Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mercredi 20 juin 2012

Grèce, fautive ou victime?

 __Le jeu de dupes continue, le désastre aussi.
Dans cette crise qui déroute,  on ne cesse de souligner les défauts congénitaux de la mère de la démocratie, certains remontant à l'occupation ottomane: manque de sens de l'Etat, résistance à l'impôt,  clientélisme, corruption...
__Certes, mais quand on a reconnu cela, quand on connaît l'ampleur bien plus grande de la dette en UK, pour ne pas parler de celle, abyssale, des USA, on n'a compris qu'une partie du problème. C'est surtout les intérêts de la dette qui écrase la Grèce, donc un système financier qui a mis à mal d'autres pays. Mais c'est aussi à Bruxelles que résident ses problèmes présents, la crise ayant fait office de révélateur de dysfonctionnements structurels masqués dès l'origine..
________________________ Paul Krugman , prix Nobel d'économie, spécialiste en macroéconomie internationale, mettant en cause quelques préjugés tenaces et des affirmations erronées circulant à Bruxelles et dans les "milieux autorisés", pense qu' il faut situer " l’origine de ce désastre  bien plus au nord, à Bruxelles, Francfort et Berlin, là où les responsables politiques ont créé un système monétaire profondément biaisé – qui sera peut-être fatal – puis qui ont aggravé les problèmes de ce système en substituant des leçons de morale à l’analyse... 
 la Grèce a rejoint l’euro et quelque chose de terrible s’est produit : les gens se sont mis à croire que c’était un endroit sûr pour investir. De l’argent étranger s’est mis à couler à flots en Grèce, une partie, mais pas la totalité, finançant les déficits de l’état ; l’économie a fait un bond ; l’inflation a augmenté ; et la Grèce est devenue de moins en moins compétitive. Evidemment, les grecs ont dilapidé quasiment tout l’argent qui entrait à flots, mais tous ceux pris dans la bulle de l’euro ont alors fait la même chose.
Puis, la bulle a explosé, et à ce moment-là, les manquements fondamentaux de tout le système de l’euro sont devenus évidents.
Posons-nous la question de savoir pourquoi la zone dollar – plus connue sous le nom des États-Unis d’Amérique – fonctionne plus ou moins, sans qu’il y ait d’importantes crises régionales comme celles qui touchent l’Europe actuellement ? La réponse tient au fait que nous possédons un fort gouvernement central et les activités de ce gouvernement procurent, dans les faits, des renflouements automatiques aux états en difficulté.
Voyons par exemple ce qui se produirait aujourd’hui en Floride, au lendemain de sa gigantesque bulle immobilière, si l’état devait trouver l’argent dans ses fonds propres, tout à coup très diminués, pour financer la Sécurité Sociale et Medicare. Heureusement pour la Floride, c’est Washington, et pas Tallahassee (ndlt : la capitale fédérale de la Floride) qui paie, ce qui revient à dire que la Floride est renflouée à une échelle qu’aucune autre nation européenne ne pourrait espérer.
Ou prenons un exemple plus ancien, la crise des sociétés d’épargne et de crédit dans les années 1980, qui fut surtout un problème texan. Les contribuables se sont retrouvés à devoir payer de fortes sommes pour régler le problème – mais la grande majorité de ces contribuables étaient installés dans d’autres états que le Texas. Une nouvelle fois, cet état a été renfloué automatiquement à un niveau inconcevable dans l’Europe moderne..."
___On en arriverait à penser que cet effondrement était planifié, car les faiblesses d' Athènes, ses errements aussi étaient connus quand sa candidature a été acceptée et des connivences bancaires ont prolongé le mal jusqu'au point fatal. Delors lui-même a fini par admettre que l'intégration de la Grèce avait été une erreur et que l'Allemagne menait un leadership plutôt désastreux .
" Il ne faudrait pas manquer de rappeler le rôle de Goldman Sachs et de JP Morgan dans la présentation biaisée, très professionnellement, des comptes de la Grèce. Le quotidien financier La Tribune (19 juin 2010) affirmait : «Dès l’entrée de la Grèce dans la zone euro en 2001, on savait que les statistiques étaient faussées.»   Le 13 février 2010, le New York Times indiquait que les comptes de la Grèce avaient été obscurcis par les deux banques Goldman Sachs et JP Morgan. Or, le managing director et vice-président de la branche européenne de Goldman Sachs avait pour nom : Mario Draghi. Il n’était pas ignorant du «cas grec». Merkel, Sarkozy, Juncker (le Luxembourgeois à la tête de l’Eurogroupe) et d’autres l’ont mis à la tête de la BCE, aussi au début novembre 2011..."
_____Les ravages de la monnaie "forte", prônée par Berlin et soutenue par une politique économique, salariale et sociale orientée essentiellement vers l'exportation ont produit les effets que l'on sait et une situation pour l'instant inextricable, repoussant aux calendes...grecques le rétablissement d'un grand malade, affaibli par les remèdes imposés.
Trop tard, trop fort.
 Le pire peut surgir: une dictature ou une vente à la découpe...Il y un an déjà, la pression s'accentuait dans la grande braderie grecque...après les installations olympiques et un aéroport à Athènes, après Le Piréeune purge mortelle est à l'oeuvre. Certains remèdes peuvent être fatals, avec le risque des extrêmes.
  "Le pays fait (en effet) les frais du mythe selon lequel l’adoption d’une « monnaie forte » placerait les économies faibles sur un pied d’égalité avec les plus robustes. On s’aperçoit désormais que de telles politiques finissent par affaiblir les acteurs les plus vulnérables — une logique dont le Portugal, l’Irlande et l’Espagne pourraient bientôt offrir une nouvelle démonstration.
Dans ces conditions, Athènes se dirige désormais vers une sortie de l’euro, et l’ensemble des pays de la périphérie européenne pourraient lui emboîter le pas — une procession dont les conséquences sur l’union monétaire ne seront pas anodines puisqu’elle conduira à la réintroduction de mécanismes de pilotage économique que le néolibéralisme avait conduit les Etats à abandonner... la dette des pays de la périphérie européenne découle directement du gel des salaires en Allemagne..."
___Les marchés financiers ont donc joué un rôle majeur dans cette descente aux enfers.
Bruxelles leur a donné toute latitude. Berlin a donné le ton, nouvelle Sublime Porte.
Un immense gachis!...

mardi 19 juin 2012

Terres africaines, la grande braderie

La colonisation n'est pas morte

___Le problème ne date pas d'aujourd'hui  et ne concerne pas seulement l'Afrique, mais l'Afrique est la plus dramatiquement exposée.
___La  ruée sur les terres africaines, notamment mais pas seulement pour des raisons de sécurité alimentaire, pose d'autant plus de problèmes que l'agriculture est vitale sur ce continent en croissance démographique, surtout pour la masse des petits exploitants, dont la survie dépend de  leur activité.
__La grande braderie , le vol légal continuent...le plus souvent avec la complicité des pouvoirs locaux corrompus. Les populations sont maintenues dans l'ignorance et mises le plus souvent devant le fait accompli.
Le phénomène n'est pas seulement le fait d'Etats comme la Corée ou la Chine, soucieuse de l'alimentation future de leur population, mais aussi  d' investisseurs, probablement tous installés dans la City londonienne et  du côté des Etats-Unis, des groupes bancaires polyvalents comme Goldman Sachs et Morgan Stanley ou des fonds spécialement fondés pour acheter des terres en Afrique comme JARCH CAPITAL.
En Tanzanie notamment, " 16 % de la population nationale, soit 7,5 millions de personnes, est sous la menace directe de l’insécurité alimentaire. Pour Bernard Baha, « on ne va pas vers le progrès en donnant de telles superficies à un seul investisseur. La population tanzanienne, à 80 % dépendante de l’agriculture, croît toujours à un rythme annuel important : si les terres manquent pour cultiver, ne nous étonnons pas si des révoltes surgissent dans les années à venir ».
__Cette nouvelle forme de colonisation, de pillage vert, de ruée sur le foncier n'est pas sans conséquences sur les prix et les mouvement de population qui vont grossir les masses appauvries des banlieues de certains centres urbains. Tout le monde s'y met.
"Les pays riches lorgnent sur l’Afrique non seulement pour un confortable retour sur capital, mais aussi comme une police d’assurance. Pénuries alimentaires et émeutes dans 28 pays en 2008, baisse des approvisionnements en eau, changement climatique et croissance démographique galopante ont fait ensemble, de la terre un placement attractif. L’Afrique a le plus de terres et, en comparaison avec d’autres continents, elles sont bon marché, dit-il. "Les Terres agricoles en Afrique sub-saharienne procurent un rendement de 25% par an et les nouvelles technologies peuvent tripler les rendements des cultures dans des délais courts", a déclaré Susan Payne, directeur général d’Emergent Asset Management.
__La Banque mondiale encourage la razzia sur les terres agricoles, au nom d'un accaparement responsable (sic!)
 " Elle estime que tout apport de capitaux extérieurs dans un pays souffrant d’un déficit d’épargne favorise son développement ; donc les investissements privés dans l’agriculture contribuent au développement national et à la lutte contre la pauvreté, exigence morale du XXIe siècle. On note d’ailleurs que la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, joue un rôle majeur dans la promotion de tels investissements."
__Une  réglementation internationale s'impose, de manière urgente, au nom d'autres principes que ceux de l'ultralibéralisme à courte vue en cours.
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- La ruée vers la terre

 

 

lundi 18 juin 2012

Cacophonie européenne

 Europe: entre dilution et fédéralisme autoritaire?
____________________________________________  [ Questions et hypothèses]

 __Sous la menace d'un bing bang financier annoncé par les plus pessimistes, dans un scénario ubuesque, où la cécité de Bruxelles ne cesse de surprendre, la cacophonie est totale, les divergences sont patentes.
La crise est passée par là, dans une Europe vassalisée, dominée par la loi des marchés financiers, annoncée déjà comme moribonde il y a quatre ans.
Une Europe devenu un grand marché  néolibéral , une zône de libre échange, sans unité politique ni cohérence économique, où l'euro n'a pu jouer le rôle stabilisateur prévu, mais a creusé l'écart entre les zônes de développement inégal.
____Passée dans l'esprit du  consensus de Washington, elle glisse maintenant sous celui du consensus de Berlin, une sorte de  federalisme disciplinaire, pire, une hégémonie allemande de fait, comme le redoute Ulrich Beck (1), Joschka Fisher, Helmut Schmidt, Ferdinand Fichtner ont fait aussi entendre une voix discordante au pays d'Angéla, qui se berce un peu d'illusions...
Une Allemagne à contresens?
Une hégémonie que résume ainsi Mme Lagarde, adepte du dumping salarial: " « L’Allemagne a accompli un excellent travail au cours des dix dernières années, en améliorant la compétitivité, en exerçant une forte pression sur ses coûts de main-d’œuvre."
__Si le fédéralisme politique peut être l'horizon de certains européens, notamment à l'origine du projet, et pour certains commentateurs, dans les conditions actuelles, il faut craindre qu'il mène au  délitement de l'idée européenne. l'idée d'une souverainété "partagée" ne pouvant  exister que s'il y a un minimium de règles communes et de solidarité entre les membres, malgré leur inégalité de développement.
L'Europe des citoyens reste un voeu pieux .
__L'Europe à deux vitesses, au delà d'une eurodiscipline budgétaire, reste plus facile à dire qu’à faire 
Cela paraît  un défi impossible "... Comme articuler les futures institutions fédérales de la zone euro et les institutions intergouvernementales de l'Union européenne ? Peut-on imaginer un ministre des finances de la zone euro, voire in fine un gouvernement de la zone euro, responsable politiquement devant les citoyens européens, au sein des structures actuelles de l'Union européenne ? Aucun schéma convaincant n'a à ce jour été présenté. Penser les institutions de l'euro-fédéralisme : tel est le dernier défi des Européens."
Au bord du précipice, l'option Merkel est risquée.
Un “Maastricht 2” en vue pour la fin du mois, ou un coup de force austéritaire?
Que fera F. Hollande, aujourd'hui en position de force dans l'eurozône, mais arbitre de tendances internes  contradictoires? Pourra-t-il, voudra-t-il rompre avec la stratégie de soumission aux marchés financiers? 
__Comment sortir du péril dénoncé autrefois par Mendès France, un peu plus de deux mois avant la signature des traités de Rome, le 18 janvier 1957 à l’Assemblée Nationale? :
"Le projet du marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du xx ème siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens large du mot, nationale et internationale."
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-Vers un «saut fédéraliste» ?
- Pourquoi Angela Merkel s'obstine
-Désaccords de fond

samedi 16 juin 2012

L’économie verte dénaturée?

 Les ambiguïtés de l'économie verte

 "Il ne faut pas se leurrer : quand quelqu’un se préoccupe d’économie verte, il est plutôt intéressé par l’économie et moins par le vert" (Meadow)
__________________
 
____On connaissait les dérives du greenwashing, de la récupération industrielle et commerciale de thèmes écologiques.
L'économie verte...devenue une nécessité, comme la Chine le proclame elle-même officiellement, confrontée à des problèmes graves de pollution multiforme, un pilier de développement  pour nos pays, n'est-elle pas devenue ou en voie de devenir très floue, voire  mystifiante.
Ecologithèque
"Au niveau des entreprises, on entend plutôt l’économie verte comme une nouvelle stratégie pour durer. Anticipant les réglementations environnementales, qui menacent de se multiplier à l’avenir, bon nombre d’entreprises ont choisi de réduire leur impact sur l’environnement ou de s’afficher comme un représentant des activités «vertes» qui pourraient être soutenues à l’avenir par les politiques économiques. En France, des multinationales de l’eau aux géants de l’énergie, tout le monde veut être plus vert que vert. Et dans de nombreux pays, les régions sinistrées misent sur les «éco-technologies» pour relancer la croissance...
Ce que redoutent les associations, c’est une financiarisation de la nature pour la faire entrer dans les cases des économistes. «Au nom de la conservation de la biodiversité, de la purification de l'eau, de la pollinisation des plantes, de la protection des forêts et de la régulation du climat, ils considèrent comme essentiel de donner un prix aux fonctions écologiques qu'assurent les plantes, les animaux et les écosystèmes et de les transformer en «services» compartimentés, monétarisés et échangeables sur les marchés», écrivent un collectif d’associations françaises, parmi lesquelles Attac, Les Amis de la Terre ou le réseau Sortir du nucléaire.
 Pour ces militants, l’économie verte n’est qu’une «volonté d’étendre le modèle économique néolibéral capitaliste à de nouveaux domaines» et «perpétue le modèle productiviste». La tenue du G20 quelques jours avant le sommet de Rio autour du thème de la «croissance verte» ne les rassure pas."
_________"L’économie verte, c’est l’une des plus grosses boulettes politiques de ces dernières années. Popularisé par l’OCDE, les Nations unies, la Banque mondiale et l’Union européenne, ce concept voulait désigner un nouveau modèle économique respectueux de l’environnement. Alors que le développement durable perdait de son sens à force de discours jamais mis en œuvre ou d’invocations mensongères, parler de croissance et d’économie verte devait rassurer les acteurs économiques en consolidant l’objectif de créer des richesses, et consacrer l’écologie comme moteur universel de développement. Un compromis vertueux entre capitalisme et nature. En théorie. 
Sauf qu’à coups de rapports plus néolibéraux les uns que les autres, les institutions internationales en ont fait un synonyme d’exploitation de la nature au profit des intérêts privés, et occidentaux en particulier. Eloge des mécanismes de marché, promotion de l’innovation technologique, valorisation du rôle des entreprises, mécanismes de compensation : tout l’arsenal de l’orthodoxie économique et de la réduction du rôle de l’Etat à la portion congrue a été mobilisé...
Partout où il est fort (en Chine, en Allemagne, au Danemark, aux Etats-Unis), le secteur des énergies renouvelables est subventionné par l’Etat à travers le mécanisme du tarif d’achat. La croissance verte n’est pas qu’une cour de récréation pour intérêts privés. C’est un enjeu d’action publique. D’où le discours montant chez les dirigeants politiques autour de la transition énergétique, qu’on retrouve chez François Hollande, et l’inflexion du discours européen, qui relie désormais plus fortement verdissement de l’économie et exigences sociales..."
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vendredi 15 juin 2012

Pour un protectionnisme éducateur?

 __Pour les dogmatiques de la mondialisation à tout prix et à tout va, qui est surtout devenue celle des capitaux depuis l'ère reaganienne, le protectionnisme est le péché  par excellence.

_______Mais ce dogme libéral , au vu des résultats, commence à être contesté même par des économistes de droite, dénonçant un  libéralisme de courte vue,  fonctionnant parfois comme un piège, et pas seulement par des courants d'inspiration gaulliste ou les nouveaux adeptes du patriotisme économique. Des appels à changer de logiciel se manifestent.
Maurice  Allais avait depuis longtemps montré les impasses d'un mondialisation non tempérée.
Les quelques réserves tardives de Pascal Lamy n'ont pas modifié la rigidité des principes de l'OMC.

________Pour l'économiste J.Luc Gréau: " le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine ait augmenté de 93 % depuis le début de cette année est bien le signe que quelque chose ne va pas. Aujourd’hui, l’Union européenne exporte 100 vers la Chine et importe 300 de produits made in China. Aux Etats-Unis, ce rapport est de 1à 6. Dans nos relations avec la Chine, nous ne profitons pas des supposés bénéfices du libre-échange. C’est pour cela que le retour d’un nouveau protectionnisme est inéluctable. Le vrai risque c’est d’attendre trop longtemps que les emplois industriels en Europe aient totalement disparu.
 D’où provient la croissance mondiale aujourd’hui ? Un peu des Etats-Unis, mais surtout de l’Asie et dans une moindre mesure de l’Amérique latine. En Chine et en Inde, elle a été alimentée grâce notamment à l’élargissement du processus capitaliste, qui permet à ces pays d’élever leur niveau de compétence et de savoir-faire. Dans ce contexte, les multinationales, en investissement localement, jouent un rôle déterminant dans ce processus de développement. Il ne s’agit pas de remettre cela en question. Le problème c’est que ces nouveaux pays ont choisi un mode de développement qui privilégie la croissance de leurs exportations au détriment de l’énorme potentiel de leur demande intérieure et donc d’un certain progrès social. Je considère que la Chine mène une politique économique impérialiste, dont ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni même l’Afrique ne bénéficient. Trois décisions majeures des autorités chinoises viennent d’illustrer cette ambition. D’abord, la création d’une société à capitaux publics pour être capable demain de construire un avion de ligne chinois concurrent de Boeing et d’Airbus. Ensuite la volonté d’utiliser une partie des immenses réserves de change de la Chine pour investir sur les marchés financiers occidentaux. Enfin la hausse de 30 % des droits de douane à l’importation de certains biens d’équipement pour protéger son industrie nationale. Et pendant ce temps, l’Europe reste inerte..."
Pourtant, l'idée d'un certain protectionnisme européen fait son chemin, mais un peu tard...Un protectionnisme sélectif et raisonné pour conserver une part essentielle de notre appareil industriel et éviter de plonger dans la déflation salariale.."
___Il est donc urgent de  repenser les délocalisations.
Aux Etats-Unis, qui ont toujours gardé un certain nombre de barrières douanières, et dans des pays émergents, le protectionnisme gagne du terrain . En matière de solaire, par exemple, l'Amérique se protège de la Chine, l'Europe compte les morts.
 __________________Il reste à repenser de nouvelles formes de  protectionnisme éducateur en Europe, comme F.List l'avait suggéré en son temps, selon lequel " une insertion internationale réussie suppose qu'un pays initialement spécialisé dans l'exploitation de ses ressources naturelles et possédant une main-d'oeuvre peu qualifiée, abondante et bon marché s'oriente progressivement vers la production de biens utilisant de la main-d'oeuvre qualifiée et bien payée. Or, ce changement de spécialisation nécessite le recours au protectionnisme : lorsqu'il y a des économies d'échelle, un nouvel entrant ne peut pas être immédiatement compétitif, sauf si sa maîtrise préalable d'un marché domestique large (Chine, Inde) ou une aide publique lui assurent un niveau de production suffisamment élevé. _Même en l'absence d'économies d'échelle, il faut tenir compte des effets d'apprentissage : avec le temps, l'expérience se traduit par l'accumulation de connaissances pratiques et d'une culture qui augmentent l'efficacité productive. Une industrie naissante est donc forcément moins efficace qu'une industrie mûre..., mais la première peut dépasser la seconde si on la laisse grandir à l'abri de la concurrence internationale ou si, au départ, elle est subventionnée. Cet argument, développé initialement par Friedrich List (1789-1846) et John Stuart Mill (1806-1873) sous le nom de " protection des industries naissantes ", demeure un fondement théorique essentiel du protectionnisme." (Alternativeséconomiques_Septembre 2002)
________________Mais la concurrence interne à l'Europe et à d'autres continents n'est-elle pas
un problème trop souvent éludé?
" "La Chine ne représente que 8 % des importations françaises. De fait, les principaux concurrents et partenaires de la France, ce sont les autres pays de l'UE, qui représentent environ 60 % de nos échanges commerciaux - Allemagne en tête, avec 17 %."
L'usine PSA de Trnava, Slovaquie, 3500 salariés
Salaire moyen : 450 € (wikipedia)
C'est pourquoi, pour M. Plane, "plutôt que d'envisager des barrières douanières aux frontières de l'UE" - comme propose de la faire notamment Nicolas Sarkozy avec un "Buy European Act" calqué sur le modèle américain -, "il serait préférable d'éviter les comportements non-coopératifs existant au sein de l'UE, comme la mise en place de la TVA sociale en France ou la compression des coûts salariaux en Allemagne, mesures qui ont pour objectif de gagner des parts de marché au détriment de ses voisins européens".
  Le consensus de Berlin en a été un moteur essentiel.
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- Deutsche Bank: privatisations dans toute l’Europe.
- Protectionnisme : la première initiative citoyenne lance le débat au niveau européen

jeudi 14 juin 2012

Afghanistan: et après?

 Retrait ou retraite?

__Départ ou déroute?
 On part, c'est irrévocable...enfin presque
Les formes seront respectées....
C'est officiellement un départ volontaire, programmé.
En fait, Obama cède, même s'il   avait déclaré  vouloir  finir le boulot.
 Il faut savoir arrêter une guerre ingagnable, aux objectifs réels inavoués et aux méthodes discutables.
En fait, la paix était inaccessible.
Il sera sans doute question, comme en Irak, de ne laisser qu'un minimum de troupes pour garder un semblant de contrôle politique de la situation.
Alors que depuis longtemps, dés 2008, et pour certains généraux  eux-mêmes, beaucoup aux  USA ne se faisaient aucune illusion sur l'avenir de leur aventure à visée géopolitique et pétrolière.
Le doute était installé depuis longtemps
Pour l'Elysée, c'est mission accomplie.
Accomplie?
La corruption est au plus haut niveau
La sécurité est dévoyée
____________________Malgré (ou à cause de) ses richesses, l'avenir de l'Afghanistan est totalement  incertain
Difficile de faire des prévisions pour ce pays , qui a si souvent déjoué les plans des envahisseurs ...
Le pays possède assez de ressources  pour qu'il puisse se développer vite et bien, mais l'absence d'institutions démocratiques, la proximité d'un Pakistan instable, sa position géostratégique essentielle..font douter d'une reconstruction rapide et indépendante.
Le problème posé par la narcoéconomie est central:
 "... L’opium est un produit hautement addictif aussi sur le plan politique. A l’origine de nombreux problèmes sanitaires, de l’affaiblissement de l’Etat et de la déstabilisation régionale, sa culture joue un rôle économique et social clé en Afghanistan que seul un plan de « sevrage » à l’échelle du pays, sur un temps long, compensé par l’encouragement d’une agriculture de substitution subventionnée pourrait contribuer à éliminer.  C’est le prix de la reconstruction politique et sociale de l’Afghanistan."

mercredi 13 juin 2012

Haro sur Allemagne?

Allemagne ambiguë

___________L'Allemagne est souvent mise en accusation, ou plutôt la politique menée par sa chancellière, sa coalition en voie de fracture et les intérêts qu'elle représente.
  L'OIT n'y va pas par quatre chemins. Pour elle,  l'Allemagne est responsable de la crise en zone euro, soulignant le fait de "la politique salariale "déflationniste", mise en place en Allemagne ces dix dernières années  : "Les coûts du travail en Allemagne ont chuté depuis une décennie par rapport aux concurrents, mettant leur croissance sous pression, avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques".
In Deutschland auch...L'unanimité ne règne pas sur le ligne à suivre, loin de là.
Joschka Fischer n'a pas de mots assez durs à l'encontre de la politique d'austérité imposée par Angela Merkel
Souhaite-t-elle sans le dire le départ de la Grèce de la zône euro?
Selon l'économiste J.Sapir,"... nous voyons se mettre en place petit à petit le mécanisme d’une sortie de la Grèce de l’Euro, solution ouvertement envisagée par le Ministre Allemand de l’intérieur. Ces déclarations, qui ont le mérite de la clarté, soulèvent un autre problème. Quels que soient les démentis, il est clair qu’un membre du gouvernement ne s’exprime pas à la légère, surtout en Allemagne. Il y a au moins un débat important au sein du gouvernement Allemand, et peut-être plus : une décision d’aboutir par petits pas à une sortie de la Grèce de la zone euro. Une sortie qui doit être naturellement « volontaire » (tout comme l’est l’échange des titres de dette est qualifié de « volontaire ») car il n’existe à l’heure actuelle aucun mécanisme pour exclure un pays de la cette zone euro..
Si la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie ont vu leur endettement public s’accroître dans des proportions considérables ces dernières années, c’est en raison de l’écart croissant de compétitivité avec l’Allemagne. Ceci s’est traduit par un déficit commercial croissant avec ce pays mais aussi – plus subtilement – par une plus grande sensibilité à la montée du taux de change de l’Euro depuis 2002. Ce dernier est ainsi passé de 1 Euro pour 1,05 Dollars américains en 2002 à plus de 1,40 pour revenir, vers la mi-décembre 2011 à 1,30. L’économie allemande peut résister à une telle surévaluation, mais pas celles des pays du Sud de l’Europe. La compétitivité des pays de l’Europe du Sud s’est ainsi dégradée face aux autres pays du monde du fait qu’ils étaient entraînés dans une spirale de réévaluation pour eux insupportable.
Cet écart de compétitivité s’enracine dans des configurations très différentes des structures économiques et industrielles des pays de la zone Euro. De ce point de vue, la monnaie unique n’a apporté nulle convergence. Pour qu’il en fut autrement, il eut été nécessaire de prévoir des mécanismes de transferts budgétaires importants des pays comme l’Allemagne vers les pays du Sud de l’Europe. Mais, l’Allemagne s’y est refusée dès le départ..."
_____En suivant ses stricts intérêts, dans la cadre d'un ordolibéralisme dogmatique, Berlin mène un jeu dangereux, devenant un problème pour elle-même.
" La Chancelière Angela Merkel souffle donc le chaud et le froid depuis le début de la crise : si une crise longue mais légère est bénéfique pour l’Allemagne, un effondrement de la zone serait une catastrophe pour elle. C’est comme si elle s’efforçait de maintenir ses voisins sous assistance respiratoire en espérant que le statu quo dure le plus longtemps possible..."
Le modèle de production allemand, essentiellement exportateur, est certes performant, mais paradoxalement aussi de ce fait vulnérable.
__C'est ce qui explique sans doute les tergiversations de  la « dame de plomb », prise dans d'innombrables contradictions, passant de la résistance à l'ouverture.
Sans compter les tensions et les contradictions régnant au sein de son gouvernement.

________________Selon un journaliste allemand, se référant à Helmut Schmidt, l'Allemagne ne doit pas oublier sa dette envers l'Europe:
"... Si le monde entier ne nourrissait pas une profonde méfiance envers l'Allemagne, déclarait récemment Helmut Schmidt, ex-chancelier et grand maître de la politique allemande, l'union européenne n'aurait jamais été mise sur les rails...
 "Nous ne sommes pas assez conscients du fait que les Allemands suscitent la méfiance de presque tous leurs voisins et pour des générations encore", affirme Helmut Schmidt. En tout cas, l'un des principaux moteurs de la construction européenne a été la crainte de voir renaître une Allemagne dominatrice. Il fallait ancrer, et par là dompter, ce pays au cœur de l'Europe, à l'importance géopolitique majeure.
L'introduction hâtive de l'euro s'explique elle aussi par la volonté de rattacher à la communauté cette Allemagne renforcée par la réunification. Pour obtenir la bénédiction de la communauté internationale, l'Allemagne réunifiée a dû renoncer au deutschemark. La monnaie unique fut toutefois bâtie sur son modèle, c'était une condition de l'Allemagne. A l'heure où l'euro révèle ses défauts de conception, la faute en revient aussi aux Allemands..." 
_______Les banquiers allemands ont tendance a vouloir laisser tomber les pays dits faibles, en oubliant qu'ils sont impliqués dans leur dette.  L’Allemagne a donc  une part de responsabilité dans la crise européenne
"... Comme la Banque centrale européenne (BCE) est régie par des règles imposées par l’Allemagne, la politique monétaire de l’UE fut décidée en prenant essentiellement en compte la contraction des salaires allemands. Les banquiers centraux ont alors opté pour une politique monétaire adaptée à la première économie européenne, mais trop expansionniste pour Lisbonne, Madrid, Dublin ou Athènes. L’argent a inondé ces pays nourrissant des bulles (immobilier…), alimentées par un crédit facile. Tandis que la hausse des prix a entraîné celle des salaires, réduisant leur compétitivité. Bien sûr, cela ne veut pas dire que Grecs, Espagnols, Portugais ou Irlandais n’ont pas de responsabilité dans la crise, mais cela explique en partie les distorsions entre le sud et le nord de l’Europe, voire entre l’Allemagne et les autres. Aujourd’hui, les banquiers allemands veulent laisser tomber les pays dits faibles, oubliant que les banques allemandes notamment régionales, ne survivraient sans doute pas à une déconfiture de l’Europe du Sud. Tel est l’avis de Ferdinand Fichtner..."
___ L’Allemagne a cette responsabilité d’avoir imposé le DM, rebaptisé pudiquement euro, au reste de la zone . Monnaie beaucoup trop forte pour une majorité des pays qui l’ont adoptée . On parle souvent de délocalisations, mais sans savoir ce que l’on dit . Les entreprises recherchent, en priorité, à produire hors zone euro . Le coût le la main d’oeuvre est secondaire . La main d’oeuvre peu qualifiée étant, par définition, incapable de productivité et de valeur ajoutée importante . En son temps, monsieur Sellière, alors patron du CNPF, avait eu une remarque qui résume tout . Il avait dit qu’en moyenne, les entreprises industrielles françaises faisaient 2% de gains de productivité par an . Il y a dix ans, l’euro avait été introduit à parité avec le dollar . Quelques années seulement après, il s’était renchéri de 40% . Quelle entreprise peut voir le coût de ses produits prendre 40% en 5 ans par le simple fait de la monnaie ? Un seul exemple illustre celà . La volonté d’Airbus, à l’époque, de partir produire hors zone euro . Volonté vite étouffée par les politiques . Du coup, la facture a été payée par les salariés, par le biais de l’externalisation, souvent hors zone euro . Les Allemands ont réussi à imposer la monnaie, qui permit le mieux de financer sa réunification, sur le dos des autres pays membres..."
"... Comme le souligne The Economist, il y a une grave incompréhension de la position allemande. Il ne s’agit en aucun cas d’une véritable intégration politique fédérale. Les Allemands refusent la « Transfer Union ».
  Berlin n’est prêt à plus d’intégration que pour le contrôle des budgets nationaux et l’imposition d’une rigueur uniforme via des sanctions plus au moins automatiques qui pourraient être initiées ou prises par la Commission ou la Cour de Justice. Voilà la seule intégration européenne à laquelle l’Allemagne est prête aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’une intégration solidaire mais d’une intégration qui imposerait le « modèle allemand » et l’austérité sur le continent...."
_________ Forte de son succès économique, elle impose son droit
Mais les principes qui régissent les relations entre les länder  valent-ils à l'échelle européenne?
Que vaut le projet d'Europe fédérale ? 
 Selon Jacques Sapir : Il n’y a nul fédéralisme dans ce plan, mais le camouflage de la position allemande sous les couleurs d’un soit disant fédéralisme. Ce plan ne fait que refléter, et consolider, la vision « disciplinaire » ou « punitive » d’un fédéralisme budgétaire qui est celle de l’Allemagne. Un fédéralisme réel ne serait possible qu’à la condition d’être cohérent économiquement. Il faudrait donc pouvoir adosser le fédéralisme budgétaire au fédéralisme fiscal et social et prévoir d’emblée des flux de transferts importants. La position de l'Espagne s'explique par la peur de perdre ce qui lui reste de souveraineté directement au profit de Berlin. Un fédéralisme qui serait uniquement budgétaire ne pourrait être que contraignant, tout en ouvrant de nouvelles possibilités de dumping social ou fiscal. En fait, ce que l’on appelle « l’option fédérale » ne peut plus dissimuler qu’elle n’est que le cache-sexe d’une politique disciplinaire imposée par un pays, l’Allemagne..."
On s'acheminerait alors vers un fédéralisme autoritaire
 L'Allemagne, qui n'est pas si vertueuse, est à la croisée des chemins, dans une Europe qui a perdu ses repères. Un leadership plutôt désastreux, selon J. Delors.
______Que fera l'Allemagne pour sortir de ses contradictions?
Les Allemands le savent-ils eux-mêmes? 
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-Dernière nouvelle: une délégation du SPD se rend à l'Elysée pour faire pression sur A.Merkel
-L'intérêt de l'Allemagne..
- Le consensus de Berlin 
- Deutsche Bank: privatisations dans toute l’Europe.

mardi 12 juin 2012

L'autre Obama

 Rétro-Président en question

__  La course à la Maison-Blanche est maintenant bien ouverte..
Sans commune mesure avec le nôtre, le cirque électoral , comme disait quelqu'un, va débuter, où les riches donateurs se bousculent en vue de placements futurs....
On s'en souvient, après la calamiteuse et finalement impopulaire présidence de Bush, l'image d'Obama était excellente au début de son mandat, surfaite sans doute, à la mesure des espoirs levés, mais floue. Sur fond de crise politique, l'orage économique s'annonçant, l'obamamania a duré quelque temps, puis a décliné sous l'effet du cataclysme bancaire.
La désillusion fut vite annoncée
Malgré quelques vélléités réformatrices, il ne fut pas Roosevelt et on se demanda très vite qui était vraiment aux commandes à la Maison Blanche, paraissant otage de lobbies puissants.
Des relations ambiguës avec Israël, dès la précampagne, brouillèrent son début d'ouverture moyen-oriental.
______Le Président est actuellement. en difficulté, dans une Amérique fragilisée, à la reprise discutée. Une reprise en demi-teinte, apparaissant comme un  supervolcan sous un paysage rassurant.
Certes, beaucoup d'Américains n'aimeraient pas voir les Républicains accéder au pouvoir:  La candidature de Mitt Romney, mormon discret et loufoque , mais au passé qui interroge (pas seulement pour son compte suisse et sa tendresse pour le lobby des armes) , laisse mal augurer des débats qui vont s'engager, avec l'influence de la religion dans la campagne, pour escamoter les débats de fond sur l'avenir du pays.
_______________Mais de récentes affaires ternissent l'image du Bureau ovale, révélant des aspects sombres d'un Président trop lisse, que personne ne soupçonnait.
Une face cachée de Barack Obama commence à apparaître,comme le montre, par exemple, ce décryptage de la célèbre journaliste Rachel Maddow
Va-t-elle compromettre son élan? Les dollars suffiront-ils?
  « Il a promis de fermer Guantanamo, de mettre fin aux interrogatoires coercitifs et aux tribunaux militaires, et de restaurer les principes américains de la justice; pourtant, au cours de son premier mandat, il a fait marche arrière sur chacune de ces promesses, fait monter en puissance la guerre secrète des attaques de drones et les opérations clandestines. En coulisses, les débats déchirants entre « faucons » et « colombes » - ceux qui tueraient par rapport à ceux qui captureraient - a été un test pour le noyau même de l'identité du président. »
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-Le monde selon Obama 
- Romney et Obama: les deux amis des 1%
- Barack Obama ou l'honneur perdu des Démocrates américains


lundi 11 juin 2012

Vous avez dit austérité?

 « Nous sommes au bout d’un monde et on s’accroche aux branches » (A Souchon)

Cela se vérifie tout à fait pour beaucoup en Grèce (2),au Portugal, en Espagne...
Parfois jusqu'au désespoir. 
Un spectre hante l'Europe:  l'austérité
Notion devenue un thème récurrent imposé par les politiques actuelles de divers pays, comme réalité ou comme perspective.
Non pas les restrictions, le manque, dus passagèrement à une guerre ou les contraintes que l'on s'impose à soi-même par choix pour diverses raisons.
Mais la réduction, parfois drastique, que des institutions imposent à une partie de la population sous la pression d'intérêts économiques et bancaires, pour des raisons qui auraient pu être évitées avec une gestion saine et juste des richesses qui ne manquent pas.
 Politiques de rigueur qui ne sont que des échecs et qui compromettent à coup sûr le redressement promis, le salut espéré.
Réduction spectaculaires de moyens, malnutrition, renoncement aux soins... frappant les plus démunis, surtout, au coeur de la riche Europe, même en  Allemagne.
A qui le tour?...
Austérité parfois jusqu'à la misère, qui n'est que l'effet d'un système dévoyé, vicié à la base, comme aux USA lors de la grande crise de 29. .Même la terrible détresse alimentaire au Sahel ne relève pas d'un fait de nature.
Ce serait être aveugle de ne pas le reconnaître et de ne pas vouloir en admettre les causes humaines, trop humaines.
 Reprendre le contrôle de la finance serait le début de la solution.
Austérité, que de  bêtises on peut dire en ton nom et de turpitudes on veut masquer!
_____Pour faire passer la pilule à ceux qui sont les plus exposés et les plus démunis, le discours sur l'austérité, comme au bon vieux temps de la morale puritaines chrétienne traditionnelle, s'accompagne de culpabilisation, dans des termes quasi-religieux où la rédemption est annoncée comme la perspective des restrictions, des souffrances rédemptrices.
_____________On en revient à la morale pour rendre chacun responsable de ce qui lui arrive, pour intérioriser sans critique ni révolte le sort qui lui est fait...
 Un parfum des années trente ? Le discours de Pétain après la défaite jouait déjà aussi sur ce registre. Type de discours réentendu il y a peu "en janvier dernier, à la veille du Forum économique de Davos,(où)son président, M. Klaus Schwab, parlait carrément de « péché » : « Nous payons les péchés de ces dix dernières années », diagnostiquait-il, avant de se demander « si les pays qui ont péché, en particulier ceux du Sud, ont la volonté politique d’entreprendre les réformes nécessaires »
Autrement dit: Repentez-vous, mes frères, vous avez trop dépensé, trop succombé à la jouissance, trop profité de la générosité des banques!
Si beaucoup se sont irrationnellement endettés à un moment donné, qui les y a poussés en les trompant? Et si la Grèce a vécu au dessus de ses moyens, n'est-ce pas à cause de la complaisance d'une Europe libérale et de la complicité de Goldman Sachs?
Vivent les marchés, vive la crise et vive la rigueur disaient certains lors de la crise de 1974.
__Mais austérité pour qui? et pourquoi?
Pour que survivent les banques?...
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" Rigueur, austérité, efforts, sacrifices, discipline, règles strictes, mesures douloureuses… A force d’assiéger nos oreilles de ses fortes connotations moralisatrices, le vocabulaire de la crise finit par intriguer. En janvier dernier, à la veille du Forum économique de Davos, son président, M. Klaus Schwab, parlait carrément de « péché » : « Nous payons les péchés de ces dix dernières années », diagnostiquait-il, avant de se demander « si les pays qui ont péché, en particulier ceux du Sud, ont la volonté politique d’entreprendre les réformes nécessaires » (1). Dans Le Point, sous la plume de Franz-Olivier Giesbert, le décompte de nos bacchanales débridées est plus large : l’éditorialiste déplore « trente ans de bêtises, de folies et d’imprévoyance, où l’on a vécu au-dessus de nos moyens  ».
Dirigeants et commentateurs ressassent le même récit fantasmatique : en se montrant paresseux, insouciants, dispendieux, les peuples européens auraient attiré sur eux, comme une juste punition, le fléau biblique de la crise. Maintenant, ils doivent expier. Il faut « se serrer la ceinture », remettre à l’honneur les bonnes vieilles vertus d’épargne et de frugalité. Le Monde (17 janvier 2012) cite en exemple le Danemark, pays modèle auquel une « cure de patates » a permis de revenir dans les bonnes grâces des agences de notation. Et, dans son discours de prise de fonctions, en décembre 2011, le président du gouvernement espagnol, M. Mariano Rajoy, haranguait ses compatriotes : « Nous sommes confrontés à une tâche ingrate, comme celle de ces parents qui doivent se débrouiller pour nourrir quatre personnes avec l’argent pour deux. »
De nombreuses voix s’élèvent pour souligner l’imposture de ce raisonnement qui prétend calquer le comportement d’un Etat sur celui d’un ménage. Il escamote la question de la responsabilité de la crise, comme le poids insupportable que l’austérité fait peser sur les populations, dont la seule faute est d’avoir voulu se soigner ou payer les professeurs de leurs enfants. Pour un particulier, la rigueur budgétaire peut être une source de fierté et de satisfaction ; pour un Etat, elle signifie la ruine de centaines de milliers de citoyens, quand elle n’aboutit pas, comme c’est le cas en Grèce, à un sociocide pur et simple. Au Danemark, précisait Le Monde, la « cure de patates » se traduisit par une explosion du chômage et par une réduction drastique des programmes sociaux ; « soixante mille familles perdirent leur logement ». Ainsi, non seulement ce faux bon sens efface magiquement les inégalités sociales et occulte les ravages de l’austérité, mais il préconise, face à la crise, une politique économique qui n’aboutit qu’à l’aggraver en empêchant toute relance par la consommation....
  Jean Calvin estimait que la masse des ouvriers et des artisans « devait être maintenue en état de pauvreté pour rester obéissante envers Dieu ». Le protestantisme creusa entre élus et damnés « un fossé a priori plus infranchissable et plus inquiétant que celui qui séparait du monde le moine du Moyen Age — un fossé qui traça une empreinte profonde dans tous les sentiments sociaux ». Le puritanisme anglais forgea également « une législation sur la pauvreté dont la dureté tranchait radicalement avec les dispositions antérieures... » (M.Chollet)
- Des économistes lancent un manifeste contre la rigueur
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-Paru dans Agoravox