Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

samedi 31 octobre 2009

Palestine: histoire(tragique) d'eau


Une guerre pour l'eau

-L'eau, un levier politique, une arme-

>Un enjeu stratégique

-"Dans les colonies, on voit des piscines, des pelouses arrosées généreusement autour des maisons et des systèmes d’irrigation des exploitations agricoles qui fonctionnent 24 heures sur 24. Cette situation contraste violemment avec celle des villages palestiniens voisins dont les habitants luttent pour aller chercher le peu d’eau dont ils ont besoin, même pour un usage domestique. 80 pour cent des villes et des villages palestiniens ne reçoivent que quelques heures d’eau par semaine, obligeant la population à faire des réserves dans des bidons et dans des conditions d’hygiène hasardeuses. Les Palestiniens n’ont pas le doit de forer des puits."
(Leila)

-"Le cas de cette région du monde est un symbole fort pour le monde entier puisque la question de l’eau est un des enjeux majeurs pour le siècle à venir. Dans le cas de Palestine/Israël toute négociation de paix est tributaire de l’établissement d’un accord juste et équitable, conforme à la Convention du 14 mai 1997 et ce ne peut être que dans un cadre global (avec la Syrie, le Liban et la Jordanie) que la paix pourra se construire entre Israéliens et Palestiniens."
[-L’appropriation des ressources hydrauliques par Israël, obstacle majeur à la paix-]
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-Cisjordanie : 450 000 colons consomment autant d’eau que 2,3 millions de palestiniens soumis à des restrictions:
"En raison des multiples restrictions et discriminations dont ils font l’objet, les palestiniens ne reçoivent pas suffisamment d’eau pour couvrir leurs besoins élémentaires, accuse Amnesty International. Entre 180 000 et 200 000 d’entres-eux survivent avec 20 litres par jour et par personne, alors qu’Israël, dont la consommation individuelle moyenne est de 300 litres, s’attribue 80% des ressources de l’aquifère de la Montagne, situé pour une grande partie en Cisjordanie.
Amnesty International, 27 octobre 2009
:Amnesty International accuse Israël de refuser aux Palestiniens un droit d’accès à l’eau suffisant, en maintenant un contrôle total sur les ressources communes en eau et par l’application de politiques discriminatoires.Ces mesures restreignent indûment l’accès à l’eau dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) et empêchent les Palestiniens de développer un réseau d’eau adéquat.« Israël autorise les Palestiniens à accéder à seulement une fraction des ressources communes en eau, qui sont situées principalement en Cisjordanie occupée, alors que les colonies israéliennes illégales bénéficient d’un accès pratiquement illimité. A Gaza, le blocus israélien a empiré une situation déjà désastreuse », déclare Donatella Rovera, d’Amnesty International, chargée des études en Israël et dans les TPO.Dans son nouveau rapport, Amnesty International révèle l’étendue des politiques discriminatoire israélienne sur l’eau et les pratiques qui dénient aux Palestiniens leur droit d’accès à l’eau.Israël utilise plus de 80 pour cent de l’eau de l’ « Aquifère de la Montagne », qui est la principale ressource souterraine en Israël et dans les TPO, tout en limitant la consommation des Palestiniens à seulement 20 pour cent.Cet aquifère est la seule source d’eau pour les Palestiniens de Cisjordanie, alors qu’Israël en dispose de plusieurs et utilise également à son profit toute l’eau provenant du Jourdain Alors que la consommation d’eau quotidienne palestinienne atteint à peine 70 litres par jour et par personne, cette consommation journalière est supérieure à 300 litres en Israël, soit quatre fois plus.Dans certaines communautés rurales, les Palestiniens survivent avec à peine 20 litres par jour, ce qui représente la quantité minimum recommandée pour une utilisation domestique dans les situations d’urgence.Entre 180 000 et 200 000 Palestiniens vivant dans les communautés rurales n’ont pas accès à l’eau courante et l’armée israélienne les empêche souvent de recueillir l’eau de pluie.En revanche, les colons israéliens, qui vivent en Cisjordanie en violation du droit international, ont des fermes utilisant l’irrigation de façon intensive, ainsi que des jardins luxuriants et des piscines.
Ces colons, qui sont environ 450 000, utilisent autant sinon plus d’eau que la population palestinienne comptant environ 2,3 millions d’habitants.Utilisation des puits (pumpage) et des sources (discharge) des trois bassins Nord-Est (NE), Est (E) et Ouest (W) de l’aquifère de la montagne. Millions de mètres cube. Source :
PNUD. Dans la bande de Gaza, 90 à 95 pour cent de l’eau provenant de l’aquifère côtier, qui est son unique ressource, est contaminée et impropre à la consommation humaine. Israël n’autorise cependant pas de transférer à Gaza de l’eau en provenance de l’aquifère de la Montagne.Les restrictions draconiennes imposées ces dernières années par Israël sur l’entrée à Gaza des matériels et équipements nécessaires à la réalisation et la réparation des infrastructures y ont entraîné une détérioration supplémentaire de l’approvisionnement en eau et des réseaux d’assainissement, qui ont atteint un point critique.
Pour faire face à ces pénuries d’eau et aux déficiences des réseaux de distribution, de nombreux Palestiniens doivent acheter l’eau, de qualité souvent douteuse, qui est distribuée par des camions-citernes mobiles moyennant un prix beaucoup plus élevé.D’autres recourent à des mesures d’économie d’eau qui sont préjudiciables à leur santé et à celle de leur famille et qui entravent le développement socio-économique.« En plus de 40 ans d’occupation, les restrictions imposées par Israël sur l’accès des Palestiniens à l’eau ont empêché le développement des réseaux d’eau et des installations dans les TPO, refusant ainsi à des centaines de milliers de Palestiniens le droit de vivre une vie normale, de disposer d’une nourriture suffisante, d’un accès adéquat au logement ou à la santé, et au développement économique », déclare Donatella Rovera.En occupant les terres palestiniennes, Israël s’est approprié de vastes zones riches en eau et il empêche les Palestiniens d’y accéder.I
l a également imposé un système complexe de permis que les Palestiniens doivent obtenir de l’armée israélienne et des autres autorités pour développer les infrastructures de l’eau dans les TPO. Les demandes de permis sont souvent rejetées ou subissent de longs retards.Les restrictions imposées par Israël à la circulation des personnes et des biens dans les TPO aggravent les difficultés auxquelles les Palestiniens font face lorsqu’ils tentent de mener à bien des projets d’adduction d’eau ou d’assainissement, ou même simplement de distribuer de petites quantités d’eau.Les citernes d’eau sont contraintes à de longs détours pour éviter les barrages militaires israéliens et les routes interdites aux Palestiniens, ce qui entraîne de fortes augmentations du prix de l’eau.Dans les zones rurales, les villageois palestiniens luttent en permanence pour trouver assez d’eau pour leurs besoins de base, car l’armée israélienne détruit souvent leurs systèmes de récupération d’eau de pluie et confisque leurs citernes.
Dans le même temps, des champs situés dans les colonies israéliennes voisines sont irrigués sous le soleil de midi par des systèmes automatisés, gaspillant beaucoup d’eau, évaporée avant même d’atteindre le sol.Dans certains villages palestiniens, l’accès à l’eau a été si sévèrement restreint que les agriculteurs sont incapables de cultiver la terre, ou même de faire pousser de petites quantités de nourriture pour leur consommation personnelle ou pour le fourrage destiné aux animaux et ont donc été contraints de réduire la taille de leurs troupeaux.« L’eau est un besoin fondamental et un droit, mais pour de nombreux Palestiniens obtenir une eau de mauvaise qualité en une quantité qui se situe au niveau de subsistance est devenu un luxe qu’ils peuvent à peine se permettre », déclare Donatella Rovera.« Israël doit mettre fin à ses politiques discriminatoires, lever immédiatement toutes les restrictions qu’il impose à l’accès à l’eau des Palestiniens, et assumer ses responsabilités en faisant face aux problèmes qu’il a créé, en permettant aux Palestiniens d’accéder à une part équitable de la ressource commune en eau ».


-Les Palestiniens privés d'eau par Israël - AgoraVox
-Israël mène la guerre de l'eau dans les territoires occupés:
"L'accès à l'eau, qui est soumis au contrôle total qu'Israël exerce sur les ressources de la région, est aggravé par la sécheresse aiguë qui menace aujourd'hui les nappes aquifères. L'Etat juif, souligne Amnesty, utilise plus de 80 % de l'eau provenant de l'aquifère de montagne, limitant l'accès des Palestiniens à 20 % de cette réserve. Or, il s'agit de l'unique ressource en eau des Palestiniens en Cisjordanie, insiste Amnesty, "alors qu'Israël dispose de plusieurs sources d'approvisionnement (lac de Tibériade et aquifère côtier) et utilise toute l'eau disponible du Jourdain". L'Etat juif occupe la vallée du Jourdain depuis la guerre de 1967, et n'accorde aucun accès à ses rives aux Palestiniens.Les eaux du Jourdain sont convoitées à la fois par Israël, la Syrie, le Liban et la Jordanie, avec pour résultat de réduire par endroits son débit à celui d'un ruisseau salant et contaminé par les eaux usées non traitées, ce qui provoque un assèchement préoccupant de la mer Morte.Amnesty relève que la consommation en eau des Palestiniens est à peine de 70 litres par personne et par jour, soit nettement moins que les 100 litres recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), contre plus de 300 litres pour les Israéliens.Dans certaines zones rurales, ajoute l'organisation, les Palestiniens survivent avec à peine 20 litres par jour. Plus de quarante ans après l'occupation de la Cisjordanie, ajoute Donatella Rovera, auteure du rapport, 180 000 à 200 000 Palestiniens vivant dans des communautés rurales n'ont pas accès à l'eau courante. Cette situation est d'autant plus choquante, insiste-t-elle, que les colons israéliens établis en Cisjordanie, "en violation du droit international, recourent à l'irrigation intensive pour leurs cultures, et disposent de jardins luxuriants et de piscines".Cette dernière affirmation ne convainc qu'à moitié : les "jardins luxuriants" et les "piscines" sont loin d'être la règle, et les colons juifs en Cisjordanie forment une palette d'individus aux revenus disparates. "Quelque 450 000 colons utilisent autant, sinon plus d'eau, que l'ensemble de la population palestinienne, estimée à 2,3 millions", ajoute Amnesty, qui consacre une place importante de ce rapport à la situation dans la bande de Gaza, où la pénurie d'eau est critique. Dans cette portion de territoire contrôlée par le Hamas, la seule ressource en eau est l'aquifère côtier, puisque Israël n'autorise pas de transfert d'eau de la Cisjordanie vers Gaza.Sur-utilisée et contaminée à plus de 90 % par les eaux usées non traitées, l'aquifère côtier est source de maladies et d'épidémies.
Cette situation est aggravée par le blocus imposé par Israël, qui interdit l'entrée à Gaza d'équipements nécessaires à la réparation et à la modernisation du réseau.Le rapport d'Amnesty rappelle que les Palestiniens ne peuvent creuser de nouveaux puits sans obtenir de permis délivré par l'armée israélienne. Il explique en quoi les restrictions d'accès à l'eau potable sont un outil politique en favorisant les expulsions. Il montre enfin comment le "Mur" ou "barrière de sécurité", les check-points et autres barrages routiers, interdisent ou retardent l'accès à l'eau en Cisjordanie.La Water Authority israélienne a contesté les chiffres avancés par Amnesty, déploré que l'organisation ne l'ait pas consultée, mais n'a pas remis en question la réalité du phénomène de discrimination dont pâtissent les Palestiniens.Si les Israéliens consomment
"408 litres d'eau par jour" (Amnesty parle de 300 litres...), les Palestiniens en utilisent 200, affirme-t-elle, tout en assurant que la consommation des Israéliens a baissé de 70 % depuis 1967, alors que celle des Palestiniens a progressé de 85 à 105 m3 au cours de la même période. La Water Authority souligne enfin qu'Israël a toujours accordé aux Palestiniens davantage d'eau que les accords d'Oslo (1993) ne leur en allouaient.Au-delà des chiffres, l'attitude des autorités israéliennes montre que l'accès à l'eau reste un puissant levier politique dans les relations israélo-palestiniennes. C'est aussi un enjeu stratégique régional : pour pallier une pénurie croissante d'eau, Israël envisage de nouveau d'en importer de Turquie. Sauf que la détérioration récente de ses relations diplomatiques avec Ankara ne favorise pas un tel objectif
.(Laurent Zecchini)
-La question de l'eau en Palestine-Israël
-Israël : une histoire d'eau
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-L'eau: urgence!...
-De l'eau et des hommes

vendredi 30 octobre 2009

Pauvreté en France


Pour un bilan






Un phénomène mal connu, mal mesuré


-"La pauvreté est un drame social, une insulte à la dignité des personnes, et plus encore peut-être dans un pays très riche. Son approche et sa mesure devraient se dérouler loin des embrouilles statistiques et politiciennes. Ce « gouvernement des riches » en est incapable." (Jean Gadrey)

-La pauvreté en héritage
-Pauvreté : la réalité défie les chiffres

La France est un pays riche. Pourtant, 12 % de ses habitants vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2005. La pauvreté n’est pas forcément liée à l’inactivité. Un nombre croissant de personnes travaillent, mais n’ont pas des revenus suffisants pour sortir de la pauvreté : ce sont des « travailleurs pauvres ».

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__________Richesse et pauvreté : état des lieux
-Pauvreté en France - Wikipédia
-Observatoire des inégalités
-Insee - Pauvreté
-Près de huit millions de personnes pauvres en France
-Le tableau de bord de l'évolution de la pauvreté en France (2009)
- En France, la crainte de la pauvreté concerne à présent plus d'une personne sur deux
-Quand le travail rend pauvre
-Trois visages de la pauvreté en France
-Les travailleurs pauvres, les vrais oubliés du sarkozysme

jeudi 29 octobre 2009

D'une crise à l'autre

1929-2008: deux événements sans rapports?

Les comparaisons strictes en histoire sont toujours risquées
Mais comment ne pas être troublé par les analogies profondes?

-"Nous avons fait la fête comme en 1929 . Et maintenant nous sommes en 1930", affirmait récemment un autre économiste américain, Paul Krugman sur son blog. "La crise financière actuelle est en gros une version moderne de la vague de paniques bancaires qui avait balayé le pays il y a trois générations", ajoutait l’auteur de « L’Amérique que nous voulons » qui sort actuellement chez Flammarion.
En France aussi, la comparaison fait débat, même si pour la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, les problèmes sont maîtrisés. En revanche pour Jacques Attali, "la crise actuelle ressemble plus à un tsunami, c'est une série de vagues qui avancent, dont certains peuvent espérer qu'elles passeront au large, et qui sont beaucoup plus profondes et structurantes qu'un évènement isolé comme l'a été le 11 septembre". Pour l’économiste Michel Aglietta, qui a été un des premiers à voir la crise arriver, la comparaison avec 29 n’a rien d’exagéré. « L’ampleur de la crise est aussi importante que celle de l’entre deux guerres », expliquait-il sur le site Rue 89 dès le mois de mars.
"
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-L'histoire ne repasse pas les plats, ne se répète pas, mais elle bégaie...

-Les banques au coeur du séisme...-

-"La crise financière a créé une boucle de rétroaction négative sur les marchés financiers. Un niveau de désendettement inégalé et le processus de démultiplication ont créé une boucle de rétroaction négative dans l’économie réelle. C’est une boucle qui est bien plus difficile à inverser, et c’est pourquoi une seconde Grande dépression reste une réelle possibilité." (Thomas Palley)
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Crise de 1929 : avons-nous retenu la leçon ? - AgoraVox:
"80 ans après le krach qui a fait trembler les Etats-Unis et précipite le monde dans la guerre, la seule solution pour William Karel était de faire parler les archives de l’époque - des documents rares, souvent inédits en France - en les intercalant habilement avec les mises en perspective d’économistes (Joseph Stiglitz, Bernard Gazier, Daniel Cohen, Jeff Madrick, Richard Salsman) ou d’historiens réputés (Howard Zinn, déjà cité, ainsi que de Steve Fraser, Elaine Abeslon, Alfred Grosser, Harold James, Maury Klein, Amity Shlaes).
William Karel, comme il l’explique dans l’interview qui suit, ne voulait pas laisser aux seuls économistes le soin d’expliquer pourquoi le jeudi 24 octobre 1929, la bourse de Wall Street s’effondre.
Cet intrication entre archives et les expertises de chercheurs donne tout son sel à ce documentaire passionnant. Comment, en l’espace de quelques jours l’économie apparemment prospère des Etats-Unis s’écroule-t-elle, entraînant l’Allemagne dans sa chute et, partant, l’ensemble du monde.
Tel est le sujet de ce film en deux parties qui cherche à comprendre les causes de ce krach historique et en décrit les conséquences.
Ironie du sort, au moment où William Karel travaille sur son film, un autre désastre financier, la crise des subprimes, s’abat sur le monde. Des millions d’Américains se retrouvent à la rues faute de pouvoir payer leur crédit, des usines ferment partout dans le monde. Le spectre de 1929 plane et ce documentaire qui entendait expliquer sous l’angle économique, sociologique et historique une catastrophe ancienne devient un film d’actualité lui-même.
Comment en est-on arrivé-là ? La question se pose avec la même acuité pour 1929 que pour 2008. A cette différence que 1929 fut un événement fondateur. En 2008, financiers et économistes savaient que la crise allait tomber. Quand ? On l’ignorait. Pour le reste c’était couru.
Le film de William Karel s’attarde sur les années 20. En France c’est la « belle époque » (pas pour tout le monde). Aux Etats-Unis, c’est la prospérité, les roaring twenties, les rugissantes années 20. Seul bémol la prohibition et le gangstérisme prospèrent, mais pas seulement. On assiste à la naissance d’une classe moyenne. Chaque famille possède sa Ford T. On consomme, on s’enrichit et l’on pense que cela va durer des siècles. En cinq ans les cours de la bourses sont multipliés par quatre. En 1929, deux milliards de dollars sont investis sur le marché. La bourse est un eldorado. Le patron de la General Motors déclare que pour 15 dollars investis il garantit un gain de 80 000 dollars. La presse économique le salue comme un visionnaire. Les banquiers de Wall street sont des « prestidigitateurs ». On devrait dire des illusionnistes. Des escamoteurs.
En juin 1929 les premiers signes apparaissent. Depuis longtemps certains économistes prédisaient la catastrophe, l’éclatement de cette bulle. On ne les écoute pas... En septembre, Wall street vacille, le 24 octobre, elle chute, en novembre elle s’effondre. Ce qui signifie une perte de 30 milliards, soit dix fois le budget fédéral américain. Face à ce cyclone qui balaye l’Amérique et commence à faire ressentir ses effets sur l’économie « réelle » le président Hoover...ne fait rien, sinon de rapatrier l’argent prêté à l’Allemagne pour sa reconstruction, histoire de restaurer la confiance des financiers. Conséquence, l’Allemagne, est asphyxié. Hitler monte dans les sondages. Il sera élu chancelier, un mois avant Roosevelt. Le bilan de ce dernier est en demie-teinte. Roosevelt instaure le new deal, fait promulguer une série de lois sociales inédites aux Etats-Unis. Mais le new deal sauvera-t-il les Etats-Unis de la crise. Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain c’est que la menace qui vient d’Europe est une aubaine pour les Etats-Unis qui en faisant tourner les usines d’armement à plein se refont une santé économique inespérée...
1929 est une analyse historique et un document d’actualité aussi passionnant et riche l’une que l’autre.
-William Karel, invité des Rdv de l’Agora, répond aux questions d’Olivier Bailly-..."


-1929 - ARTE:
Dans son documentaire sobrement intitulé 1929, William Karel, à une exception près, n’interroge aucun témoin. Dans son précédent film - Mais qui a tué Maggie ? - il avait pu interviewer quasiment au complet le gouvernement anglais dirigé par Margaret Thatcher.
Mais 80 ans après 1929, impossible de retrouver des témoins vivants. Seule exception notable, donc, la présence de l’historien Howard Zinn qui, âgé de 7 ans en 1929, se situe ici à l’intersection de l’histoire et de la mémoire.
1929, documentaire en deux parties diffusées sur Arte le mercredi 28 octobre à 20h45(1ère partie - La crise et à 21h35 2e partie - La Grande dépression). Ce film est également disponible en dvd et comporte en complément un entretien entre les économistes Joseph Stiglitz et Daniel Cohen.

- Prêts pour la prochaine crise ?:
"-Les USA sont non seulement sous la coupe des intérêts privés du secteur financier qui a réussi jusqu’à présent à échapper à toute mesure de régulation sérieuse, mais ils sont aussi dans le peloton de tête des statistiques des inégalités de revenu et du taux de pauvreté. Ces deux caractéristiques sont en général celles des états faillis, souligne Paul Craig Roberts, qui s’inquiète que l’absence de réglementation des produits dérivés ne provoque un nouveau désastre.-
Les preuves montrant que les États-Unis sont un Etat failli s’accumulent plus vite que je ne peux les répertorier.L’une des caractéristiques décisives d’un Etat failli est que les escrocs sont placés à l’intérieur du gouvernement, et utilisent ce gouvernement pour protéger et promouvoir leurs intérêts privés.Une autre caractéristique déterminante est l’inégalité croissante des revenus, lorsque ces « insiders », ces initiés, manipulent la politique économique pour assurer leur enrichissement au détriment de tous les autres.L’inégalité des revenus aux États-Unis est aujourd’hui la plus extrême de tous les pays. Le rapport 2008 de l’OCDE, « Distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE, » (PDF) conclut que les États-Unis sont le pays où l’inégalité est la plus grande et le taux de pauvreté le plus élevé dans l’OCDE. Depuis l’année 2000 on n’a constaté nulle part une telle hausse des inégalités de revenus.L’OCDE note par ailleurs que la répartition des richesses aux USA est encore plus inégale que ne l’est celle des revenus.Le 21 octobre 2009, Business Week a rendu compte d’un nouveau rapport du Programme de Développement des Nations Unies concluant que les États-Unis se situaient au troisième rang parmi les Etats ayant les pires inégalités de revenus.
Les deux premiers, Hong Kong et Singapour, étant en fait des cités-Etats et non des pays, les USA ont la honte d’être le pays où l’inégalité dans la répartition des revenus est la plus forte.L’augmentation marquée de ces inégalités de revenus aux États-Unis depuis l’année 2000 a coïncidé avec la délocalisation des emplois, qui a enrichi les cadres bénéficiant de « primes de performance » tout en appauvrissant la classe moyenne. Dans le même temps, on a également assisté à une croissance rapide des produits dérivés, négociés de gré à gré, non réglementés, qui ont enrichi Wall Street et le secteur financier au détriment de tous les autres.Des millions d’américains ont perdu leur maison et la moitié de leur épargne-retraite et devront supporter la charge de la dette publique qui a servi à renflouer les banksters qui sont à l’origine de la crise des produits dérivés.Le 21 octobre l’émission Frontline a diffusé, «
The Warning », un documentaire qui montrait comment la Réserve fédérale, Alan Greenspan, le secrétaire au Trésor Robert Rubin, le secrétaire adjoint au Trésor Larry Summers, et Arthur Levitt, le président de la Securities and Exchange Commission, ont empêché Brooksley Born, alors responsable de la Commission des Commodity Futures Trading (CFTC), de remplir son mandat et de réglementer ces produits dérivés négociés de gré à gré.Après que la pire crise de l’histoire financière des Etats-Unis ait éclaté - comme Brooksley Born l’avait prévu - Alan Greenspan, désormais discrédité, a été tiré de sa retraite pour qu’il vienne s’expliquer devant le Congrès, lui qui avait affirmé qu’aucune règlementation des produits dérivés n’était nécessaire. Greenspan avait même déclaré au Congrès que la réglementation des produits dérivés serait préjudiciable. Pathétique, Greenspan a dû admettre que l’idéologie du marché libre qu’il avait fait sienne avait révélé ses « failles ».
Greenspan a peut-être parié le futur de notre pays sur ses croyances dans le marché libre, mais qui donc pourrait croire que Rubin et Summers faisaient autre chose que de protéger les énormes profits frauduleux que procuraient à Wall Street les produits dérivés ? Comme l’a souligné Brooksley Born, les dérivés négociés de gré à gré sont un « marché obscur », sans aucune transparence. Les régulateurs ne disposent d’aucune information sur ces produits, pas plus que les acheteurs.Même après l’effondrement et le renflouement de
Long Term Capital Management en 1998, Greenspan, Rubin et Summers n’ont pas changé d’avis. Greenspan, Rubin et Summers, comme leur suiveur Arthur Levitt - qui regrette aujourd’hui de s’être fait duper par les banksters - ont réussi à manipuler un Congrès totalement ignorant en ne laissant pas la CFTC remplir son office. Brooksley Born, empêché par des représentants élus de protéger les citoyens, a choisi de démissionner.
L’argent de Wall Street avait tout simplement réussi à travestir les faits et à écarter les régulateurs honnêtes, s’assurant de l’inaction du gouvernement, et provoquant du même coup la crise financière qui a éclaté en 2008 et continue aujourd’hui de frapper notre économie.Les initiés de la finance qui ont la main sur le Trésor, la Maison Blanche et la Réserve fédérale ont transféré aux contribuables le coût de la catastrophe qu’ils ont provoqué.
Lorsque cette crise a débuté,
Henry Paulson - nommé par le président Bush comme successeur de Rubin en tant que représentant de Goldman Sachs à la tête du Trésor US - a joué sur la peur afin d’obtenir de « nos » représentants au Congrès qu’ils acceptent sans poser de questions de débloquer les centaines de milliards de dollars des contribuables (l’argent du TARP) pour renflouer Goldman Sachs et les autres malfrats sévissant dans les produits dérivés.L’indignation de l’opinion publique a éclaté lorsque Goldman Sachs a annoncé récemment qu’elle allait octroyer d’énormes bonus à six et sept chiffres à ses salariés. Tentant de défendre les banksters qui, sauvés par l’argent public, s’offrent des primes supérieures à ce que la plupart des gens gagneront en toute une vie, Lord Griffiths, le Vice-Président de Goldman Sachs International, a déclaré que l’opinion devait apprendre à « tolérer l’inégalité en tant que moyen d’atteindre à une plus grande prospérité pour tous. »En d’autres termes, « qu’ils mangent de la brioche ».
Selon le rapport de l’ONU cité ci-dessus, la Grande-Bretagne vient en 7ème position ex-æquo des pays ayant les revenus les plus inégaux au monde. Après les bonus de Goldman Sachs, les Britanniques vont monter dans le classement, et pourront peut-être rivaliser avec Israël pour la quatrième place
.En dépit de cette folie totale que sont ces produits dérivés, de la colère grandissante de l’opinion et de la confession de M. Greenspan devant le Congrès, rien n’a été fait pour les réglementer.L’un des assistants au Trésor de Rubin, Gary Gensler, a remplacé Brooksley Born à la tête de la CFTC. Larry Summers dirige le Conseil Economique National du président Obama. L’ancien membre de la Réserve fédérale Timothy Geithner, un protégé de Paulson, est le secrétaire au Trésor d’Obama. Un vice-président de Goldman Sachs, Adam Storch, a été nommé responsable de la Securities and Exchange Commission.Les Banksters sont toujours en place.Existe-t-il un autre pays dans lequel, au vu et au su de l’opinion publique, une petite minorité utilise de façon aussi flagrante le gouvernement au bénéfice d’intérêts privés, aidé par une coterie d’économistes adeptes du « marché libre », prêts à justifier le pillage, au motif que « le marché fonctionne au mieux » ?Un narco-Etat est une calamité. Mais Les États-Unis et leur « financio-Etat » dépassent cette horreur.Comme le dit Brooksley Born, si rien n’est fait, « cela va se produire à nouveau ».Mais rien ne peut être fait. Les escrocs tiennent le gouvernement.
[Note de Paul Craig Roberts : Le rapport de l’OCDE montre que malgré la réduction des impôts sous Reagan, la hausse des inégalités des revenus s’est ralentie durant cette période. Au milieu des années 1990 le coefficient Gini (une mesure de l’inégalité du revenu) a même diminué. A partir de l’année 2000, avec la nouvelle économie (qui consistait essentiellement en une fraude financière et à délocaliser les emplois), le coefficient Gini a connu une forte hausse.]
- Cessons de nous ruiner pour sauver les riches
Lire aussi
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-Crise: répliques prévisibles ?
- Sombre automne ?
-Croissance en trompe-l'oeil?

mercredi 28 octobre 2009

Identité nationale: diversion?

Un vacarme opportun...et un débat biaisé

Beaucoup de bruit pour masquer l'essentiel?

Comment instrumentaliser un thème légitime en soi mais récurrent et émotionellement porteur pour se relancer à mi-mandat, dans le contexte d'une crise imprévue et d'une faillite des projets?



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-"Nicolas Sarkozy et ses amis profitent de la «crise identitaire», du brouillage des repères pour recycler une ligne patriotique. La France de toujours, c'est une idée simple qui réconforte ceux qui peuvent être perturbés par ce monde ouvert, multiple, complexe, qui est le nôtre. Les «barbares sont à nos portes»? La France. Les lignes se brouillent? La France. La nation figée dans son éternité. Il y a bien sûr aujourd'hui de nouveaux enjeux de mémoires en fonction de ce que la mondialisation ou la construction européenne ont bousculé. Mais à quoi peut correspondre cette réponse souverainiste? Au devoir d'adhésion, il faut opposer un devoir d'intelligibilité."(Nicolas Offenstadt)

__________"Le moment choisi pour ce débat n'est évidemment pas innocent. Il y a d'abord la volonté, de la part du gouvernement, de reprendre en main l'agenda médiatique pour faire oublier une séquence problématique pour lui: l'affaire Frédéric Mitterrand, les banques, Jean Sarkozy... Empêcher la focalisation, allumer des contre-feux, c'est une grande force de Sarkozy depuis 2002 déjà. Ensuite, n’oublions pas qu'un tel débat peut être instrumentalisé politiquement. Il suffit de repenser à 2007: jamais l'électorat n'avait été aussi à gauche, et pourtant les gens ont voté pour Nicolas Sarkozy. Pas seulement pour sa dimension charismatique ou pour le «travailler plus pour gagner plus», mais aussi parce qu'il a su jouer sur l'immigration et la crainte du communautarisme..." (Vincent T.)

_________"Comment peut-on renforcer l'identité nationale ? Le rôle de l'école me paraît tout à fait central et, notamment, la place de la langue française, avec ses règles et avec ses contraintes. Il faut aussi renforcer l'enseignement de la littérature et de l'histoire. J'ai entendu Éric Besson rappeler le rôle central de l'histoire. Dans le même temps, je m'inquiète du fait que, dans le concours du professorat des écoles, on veuille supprimer l'histoire comme discipline obligatoire. Il y a là quelque chose de contradictoire dans la politique du gouvernement. De même, la diminution des postes au CAPES et à l'agrégation d'histoire, ou de littérature, me semble un mauvais signal. L'assimilation doit être aussi professionnelle. Or, il y a des discriminations à l'embauche, au logement, qui touchent certains jeunes issus de l'immigration africaine ou nord-africaine et qui sont contraires aux valeurs de la République, que celle-ci ne fait pas suffisamment respecter. On a là des éléments de troubles très forts. Enfin, il existe de véritables ghettos, à la fois sociaux et ethniques, que la République a laissés, à tort, s'ancrer dans son territoire." (D.Lefeuvre)

_____"Il n’existe aucune définition de l’identité nationale qui soit acceptée par l’ensemble des chercheurs. La raison en est simple : ce n’est pas un concept scientifique, c’est une expression qui appartient au langage politique. Il ajoute plus crûment encore : la question de l’identité nationale telle qu’elle est apparue pour la première fois le 14 janvier 2007 dans le discours de Nicolas Sarkozy « est un “faux problème”, une simple magouille électorale destinée à flatter les préjugés de la fraction la plus xénophobe de la population » (G.Noiriel)
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-Eric Besson agite le drapeau de l'identité nationale | Mediapart:
"Le président Sarkozy disparu durant deux semaines en vacances (du jamais vu à cette période de l'année), Eric Besson, ministre de l'immigration et secrétaire général adjoint de l'UMP, a aussitôt occupé le terrain. Objectif: reprendre la main sur le débat public au moment où la majorité parlementaire proteste et où l'Elysée s'est égaré dans les scandales Sarkozy (Jean) et Mitterrand. Eric Besson a donc annoncé dès dimanche le lancement d'«un grand débat sur les valeurs de l'identité nationale, sur ce qu'est être français aujourd'hui». Pour cela, le ministre s'est même dit déterminé à mobiliser l'appareil d'Etat. Préfets et sous-préfets seront requis pour organiser «des réunions avec les forces vives de la nation». Dans un communiqué de presse publié lundi 26 octobre, il avance ses premières pistes: remettre au goût du jour les «symboles» et les «emblèmes nationaux», faire chanter la Marseillaise à «l'ensemble des jeunes français» et faire donner par les préfectures des cours d'instruction civique. Il déclare vouloir «valoriser l'apport de l'immigration», mais il se contente en réalité de proposer des mesures visant à «faire partager les valeurs de l'identité nationale» par les étrangers. Et pour cela, il en appelle au contrat (à sens unique). Après le contrat d'accueil et d'intégration, il imagine un «contrat d'intégration républicaine» pour les nouveaux venus et un «contrat avec la Nation» pour les candidats à la naturalisation.«Il faut réaffirmer les valeurs de l'identité nationale et la fierté d'être français», résume l'ancien socialiste, reprenant là ce qui fut un slogan du Front national. Le ministre ne s'en cache d'ailleurs pas: il est exclu de laisser ces thèmes au parti d'extrême droite. Jean-Marie Le Pen ne s'y est pas trompé qui, lundi, a ironisé sur cette «résurgence purement électoraliste afin de prendre des voix au FN. Plus c'est gros, plus ça passe.»La gauche a également dénoncé la manœuvre, y voyant essentiellement une arme de campagne pour l'UMP. Car le calendrier est à peu près calqué sur celui de la campagne électorale des élections régionales de mars 2010. Fort opportunément, le débat voulu par Eric Besson durera deux mois et demi. Un grand «colloque de synthèse» conclura le tout début février... un mois avant le vote...La présence annoncée de Nicolas Sarkozy au colloque du 4 décembre n'est évidemment pas neutre. En pleine bérézina dans les sondages et après une «séquence» étrangère très fournie, le chef de l'Etat veut réinvestir le champ national dans la perspective des élections régionales de mars 2010. Le côté «Regardez comme je m'intéresse à vous» saute aux yeux. Mais ce serait faire injure au chef de l'Etat que d'imaginer que seules des préoccupations bassement électorales président à son intérêt pour la chose identitaire.Nicolas Sarkozy a souvent exprimé son sentiment d'appartenance. Et toujours il a privilégié le portrait du «petit Français de sang mêlé qui a acquis la fierté d'être français» (congrès de l'UMP du 14 janvier 2007) dans une tradition davantage anglo-saxonne qu'essentialiste ou mystique. Nicolas Sarkozy s'est toujours rêvé en immigré idéal, celui qui s'est intégré dans l'amour d'un pays et de ses valeurs républicaines. Il le dit au cours de sa campagne électorale: «La France, ce n'est pas une race ou une ethnie, la France c'est une République.» Ou encore lors d'une visite à Vesoul (Haute-Saône) le 15 janvier 2007: «Les usines, cela fait partie de l'identité nationale française..."

-«Sarkozy nous refait le coup du roman national»:
Une histoire "bling-bling":une formule qui renvoie à notre Président «bling-bling», du bruit, des images, des symboles, détachés de tout contexte, qui disent une France glorieuse, la France éternelle, une France mythifiée, faite de grands hommes et de grandes guerres, une France d'un seul bloc dans une permanence qui transcende les opinions, les conflits...C'est ça l'histoire « bling-bling », du brillant, du clinquant. De Guy Môquet, le jeune communiste fusillé par les nazis, ou Lazare Ponticelli, le dernier poilu de la guerre de 14-18, que Nicolas Sarkozy a réduits à de simples icônes, à la création d'un musée de l'Histoire de France, il ne s'agit que d'exalter «l'âme» de la France, son identité. C'est-à-dire un volontarisme idéologique avant d'être un projet de connaissance..."

-L'identité nationale : "grosse ficelle" pour la gauche, geste "électoraliste" pour le FN
-«L'identité nationale, pour la droite, c'est l'immigration, l'étranger»
-Identité nationale : le débat piège-à-cons - AgoraVox
-Besson et l'identité nationale: un faux débat, mais un vrai leurre
-Identité nationale: Peillon dénonce "les sous-entendus d'une partie de la droite"
- "L'identité nationale est l'affaire de tous"
-Identité française : offrons à Eric Besson quelques pages de Renan - AgoraVox
-L’« identité nationale » : un faux problème
-Identité nationale : Un débat biaisé - AgoraVox
-Les immigrés menacent-ils l'« identité nationale » ?
-Identité nationale - La vie des idées

mardi 27 octobre 2009

Travailler à en mourir ?

Bougez-vous! disaient-ils

Time to move :ou comment déstabiliser les hommes pour aller aussi vite que le Capital
-Le règne de la mobilité pour la mobilité-

-"Vous prendrez bien un petit emploi en Roumanie?..."







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- "L'histoire de France Télécom, c'est en réduction et en caricature, l'histoire du déploiement implacable d'une logique de concurrence généralisée qui fait se rejoindre les horizons les plus lointains des marchés globalisés et les subjectivités les plus intimes des salariés. France Télécom c'est donc notre histoire collective qui se lit dans l'histoire d'une entreprise et de ses salariés. Pour tout dire, on a là affaire à un cas d'école de l'expérimentation néolibérale." (Mediapart)
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...Cette technique (de mobilité permanente) impose un changement régulier de sites et de postes, et fait peser sur les salariés la menace permanente d'un déplacement vers des emplois plus difficiles ou plus éloignés, pour lesquels ils ne sont pas préparés ou mal adaptés.Elle permet également de mettre en évidence une véritable instrumentalisation de la souffrance... Le manager de France Télécom, c'est d'abord le contrôleur de tableaux de bord et le spécialiste de la performance chiffrée, celui qui incarne pour les salariés la prédominance absolue de la rentabilité financière. " (Mediapart)

-« Un jour, la responsable nous a dit : "Je sais que je suis inhumaine mais je n'ai pas le choix." Quand il faut faire de l'argent tout de suite, c'est nous, c'est la souffrance au travail » (La Voix du Nord)
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-Mobilité : pourquoi on est allé trop loin:
"La mise en cause de la mobilité professionnelle dans les drames survenus chez France Télécom vient bousculer deux décennies d'idées reçues dans les entreprises. Pendant des années de restructurations en série, les politiques de management ont loué la flexiblité et la capacité d'adaptation et dénoncé "la résistance au changement" des salariés... La mutation organisationnelle permanente était vecteur de modernité et faisait l'objet de séminaires et de programmes de coaching. Un dirigeant digne de ce nom se devait, à peine arrivé, d'imposer des changements de fonctions et de service à ses salariés, à qui l'on expliquait qu'ils auraient à changer de métier plusieurs fois dans leur carrière.
ourtant, le mouvement perpétuel a fait la preuve de ses dangers. "Sur une quarantaine de cas de suicides étudiés par Technologia (cabinet chargé depuis fin septembre par France Télécom d'enquêter dans l'entreprise), la mobilité fut un enjeu majeur dans un cas sur deux", indique son directeur général Jean-Claude Delgenes....
Lorsqu'elle est vécue comme une sanction ou génératrice de perte d'identité, elle conduit en effet progressivement au désinvestissement, et parfois au drame. Vingt-cinq suicides ont eu lieu à France Télécom en vingt mois. Au mois de septembre, Pôle emploi, qui se réinvente depuis la fusion ANPE-Assédic intervenue en janvier, a connu trois tentatives de suicide.Et 43 suicides ont eu lieu au ministère de l'énergie, du développement durable et de la mer (MEEDDM) depuis la fusion de 2007... Les suicides liés au travail sont courants, mais en opérant dans les locaux de leur employeur, les salariés désignent le responsable de leur mal-être : le management. Sur les 72 suicides déclarés en accident du travail auprès de la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM), depuis 2008, 40 se sont produits sur le lieu de travail.Comment la mobilité professionnelle, tant vantée, est-elle devenue destructrice ? Le cas de France Télécom est pour cela édifiant. L'entreprise était, jusqu'à ces drames, adepte du management par la mobilité. Celle-ci avait plutôt bien accompagné les changements du groupe depuis la sortie de l'activité télécommunications des PTT en 1989."Jusqu'en 2002, elles duraient trois ou quatre ans. Elles étaient préparées, encadrées avec un système de soutien pour le logement, les écoles, les crèches. En 2006, lorsque France Télécom est sorti de l'ornière (après avoir réduit sa dette), les salariés ont cru pouvoir souffler, explique Patrice Diochet, délégué syndical central CFTC pour France Télécom. Or c'est le contraire qui s'est produit."Dans le cadre de l'opération "Time to move" ("il est temps de bouger"), l'entreprise a instauré en 2006 des mobilités géographiques et fonctionnelles sur des missions très courtes. "Il fallait faire comprendre que le mouvement était devenue un impératif, quitte à provoquer une perte de repères des salariés, analyse Jean-Marc Le Gall, conseil en stratégie de ressources humaines. L'idée était que cette ex-entreprise publique, qui compte encore 65 % de fonctionnaires, devait intégrer la mobilité comme nouvelle culture d'entreprise afin de pouvoir mieux affronter la concurrence de SFR ".Avec l'instauration de ces missions temporaires, "des centaines de cadres ont dû changer de poste tous les six mois, avec les conséquences évidentes sur leur vie familiale. Les salariés n'avaient plus ni repère ni perspective, l'horizon était bouché au-delà de six mois", explique M. Diochet. Des mutations souvent très brutales. Un ancien cadre de France Télécom, qui a rejoint depuis un autre corps de l'administration publique, témoigne ainsi sous couvert de l'anonymat : "Le 31 décembre 2008, à 18 heures, c'est par courriel que j'ai reçu mon ordre de mission. Il m'enjoignait d'être en poste le 5 janvier au matin, à Lille, à 500 km de chez moi, et sur un poste déclassé. En tant que fonctionnaire, je n'avais pas le choix, car un fonctionnaire qui refuse une mission est démissionnaire. Susceptible de partir à la retraite dans les six mois, je ne pouvais plus prétendre à un poste digne de ce nom.
"
C'était le règne de la mobilité pour la mobilité. Plus personne ne comprenait le sens de ces incessantes restructurations, qui donnaient lieu à de nombreux flottements organisationnels, sans être assorties des mesures aptes à compenser le choc provoqué par toute mobilité, voulue ou non. "Il y a un mythe qui voudrait que les travailleurs aillent aussi vite que le capital. Mais c'est ne pas tenir compte de l'enracinement géographique et social des individus. Les êtres humains n'existent pas sans leur cadre, leur environnement, indique Philippe Davezies, enseignant-chercheur en médecine du travail à l'université Lyon-I. Ces liens sont la chair même des salariés. Lorsque la mobilité est vécue comme une sanction, qu'elle rompt la trajectoire professionnelle, ils se disent amputés" et peuvent affronter une crise identitaire, souvent à l'origine des suicides."Les salariés construisent leur identité professionnelle à la fois avec les valeurs attachées à leur entreprise - obligations et interdits, rites, réseau social - et celles de leur métier, explique Alain Simon, du cabinet de conseil ACG, spécialisé dans l'accompagnement des salariés. Lorsque les fondeurs de la Française de mécanique ont dû abandonner leur "métier viril" pour faire ce qu'ils considèrent comme un travail de "pousseur de bouton", il a fallu un accompagnement collectif pour rendre ce changement possible."
La direction de France Télécom a pris conscience qu'elle était allée trop loin et a suspendu les mobilités forcées ainsi que, depuis le 20 octobre, toutes les restructurations jusqu'à la fin de l'année, "afin qu'on puisse négocier les mutations non seulement sur l'aspect quantitatif, mais également qualitatif : pour ceux qui partent et ceux qui restent", dit M. Diochet.Au MEEDDM, qu'il a fallu rebaptiser ainsi tant son identité est multiple depuis la fusion de 2007, "un travail avec des sociologues a été entamé pour donner les moyens aux équipes de terrain de mieux repérer les situations à risque", y affirme-t-on. Trois ans plus tard, le produit de cette enquête est toujours en phase de finalisation."Les mobilités liées aux grandes réorganisations nécessitent des études de faisabilité humaine et sociale", assure M. Delgenes. Elles doivent s'inscrire dans une stratégie de développement claire, communiquée aux salariés et qui identifie des métiers auxquels les "déplacés" pourront s'adapter grâce à un accompagnement technique, culturel et psychologique.Au-delà de cette récente prise de conscience, il faut sans doute se demander pourquoi ces drames du mal-être au travail interviennent aujourd'hui. Alors que les cadres se sont beaucoup investis pour s'adapter aux mutations des organisations, A cette frustration s'est ajouté, avec la crise, le sentiment de s'être sacrifié pour une économie immorale ,la financiarisation des entreprises les a souvent exclus des décisions stratégiques, faisant d'eux de simples exécutants. "Le maintien des parachutes dorés est apparu comme du capitalisme de pillage : une violence que certains ont retournée contre eux-mêmes ?", s'interroge le sociologue Norbert Alter.La mobilité mal conçue est une rupture supplémentaire dans un monde du travail vécu sans perspective, depuis que la crise en a bouché l'horizon. La hausse brutale du chômage nourrit la peur. En 1929, les suicides avaient eu lieu à Wall Street. En 2009, la peur s'est étendue à l'ensemble des entreprises"
(Anne Rodier)

-La mise à mort du travail :
"...Mondialisation, réduction de personnel, exigences de productivité accrues : l'enquête de Jean-Robert Viallet restitue le contexte économique dans lequel s'inscrivent ces drames humains. La chaîne, qui diffuse ce documentaire en première partie de soirée, propose aux téléspectateurs de prolonger la réflexion par l'intermédiaire d'un site dédié sur France3.fr."
-“Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés”
-"Travailler à en mourir"
_____La souffrance au travail. Entretien avec Christophe Dejours-
-Stress au travail en chiffres et test
-Résistances et consentements des salariés dans l’ingénierie automobile
-« Capitalisme et pulsion de mort » : le libéralisme allongé sur un divan
-Souffrance au travail : les langues se délient
-Délocalisations

- De la servitude volontaire
-ZONES: Propaganda
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-Management brutal
- Coaching à la F.-Télécom

dimanche 25 octobre 2009

Taxe Tobin: le retour?



Où l'on reparle d'une fiscalité globale

Une mesure jugée naguère irréaliste, sujette à controverse, reprend du service. Désormais réalisable?

Les ministres des affaires étrangères d'une dizaine de pays, se sont réunis à Paris le 22 octobre dernier à l'invitation de Bernard Kouchner. Ils ont demandé à un groupe d'experts de leur remettre en mai 2010 un rapport sur l'établissement d'une taxe sur les transactions financières afin de renforcer l'aide au développement. L'association ATTAC milite depuis longtemps pour promouvoir cette idée dans le débat public.

[L’origine de la taxe Tobin remonte à 1971 lorsque le système monétaire international constitué de taux de change fixe autour d’une monnaie pivot, le dollar, s’effondre. Une nouvelle architecture financière internationale, construite autour de taux de changes flottants dans un contexte de libéralisation croissante des transactions financières internationales, voit alors le jour en 1971. Le principal inconvénient d’un tel système est l’instabilité chronique des taux de change puisqu’ils subissent les positions spéculatives. Afin de parer à une trop forte volatilité des devises, James Tobin propose alors d’instaurer une taxe sur les transactions de change.]
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-Mais quid des conditions ? -Un simple "coup médiatique"?-

"...M. Barroso ne serait pas seul à envisager cette solution : le président du Financial Services Authority de la City de Londres, Lord Adair Turner, se serait récemment dit favorable à une version de la taxe Tobin qui permettrait de contrôler les excès de la spéculation financière qui, selon lui, aurait été « beyond a socially reasonable size ». « If you want to stop excessive pay in a swollen financial sector you have to reduce the size of that sector or apply special taxes to its pre-remuneration profit. Higher capital requirements against trading activities will be our most powerful tool to eliminate excessive activity and profits. » Il ajoute : « If increased capital requirements are insufficient I am happy to consider taxes on financial transactions – Tobin taxes. »Pour Lord Adair Turner, qui aurait aussi déclaré que la plupart des transactions de la place financière de Londres étaient « socialement inutile », cet instrument est d’autant plus intéressant que les recettes de cette taxe pourraient servir à financer des « biens publics globaux ».___________________________

Taxe Tobin, le retour:
"Le ministre français des affaires étrangères s'est fait l'avocat d'une taxe sur les transactions financières « parce qu'il n'y a plus assez d'argent pour le développement ». Et Bernard Kouchner a invité ses collègues, ministres des affaires étrangères d'une douzaine de pays réunis dans une « Task force sur les transactions financières et le développement », à discuter de ses propositions le jeudi 22 octobre à Paris. Nous osons espérer que cette nouvelle initiative internationale ne sera pas uniquement un « coup médiatique » de plus, mais débouchera sur des propositions pour de véritables taxes globales à la hauteur des défis de la mondialisation aujourd'hui en crise.De son côté, le FMI a également été mandaté par le G20 pour réfléchir à la faisabilité de taxes globales. Nous ne pouvons que nous réjouir de ces initiatives. Rappelons que cette question a déjà fait l'objet du rapport Landau, commandé par Jacques Chirac en 2004, qui a servi de base à un accord quadripartite (Brésil, Chili, Espagne et France) adopté en septembre 2004, aux Nations unies, entre 117 pays. Ce qui a donné naissance à une taxe sur les billets d'avion qui contribue aujourd'hui à financer la lutte contre les pandémies.

Attac a défendu dès sa création l'idée d'une fiscalité mondiale avec la taxe Tobin. Cette taxe visait à atteindre deux objectifs indissociables : lutter contre la finance spéculative et redistribuer équitablement les ressources entre les 6,5 milliards d'êtres humains de la planète. Ces objectifs allaient à l'encontre du « Consensus de Washington » dont l'objectif était de privatiser et de déréguler pour promouvoir le laisser faire, dans tous les domaines, au profit des seuls marchés à la place des États et des organisations internationales.Avec la crise actuelle, le désert dans lequel nous prêchions s'est peuplé de nouveaux prophètes parmi les hommes politiques et les experts. Si la plupart font référence à James Tobin, une minorité mentionne Attac comme principale origine du renouveau de toutes ces propositions. Attac est peu attachée à la propriété intellectuelle. En revanche, elle l'est vis-à-vis du véritable progrès et elle se méfie des propositions politiciennes qui dénaturent celles destinées à transformer la mondialisation actuelle. Pour nous, les prélèvements sur les transactions financières internationales ne doivent en aucun cas prendre la forme d'une contribution volontaire, comme le propose Bernard Kouchner. Il doit s'agir d'une taxe et donc d'un prélèvement obligatoire. Car on voit mal comment cette taxe contre la spéculation pourrait être efficace si elle ne frappait que les spéculateurs volontaires !Il ne faudrait pas, non plus, que cette taxe globale se substitue à l'aide publique au développement que les pays riches se sont engagés à verser aux pays en développement. Aujourd'hui, cette aide ne représente que le tiers de l'objectif de 0.7% du PIB qui avait été fixé. En aucun cas, la « contribution » sur les transactions financières proposée par M. Kouchner ne doit être le moyen pour les pays riches de se défausser des engagements qu'ils ont pris dans le passé. La dégradation de la planète et la crise actuelle sont le résultat d'un système économique global dont le critère ultime de décision est la rentabilité financière. Depuis les années 1980, les régulations publiques - en particulier, les accords de Bretton Woods de 1944 ainsi que la plupart des systèmes de protection sociale - ont été démantelées pour laisser opérer les seuls marchés au profit des pays riches et des détenteurs du capital.Nous préconisons une rupture radicale par rapport à cette mondialisation devenue insoutenable. Une voie de ce changement est la préservation et la production de biens publics mondiaux (BPM) qui, hors de la portée des marchés, permettront à l'humanité de vivre dans le cadre de la société qu'elle aura choisie et sur une planète vivable pour les générations futures. Parmi ces BPM, on pense évidemment à la santé, à l'éducation, aux connaissances, à la sécurité alimentaire, au climat, à l'eau, ainsi qu'à la stabilité financière. Notons, à ce sujet, que l'un des deux lauréats du prix d'économie, décerné par la Banque de Suède, est Elinor Ostrom qui a été sélectionnée pour ses travaux sur les biens communs, tels que les « communs de la connaissance », menacés par la marchandisation.La production de ces biens publics, ou biens communs, exigera des ressources publiques mondiales bien supérieures aux 20 ou 30 milliards indiqués par Monsieur Kouchner. Nos propositions de taxer l'ensemble des transactions financières et les bénéfices consolidés des multinationales, et de mettre en place des taxes écologiques, permettraient de collecter les 1500 milliards nécessaires, soit 2,5% du produit mondial. La réorientation écologique de l'économie mondiale répondant aussi à une exigence de justice sociale est à ce prix. Réorienter une fraction faible, mais stratégique, de la richesse mondiale produite par an relève-t-elle de l'utopie ?"

-Taxe Tobin, le retour...
"...L’idée d’essayer de dégonfler le volume des opérations financières liées à la spéculation et mettre, dixit Tobin, «du sable dans les rouages trop bien huilés de la finance», n’est pas nouvelle. Impulsé par Jacques Chirac, le rapport Landau avait noté dès 2004 qu’il n’existait aucun obstacle à la mise en place d’une fiscalité transnationale. Et pour passer de la théorie à la réalité, des modes de «financements innovants», censés pallier les promesses non tenues d’aide au développement, ont vu le jour. Notamment la taxe sur les billets d’avions, lancée par la France en 2006 avec une dizaine de pays : Unitaid. Engrangeant 300 millions d’euros, elle permet, selon Kouchner, «de traiter, 100 000 enfants par an» avec des médicaments contre le sida, la tuberculose et la malaria.«Ce qui est nouveau ? dit-on au Quai d’Orsay. Le sujet n’est plus tabou. Avant, c’était : circuler il n’y a rien à voir, ce n’est pas faisable. Maintenant, la volonté politique ne cesse de monter en puissance.» Ne lui reste plus qu’à atteindre une taille critique. Là dessus, Kouchner fait pour l’instant profil bas. Et pour cause. La France, n’aurait rallié que deux alliés. De taille, certes : la Grande-Bretagne et l’Allemagne..."
-Brown veut bien «examiner» la taxe Tobin... mais trop vite
-le retour de la taxe Tobin
-"Transactions financières internationales et développement" - Attac France
-Contre la tyrannie des marchés financiers

Politique israëlienne: vers l'isolement


Des Israëliens s'inquiètent

Un pays malade de ses politiques et de son passé, du cynisme de certains de ses dirigeants, qui s'enferme dans des impasses meurtrières, après le grand aveuglement
-Des ennemis partout?

"Toute critique légitime se voit immédiatement qualifiée ici d'antisémitisme...

Diviser le monde entre le camp du bien absolu et celui du mal absolu - notre camp et celui de nos ennemis, sans aucun juste milieu - est un signe de désespoir et d'une perte totale de repères" (GL)
[-Netanyahou galvaude la mémoire de l’Holocauste-]
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Israël, au risque de l'isolement
[-Israel's attacks will lead to its isolation - Haaretz - Israel News-]
Gideon Levy, éditorialiste de Haaretz, s'inquiète de l'isolement croissant sur la scène internationale d'un Israël qui assimile toute critique à une manifestation d'antisémitisme, y compris lorsque ces critiques émanent de ses amis les plus proches. Alors que toute autre nation se remettrait en cause, souligne-t-il, Israël semble au contraire vouloir multiplier les rebuffades et distribue des gifles diplomatiques tous azimuts, de la France à la Chine. --- L'histoire comme la géographie d'Israël expliquent la prévalence du sentiment obsidional qui a toujours guidé les actes de ses dirigeants-(OBSIDIONAL)-. L'absence de profondeur stratégique, la mythologie du peuple élu y ont un rôle, à l'évidence. Mais ils n'auraient certainement pas une telle prégnance sans le souvenir de l'Holocauste. Les juifs d'Europe ont été trahis de façon infâme par les sociétés dont ils pensaient faire partie. En France, des anciens combattants de 1914-1918, couverts de médailles pour les sacrifices endurés, ont été déportés vers la mort par la police obéissant aux ordres de Vichy. Ce traumatisme fondateur suffit à lui seul à expliquer pourquoi les dirigeants israéliens peuvent être enclins à ne faire confiance à quiconque. Une première fois abandonnée par la communauté des hommes, la nation juive ne veut désormais compter que sur elle-même pour garantir sa survie et paraît accepter le destin terrible de n'avoir d'autre horizon qu'une guerre perpétuelle. En semblant avoir perdu - pour l'instant, espérons-le - la volonté de retisser cette confiance, de rechercher une paix juste, de nouer des liens apaisés avec l'ensemble de la région, Israël s'enferme dans une logique jusqu'au-boutiste, devenue imperméable aux appels à la raison, fussent-ils lancés par ses amis les plus proches. Si cette peur fondatrice - réelle mais aussi coupablement instrumentalisée par des démagogues - l'emporte, avec tout ce qu'elle peut avoir aussi d'irrationnel, d'incommensurable par essence, si Israël se refuse à faire la paix, ou pire encore si Israël choisit d'attaquer l'Iran, alors un spectre d'outre tombe aura remporté une ultime et sinistre victoire.
Récemment, Israël s'en est pris au reste du monde, lui portant coup après coup. Alors que la Chine ne s'est toujours pas remise de l'absence du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman à la réception à l'ambassade de Tel-Aviv - lourde punition pour le soutien de la Chine au rapport Goldstone - la France panse ses plaies après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ait mis son « veto » à une visite de son ministre des Affaires Etrangères à Gaza. Et Israël vient à nouveau de porter un coup sévère : son ambassadeur à Washington, Michael Oren, va boycotter la semaine prochaine la conférence organisée par J Street, la nouvelle organisation de lobby pro-israélien (1) .
La Chine, la France et J Street finiront par se remettre de ces boycotts, tout comme la Turquie se remettra de la révolte des vacanciers, (2) et on peut s'attendre à ce que même les Suédois et les Norvégiens se remettent des vives réprimandes d'Israël (3) . Mais un pays qui attaque et boycotte tous ceux qui ne sont pas exactement en accord avec ses positions officielles se verra isolé, abandonné et détesté, à l'image de la Corée du Nord aujourd'hui ou de l'Albanie hier. Il est plutôt surprenant qu'Israël utilise cette arme, car il sera bientôt lui-même la victime ces boycotts.
Israël frappe et frappe encore. Il frappe ses ennemis, et désormais il s'en prend aussi à ses amis qui osent ne pas partager complètement ses choix politiques. Le cas de J Street en donne un exemple particulièrement saisissant. Cette organisation juive a grandi aux USA en même temps que la renommée de Barack Obama. Ses membres souhaitent un Israël qui soit juste et épris de paix. C'est là son tort, et le boycott est sa punition.
L'ambassadeur d'Israël à Washington, M. Oren, est un représentant dévoué : il pratique lui aussi le boycott. Après s'en être pris à des éditorialistes israéliens, dont moi-même, dans un article publié par The New Republic, pour avoir osé critiquer le discours de M. Nétanyahou à l'ONU - ce qui constitue un outrage à part entière - l'ambassadeur-propagandiste a utilisé à nouveau l'arme du boycott, cette fois contre une nouvelle organisation juive et sioniste qui veut s'opposer à l'establishment juif américain et à son nationalisme à la main lourde.
Au nom de qui M. Oren agit-il ainsi ? Pas au nom de la société israélienne, dont il est censément l'ambassadeur. Les anciens diplomates d'Union soviétique et d'Europe de l'est n'auraient pas agi différemment.
Une telle agressivité est de mauvais augure. Elle provoquera l'éloignement de nos véritables amis et accroitra notre isolement. Le slogan « une seule nation » est devenu un but, notre isolement devient un objectif. Qui restera à nos côtés une fois que nous aurons attaqué et boycotté tout le monde ? Abe Foxman, de l'Anti-Defamation League (4) ? Notre avocat-propagandiste Alan Dershowitz (5) ?
Diviser le monde entre le camp du bien absolu et celui du mal absolu - notre camp et celui de nos ennemis, sans aucun juste milieu - est un signe de désespoir et d'une perte totale de repères. Car au-delà d'un ambassadeur à Washington qui ne connaît rien à la démocratie et au pluralisme, et souhaite uniquement complaire à ses maîtres, un tel comportement - qui consiste à donner des coups de pied et à aboyer comme un fou en tous sens - est en train de détruire Israël.
En ne nous permettant pas d'exprimer une opinion, Israël est en passe de devenir un paria pour le reste du monde, provoquant le rejet des autres nations. Qui faut-il incriminer ? L'opération Plomb Durci, par exemple. Il n'y a plus que les États-Unis qui soient restés systématiquement nos alliés, aveugles à toutes nos erreurs. Toute autre démocratie qui aurait vu son statut international se dégrader autant aurait commencé à se demander quelles erreurs ont été commises.
En Israël, notre réaction est exactement inverse : c'est le reste du monde qui est coupable. Les Scandinaves sont hostiles et les Turcs sont des ennemis, les Français et les Britanniques détestent Israël, les Chinois ne sont que des Chinois et les Indiens n'ont rien à nous apprendre.
Toute critique légitime se voit immédiatement qualifiée ici d'antisémitisme, y compris lorsqu'elle émane de Richard Goldstone, qui est un juif sioniste. Nous renvoyons tout le monde dans les cordes sans ménagement, en espérant ainsi qu'ils changent d'avis, et deviennent soudainement emplis de compréhension pour le meurtre des enfants de Gaza. Désormais, même l'Amérique, même les juifs américains, ne sont plus à l'abri des agressions d'un Israël qui a perdu le sens de la mesure.
Les dégâts s'accumulent, de Pékin jusqu'à New York. Après le boycott de J Street, même les juifs américains comprennent qu'Israël n'est pas une société tolérante, un pays libéral, à l'esprit ouvert, en dépit de ce qu'on leur raconte.
Tous sauront désormais que « la seule démocratie au Moyen-Orient » n'est pas exactement cela, et que quiconque ne répète pas ses messages de propagande sera considéré comme un ennemi - qui pourra également être sévèrement puni.
Aussi sévèrement que le milliard de Chinois qui pansent leurs plaies après le coup dévastateur que le ministre israélien des Affaires Etrangères leur a porté personnellement."

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ContreInfo - Israel/Palestine
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-Israel: dangereuse dérive
-Paroles d'Israël
- Israël: pacifisme en recul
-ISRAEL: opinion captive ?
-Israël : divisions et dérives