Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 17 mai 2012

Péril jeune?

L'enfer, c'est le jeune?_____________________________________

____"À en croire les gestionnaires de nos grasses et bourgeoises cités libérales, le jeune serait un danger pour lui-même et pour les autres. Il ne reste alors nul autre choix que de le contrôler, expliquent-ils en chœur. Une position paradoxale pour des sociétés qui ont fait du jeunisme publicitaire et du culte de la vie éternelle les leitmotivs justifiant la consommation irresponsable..." (Thomas Serres)
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_Paradoxe, oui: le jeunisme est une valeur dominante dans nos sociétés , au point de produire l'infantilisation du consommateur de moins en moins solidaire, de moins en moins citoyen, obsédé/conditionné par le mythe d'une jeunesse éternelle.
Mais la jeunesse réelle, dont l'insertion sociale est de plus en plus retardée et problématique, est victime d'une sorte de relégation, voire d'un certain ostracisme, même si on se plaît à distinguer, de manière manichéenne, les bons et les mauvais jeunes...
Ambivalence renvoyant à nos propres contradictions personnelles et sociales...

_______Elle devient, de manière différenciée selon les catégories sociales, de plus en plus précarisée, soumise à un  chômage spécifique, à une crise de confiance assez généralisée.
___La peur des jeunes: nihil novi sub sole..
On la retrouve , sous des formes diverses, à toutes les époques connues de nos sociétés occidentales
  Le péril jeune est une vieille antienne, qui revient périodiquement
« Le père redoute ses enfants. Le fils s’estime l’égal de son père et n’a plus pour ses parents ni respect, ni crainte. Ce qu’il veut, c’est être libre. Les élèves couvrent leur professeur d’insultes. Les jeunes veulent tout de suite la place de leurs aînés; les aînés pour ne pas paraître retardataires ou despotiques, consentent à cette démission. »
Si ces propos sonnent à nos oreilles de manière familière, ils sont pourtant attribués à Platon, il y a plus de 2500 ans.
Sans remonter si loin, depuis le XIXème siècle, une partie de la classe politique et des médias ne rechigne pas à brandir à intervalle irrégulier et dans des contextes spécifiques, le "péril jeune". Les caractérisations dénigrantes et la hantise de la transgression imposent alors la figure de la délinquance juvénile, érigeant la jeunesse en menace.
La question s’inscrit donc dans une histoire longue qui tranche avec les perceptions de l’instant._La « jeunesse coupable » est identifiée sous les monarchies censitaires et le second empire sous les traits des petits vagabonds des grandes villes (le gamin de Paris) et des nouvelles couches de migrants prolétarisés, entassés dans les faubourgs ou les quartiers pauvres ("les classes dangereuses"). Au début du XXè, la figure de l’ « apache » symbolise l’essor de la criminalité juvénile. La question disparaît avec la grande guerre pour ne ressurgir qu’aux lendemains de la suivante avec l’apparition du phénomène des « blousons noirs ». Depuis une trentaine d’années, elle se polarise sur la jeunesse immigrée de banlieue. Ces représentations alimentent une obsession sécuritaire, repérable d’un siècle à l’autre."
___Ceux qu'on appelle les jeunes  sont souvent stigmatisés, objets d'une peur irrationnelle.
 Une vieille peur.  Une  longue histoire.
Il arrive même que nous ayons peur de nos enfants, qui sont...ce que nous en avons fait.
_______Mais la jeunesse n'est qu'un mot,  on peut même se demander si elle  existe, sociologiquement...
Comme le signale Pierre Bourdieu « Le réflexe professionnel du sociologue est de rappeler que les divisions entre les âges sont arbitraires. C’est le paradoxe de Pareto disant qu’on ne sait pas à quel âge commence la vieillesse, comme on ne sait pas où commence la richesse. En fait, la frontière entre jeunesse et vieillesse est dans toutes les sociétés un enjeu de lutte. Par exemple, j’ai lu il y a quelques années un article sur les rapports entre les jeunes et les notables, à Florence, au XVIe siècle, qui montrait que les vieux proposaient à la jeunesse une idéologie de la virilité, de la virtú, et de la violence, ce qui était une façon de se réserver la sagesse, c’est-à-dire le pouvoir. De même, Georges Duby montre bien comment, au Moyen Age, les limites de la jeunesse étaient l’objet de manipulations de la part des détenteurs du patrimoine qui devaient maintenir en état de jeunesse, c’est-à-dire d’irresponsabilité, les jeunes nobles pouvant prétendre à la succession."
De même que l'enfance, comme catégorie sociale,  existait à peine au Moyen-Age.
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- Le fossé entre deux jeunesses est très grave



 

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