Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 30 septembre 2010

De Détroit à Sochaux


Des robots et des hommes

__Vu à la télé...
_France 5_




__Deux univers , semblables et différents.
-Hier: Le fordisme commençant, inspiré de Taylor, quelque part dans le nord des USA, dans les années vingt.[-Même si Les temps modernes ne correspond pas à une description au sens strict-]
-Aujourd'hui: la robotisation poussée, à Sochaux ou à Onnaing-Valenciennes, sous l'influence du toyotisme.
_Toyota, le nouveau modèle?

Des voitures. Un cadre gris, un autre coloré. Deux mondes éloignés?

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____Sur le fond, des principes semblables: la lutte pour du temps gagné, l'organisation rationnelle des tâches, l'économie du geste, sa répétitivité, la standardisation, la polyvalence des activités, la rentabilité (produire plus en moins de temps)
-Mais un système encore "rudimentaire" jusque dans les années 80, avec des machines assez traditionnelles, quoique parfois sophistiquées, un monde "gris", plutôt rebutant, peu souple, très hiérarchisé : "le travail à la chaîne de papa".
-Un monde plus "clean" depuis une trentaine d'années, plus pensé dans le détail, plus organisé (le numérique est l'outil de base, qui calcule le geste, le déplacement, le mouvement de la "file", qui découpe plus finement l'activité et régit la logique, le management d'ensemble), moins hiérarchisé en apparence, plus souple, le système étant sensé reposer sur la responsabilité valorisée des "opérateurs", voire des "compagnons", à forte polyvalence.

__Un point de convergence: le même objectif, théorisé dès le 18° siècle par Adam Smith, "père de l'économie moderne": dans le cadre de la concurrence des entreprises entre elles, la baisse du coût de la force de travail ("capital variable") est primordiale, car elle détermine le prix, la valeur étant conditionnée par le temps de travail moyen pour produire une marchandise. D'où l'exigence de réduction du temps de travail moyen, d'où la nécessité de sa rationalisation, couplée à de nouvelles machines qui la renforcent. Time is money...La rentabilité et le profit sont l'alpha et l'omega. De proche en proche, on est arrivé à la forme, pour l'instant la plus aboutie d'organisation : le toyotisme, devenu un modèle universel. A quand l'usine complètement automatisée (dont rêvait Aristote comme un mythe), où l'homme serait définitivement absent? On s'en approche parfois...


____Une libération du travail?
Des gains formidables de productivité certes, dans cette course permanente pour le temps, mais à quel prix?
-Moins d'efforts physiques, mais réduction de l'espace de travail, isolement des opérateurs (le mot "ouvrier" , OS, est devenu has been), augmentation des cadences, pénibilité, responsabilité accrue, vide de la pensée et du goût du travail, qui perd de son sens, management permanent et impersonnel, stress important lié au "juste-à-temps", au flux-tendu
. D'où la démotivation, les affections squeletto-musculaires, l'effacement de la solidarité, la crainte constante de la délocalisation ou/et du licenciement (une partie du personnel temporaire_volant de sécurité, "matelas" commode quand chutent les commandes_ étant sous le régime de la précarité)
__________________-Une organisation logique mais impitoyable, dont les enjeux sont aujourd'hui mondiaux. Se développer ou mourir: quel fabricant dominera les marchés demain, en éliminant les concurrents? De ce point de vue, rien n'a changé depuis le 19° siècle...sauf la priorité donnée aujourd'hui au capitalisme financier et à l'actionnariat toujours plus gourmand.
Le capitalisme financier: le grand acteur non visible dans les ateliers de montage.

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Faut-il licencier les robots ?

"...Deux chercheurs français ont découvert que l'annonce des plans de licenciement présentait ces dernières années un étrange phénomène: ils surviennent en masse deux fois par an. Pourquoi? Tout simplement parce que les dirigeants, talonnés par la crise, cherchent obsessionellement à augmenter leur productivité juste avant l'assemblée générale des actionnaires (en hiver) et les résultats intermédiaires pour les investisseurs (en été). Or il est bien plus facile de réduire les dépenses salariales que d'augmenter les ventes ou d'inventer de nouveaux produits... Les temps sont révolus où un patron était fier du grand nombre de ses employés. Le grand chic, aujourd'hui, c'est d'écrémer. Au nom d'un pseudo-ratio économique trompeur. «La productivité par employé a augmenté de 40000 à 50000 francs», déclarent triomphalement les directeurs à leurs actionnaires. Or la productivité n'est pas le rapport entre chiffre d'affaires (au-dessus de la barre de fraction) et nombre d'employés (au-dessous). En réalité, elle comprend aussi tous les autres facteurs de production: investissements, en machines ou autres, stocks, etc. On peut être aussi mauvais patron en achetant des machines ou en laissant dormir des stocks qu'en engageant des travailleurs inutiles, des conseillers parasites, des restructurateurs bidon... ou en se taillant un salaire de lion. Quand les actionnaires l'auront compris, le nec plus ultra sera peut-être de licencier ses robots, les consultants... ou les patrons..."

...ou les taxer ?

mercredi 29 septembre 2010

Chine en pointe

La Chine brule les étapes




Lorsqu'on évoque la Chine, les propos sont presque toujours ambivalents. Il sont à la fois, ou tour à tour, critique et/ou élogieux. A l'égard de ce pays, exceptionnel par sa vitesse de développement, énigmatique souvent, nous sommes tantôt craintifs , tantôt admiratifs, souvent fascinés même.




-Nous redoutons cette puissance économique montante, en pleine mutation, atelier du monde, profitant des délocalisations d'une partie de notre industrie traditionnelle, qui font la fortune de certains capitaux, mais contribuent à détruire inexorablement nos emplois, donc à compromettre notre niveau de vie, par les salaires qui stagnent ou qui baissent, par le chômage qui se développe.
Nous finançons ainsi la montée en puissance de la Chine, qui nous concurrencera de ce fait encore plus , prenant d'autres parts de marché....et soutenant financièrement l'économie américaine défaillante, pour continuer à y exporter ses produits.

"L
es dirigeants chinois ont parfaitement mis en pratique la stratégie des arts martiaux et de la sagesse orientale: utiliser la force de l'adversaire contre lui-même."
Processus qui pourraient être partiellement contrarié si des relocalisations voient le jour, pour diverses raisons, dont l'augmentation du prix du pétrole

-Puissance travailleuse et habile, qui sait faire siens brevets et innovations, pour concurrencer efficacement nos entreprises, même de pointe. Le temps n'est pas loin où la Chine construira ses avions de ligne, comme elle fabrique aujourd'hui ses trains à grande vitesse. Des Silicon Valleys se créent un peu partout.
La Chine revendique maintenant la première place du classement mondial des superordinateurs . De plus en plus de jeunes ingénieurs bien formés, à l'étranger ou dans de modernes universités, entrent sur le marché du travail .

On peut constater beaucoup de retards et de dysfonctionnement, certes, dans nombre de domaines (infrastructures insuffisantes, déséquilibres régionaux, santé mal prise en charge, aides sociales insuffisantes ou inexistantes, corruption à de nombreux niveaux...) mais qui commencent à connaître rapidement des débuts de solution.
De toutes façons,
"...La Chine n'est pas pressée. D'ailleurs, les autorités évoluent rapidement dans le domaine monétaire, notamment avec la réévaluation progressive du Yuan. Pékin accompagne le développement du pays, et plus particulièrement au niveau régional en permettant aux investisseurs étrangers de recourir au Yuan et d'améliorer la valeur de leurs actifs. Si la Chine poursuit sur sa lancée, nul doute qu'elle parviendra à ravir aux Etats-Unis le rang de première puissance économique mondiale, à horizon 2025, comme le prévoient la Banque mondiale et Goldman Sachs. " (Valérie Lion)

-Bien sûr, ce développement comporte ses revers, de grandes fragilités. Des salaires bas (mais cela ne durera pas, sous l'effet de luttes sociales
en cours), de gigantesques défis à relever: pollution, manque d'eau, démocratie dans le berceau (même si elle devra se développer par nécessité sociale), censure sévère, notamment sur le net, mais qui ne sera pas toujours efficace...Certains penseurs chinois n'en doutent pas: « La Chine deviendra une démocratie . Sous quelle forme?

Mais ce qu'il y a de fascinant dans le modèle de développement chinois, c'est sa capacité à brûler les étapes, dans de nombreux domaines.
La croissance est vertigineuse, même si on peut être réservé sur les données officielles. Les grandes inventions ont fait le passé prestigieux de la Chine. Elle renoue aujourd'hui avec cette tradition, un temps éclipsée: recherche de pointe sur les cellules souches, grande percée sur les véhicules électriques et surtout des avancées spectaculaires dans le domaine des économies d'énergie et de la réduction de la pollution, qui a fait dire qu'elle va peut-être devenir la première superpuissance verte , nous donnant des leçons dans de nombreux domaines.
..[L'irrésistible ascension de la recherche chinoise]
"...S’il est souvent de bon ton en Occident de stigmatiser la Chine pour sa pollution, le réveil pourrait s’avérer douloureux. Dans sa course vers la modernité, la Chine en est déjà à l’étape suivante, intègre désormais largement les préoccupations du développement durable, et aura sans doute sous peu une longueur d’avance sur l’ouest, toujours prompt à donner des leçons, nettement moins à passer à l’acte. Certes, il est plus aisé d’innover sur une page blanche. Mais en Chine comme ici, la clé d’un développement maîtrisé, c’est le pilotage public. Et sur ce plan, en termes d’avantages comparatifs, si chers aux économistes, nos nations partent avec un très lourd handicap. Celui de s’être dessaisies de leurs prérogatives et souveraineté, au bénéfice du court termisme d’un secteur privé dominé par un actionnariat prédateur, par nature incapable de conduire un changement structurel coordonné..."
Entre autoritarisme et fragilité, superpuissance potentielle, l'Empire du Milieu est en passe de devenir la deuxième économie mondiale, ce qui ne sera pas sans conséquences sur le marché de l'énergie et dans le domaine géopolitique.

La Chine TGV est lancée, mais les incertitudes restent grandes...


mardi 28 septembre 2010

Nez: en avoir ou pas

L'odorat, un sens mal aimé, mal connu, mais aux pouvoirs insoupçonnés.

Le nez, métaphore aux aspects multiples, mais un NEZ ZEN...
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__Je vais mettre mon NEZ dans un sujet rarement évoqué, parfois jugé peu convenable ou peu digne d'intérêt: une anthropologie de l'odorat, le sens généralement le moins valorisé, le plus profond,le plus mystérieux, longtemps le plus associé à l'animalité.
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_Ce sens subtil peut-être plus ou moins éduqué (les parfums, les vins...), son intensité et sa sélectivité varient selon les périodes historiques et les cultures, le conditionnement.
____Des goût et des odeurs à travers l'histoire et les cultures: un fascinant objet d'étude...
La notion de "mauvaises odeurs" est une construction sociale, qui s'inscrit dans les transformations des moeurs et des pratiques.
L'
hygiénisme s'imposera au 19° siécle. Ses excès et ses dérives (parfois morales) à notre époque, avec la chasse obsessionnelle aux "mauvaises petites odeurs", même les plus tolérables autrefois. Les paysans d'antan "sentaient la vache", mais ne le remarquaient pas...Avec le développement de la ville, tout change. Quoique dans certains quartiers de Dakar, le nez occidental est un peu à la peine.
L'abondance des
déodorants ne nous coupent-ils pas d'une partie concrète de notre existence?
Ne serions-nous pas devenus, par l'effet d'un conditionnement marchand, des handicapés du pif?...
"L'abaissement de la tolérance vis-à-vis des mauvaises odeurs joint à l'émergence de l'hygiène corporelle et à la mode des parfums délicats constituent des faits historiques se situant dans les années 1750. Tout à coup, il y a des lieux où l'imprégnation est devenue extrême, la puanteur soudainement insoutenable, la menace imminente. Les années passant, des voix s'élèvent pour constater que cet abandon, ces spectacles de boues, d'égouts à ciel ouvert, d'ordures déposées au pied des murs nuisent à la renommée de la cité. Mieux encore que les textes des scientifiques, les récits des voyageurs « délicats » expriment cette différence nouvellement apparue..."
L'étude des parfums à Versailles aux XVIIe et XVIIIe siècles nous en dit long sur la médecine et les fantasmes d'une époque encore proche de la nôtre...



-L'odeur peut être enivrante, attractive, mobilisant les fibres les plus profondes de l'individu, érotique parfois (fabuleux marché pour les parfumeurs!), ou désagréable, répulsive, quand elle est associée à la mort, à la charogne. L'odeur des "cocottes" attirait ou éloignait: l'odeur et la morale se mariaient intimement. Dis-moi ce que tu sens, je te dirai...
Une rose respirée peut changer l'humeur et le rapport affectif à la nature. L'odeur d'un cadavre, plonger l'individu dans une sorte d' effondrement psychologique. L'un fuira les odeurs d'hôpital, l'autre sera attiré par l'odeur si particulière du jeune chiot. Extrêmes variations subjectives de l'odorat et de ses affinités...

La puissance et le développement de l'odorat plongent leurs racines dans la toute première enfance: les premières odeurs, celles du corps de la mère, reconnue à distance, alors qu'il ne voit pas encore, celles du lait nourricier...celle des excréments, neutres ou attirants au début pour le bébé, attraction narcissique refoulée sous l'effet de l'éducation _stade anal_ (qui s'obstine à appeler "caca", tout ce qui "sent mauvais", mais aussi tout ce que les conventions réprouvent)
-On comprend que la psychanalyse se soit intéressée à cet aspect , parfois toujours en éveil, hyperdéveloppé dans certains cas, parfois dormant, anormalement réduit, pour des raisons obscures. Le roman (et le film) de Süskind nous donne une idée vertigineuse des contrastes et des capacités d'un pouvoir olfactif hors du commun, où Grasse est un des acteurs
...
_________________Pour approfondir: on peut y mettre son NEZ avec profit...

-Article publié (un peu modifié) dans Agoravox

lundi 27 septembre 2010

Allemagne: xénophobie?

Merkel sur la vague?

Thilo Sarrazin veut bouter les Sarrasins..et les pauvres.

______________"..Dans un sondage organisé par l’édition dominicale du quotidien populaire à grand tirage « Bild », 51 % des 501 personnes interrogées se disent en grande partie d’accord avec les propos de M.Sarrazin contre seulement 9 % qui rejettent ses déclarations. Matthias Matussek, journaliste du magazine « Der Spiegel » estime que le social démocrate « a crevé l'abcès », et Gerda-Marie Schönfeld publie dans l’hebdomadaire « Stern » un article intitulé « Sarrazin hat Recht » (Sarrazin a raison)..."


__________________-"L'Allemagne court à sa perte" (Sarrazin)
Difficile d'apprécier l'ampleur du mouvement xénophobe en Allemagne, d'autant plus qu'il n'est pas nouveau, sans être véritablement structuré, sinon sous forme de groupuscules déjà anciens.

-Schwarz auf Weiß avait déjà dénoncé le racisme en Allemagne. Des violences contre des immigrés, turcs notamment, dont les industriels avaient et ont besoin, ont déjà eu lieu depuis des années, notamment des meurtres xénophobes.
_________-Mais, depuis quelques semaines, il semble que l'on ait franchi une étape nouvelle, l'exemple venant de haut. Posture "décomplexée" d'un membre de l'institution: l'affaire Sarrazin, "héros populaire" pour der Spiegel, qui a dû finalement démissionner de la Bundesbank pour les propos qu'il a tenus, vient au premier plan de l'actualité , comme révélatrice d'un mouvement de fond et des clivages de la société allemande.
Il n'en était pas à ses débuts :"...
Thilo Sarrazin, ce sexagénaire moustachu, a accumulé ces dernières années les déclarations sulfureuses.Lorsqu’il était responsable des finances mal en point de la ville de Berlin, le social-démocrate défrayait la chronique avec des sorties sur les plus pauvres, très nombreux dans la capitale allemande. Il avait concocté un menu pour prouver aux bénéficiaires de l’aide sociale qu’on pouvait se nourrir de façon équilibrée avec 4,50 euros par jour. Plus tard, il conseillera aux plus modestes, face aux augmentations des charges locatives d’enfiler un pull et de baisser leur chauffage..."
-Bien que réprouvé d'abord par A.Merkel, ses sorties xénophobes finissent par amener le chancelière à durcir son discours sur l'immigration, à surfer sur la vague. Les thèses racistes de Thilo Sarrazin divisent l'Allemagne. Racisme qui semble croître, du moins dans ses manifestations visibles.
Les dessous de l’Allemagne nous sont souvent mal connus.
Cette affaire n'est-elle qu'un épiphénomène ou est-elle révélatrice d'un mouvement profond, qui touche de nombreux pays d'Europe, un racisme qui se développe, sur fond de crise économique?
-Comme récemment en Suède, en Suisse, comme en France sous d'autres formes...Des dérives qui ont été encouragées à des fins électoralistes, comme l'affaire récente des Roms. La théorie du bouc émissaire fonctionne, hélas!, trop bien. Elle a un passé déjà ancien.
__________Peut-on parler
d' un racisme européen , qui s'exprime notamment par un désir de sécurisation des frontières? L'absence d'une politique économique d'ensemble, de principes clairs en matière de contrôle des flux migratoires, le désamour vis à vis d'institutions qui ont failli... accentuent les clivages et stimulent les replis nationaux, voire nationalistes, donc xénophobes.
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-Délires de Sarrazin, ou quand l’islamophobie rend fou( Marsu)
-Derrière la fin du multikulti, la crise du modèle allemand ?
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-Vertueuse Allemagne?

dimanche 26 septembre 2010

Fascinantes fractales

Hier soir, l'émission Fractales, à la recherche de la dimension cachée, sur Arte, n'était pas un modèle de clarté et de pédagogie_trop de sensationnel et d'approximations_ mais elle avait au moins une dimension poétique, pour un esprit peu versé dans ce domaine, elle faisait rêver...
Le monde des fractales est fascinant

(cliquez sur les figures)



-Complexité et simplicité s'associent dans ces figures qui font chanter les formes et les couleurs, qu'on peut inventer à l'infini, qui donnent parfois des clés pour mieux comprendre certains aspects du réel qui nous apparaît souvent aléatoire, comme la forme d'un nuage ou une feuille.... Non pas une photographie de la réalité, mais des "approximations convenables", des paradigmes nouveaux, des modèles féconds. Platon imaginait déjà quelques formes géométriques simples se combinant pour produire la réalité du monde visible.





_Mandelbrot fut un pionnier dans un domaine qui apparaît de prime abord comme un jeu de l'esprit, mais qui se révèle une clé pour rendre compte autrement de la complexité du réel. Il en parle ici.
De bons vulgarisateurs suivent ses traces avec talent et pédagogie.
-La valeur heuristique des fractales se double d'une capacité artistique inédite, que la puissance de calcul de l'ordinateur vient renforcer.
L'art et les mathématiques s'associent pour nous faire entrer dans un MONDE MAGIQUE
, où le virtuel ouvre des portes inédites, un monde de formes pures, qui peuvent déboucher, par exemple, sur des applications architecturales renouvelées.Un champ d'exploration infini s'ouvre à l'imagination créative de l'homme.
La littérature et la musique se sont parfois essayées à imiter sa logique itérative.

Rêveries? _
Le mathématicien
René Thom déclarait: « Une grande partie de mes affirmations relève de la pure spéculation ; on pourra sans doute les traiter de rêveries. J’accepte la qualification. […] Au moment où tant de savants calculent de par le monde, n’est-il pas souhaitable que d’aucuns, s’ils le peuvent, rêvent ? » Tenter de faire rêver avec le calcul constitue sans doute un défi…
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-Logiciel pour générer ses propres fractales




samedi 25 septembre 2010

Sale temps pour Obama

Sur la corde raide...

A l'approche d'élections importantes, Obama semble en bien inconfortable position.

"Nous n’avons pas fait le nécessaire pour étayer les fondations de notre prospérité "(Obama)







La grogne vient de partout, légitime ou pas, reflétant parfois des intérêts contradictoires
_«Pour le mouvement ouvrier américain, la première partie du mandat d’Obama est une catastrophe.»
C’est le titre de l’éditorial d’un leader syndical publié dans le Washington Post. Il invoque le même grief: Obama ne répond pas aux attentes... cette fois des travailleurs."_

-Les démocrates n'ont plus la cote. L'image du leader démocrate est toujours plus brouillée. La politique des petits pas a montré ses limites.
Enfoncé dans une crise qui s'aggrave sur bien des points, dans un climat de pessimisme général ,où les USA doutent d'eux-mêmes, le Président semble réduit à une relative impuissance, prisonnier de nombreux lobbies.
-Pourtant , malgré un mandat à haut risque, tout avait bien commencé pour lui et les premières mesures allaient dans le bon sens, même si la réforme du système de santé, portant arrachée au terme d'une rude lutte, ne fut qu'une demi-mesure. L'obamadéception est venue assez vite.
-L'entourage choisi fut un boulet: la pression des conseillers de la finance compromit une réforme de fond indispensable. Après une embellie relative de l'économie, le marasme revient, le climat social se dégrade. Le chômage de masse s'amplifie, le problème du logement devient dramatique pour beaucoup, les classes moyennes se sentent menacées.
-A la Maison Blanche, les défections s'enchainent. Les généraux n'en font qu'à leur tête.
-En politique étrangère, l'armée s'enfonce dans le bourbier afghan. Au Proche-Orient, les promesses ne suffisent plus, dénotant l'impuissance à changer la donne, autrement qu'en parole.
-Une opposition radicale surgit, Tea Party,rassemblant de manière hétéroclite les mécontents de tous bords, que la très démagogue Sarah Palin s'efforce de fédérer. Les excès et la radicalité de ce "poujadisme" bruyant (toujours moins d'impôt!..) en viennent à effrayer les conservateurs eux-mêmes, débordés sur leur droite, ce qui peut provoquer peut-être une victoire possible du camp Obama.
___Mais, en cas de victoire, que pourra-t-il faire après? Quelle marge de liberté lui restera-t-il ?
[Paul Krugman, prix Nobel d’économie, économiste américain et chroniqueur du New York Times, invitait, lors d’une entrevue à CNBC, Barack Obama à adopter un nouveau plan de relance de 800 milliards de dollars américain, si ce dernier ne veut pas perdre le contrôle du Congrès aux élections de mi-mandat en novembre. Comment voulez-vous régler votre problème d’endettement si l’économie ne reprend pas, s’interrogeait l’économiste ? Krugman prévient qu’une nouvelle récession guette les États-Unis. Selon les économistes de Natixis, cités par le quotidien Le Monde, les dettes cumulées des États-Unis, du Japon, de la zone euro et du Royaume-Uni ont gonflé de 11 233 milliards de dollars entre 2007 et 2010...-P.C.
« Le temps est passé où l’on pouvait faire confiance à l’administration pour qu’elle entreprenne ce qui est nécessaire - tout porte à croire qu’elle ne le fera pas de sa propre initiative » P.Krugman]

___Le système du pouvoir aux USA est vraiment très particulier et
certains, comme J.R.MacArthur, en dénoncent depuis longtemps le fonctionnement. Y aurait-il quelque chose de pourri au pays de l'Oncle Sam?...
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-
Quadrature du cercle washingtonien
-Obama menacé par l'essor des conservatismes

vendredi 24 septembre 2010

Retraites: et les femmes?

Les femmes piégées par leur carrière


Réparer une injustice




____"Le projet va renforcer les inégalités entre hommes et femmes. Parce que les femmes sont plus touchées par la précarité, parce qu'elles ont parfois des carrières en pointillés, elles ont un mal fou à comptabiliser le nombre de trimestres nécessaires pour une pension à taux plein : 44% seulement y parviennent. Contre 86% des hommes. Elles prennent donc leur retraite environ dix-huit mois plus tard. Une situation que la réforme va accentuer. Premières victimes : les femmes qui sont nées après 1951 et qui ont arrêté de travailler pendant quelques années pour élever leurs enfants..."

Femmes et retraites : quelles propositions ?

"La question des femmes a mis un peu de temps à émerger dans le débat public sur les retraites. Elle est désormais au cœur des revendications des syndicats et des préoccupations de nombreux parlementaires, pas seulement ceux de gauche. Les inégalités hommes/femmes face à la retraite sont criantes, et la réforme actuelle risque de les aggraver. Mais ce débat en cache un autre : en exigeant des mesures spécifiques, ne risque-t-on pas de cristalliser l'existence de ces inégalités ?
Quelques chiffres sur les femmes et la retraite pour mesurer l'enjeu de la question :
  • Seulement 44% des femmes partent avec une retraite à taux plein, contre 86% des hommes.
  • 76% des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes.
  • Les femmes partent à la retraite à 61,5 ans, contre 60,1 ans pour les hommes.
  • 21 % des salariées sont contraintes de liquider leur droit à la
    retraite à 65 ans, contre 13% des salariés. Vont-elles désormais devoir attendre 67 ans ?
  • ______Ces inégalités entre hommes et femmes ont trois explications distinctes liées à la vie professionnelle ou familiale :
  • Les carrières des femmes sont interrompues plus souvent -congés parentaux, CDD, chômage…
  • Les femmes sont plus souvent à temps partiel.
  • Leurs rémunérations restent, à qualification égale, inférieures à celles des hommes.

La réforme en cours, qui propose de faire reculer l'âge de départ à la retraite à taux plein de 65 à 67 ans, risque d'aggraver la situation. « Aucune étude “genrée” [par sexe, ndlr] n'a été menée », s'étonne la chercheuse Dominique Méda, qui a travaillé sur ces questions au sein du Laboratoire de l'égalité. Le gouvernement se défend en arguant que les inégalités vont décroitre avec l'augmentation du taux d'emploi féminin et le jeu des majorations pour enfants, mais la chercheuse reste sceptique : « La différence entre le nombre d'années travaillées se réduit, certes, mais ce n'est le cas ni des inégalités salariales -aucun progrès n'a été fait
depuis les années 1990- ni des temps partiels ».

Faut-il prévoir des mesures spécifiques aux femmes dans la réforme sur les retraites ? Le gouvernement juge que la retraite n'est que le réceptacle des inégalités de la vie professionnelle et de la vie privée. Autrement dit, ce n'est pas le rôle de cette réforme de les « compenser ».___Laurence Parisot, présidente du Medef, qui s'affiche « féministe », va plus loin : selon elle, laisser partir les femmes à la retraite avant les hommes, équivaudrait à « entériner cette inégalité »._Mauvais procès ? Ceux qui prônent des corrections ne réclament pas de mesures « spécifiques » aux femmes. __La Halde, par exemple, a fait ces quatre propositions pour atténuer la situation.

  1. Calculer les droits à la retraite des temps partiels sur la base d'un temps plein (avec la participation de l'employeur).
  2. Calculer la retraite sur la base des 100 meilleurs trimestres (et non des 25 meilleures années), ce qui donnerait un avantage (minime) aux salariés enchainant des CDD.
  3. Donner des pensions de réversion aux veuves (ou veufs) pacsés (et plus seulement aux gens mariés).
  4. Maintenir l'âge de la retraite à taux plein pour les personnes ayant pris un congé parental.
  5. Les propositions du Sénat: Au Sénat, les centristes se sont saisis du sujet. Nicolas About, président de leur groupe, prépare « un amendement pour faire diminuer en douceur le taux de décote » entre 65 et 67 ans, de manière à faciliter le départ à la retraite même si le taux plein n'est pas atteint.__De son côté, le président du Sénat, Gérard Larcher, souhaite que soit maintenu le droit de partir à la retraite à 65 ans sans décote, pour les femmes ayant élevé au moins trois enfants..."
-La France ne remercie pas ses pondeuses
-Les femmes, principales perdantes de la réforme des retraites
-Le sort réservé aux femmes fait débat
-Retraites : les femmes payent le prix fort

-Retraites : un projet futile et déraisonnable -
-Retraites: méfions-nous des apparences
-Retraites, une panique organisée
-Laurence et la capitalisation
-Retraites : une réforme tout bénef... pour les assureurs !
________________________________
-Retraites (suite...sans fin)
-Fin de la retraite à 60 ans ou mobilisation décisive?

jeudi 23 septembre 2010

Enigme suédoise

Séisme politique ou coup de fièvre passager?



Hier soir, l'émission C'est dans l'air sur France5 s'est efforcée d'éclairer un événement singulier, difficilement compréhensible pour nous, habitués à une certaine image idéalisée de la Suède, qui a frappé les esprits surtout dans l'Europe du Nord: la montée de l'extrême droite aux élections de dimanche dernier. Des leaders à la Haider, plutôt jeunes et décomplexés, dont le discours est ouvertement raciste, ont contribué à faire d'un petit groupuscule une force montante.Le pays est sous le choc, mais ne reste pas sans réactions.
"A l’issue des élections législatives, l’extrême droite fait une entrée historique au Parlement de Stockholm. Cette percée spectaculaire provoque un séisme politique dans le pays inventeur de l’Etat-providence et confirme l’essor des mouvements populistes en Europe. _Depuis dimanche 19 septembre 2010 et les élections législatives suédoises, l’échiquier politique de ce petit pays scandinave, berceau de la social-démocratie moderne, est bouleversé. Pour la première fois de son histoire, l’extrême droite va faire son entrée dans l’arène parlementaire. _Le parti Sverigedemokraterna (Démocrates de Suède), une formation issue de groupuscules néonazies, a obtenu 5,7 % des suffrages, ce qui est certes bien loin du record européen obtenu, en avril dernier, par l’extrême droite hongroise (16,7 % des voix). Mais dans un pays où la droite populiste a longtemps été cantonnée à des résultats inférieurs à 1,5 %, l’évènement est de taille. _D’autant qu’avec 20 députés sur les 349 sièges du Riksdag suédois, le parti Démocrates de Suède (SD) trouble les tractations pour la formation d’un gouvernement. En effet, ni l’opposition social-démocrate, qui enregistre son plus mauvais score depuis 1914, ni les gagnants du scrutin, les conservateurs sortants, ne disposent d’une majorité absolue..".

-Pour le première fois, l'extrême droite est au parlement, signe d'une xénophobie qui monte dans le pays, même si c'est de manière limitée par rapport à d'autres pays européens, comme le Danemark, la Hollande ou l'Allemagne. A la faveur de la crise, de la faillite du modèle néolibéral et de l'absence de solution alternative de la part d'une gauche anesthésiée, l'ethnicisme gagne du terrain.
Certes,
la Suède est en crise, comme le reste du monde , mais les conséquences en sont moins dures que partout ailleurs, malgré des restructurations douloureuses dans les années 80, des groupes industriels sont encore très importants, le chômage, phénomène assez nouveau, reste relativement limité, les inégalités moins importantes qu'ailleurs, la politique sociale très favorable, le niveau d'éducation assez bon, la santé bien assurée, le pays semble attaché à un service public en rénovation, mais toujours important.
La population vieillit, le recours à une certaine immigration a été rendue nécessaire et l'accueil des nouveaux immigrants (Irakiens catholiques, Libanais, Syriens,etc...) se fait dans des conditions plutôt positives (voir les témoignages dans le document de F5).
La situation relativement privilégiée de le Suède rend difficilement compréhensible un changement si brutal, même si des signes avant-coureurs semblaient l'annoncer.
Il est vrai que la population est très homogène et n'a pas été constituée comme d'autres par des apports démographiques extérieurs multiples au cours de son histoire. L'arrivée récente de la main d'oeuvre demandée par l'industrie aurait-elle dérangé le douillet confort de l'"entre-soi"?
La sociale démocratie, qui n'a pas peu contribué à rendre le pays prospère, serait-elle en fin de course, déclinante, sans réponse face à une crise qui affecte le pays, qui exporte beaucoup? La restructuration du service public l'a laissée sans réaction, provoquant une certaine colère des classes moyennes.
Resterait-il aussi des traces d'un
racisme et d'un eugénisme ancien?...Un poids
lourd à porter.
Situation politique inédite, moins simple qu'on ne pourrait le penser...
«L'ironie, c'est que ce déclin de la gauche coïncide avec le moment où l'ensemble des partis politiques et de la société acceptent le modèle qu'elle a construit depuis les années 1930. Pendant des années, la droite faisait campagne contre le socialisme. Aujourd'hui, plus question de tenir un tel discours. Au contraire, ils acceptent l'héritage des sociaux démocrates, tout en proposant de le moderniser par petites touches»

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Article repris par Agoravox
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L'islamophobie, business électoral de la peur en Europe
-Ascenseur pour les fachos?
-À propos de l'islamophobie
- L' islamophobie: une myopie intellectuelle ?

mercredi 22 septembre 2010

Presse mourante?


Une presse de plus en plus sous tutelle

__Depuis des années, les médias passent peu à peu, mais inexorablement, sous le contrôle de certains groupes économiques et financiers, avec une concentration et une homogénéisation de plus en plus marquées, qui nuit évidemment à une diversité démocratiquement nécessaire, formatrice de l'opinion. Il suffit pour s'en convaincre de voir qui possède les medias.




__L'affaire du Monde est une des récentes tentatives en ce sens , sans parler de la volonté affichée ces jours-ci par Dassault de prendre le pouvoir au
Parisien, avec l'intention déclarée de restaurer les "idées saines" (sic!). "

"...Quand on connaît la
conception de l'information qu'a Serge Dassault -« faire œuvre de militantisme politique » - la nouvelle a de quoi inquiéter. En rachetant Le Figaro en 2004, il disait vouloir y publier « des idées saines ». Comprendre : les idées de l'UMP. Le directeur du quotidien Etienne Mougeotte, en contact régulier avec Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et Brice Hortefeux, applique la recette avec zèle.Frustré après le rachat du Monde par trois millionnaires (Pigasse-Niel-Bergé) dont deux sont classés à gauche, Nicolas Sarkozy aurait encouragé le rachat de 100% du Parisien par le groupe Dassault. Voici ce qu'il aurait confié à des journalistes après le changement de mains du quotidien du soir en juin, selon L'Express :« Vous n'avez rien compris, ce n'est pas l'avenir du Monde qui est important et qui m'intéresse, mais c'est le sort du Parisien !
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«Le Parisien»: le nouveau mirage de Serge Dassault :
"...
L'argent ne devrait pourtant pas être un problème pour Serge Dassault puisque l'Etat vient de valider l'achat de onze nouveaux Rafale pour 800 millions d'euros. «C'est un mélange des genres habituel dans le sarkozysme, estime Patrick Bloche, secrétaire national du Parti socialiste chargé des médias. Deux grands quotidiens nationaux d'information se trouveraient alors dans les mains d'un seul homme
dont le groupe vit des commandes de l'Etat. C'est un enjeu majeur, à cause de l'impact d'un grand journal populaire comme Le Parisien sur l'opinion. Nous craignons que la rédaction subisse quotidiennement la pression pour relayer la communication du gouvernement comme le fait Le Figaro, qui publie des sondages payés par l'Elysée, par exemple...»
___La presse (encore relativement) indépendante, critique, gène...
La presse, les medias en général sont en péril.
Le projet politique qui sous-tend cette volonté de contrôle de l'opinion apparaît évident, même s'il prend des formes masquées ou détournées. La collusion entre le monde monde des affaires et l'équipe au pouvoir apparaît avec évidence, sur ce plan comme sur d'autres, même si les intérêts communs ne sont pas publiquement explicités.
La présidence suit de près le problème...
Media control, comme aux USA? Une évolution à la Murdoch?

__Le bilan est aussi inquiétant aux
Etats-Unis , où la crise et le développement de la presse en ligne accélère le processus. Une presse victime de ses propres dérives.
"...La cause du collapsus de l’industrie journalistique est à rechercher dans sa perte de diversité. Le modèle du monopole a dominé l’industrie vers le milieu du XXème siècle. Dans presque toutes les villes des Etats-Unis, il y avait un quotidien dominant, soutenu par une économie de plus en plus puissante qui faisait une concurrence acharnée aux autres. A la fin du siècle, il ne restait qu’un seul journal local dans environ 98 % des villes étasuniennes.Les monopoles menaçaient la démocratie, et les quotidiens sont devenus des gardiens des nouvelles régionales dont le contrôle permettait de dominer la politique locale et de s’arroger un pouvoir illimité..."
-États-Unis : l’hyper-réalité d’une presse commerciale en pleine décadence

-Mediastudies bookstore
-Le Centre de formation des journalistes saisi par l'argent-roi
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-Sarko et la presse___-Quel journalisme ?___Subventionner la presse?___-
-Télé : vous avez dit information ?___-Journaliste ou journaleux ?__- Le JT : à jeter ?___-Trahison des médias ?___- Mythologies journalistiques ?______-Journalistes à tout faire de la presse américaine


mardi 21 septembre 2010

La sécu demain...

Les risques de la privatisation






________-Le fameux "trou de la sécu" (un faux trou) a déjà été dénoncé comme un mythe.
-La menace de soins privés ne date pas d'hier.
L'hôpital public est déjà en danger.
-Une privatisation invisible le mine .

_-__Quand l'Etat ruine la Sécurité Sociale______________

A quelle sauce peut-on être mangé (pardon, soigné...)?
__Point de vue( à discuter):
".....Aucun des spécialistes en économie de la santé, observateur de la scène internationale, ne se fait l'avocat de la concurrence par le financement car, soit ce système fonctionne et il est inégalitaire : certaines personnes étant, faute de revenu suffisant, sorties totalement (comme aux USA, même après la réforme Obama) ou partiellement (près de la moitié des Américains sont insuffisamment assurés) du marché, soit il est fortement régulé et le bénéfice de la concurrence est alors perdu ; enfin dans les deux cas il est très cher à gérer - ne serait-ce que parce qu'aux frais de gestion de 5,5 % de l' Assurance-Maladie viendront s'ajouter au moins 15 % de frais de marketing... et qu'il faudra, avec ça, générer des bénéfices - et très complexe à concevoir. Les frais de gestion du système de soins sont de 20 % aux Etats-Unis (assurances privées et système public pour les plus démunis) de 5,5 % en France (plusieurs régimes publics) et de 2 % au Canada (système unique nationalisé). Même la Banque mondiale cherche depuis deux années à promouvoir dans les pays du Sud des systèmes de sécurité sociale après l'échec retentissant des privatisations qu'elle a suggéré, voir imposé.
__________Des formes atténuées de cette même idée, comme la délégation de gestion des fonds de l'assurance maladie par des entrepreneurs privés, proposée par le Medef, posent des problèmes analogues car si les affiliés d'un gestionnaire vivent à Neuilly ou en Seine-Saint-Denis leurs dépenses seront différentes, or il est facile de distordre une clientèle en faisant de la publicité ou du démarchage ici plutôt que là et, de fait de reléguer au secteur public les zones les moins rentables. On sait d'ailleurs que les Pays-Bas sont en train de tirer les leçons de l'échec de ce système. Même l' Allemagne est revenue sur son système de simple mise en concurrence des caisses de la seule Assurance-Maladie.
Je pense donc que les propositions de mise en concurrence des financeurs de l'Assurance-Maladie sont d'ordre purement idéologique, et c'est l'observation des résultats des expériences étrangères qui m’amène à l'écarter formellement.
Il faut en effet développer l'argumentation contre la mise en concurrence de la Sécu avec les assureurs privés, que 2 directives européennes (92/94/CEE et 92/96/CEE) transposées dans notre législation en 1994, pourraient rendre possibles.
_________A - La concurrence dans l'assurance - maladie : deux notions à distinguer
La concurrence peut porter sur l'assurance elle-même
C'est-à-dire que chacun s'assure sur un marché privé et paye des primes pour s'assurer contre le risque maladie.
Ce système a été réalisé aux Etats-Unis, en Amérique latine, et, cas extrême, à Singapour, où chacun épargne individuellement pour financer ses frais médicaux sans mutualisation des risques par un assureur.
Les assureurs peuvent agir en tant qu'opérateurs intermédiaires entre :
- un système de financement public d'une part ;
- les usagers et les professionnels de santé d'autre part.
L'assureur se fait acheteur et entrepreneur de soins pour l'assuré : il choisit ou organise un réseau de professionnels et d'établissements de santé pour prendre en charge un patient « abonné » chez lui, pour lequel le financeur public lui verse une rémunération forfaitaire.
Ces deux formes de concurrence peuvent coexister
C'est le cas des Health Maintenance Organisations (HMO) aux Etats-Unis, qui remplissent les deux fonctions.
_______B - La concurrence entre assureurs
La forme la plus radicale de concurrence consiste à laisser l'assuré choisir son niveau de couverture sur un marché privé : la prime qu'il paye est fonction de deux paramètres :
- du niveau du risque qu'il représente;
- du niveau de risque auquel il souhaite se couvrir.
Cette idée est à la base de l'idéologie libérale, selon laquelle le jeu de préférence des individus conduira au niveau souhaitable des dépenses de santé, et que les sanctions des consommateurs à l'encontre des assureurs de mauvaise qualité améliorera la production de soins.
- Elle est totalement antinomique des principes d'équité et de solidarité entre bien portants et malades, entre riches et pauvres.
- Mais l'analyse des expériences étrangères révèle que la contrepartie attendue en termes de meilleure efficacité est également déçue.
Un système moins équitable…
- Un malade chronique devra payer beaucoup plus qu'une personne en bonne santé d'un même âge; sinon, les assurés en bonne santé se tourneront vers un autre assureur discriminant mieux les risques.
- La prime étant indépendante des revenus, elle pèsera plus lourd dans les petits budgets.
- Le fonctionnement spontané d'une assurance livrée à la seule loi du marché conduit à en exclure totalement certaines populations : celles qui sont trop pauvres, celles qui présentent un trop grand risque; aux Etats-Unis 17% de la population n'a aucune possibilité d'accès aux soins, et cette proportion ne cesse d'augmenter.
...dont on ne peut corriger les effets pervers…
Les aménagements de la concurrence introduits dans différents pays ont tous échoué à réduire partiellement l'iniquité du système :
- s'ils imposent des tarifs trop uniformes, ils renforcent les pratiques d'écrémage ;
- s'ils imposent la solidarité de manière coercitive, ils vident la concurrence entre assureurs de ses incitations à l'efficacité, ce qui est le but officiel du système ; ainsi, aux Pays-Bas, où les personnes dépassant un revenu-plafond sont tenues de contracter une assurance privée (ce qui prive l'assurance publique de leurs cotisations et contribue à l'appauvrir), l'Etat a réglementé ce marché pour limiter les possibilités d'écrémage par les assureurs : dès lors, ces assureurs, qui couvrent une population aisée, n'assurent que les petits risques.
…sans garantie d'une plus grande efficacité…
- Pour être assurable, un risque doit être individuel et aléatoire ; ce n'est pas le cas en matière de santé, où il peut être collectif (épidémies) et certain ( pathologies chroniques). C'est pourquoi, dans tous les pays où l'assurance est privatisée, les risques les plus lourds restent pris en charge de manière universelle par des systèmes publics.
- La tarification en fonction du risque est particulièrement difficile pour le risque maladie : les caractéristiques individuelles de discrimination, telles que l'âge et le sexe, ne permettent d'écrémer que 3% des dépenses ; dès lors, les assureurs la complètent par des stratégies de marketing permettant un écrémage collectif : ciblage des populations à revenus élevés. Les assureurs les plus efficaces en matière de contrôle de la qualité des soins et de leur coût de production attirent vers eux les plus gros consommateurs de soins et se trouvent pénalisés.
…ni d'une maîtrise des dépenses
Comme le démontrent les expériences du Chili, des Etats-Unis, et de la Suisse, ces deux derniers pays étant, au contraire, ceux qui consacrent au système de soins la part la plus élevée de leur PIB ( respectivement 14% et 13%, contre 10% au maximum pour la plupart des autres pays développés).
___________________En conclusion:
Des problèmes d'équité et d'exclusion insolubles pour une efficacité non garantie : la privatisation totale de l'assurance santé semble exclue en France, du moins à partir du premier euro et c'est vers la deuxième hypothèse que semble s'orienter le Gouvernement.
________C - La concurrence entre « acheteurs/entrepreneurs de soins »
Dans ce système, le montant de la prime est déconnecté du choix de l'assureur par l'assuré : le système est toujours financé par des prélèvements obligatoires fixés en fonction des revenus , et non du risque ; l'assureur est un opérateur intermédiaire, qui organise la prise en charge des assurés qui ont choisi de s'abonner chez lui, en contractant avec des professionnels de santé et des établissements de soins, et qui reçoit une rémunération forfaitaire du financeur public.
Cette formule est-elle en mesure d'améliorer le fonctionnement du système de soins, sans accroître les iniquités entre riches et pauvres, et entre bons et mauvais risques ?
La fonction d'entrepreneur de soins
Contrairement à une idée répandue, les principales causes de l'inefficience, médicale et économique, d'un système de soins dépendent beaucoup moins des comportements individuels des médecins et des patients que des formes de son organisation, de sa coordination et de sa gestion.
Si notre système, que seule l'OMS trouve optimal, est loin de l'être, c'est du fait de :
- la complexité et la multiplicité des prises en charge des patients ;
- la multiplicité des intervenants aux fonctions empiétant les unes sur les autres ;
- l'absence de tout système de continuité et de contrôle de la qualité et de l'utilité des soins ;
- les cloisonnements administratifs artificiels (ministère de la Santé pour les hôpitaux, CNAM pour la médecine non hospitalière) ;
- la liberté quasi-absolue laissée tant aux producteurs qu'aux consommateurs de soins : toute réforme tentant d'introduire un peu de rationalisation devra nécessairement être liberticide, d'où le manque d'enthousiasme à y procéder..."
(Elie Arié)
(Suite...)
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-Avec la crise, des Français renoncent à se soigner
-Les politiques anesthésient le secteur de la santé
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-Propositions