Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mercredi 22 juin 2011

Médicaments: le ménage...

Pharmarévolution?

« Il est temps de doter notre pays d’une politique du médicament tournée vers la santé publique. » (Igas)

__Après l'affaire du Médiator, ce ne sont pas seulement les principaux grands laboratoires qui sont mis en question, mais aussi toute la politique du médicament en France, l'exorbitant pouvoir des laboratoires pharmaceutiques, les anciennes collusions et les intérêts croisés entre entre profits privés et contrôles publics, les conflits entre affaires juteuses et santé publique.
L'AFSSAPS est en pleine restructuration et se mobilise enfin sérieusement. Il était temps!
__Mieux! l'IGAS a pris à bras le corps le problème et semble aller assez loin dans sa volonté de réforme de la politique du médicament, qui, si les indications sont suivies d'effet, remettra enfin beaucoup de pratiques anciennes en question, en rééquilibrant notamment les rapports entre l'AFSSAPS et les firmes pharmaceutiques.
Les propos sont clairs, le constat sans concession, les ambitions courageuses. Réduire les médicaments redondants, douteux ou inutiles, en supprimer un grand nombre est un des objectifs. Les visiteurs médicaux, notamment, devront se reconvertir, donnant aux médecins toute latitude pour s'informer en toute impartialité. La volonté est clairement de remettre le malade au centre des soins, ce qui paraît le minimum...
« Il n’existe pas dans ce pays de politique du médicament ». L’Igas porte le fer là où ça fait mal. Sans détours : « Une politique publique suppose l’existence : de principes débattus collectivement, compris et partagés ; de travaux de prospective et de comparaison internationale ; d’objectifs clairs, crédibles, tournées vers les citoyens ; de règles suffisantes et équilibrées entre les parties en présence ; de ressources humaines, matérielles et financières ; d’institutions efficaces, cohérentes dans leurs attributions respectives et articulées entre elles dans leur fonctionnement ; d’un centre de décision, compétent, identifié, responsable. »
__La réaffirmation du rôle de l'Etat, de son pouvoir de régulation et de contrôle y est affirmé sans équivoque.
De la dynamite positive?
Oui, si ce rapport est suivi d'effets.
Question de cohérence...
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Premiers pas?...

mardi 21 juin 2011

Littérature: le bon sens?

Retour au plaisir du texte ?

"C’est si dangereux, un peuple qui sait lire !
Mais c’est encore plus dangereux, un peuple qui ne sait pas lire. « Si vous trouvez que l’enseignement coûte trop cher, essayez l’ignorance »
(JP.B.)
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__On le sait, on le dit : la lecture est fondamentale dans la formation de l'individu.
Ouverture de l'esprit à la diversité de l'expérience humaine, contact avec les productions littéraires de tous les temps, enrichissement par contact avec divers modes d'expressions, approfondissement des ressources intérieures: sensibilité, imagination...On devient ce que l'on est par ses lectures, dans une large mesure. Les oeuvres littéraires sont des catalyseurs précieux.
_C'est toute une part de soi qui peut s'ouvrir à plus de liberté de la pensée, en se dégageant des seules valeurs utilitaires et marchandes, de l'emprise télévisuelle, consommant trop de temps de cerveau disponible, en trouvant en soi des motivations pour des engagements citoyens.
_Les lettres orientées de manière purement pragmatique vers la seule com' ont montré leurs limites.
_Si l'école est devenue trop souvent école de l'ennui , c'est en partie à cause du formalisme qui a gagné notamment l'enseignement des lettres, sous la pression des modèles techniques, managériaux et consuméristes, qui ont tué le plaisir d'apprendre et placé les lettres dans le domaine des matières "secondaires", purement "cosmétiques"...
____Retrouver le plaisir du texte est fondamental, car on n'intériorise durablement que ce que l'on a appris à aimer.

"Après une grosse décennie d’expérimentations pédagogiques létales — quasi-abandon de la dissertation, fétichisme de la technicité pure, dilution de la notion de « littéraire » dans le grand gloubi-boulga des écrits incontrôlés, sans oublier l’inévitable révérence devant l’opinion toujours si lumineuse des apprenants en train de construire leur propre savoir -, il semble que l’on reprenne un discours cohérent sur la pratique de l’explication de textes. Et déjà, première merveille, il n’est plus question que de textes littéraires. Finie, l’époque où l’on faisait du français via les articles de pseudo-sociologie de Libé ou les modes d’emploi d’appareils ménagers, comme le suggérait jadis Meirieu. Fini, l’ostracisme sur le par-cœur. Mais surtout, dans la mise au point opérée par Patrick Laudet, Inspecteur général de Lettres dans cette spécialité (Cinéma-Théâtre) que géra si bien et si longtemps Pascal Charvet, autre résistant aux modes délétères, un renversement se fait jour qui remet au cœur de l’explication de textes le sens intrinsèque. Les délires formalistes et comptables (les champs lexicaux relevés jusqu’à l’écœurement par des élèves démotivés, la rhétorique étudiée comme une fin en soi, la grammaire déconnectée des effets de sens — et jamais assez maîtrisée pour qu’on puisse l’utiliser de façon intelligente au service de la signification) sont fermement déconseillés dès lors qu'ils seraient un en-soi. Sans être tout à fait répudiés, parce qu’il n’y a pas de raison, en effet, de ne pas étudier la structure d’un texte, mais pas de raison non plus d’arrêter là le dépliage — c’est le sens étymologique d’explication — d’un texte qu’un auteur a écrit avec quelques idées derrière la tête..." (JP.B.)
On se prend à espérer, mais il faudra du temps pour inverser la tendance...à condition que l'enseignement reprenne son sens et que l'école redevienne une priorité.
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-La Littérature en péril?

lundi 20 juin 2011

Debtocracy

_La situation économique de la Grèce suscite toutes les inquiétudes.

Les
problèmes rencontrés concernent aussi d'autres pays d'Europe, de près ou de loin, et pourquoi pas les USA, dont la dette est incommensurablement supérieure?

Le ministre belge des finances, Didier Reynders met en garde contre "une faillite de type Lehman Brothers en 2008" qui "pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l'ensemble de la zone euro". "Si la Grèce était le premier pays à faire défaut, les regards se tourneraient ensuite vers d'autres pays comme l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, peut-être la Belgique mais aussi la France, quand on voit son niveau de déficit et d'endettement. On ne sait pas où s'arrêterait la contagion"
_____Mikis Théodorakis exprime en ces termes l'exaspération de nombreux Grecs, sentant leur pays pris en otage:
« Il n'y a pas d'autre solution que de remplacer l'actuel modèle
économique européen, conçu pour générer des dettes, et
revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d'un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s'imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd'hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu'elles ont elle-même générées sous forme de dettes. Comment peut-on proposer un ancien collaborateur de la Goldman Sachs pour diriger la Banque centrale européenne ? De quelle sorte de gouvernements, de quelle sorte de politiciens disposons-nous en Europe ? »
« Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire a été le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d'Europe. Nous ne vous demandons pas un traitement de faveur parce que nous avons subi, en tant que pays, l'une des pires catastrophes européennes aux années 1940
et nous avons lutté de façon exemplaire pour que le fascisme ne s'installe pas sur le continent.
"Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd'hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l'autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l'Europe en la transformant en tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme. »

_Il est conscient que la révolte contre une UE qui précipite cette faillite commence à Athènes, où les gens ont perdu confiance en leurs institutions.
_Par réaction en chaîne, des nuages noirs planent sur les banques françaises
_La Grèce, maillon faible,
tout un symbole de dette illégitime, les banques faisant main basse sur les politiques publiques, en sachant qu'il est absolument impossible que le pays rembourse ses dettes:
"Selon les calculs d'économistes, il faudrait que le pays dégage un excédent primaire d'au moins 6% pendant dix ans pour pouvoir honorer cette masse de dettes. Or, la Grèce, compte tenu de la faiblesse de son industrie et de son économie, dégage un déficit structurel de 5%. Et les plans d'austérité ne peuvent qu'aggraver l'état des comptes. Il faut se rendre à cette réalité : la Grèce est insolvable. Pourquoi la Banque centrale européenne se refuse-t-elle à admettre cet état de fait, et exclut par principe toute restructuration de la dette ? Il ne s'agit pourtant que de 300 milliards d'euros, au maximum, une somme certes importante mais qui représente à peine 2% du PIB européen. Une restructuration de la dette amènerait la Grèce à être bannie des marchés pendant des années ; le pays ne pourrait se refinancer, expliquent les banquiers de la BCE. Mais dans les faits, Athènes est déjà totalement exclue des marchés. Les taux de ses obligations à deux ans dépassent les 25%, ceux à dix ans les 17,44%, alors qu'ils étaient à 6% l'an dernier au moment du premier plan de sauvetage européen."(Mediapart)
__Comment sortir de la Debtocracy?
Suivre l'exemple équatorien ?
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Le chantage irresponsable de la BCE
-La Grèce échappera-t-elle à la faillite cet été?
-Selon l'ONU, les politiques d'austérité menacent la reprise

dimanche 19 juin 2011

Vision d'avenir

Avec (ou sans) lunettes, nos politiques y voient-ils (plus) clair?

Lunettes attitudes

__Les lunettes, fonctionnelles ou pas, ça vous pose un homme (ou une femme)
Surtout si on les porte sur le front ou au bout de l'appendice nasal, geste à l'appui.
Les lunettes d'autrefois, signes d'infirmité ou de vieillesse, prothèses inesthétiques, c'est fini.

Finies les tristes binocles de mon enfance ou du service militaire. Parties les austères d'après-guerre, qui ne servaient qu'à mieux voir. Car on a inventé depuis les lunettes qui ne sont pas de vue, qui sont des éléments de langage social.
_Elles doivent plaire, même si les styles et les goûts, savamment gérés par les marchands, changent de plus en plus fréquemment. Les codes se bousculent , au gré des fabricants et des marchands de fringue.
Hautement symboliques, signes de distinction sociale, elles doivent montrer, tout en cachant: mettre en évidence, souligner le regard ou le distancier du milieu, affiner des traits, modifier un visage, c'est selon.
Surtout les lunettes noires, qui ne font pas forcément office d'écran protecteur:
"Contrairement aux lunettes de correction qui portent en elles-mêmes la légitimité médicale de leur usage, les lunettes noires trahissent à la fois la fragilité et le mystère, le secret et l’inquiétude, l’appartenance à la catégorie spécifiques des célébrités ou à un monde de gens interlopes en marge de la société ouverte. La signification du port de lunettes noires oscille donc entre deux pôles complémentaires : celui incarné par la star d’un côté et celui incarné par le mafieux de l’autre..."
_Fonction ambiguë des
spectacles (bien nommées en anglais), éléments de mise en scène de chacun: les lunettes d'intellectuel, de PDG, de starlette (celles, célèbres, de M.Monroe!). Symboles d'autorité, d'ascétisme (Gandhi), de décontraction, d'originalité à tout prix...
Il y aussi les lunettes mythiques, comme il y a des montres mythiques, dont la fonction n'est pas surtout d'indiquer l'heure...
Le look, tout est là!
_____Rendent-elles plus intelligent, comme on disait autrefois? Pas si on en croit Molière (
« L'on n'a qu'à parler ; avec des lunettes, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison. »)
Culturelles, décoratives, il y en a pour tous les goûts, tous les moments de la vie. On vous en donne même trois pour le prix d'une paire.
Il est fou!
_________Elles ont toute une histoire et peuvent même être aussi politiquement signifiantes.

___On le voit aujourd'hui avec les lunettes rouges à Eva, qui ont fait l'objet d'un billet assez inattendu.
A Eva, tout va...

samedi 18 juin 2011

Guêpier Libyen


Enlisement

__Fin mars, un certain nombre d'observateurs dénonçaient déjà une opération à risques, aux motivations peu claires, aux objectifs mal définis, aux moyens discutables.
Tout devait aller vite pour les politiques et les stratèges. Question de jours, voire de semaines. La rhétorique habituelle de l'Otan...
___Ce n'est pas parce que Khadafi est indéfendable (on connaît des régimes plus odieux et plus dangereux géopolitiquement) qu'il fallait prendre à la hâte le train BHL-Sarko sans destination définie et s'engager aux côtés d'une résistance dont on ne savait que peu de choses, dont on découvre maintenant qu'elle est très hétéroclite, incertaine, "n'offrant aucune garantie pour l'avenir", selon des experts envoyés sur le terrain.
_Les critiques , maintenant que les choses s'enlisent, commencent à s'accumuler et, par bien des côtés, à converger
En France, un rapport dénonce les “dangereuses illusions” de Sarkozy, après enquête sérieuse sur le terrain. Le rapport se termine ainsi: "...il convient de poser la question de la légitimité d’une action qui vise à « déposer » un gouvernement au nom de la sacro-sainte démocratie et en oubliant que précisément les principes démocratiques imposent qu’un tel privilège n’appartienne qu’au peuple et non à l’étranger.
La communauté internationale n’est pas un super-Etat qui pourrait à sa guise chasser des gouvernements. Surtout au nom de principes qu’elle met en avant et, pour son propre compte, ne respecte pas. Et en distinguant soigneusement les coupables en fonction de leurs ressources pétrolières et non de leurs crimes, réels ou supposés."
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Selon Y.Bonnet,
"Le verrou contre al-Qaida et les clandestins en Libye a sauté"
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______Une course de vitesse est engagée
: "Une délégation internationale d’experts (qui) s’est rendue tour à tour à Tripoli et en Tripolitaine, puis à Benghazi et en Cyrénaïque, à l’initiative du Centre international de recherche et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT) présidé par l’ancien préfet Yves Bonnet, et du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) dirigé par Eric Denécé, avec le soutien du Forum pour la paix en Méditerranée, et la participation, notamment, de l’ancienne ministre algérienne de la solidarité Sayda Benhabyles. _Dans un rapport intitulé « Libye : un avenir incertain, compte-rendu de mission d’évaluation auprès des belligérants libyens », la délégation soutient que « l’intervention occidentale est en train de créer plus de problèmes qu’elle n’en résout. Elle risque fort de déstabiliser toute l’Afrique du Nord, et le Sahel, et de favoriser l’émergence d’un nouveau foyer d’islam radical, voire de terrorisme, en Cyrénaïque ». Selon elle, « ce qui devait être une victoire facile est devenu un semi-échec », avec risque d’enlisement, en raison de « l’aventurisme excessif des puissances occidentales, et de l’inconsistance des forces rebelles », le Conseil national de transition (CNT) « n’offrant aucune garantie pour l’avenir » : « Les véritables démocrates n’y sont qu’une minorité, et doivent cohabiter avec d’anciens proches du colonel Kadhafi, des partisans d’un retour de la monarchie et des tenants de l’instauration d’un islam radical. »
___A l'étranger, des voix critiques se font entendre, la guerre serait déjà hors contrôle
"...Juste pour donner une idée du débat qui fait rage en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis sur l'opportunité de cette guerre, deux exemples avec deux analyses qui pouvaient être lues dès le déclenchement de l'opération «Aube de l'Odyssée».

La première est celle de Stop the War Coalition, cette association britannique qui depuis bientôt dix ans dénonce les guerres occidentales en Afghanistan puis en Irak. L'un de ses animateurs, le journaliste Andrew Murray écrit ceci :« L'opération des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France pour imposer un changement de régime en Libye puisque c'est bien de cela qu'il s'agit n'a pas pour objet de sauver des vies et encore moins de soutenir la démocratie dans le monde arabe. Il s'agit de prendre le contrôle et non de le soutenir du processus de changement au Proche-Orient, il s'agit de le placer sous une entière domination occidentale » (l'intégralité de son article ). Un affreux gauchiste pacifiste munichois, Andrew Murray ? Alors retournons-nous vers l'Américain Richard Haass, un républicain bon teint et respecté, principal conseiller de Colin Powell lorsque ce dernier était ministre des affaires étrangères de George Bush, et qui préside aujourd'hui le Council on Foreign Relations qui dit:

« Trop et trop tard, écrit-il. Les Etats-Unis s'embarquent dans une guerre choisie pour la troisième fois en moins de dix ans. Et comme l'Irak en 2003 et l'Afghanistan après 2009, c'est un mauvais choix (...) Cette guerre est aussi une diversion stratégique. Les décideurs politiques américains seraient mieux avisés de se concentrer sur ce qui devrait être fait pour soutenir l'économie égyptienne et pour aider à résoudre la situation beaucoup plus importante et dangereuse qui se développe à Bahreïn » (F.Bonnet)

___Aurait-on donc affaire à une "guerre imbécile"?
"Le pouvoir se garde d'évoquer le sujet après les coups de trompette triomphalistes du mois de mars. Les médias, qui avaient quasi-unanimement applaudi cette entrée en guerre mise en scène par Bernard-Henri Lévy (« Enfin ! », titrait Laurent Joffrin, du Nouvel Observateur), n'en parlent plus guère. Car au-delà des communiqués en langue toute militaire de l'Otan, un premier bilan se révèle inquiétant, voire catastrophique.... Selon des responsables britanniques cités par le journal The Guardian, « plus personne désormais n'envisage une victoire militaire ». Cette déclaration « off » fait écho à de nombreuses autres, en Allemagne, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. « En l'état, il n'y a pas de raison de croire en une victoire de l'une ou l'autre partie dans un horizon proche (...) La résistance du régime Kadhafi a été sous-estimée, nous sommes dans une impasse militaire », résume International Crisis Group. Signe le plus évident : le mandat de l'Otan, qui a pris les commandes de l'opération militaire dès les premiers jours de guerre (malgré l'opposition de Nicolas Sarkozy), s'achevait initialement fin juin. Il a été prolongé de 90 jours, jusqu'à la fin septembre... Ces trois mois d'échecs militaires sont en train de provoquer de sérieux craquements au sein de l'Otan. La vieille Alliance atlantique a déjà à son actif dix années de défaites successives en Afghanistan. Et la voilà une fois de plus en panne ! L'homme qui vient de dresser ce constat est l'Américain Robert Gates. Cet ancien patron de la CIA, ministre de la défense de George Bush puis de Barack Obama, conservateur et vieux routier de la guerre froide, part à la retraite et peut donc parler franc. Il l'a fait devant une batterie d'experts réunis à Bruxelles, la semaine dernière ( article du New York Times).

Qu'a dit Gates, qui était personnellement opposé à cette guerre ? Que les Etats-Unis, qui se contentent d'une « place à l'arrière» dans ce conflit, comme l'a dit Obama, sont épuisés par dix années de guerre et ne peuvent plus assurer 75% des dépenses de l'Otan. Que les Européens ne peuvent faire financer leur défense par le contribuable américain. Que la Libye est une illustration supplémentaire de l'incapacité de cette organisation militaire. Exemple: ce fameux « central command » de l'Otan en Italie, à Naples (site internet ici), conçu pour gérer plus de 300 sorties aériennes quotidiennes et qui peine à en organiser 150 ! Exemple : le manque de munitions qui menace déjà la coalition ! Exemple : cet avertissement du premier responsable de la marine britannique (à lire ici), expliquant qu'il n'a pas les moyens de poursuivre les opérations au-delà du mois de septembre. Exemple: le déploiement de seulement 16 hélicoptères d'attaque (4 britanniques et 12 français). Exemple: l'incapacité des Européens à assurer sans les Etats-Unis leurs communications et leurs renseignements.
Résumé par Robert Gates, cela donne cela :
« La plus brillante alliance militaire de toute l'histoire est en opération depuis seulement onze semaines contre un régime pauvrement armé et déjà, des alliés, à court de munitions, demandent une fois de plus aux Etats-Unis de faire la différence. »...
_Les responsables militaires laissent transparaître leurs doutes par quelques périphrases. Le chef d'état-major de la marine, l'amiral Pierre-François Forissier, a évoqué la semaine dernière
« un problème de ressources humaines ». Et de matériel : « Si le porte-avions Charles-de-Gaulle était engagé en Libye jusqu'à la fin 2011, il ne travaillerait plus du tout en opération en 2012 », pour des raisons de maintenance, a-t-il souligné....
_Loin de l'unanimisme des principaux médias et d'un milieu intellectuel emmené par BHL, c'est justement l'un de ses amis, Claude Lanzmann, qui se pend à la sonnette d'alarme. Le directeur de la revue
Les Temps modernes s'était déjà écarté de la doxa avec une tribune publiée dans Le Monde du 17 avril, et titrée « Libye, rétheurs et décideurs ». Cela lui avait valu les foudres béhachéliennes et une brouille qui dure toujours. Claude Lanzmann y revient dans le numéro de mai-juillet des Temps modernes à l'occasion d'un excellent dossier sur les soulèvements arabes. Par un court texte titré « Libye, la pensée arrêtée », l'auteur du Lièvre de Patagonie , dit l'ampleur de ses doutes : « L'unanimité fut écrasante, l'intervention militaire non discutée et toute pensée dissonante, tout questionnement sur les raisons et les buts d'une guerre qui taisait son nom ont semblé inconvenants », déplore-t-il.

« On ne sait rien ou très peu du “gouvernement” de Benghazi, sinon qu'il est constitué de gens proches de Kadhafi pendant des décennies. Ce qui se passe en Libye n'est-il pas au fond une guerre civile, qui autorise toutes les simplifications et les amplifications rhétoriques ? Kadhafi devait être écrasé en quelques jours sous la fessée des frappes. Il tient bon pour l'instant, malgré de très durs bombardements, une partie de la population le soutient, lui garde sa confiance. C'est, dira-t-on, le propre des dictatures. Mais il y a sûrement autre chose : la population libyenne ne souffrait pas de la même misère que ses voisins égyptiens et tunisiens, le fantasque dictateur n'était pas toujours aussi fantoche qu'on le prétendait. Même corrompu, il laissait à son peuple quelque profit de la rente pétrolière, l'essence et l'électricité étaient quasiment gratuites. La Libye a quitté la une des journaux, quelquefois n'y figure plus du tout, il est question d'enlisement et de négociations... » (Mediapart)
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-
Doutes autour de la guerre en Libye
-Les dix erreurs de l'Otan en Libye

vendredi 17 juin 2011

Retour du Quai Branly

_________________________________________(Photos personnelles_cliquez pour agrandir)
C'était une première visite.
Après quatre ans d'hésitation.
Visite de curiosité plutôt intriguée, n'attendant pas grand chose du musée d'initiative chiraquienne des "Arts (dits) premiers", dont des échos plutôt mitigés et des critiques contrastées m'étaient parvenus au moment de son ouverture.
__Un déclic s'est produit dès l'entrée de cette sorte de catamaran géant , un bâtiment qui ne ressemble à aucun autre, qui impose d'emblée son silence et sa présence colorée, dans le jardin où il se love .
ça devait durer 2 heures. Ce fut 4 ! Et ce ne fut pas assez, la fatigue ayant eu le dessus...
_Un environnement surprenant, au pied de la Tour Eiffel , rappel désuet d'une époque où on exhibait les "sauvages" en chair en os à l'Exposition universelle. Claude_Levi-Strauss y a fêté ses_100_ans
.
__Un bâtiment étonnant, où la végétation se marie au bois, au béton, au fer et au verre, dans des formes inédites et verdoyantes, apaisantes, où le regard se perd et se laisse séduire.
Une alliance de droites et de courbes, qui s'harmonisent heureusement
__Un espace intérieur envoutant à la luminosité dosée et relaxante.
_Un parcours surprenant, tout en sinuosités improbables
Un nombre d'objets considérable mis en valeur comme nulle part ailleurs dans une lumière adaptée, qui se fait oublier.
_Plus de 300000 pièces, sans compter l'exposition temporaire sur l'art dogon, insoupçonné, époustouflant, pour un béotien comme moi, qui connaissait seulement un peu les travaux de Griaule.
________Cinq ans de succès, malgré des débuts difficiles et contestés, les discussions et les polémiques sur le difficile équilibre à trouver entre connaissance et valorisation esthétique.
Quelques images ici et ici
___Un vrai
coup de coeur, qui m'a ouvert bien des horizons...
_______________
-Merci à Rue du Séjour-

mercredi 15 juin 2011

Matières premières

La guerre du Président

Qui fait une découverte...
"Selon lui, la financiarisation des marchés de matières premières entraîne une volatilité dangereuse, qui peut menacer la croissance économique mondiale. «Nous avons besoin de régulation pour ne pas nous retrouver de nouveau au bord du précipice »
"Faire le ménage", c'est bien, mais c'est un peu tard et comment? Les promesses de "transparence" ne suffiront pas...

__Et les matières premières agricoles, les plus vitales? Et les famines qui menacent encore, comme en 2008, où l'on a connu des émeutes de la faim? Ses aspects, ses causes multiples? Peu de choses, si on lit bien. Même type de discours qu'en 2009...

"...Les émeutes de la faim se rappellent d´une façon récurrente à notre bon souvenir les pays du Sud dépendant pour leur survie d´un Nord opulent qui, à bien des égards, est responsable de ces malheurs. Certes, le Nord jette des miettes sous forme d´APD qui, malheureusement, demeure sans lendemain. Si on ajoute à cela l´hypocrisie des promesses du Millénaire (réduire de moitié la faim d´ici 2015), nous avons un tableau complet de la mise en scène des pays industrialisés qui laissent en 2011 sur le
bord de la route un milliard de personnes menacées par la faim. Pour éradiquer ce fléau, il suffirait de seulement 30 milliards de dollars par an. En comparaison, le budget militaire de base du Pentagone est de 533,7 milliards de dollars pour l´exercice 2010. Washington prévoit de vendre pour 46,1 milliards d´équipements et de services militaires soit près de 50% de plus qu´en 2010. Par ailleurs, les institutions financières américaines ont distribué, pour l´année 2010, 144 milliards de dollars en seuls bonus, primes et stock-options à leurs dirigeants...
Cette flambée des prix des matières premières en général et des produits alimentaires a connu une accélération ces dernières années. 2010 aura été l´année de toutes les hausses. Faiblesse du dollar, croissance chinoise, spéculation, raréfaction de l´offre, sont autant de facteurs qui tirent vers le haut le prix des matières premières. La part des spéculateurs sur les marchés alimentaires explique en partie la hausse continue des prix depuis l´été 2010. Les produits alimentaires sont devenus des actifs financiers comme les autres. Difficile également de ne pas souligner le rôle des agrocarburants, qui ont détourné plus du tiers de la production de maïs des Etats-Unis, l´année dernière. Les Américains ont subventionné, en 2009, la transformation de 144 millions de tonnes de maïs et de centaines de millions de tonnes de blé en biodiesel et bioéthanol. Les terres qui y sont donc, consacrées, sont autant de terres disponibles en moins pour le soja ou le blé, ce qui explique la hausse corrélative des cours mondiaux, directement liés aux prix américains. De ce fait, la part des spéculateurs par rapport aux acteurs commerciaux (c´est-à-dire qui échangent réellement des biens agricoles) a explosé.
Les produits alimentaires deviennent ainsi des actifs financiers comme les autres, dans une stratégie de rentabilité maximale des portefeuilles des investisseurs....
Pour le professeur Michel Chossudovsky directeur du Centre d´analyse Mondialisation.ca, cette « mondialisation de la pauvreté, » qui a annulé bon nombre des progrès de la décolonisation d´après-guerre, a commencé dans le tiers-monde avec la crise de la dette du début des années 1980 et l´imposition des réformes économiques meurtrières du Fonds monétaire international (FMI). Avec de grands pans de la population mondiale déjà bien en dessous du seuil de pauvreté, la hausse des prix des denrées alimentaires de base, qui se produit sur une courte période, est dévastatrice. Des millions de personnes dans le monde sont dans l´incapacité d´acheter de la nourriture pour leur survie. Ces augmentations contribuent d´une manière très réelle à « éliminer les pauvres » à travers « la mort par la famine. » (...) L´escalade des prix des produits alimentaires est en grande partie le résultat d´une manipulation du marché. Elle est en grande partie attribuable à la spéculation boursière sur les marchés des matières premières. (...) Grâce à la manipulation concertée, les opérateurs institutionnels et les institutions financières font augmenter les prix. Ils placent alors leurs paris sur la hausse du prix d´un produit en particulier. La spéculation génère la volatilité du marché. À son tour, l´instabilité qui en résulte encourage la poursuite de l´activité spéculative. (...) Les famines à l´ère de la mondialisation sont le résultat de ces politiques. La famine n´est pas la conséquence d´un manque de nourriture, c´est en fait, tout le contraire : les surplus alimentaires mondiaux sont utilisés pour déstabiliser la production agricole da
ns les pays en développement. « Pourtant, écrit Michel Chossudsky, qui dénonce le rôle des multinationales de l´agroalimentaire, l´agriculture mondiale a, pour la première fois de l´histoire, la capacité de satisfaire les besoins alimentaires de toute la planète, mais la nature même du marché mondial de ce système ne permet pas que ça se réalise »....
Le rapport (de L'OXFAM) a (également) réclamé l´arrêt de la domination de quelques grandes multinationales sur le marché des matières premières agricoles et des semences. Prenant l´exemple de l´Inde, Oxfam a rappelé que la croissance économique y a plus que doublé entre 1990 et 2005 mais que le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de 65 millions. En effet, les populations pauvres en milieu rural restent exclues du développement économique. En parallèle, l´engouement des Etats-Unis pour le bio-éthanol a conduit à utiliser 15% du maïs mondial pour en faire du carburant, même en période de forte crise alimentaire. Et l´ONG de rappeler que la quantité de céréales nécessaires pour faire le plein d´éthanol d´un véhicule 4x4 peut nourrir une personne pendant un an...
" (c.e.C.)

_« Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlerez la population. » disait le bon H.Kissinger, dont le souci pour le bien-être des populations n'était pas la qualité première.
________Les famines et les révoltes de la faim ne sont pas nouvelles, mais celles qui se répètent depuis des dizaines d'années ont la particularité d'être évitables, de se dérouler sur fond de richesses mondiales inédites, sur l'abondance des matières premières issues d'une agriculture hautement technique et hyperproductive, sur un tissu serré de relations commerciales mondiales.
Le problème n'est pas celui de la quantité, comme le disait déjà naguère
Edgar Pisani, (Il faut" déposséder l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) de son monopole comme instance de règlement des problèmes commerciaux, lier de façon rigoureuse politique agricole et politique alimentaire, considérer que le problème de la faim est l’un des plus dangereux pour la sécurité mondiale, organiser le monde en zones les plus homogènes possibles ayant des règles internes correspondant à leur réalité et des règles externes d’échange prenant en compte l’équilibre du monde") , mais celui de la répartition, des razzias sur les terres cultivables, des échanges, de la politique commerciale, du développement du bioéthanol, de la spéculation boursière, dont les clés ne sont pas entre les mains des moins dotés par la nature et l'histoire.
La souveraineté alimentaire est le problème clé . La politique commerciale de l'OMC est en question, qui favorise les multinationales de l'agrobusiness. Le milieu, la surpopulation locale, la défaillance des institutions, la corruption, les conflits...n'expliquent pas tout.
La faim n'est pas une fatalité.
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« La terre fournit assez pour satisfaire les besoins de chacun, mais pas assez pour satisfaire les convoitises de chacun ». Ghandi
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Voir ce soir sur FR3 : Alimentation: La bourse ou la vie

mardi 14 juin 2011

Laïcité ...

...Que de bêtises peut-on dire en ton nom!

_La laïcité est combat, valeur toujours à défendre et à consolider.
Elle ne peut être "de combat" sans trahir son sens: tenir à la séparation stricte entre Etat et églises, entre vie publique et croyances privées ("«Je veux l’Eglise chez elle et l’Etat chez lui», disait Hugo), ne favoriser aucune institution religieuse, garantir la liberté de croire sans déroger aux valeurs républicaines de base, dans le souci du bien et de l'ordre publics.
_L'auteur élyséen de la critique ci-dessus trahit par ses propos l'idéal auquel il se réfère. Il est vrai qu'il a des notions plus que floues sur ce principe, dont il détourne le sens, par l'expression curieuse et douteuse de "laïcité positive". Cette nouveauté sémantique masque des options bien particulières...L'idée d'une laïcité "ouverte" est contradictoire et insultante.
La laïcité est d'abord un principe d'unité, de portée universelle, contre tous les communautarismes religieux diviseurs et conflictuels et les risques de dérives sectaires.
__Une longue histoire. Un combat, un long combat, une vigilance permanente, de nouvelles réaffirmations quand changent les bases historiques, culturelles, quand surgissent de nouveaux lobbies, de nouvelles intolérances ou de prétentions hégémoniques de groupes religieux. L'idéal de Condorcet et de J.Ferry est toujours à réactualiser, sans céder aux pressions et aux "accomodements", aux dérives anglo-saxonnes, états-uniennes surtout.
_De ce point de vue, "
La Laïcité est inséparable de valeurs, issues des Lumières, valeurs liées à une distinction claire entre ce qui est savoir et ce qui n'est que croyances. L'Ecole n'a pas à respecter ni à reconnaître des croyances particulières, car ce n'est nullement son affaire. Elle doit surtout se garder de mélanger les genres afin de préserver la liberté intellectuelle et critique des futurs citoyens, rendre possible une certaine distance à l'égard des identités, de l'ordre de la vie privée.". Distance, mais non renoncement.
__Le problème soulevé aujourd'hui par les manifestations parfois ostensibles d'un certain islam en France et en Europe oblige à redéfinir plus clairement la notion de laïcité, sans tomber dans le piège du rejet agressif et global d'une croyance souvent paisiblement pratiquée par ceux qui s'y réfèrent encore. Certains critiques de l'Islam, au nom d'une laïcité instrumentalisée, n'hésitent pas à franchir le pas de l'exclusion culturelle ou
du racisme masqué.
___Ce débat peut aider à mieux poser le problème.
Un débat qui ne sera jamais clos, on peut le prévoir aisément...

lundi 13 juin 2011

Où va-t-on?

Dans le mur?...
_______________C'est devenu un leit-motiv

_Fukushima, dette américaine, situation de l'Europe, état de la planète...
Tout semble aller mal. On irait vers la catastrophe. Il suffit de lire une certaine presse, qui en fait ses choux gras, alimentant le pessimisme ambiant, une atmosphère fin de siècle ...ça fait vendre.
Y aurait-il une fascination pour la catastrophe, le
désastre ?

_La notion de catastrophe, voire de fin du monde (ou d'un monde), ne semble pas avoir d'âge. On la retouve dans les mythes de nombreuses cultures, religions. L'âge d'or à l'envers...projeté dans l'avenir sur la base d'indices de changements profonds, rapides, paraissant irréversibles et déstructurants.
La "fin des temps" est un thème récurrent, surtout dans les périodes troublées, quand on ne peut plus penser l'avenir, quand le p
résent semble avoir épuisé toutes perspectives futures et toute volonté de changement, tout idéal. Le tragique se mêle parfois au comique...
_Cette thématique imprègne les temps présents en Europe, sans doute depuis l'effet de sidération produit par le 11/09 , au vu de notre impuissance face à notre affaiblissement devant les puissances montantes, d'une mondialisatio-désindustrialisation annonçant un déclin , d'une grave crise qui dure, sur laquelle nous ne semblons pas avoir de prise, qui voit des forces financières devenue folles ronger nos économies, creuser les inégalités . Le sentiment de "progrès", lié aux trente glorieuses, ne semble plus d'actualité. Les déclinistes ont pignon sur rue.
_Les risques technologiques majeurs, les impasses écologiques, la fin programmée du pétrole...tout nous incite au pessimisme quant à l'avenir, qui apparait bouché, compromis, si nous ne changeons pas radicalement
nos orientations économiques et politiques, nos modes de vie.
_Or les changements engagés ou seulement énon
cés ne sont pas à la mesure des risques. Le G20 fait surtout de l'incantation, en laissant intactes les tares majeures du système financier; les orientations écologiques ne se font qu'à la marge, le passage à l'après-pétrole ne se prépare pas vraiment...
__________________Alors, fondée ou pas, la peur de la catastrophe, du désastre irréparable, de l'impasse absolue?
Il est évident que le catastrophisme tapageur fait vendre, entretient la sortie de films qui calment ou renforcen
t nos angoisses. La "tentation du catastrophisme" est grande: "Le formatage actuel de l'information, loin de nous éclairer sur ce qui nous arrive, féconde la peur à souhait"
Il est très difficile d'y résister, comme il était très difficile de ne pas céder au fatalisme quand déferlaient sur la France exsangue les troupes victorieuses du Reich, quand n'avait pas encore sonné l'heure de la résistance.
_Le catastrophisme est un piège qui peut toujours s'autojustifier, même pendant les périodes fastes.
____Certes, il est des dangers réels, prévisibles ou quasi prévisibles, qu'il vaut mieux regarder en face: l'alerte Fukushima n'est pas un fantasme, les conséquences du déboisement forcené de certaines forêts tropicales sont évidentes, la prescription inconsidérée d'antibiotiques mène à la mutation de bactéries plus résistantes, etc...Il est aussi des dangers seulement pr
obables parce que discutés, comme l'augmentation généralisée et rapide de la température moyenne du globe, avec toutes ses conséquences.
Distinguer entre risques assurés, hautement probables, hypothétiques...est déjà un moyen de tempérer la crainte de l'inéluctable. Lutter pour des changements majeurs aide à sortir du piège du fatalisme, pour éviter la croyance qu'il est déjà trop tard.
__Une certaine peur (raisonnée) peut être positive, éveilleuse de consciences; la panique est toujours paralysante et peut contribuer à produire par inaction ce qui est redouté, tout en nous mettant à le merci des pouvoirs.
Dans« Catastrophis
me, administration du désastre et soumission durable », l'auteur suggère (Que faire alors ?) : « Quand le bateau coule, il n’est plus temps de discuter savamment sur la théorie de la navigation : il faut apprendre à construire un radeau, même très rudimentaire »
Comme dit Jean-Pierre Dupuy , penseur du "catastrophisme éclairé":
"On peut se fixer sur le scénario du pire non pas comme pouvant ou devant se produire dans l’avenir mais en tant qu’il pourrait ou devrait se produire si l’on entreprenait telle action. Dans le premier cas, le scénario du pire est de l’ordre d’une prévision ; dans le second c’est une hypothèse conditionnelle dans une délibération qui doit aboutir à choisir, parmi toutes les options ouvertes, celle ou celles qui rendent ce pire acceptable. C’est une démarche "minimax" : rendre minimal le dommage maximum. Or minimiser le pire, ce n’est pas le rendre nul. C’est précisément la pertinence, voire la seule existence de la possibilité de ce scénario du pire qui peut et doit guider la réflexion et l’action, écrit Corinne Lepage. Je rejoins ce jugement. Je crains que ce point fasse peu sens pour les gestionnaires du risque. La catastrophe a ceci de terrible que n
on seulement on ne croit pas qu’elle va se produire, mais qu’une fois produite elle apparaît comme relevant de l’ordre normal des choses. »
__La situation économique des USA est catastrophique (sa dette est abyssale), mais le pire n'est jamais sûr
En matière d'écologie, le débat est en cours, le catastrophisme n'est-il pas une maladie infantile d'une
certaine écologie qui se cherche?
L'application d'un principe de précaution raisonné face aux risques majeurs reste plus que jamais d'actualité.
La loi de Murphy mérite d'être envisagée sous certains de ses aspects, notamment celui des précautions maximales, qui n'a pas été à l'évidence appliqué à Fukushima.

Une leçon qui servira?________________________________

_Sur la question de la crise actuelle de l'euro et de l'Europe, dont certains prévoient l'éclatem
ent prochain, avec toutes ses conséquences possibles, un court texte nuançant des analyses parfois trop péremptoires, méritant critiques et nuances...:
__________________"La France et l’Europe ont subi – et subissent encore – le choc le plus important qui ait secoué les économies de la planète depuis la crise de 1929. Cette secousse majeure a renforcé le sentiment – déjà très répandu auparavant chez les Français– d’un déclin irréversible, et nourri un pessimisme noir sur l’avenir du pays et de l’Europe. Pourtant, ce sentiment est trompeur : le pire n’est inéluctable ni en France ni en Europe, même si nous avons du pain sur la planche pour réussir à l’éviter.... (Le pire n'est pas sûr_Guillaume Duval)

dimanche 12 juin 2011

Homo caniensis

Toutoustory

Il a souvent du chien, ce
Canis lupus familiaris

J'aimerais tant avoir un chien, mais j'aime trop les voyages...
Elevé en compagnie de chiens, j'en garde la nostalgie.


-On sait que les bêtes ne sont pas si bêtes et que le chien devient parfois le maître de son maître.

_Le chien est plus qu'un simple animal de compagnie, "
c'est quelqu'un...", un compagnon, un assistant ou un guide parfois.
Un animal riche en symboles, comme l'était Cerbère chez les Grecs. Parfois objet d'un véritable culte, religieux ou laïque, parfois considéré comme "impur".

_L'homme et le chien, depuis le début du néolithique , ou déjà avant sans doute, forment un couple singulier, variant selon les périodes , les cultures et les pays.
L'ethnographie de la relation, parfois troublante, reste à approfondir. Malgré les études ethologiques les plus pointues, cette relation comportera toujours une part de mystère, de non réductible rationnellement, surtout parce que toujours subsiste une part d'anthropomorphisme.
On peut même se demander si la séparation traditionnelle nature/culture est pertinente en tous points pour le couple homme/chien?
Ce couple, devenu h
istoriquement indissociable, est marqué par une profonde ambivalence:
"...gros titres relevés au hasard des revues de presse. Violences, déjections et « pouvoirs » thérapeutiques concourent, par un excès de signifiant, à faire du chien le « seul vrai nuisible » ou le bienfaiteur de nos espaces humains. Pris dans ses rôles de « vedette », le chien médiatique témoigne cependant difficilement de ce qui se passe réellement dans sa relation quotidienne avec l’humain. On le voit alimenter les épopées de nos mythes, les catastrophes de nos journaux, les numéros de nos cirques. C’est pourquoi, pour parler de lui, nous sommes contraints à changer constamment de registres et à passer du dramatique au comique, du passionnel au conflictuel, du dangereux au merveilleux. En réalité, ce mouvement de bascule, le chien le connaît bien, tant il sollicite le contraste..."