Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 6 août 2010

Au diable le démon !

Où est passé Lucifer?

-Une histoire de Satan

«Le diable est encore le meilleur subterfuge pour disculper Dieu.»(Freud)

« L’enfer est dans la vie, là où vivent les sots. » (Lucrèce)

-


Les métamorphoses du démon




__L'ancienne génération a encore en mémoire certaines images, parfois angoissantes, traces laissées par des années de catéchisme et des siècles de conditionnement religieux: celles du démon , censé représenter toutes les formes du mal , en lutte contre celles du bien, expression de la volonté divine.
Le Diable et le Bon Dieu: deux principes antagonistes qui se partageaient le monde, les coeurs, la prime du pouvoir étant l'apanage du dernier, le premier, "ange déchu", prince de l'enfer, des ténèbres, cherchant à piéger les âmes, à se mettre en travers de leur chemin (sens de "diabolos", signifiant obstacle en grec) et les entraîner vers leur propre perte. L'un permettant paradoxalement de valoriser l'autre, de renforcer son image de toute-puissance, le triomphe du Bien étant toujours possible. ___"Belzébuth était bien utile pour expliquer le Mal. Quand on croyait en un Dieu bon, inventé par les hommes, il fallait bien avoir recours aux démons pour rendre crédible et expliquer toutes les horreurs de l’humanité. Alors, on aurait inventé Satan, avec l’enfer pour les mécréants. "___
__-Ces représentations , dans le contexte de peur en Occident, d'hypermoralisme, d'une religion qui investissaient presque tous les aspects de la vie, toute effrayantes qu'elles fussent, permettaient en même temps de donner du
sens à certains aspects de l'existence, ceux qui étaient les plus mal compris, donc les moins rassurants: toutes les formes du "mal", aussi bien physiques (phénomènes naturels traumatisants: catastrophes naturelles, épidémies...) que morales (violences, débordements du corps, la sexualité étant particulièrement vécue comme l'expression du "péché" par excellence, du fait de la suspicion et de l'opprobre qui dominait à son égard).
___Par l'action supposée du diable , l'homme pouvait trouver à la fois une "explication" et un "soulagement": il avait des clés pour comprendre tout ce qui lui échappait et l'inquiétait, à l'extérieur comme à l'intérieur de lui-même. Dans ce contexte, la vie était vécue sous le signe de la lutte entre deux puissances plus ou moins antagonistes et la perspective de deux aboutissements possibles: le paradis ou l'enfer (le purgatoire, échappatoire possible à l'enfer ayant été inventé assez tardivement), la liberté ne jouant qu'un rôle mineur.
Ce schéma est propre au christianisme depuis les premiers siècles, les "Pères de l'Eglise", même s'il a connu des variantes multiples avec l'histoire de l'Eglise et de la théologie,contribuant au contrôle des esprits, à l'instrumentalisation de la culpabilité, dans
l'univers morbide de la faute.
__Depuis la Renaissance, avec le développement de l'humanisme, puis de la pensée scientifique, le démon perd de son influence, devient aussi plus intériorisé. Les peurs ancestrales se sont effacées avec les progrès de la connaissance, des techniques, de la médecine notamment. La psychanalyse a mis en évidence le rapport entre certaines pulsions et les croyances en leur source satanique, l'origine infantile de la culpabilité et des croyances religieuses.
Aujourd'hui, l'Eglise a bien du mal à le faire admettre comme ayant une existence fondée, elle ne s'y réfère plus ou si peu et condamne même toutes les formes de cultes ésotériques qui s'en réclament encore, même si elle tolère encore la pratique de l'exorcisme. La sorcellerie relève maintenant du folklore.
Le diable a donc réussi à se faire oublier...Où est passé Satan ?
Un fantasme comme un autre, mais dont la force a été conférée par la puissance des croyances collectives, consacrées par des institutions qui s'imposaient sans contestation ni doute

Mais le diable (ou ses expressions mentales) a une histoire , ses figures et ses fonctions changent avec les lieux, les cultures, les époques. Il n'a pas toujours été personnalisé, il n'a pas eu tout le temps des aspects anthropomorphiques ou zoomorphiques. L'univers du monde diabolique est d'une richesse étonnante, témoignant de la variété des peurs humaines dans des contextes différents et de puissance de son imaginaire stimulé par l'ignorance et la crainte (Spinoza). La démonologie nous apprend beaucoup sur l'homme, du point de vue anthropologique.Les textes , la littérature, l'art en général en témoignent abondamment.
_____________________
Article repris dans Agoravox

Aucun commentaire: