Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 3 février 2012

Langue de bois

Pouvoirs et xyloglossie

___La langue a des pouvoirs ambigüs dont nous pouvons vérifier tous les jours les effets. Elle est aussi bien utilisée pour révéler, dire le vrai, que pour dissimuler et tromper, par des procédés rhétoriques spontanés ou des ruses calculées.
Parler
est rarement neutre, dans les rapports humains, surtout au coeur des questions de pouvoir, quels qu'ils soient. La langue est la meilleure ou la pire des choses, comme disait le vieil Esope.
Il n'est pas rare que les mots servent à embellir la réalité, à dissimuler ou à détourner le sens, à figer le réel au lieu d'en parler avec vérité, nuances et précision, d'en épouser la complexité.

_C'est une des fonctions de la langue dite de bois
, d'usage courant, qui peut avoir diverses fonctions, notamment de travestir la réalité, de l'adoucir, de la nommer selon des usages acceptables pour le plus grand nombre, par des stéréotypes convenus et sécurisants.
Elle peut prendre des formes très diverses.
Dans le domaine des rapports sociaux notamment , elle désigne un manière très particulière d'évoquer la réalité.
Le
politiquement correct en est une forme connue.
Au service d'une idéologie, il contribue à verrouiller un système en neutralisant la critique, en politique, dans l'entreprise ou les codes moraux. Les exemples ne manquent pas.
__Stéréotypé, par habit
ude, convention ou calcul machiavélique, il est souvent un instrument de domination, comme la Newspeak orwelienne, et demande à être décrypté (avec la distance de l'humour) et démasqué, l'ironie étant la meilleure technique pour ce faire, la critique frontale étant le plus souvent vouée à l'échec.
La ruse suprême consiste à substituer une langue de bois à une autre.
Les mots sont importants et peuvent susciter le sommeil de la raison, comme son réveil. Ils peuvent être subversifs. Par exemple, l'appellation "
citoyen" n'instaure pas seulement en 1789 un simple changement de mots, mais une changement en profondeur de rapports sociaux et politiques.

2 commentaires:

Sandrine L. a dit…

Bonjour Marcel,
Merci pour cette petite précision, jamais inutile. La langue de bois fait tellement partie du discours ambiant que l'homme politique l'a transformée en véritable dialectique, exagérément pauvre par définition mais qui, curieusement, semble encore nourrir les foules. Les "communicants", rivalisant tous de nullité (mais de nullité "efficace") ont encore de beaux jours devant eux...

Marcel Thiriet a dit…

Bonjour Sandrine,

Oui, il y a un "mystère" dans l'adhésion courante à la langue de bois.
Bernays en a fait une théorie malgré lui, bien après La Boétie(La servitude volontaire)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Bernays
Cordialement