ce n’est pas une raison non plus pour y voir un catastrophisme purificateur et salvateur car, il faut bien le dire, non seulement il y aura de la casse mais on risque plus des gouvernements autoritaires et démagogiques que des révolutions sociales progressistes et raisonnables ! Cela n’empêche pas, qu’ici ou là, la crise soit l’occasion d’un progrès de l’émancipation humaine qui finira par s’étendre et submerger les nouvelles tyrannies, mais il y faudra du temps, même si l’unification numérique pourrait accélérer le processus. Dans l’immédiat, il n’y a pas tellement de quoi rire des années qui viennent, étant donnée notre état de désorientation et l’égarement de la pensée. Au mieux, au minimum, il faudra une refondation des institutions et des protections sociales dont on ne voit pas comment elle pourrait se faire dans le calme, avec quels principes qui ne soient pas immédiatement en décalage avec la réalité (comme la loi Hadopi avec le numérique). Mais, peut-être qu’on se fait du souci pour pas grand chose, qu’il ne se passera plus jamais rien, que l’histoire est finie, que la spéculation peut reprendre et qu’on peut se rendormir tranquille..." (Jean ZIN)

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