Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 2 décembre 2011

Semences de colère

_Vers une totale privatisation des semences?
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" Les semences de ferme, jusqu'ici tolérées, sont désormais légalisées... à condition de verser une "rémunération aux titulaires des COV" – à savoir aux entreprises de semenciers , "afin que soit poursuivi le financement des efforts de recherche et que les ressources génétiques continuent d'être améliorées"

Pour le plus grand profit de groupes multinationaux de plus en plus concentrés et engagés dans l'agrochimie. Déjà 5 multinationales contrôlent 75 % de la semence potagère sur la planète. Contrôler les semences, c'est contrôler la production agricole...

_Un pas de plus vers la privatisation du vivant... et une diversité en recul accéléré. "Il s'est produit une "extraordinaire érosion de la diversité des plantes cultivées au point qu’aujourd’hui quelques variétés de blés, très proches génétiquement les unes des autres, couvrent 80% de l’assolement annuel en blé , et que 80% des légumes cultivés il y a cinquante ans ont disparu." (RSP)

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"Robinson trouva dans la cale du navire naufragé une balle de blé, qu'il sema. La récolte fut belle mais, malgré son appétit, il n'en croqua pas un grain. L'industrieux solitaire se réjouissait de la moisson plus fabuleuse encore qu'il recevrait l'an prochain, pour prix de son abstinence. Alors, il resema. Doux rêveur! Naïf qui croyait à l'usage libre et gratuit des graines! A peine Robinson eût-il semé de nouveau, que, surgi de nulle part sur cette île qu'il croyait déserte, un inspecteur vint lui corner aux oreilles : « il est interdit de resemer sa propre récolte! Payez la taxe aux obtenteurs de l'espèce! » Le contrôleur disparut, laissant Robinson fauché comme les blés. C'est ainsi que Crusoé creva de faim sur son île, et que personne ne put jamais raconter son histoire." (Juliette Keating_Mediapart_)

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_______Sans doute pour contrer un renouveau des semences paysannes, lundi, les députés ont entériné la Loi sur les Certificats d'Obtention Végétale. Cette loi va étendre l’obligation de payer une nouvelle taxe, la « Contribution Volontaire Obligatoire » à 21 espèces : orge, avoine, pois, trèfle, luzerne….Pour les autres espèces (cultures intermédiaires, légumes, soja) elle interdit les semences de ferme. Les paysans qui ne respecteront pas cette loi seront des contrefacteurs, donc des délinquants. Le premier effet de cette loi est de taxer les éleveurs qui font de l’autoconsommation de leurs céréales où qui cultivent des plantes fourragères. L’objectif des semenciers est d’augmenter progressivement la taxe pour que les paysans trouvent moins d’intérêt à faire de la semence de ferme.__D’ici quelques temps, les semenciers auront la mainmise totale sur les semences alors qu’actuellement ils ne fournissent que 50% des volumes. Nous nous trouverons alors dans une totale dépendance qui peut mettre en péril la capacité même à ensemencer tous nos champs." (Réseau semences paysannes)

Alors qu'en mai 2010, les Sénateurs refusaient la privatisation des semences.

__Pourtant, les semences, vitales, ne sont pas des produits comme les autres et la diversité est fondamentale pour aujourd'hui et demain.

"La biodiversité ne se résume pas à des gènes mis en boîte et stockés dans des frigos. Aujourd'hui, on veut réduire toutes les collections à des banques de gènes, mais une plante ne se réduit pas à son code génétique ! La biodiversité, en effet, n'existe que si elle est liée à des terroirs, des conditions climatiques, pédologiques et environnementales. La conservation de la biodiversité doit se faire dans les champs. Si on ne cultive pas les espèces conservées dans les banques, nous risquons de les voir disparaître !" (Guy Kastler)_(1)_(2)

"...Les semences paysannes sont des semences qui sont triées et sélectionnées par le paysan lui-même selon son terroir, les conditions climatiques de sa région et le devenir de sa production. Contrairement aux semences issues de variétés modernes, les semences paysannes conservent un maximum de variabilité qui leur permet de s’adapter en permanence à des conditions naturelles. Ces semences paysannes valorisent et entretiennent le potentiel du végétal : chaque variété a des caractéristiques propres de défense contre des ravageurs, d’adaptation au milieu… Ces semences permettent véritablement d’adapter la production aux caractéristiques du territoire. Les agriculteurs bio ont également un grand avantage à en tirer puisque les variétés « modernes » sont sélectionnées dans des conditions de cultures conventionnelles avec engrais "à volonté" ou presque donc peu adaptées aux conditions de cultures de la bio. Depuis quelques années ici ou là, des agriculteurs en lien avec des chercheurs, redécouvrent les potentialités de ces semences et participent à leur échange et leur conservation.;."

__Déjà en 2002: Déclaration d’Auzeville pour les semences paysannes et les droits des paysans pour ne pas tomber sous la loi de l'agrobusines, de Monsanto, de BASF, etc

__Payer pour les semences: "Si à l'UMP on aime fustiger les assistés, on sait quand c'est nécessaire d'assister les lobbies. Témoin la proposition de loi de Christian DEMUYNCK et plusieurs de ses collègues, relative aux certificats d'obtention végétale, n° 720....
Sous couvert de protéger la propriété intellectuelle sur les variétés végétales « (...)
lequel permet de rémunérer la recherche (...) », elle vise à mettre en place un système de rente pour les multinationales semencières, toutes réunies au sein de l’Union française des semenciers
En fait nous explique la Coordination nationale pour la défense des semences fermières : «
cette proposition de loi bénéficie uniquement à la filière semencière, dont les objectifs sont essentiellement guidés par l'intérêt commercial » Et la Confédération Paysanne d'ajouter : « Cette proposition de loi veut interdire aux paysans de semer leurs propres semences, provenant de leur récolte, pour les forcer à acheter celles de l'industrie (...) »
En effet, l'article 14 de la proposition de loi prévoit : « (...) que les agriculteurs utilisant des semences de ferme (...) paient une indemnité aux titulaires des COV dont ils utilisent les variétés, afin que soit poursuivi le financement des efforts de recherche et que les ressources génétiques continuent d'être améliorées..."
Le brevetage du vivant est en cours..
Cette tendance à la privatisation se retrouve un peu partout dans le monde: en Amérique latine, en Afrique de l'ouest, etc...___
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Solutions locales pour désordre global

2 commentaires:

Anonyme a dit…

l'excellent documentaire "solutions locales pour désordre globale" explique très bien la mainmise des multinationales sur l'agriculture. à voir absolument!

Marcel Thiriet a dit…

Bonjour
Merci pour l'info, que je viens d'ajouter en annexe
Cordialement