Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 2 mai 2013

Point d'histoire: Hitler au pouvoir

 Il y a 80 ans...
__________L' arrivée de  Hitler reste encore en partie une énigme historique.
L'énoncé des faits, depuis la fin de la guerre de 14 est relativement facile à établir.
Mais les causes profondes, les rapports de force et les objectifs masqués des protagonistes affichés ou secrets, l'entrelacement des passions et des intérêts restent encore largement à décrypter.
Les desseins d'un homme seul, arrivant par sa seule volonté au pouvoir, conforme au discours officiel du régime, ne sont absolument pas explicatifs mais  relèvent d'une histoire "héroïque" naïve.
Les manuels évoquent les divisions et les erreurs de la gauche, la faiblesse d'une jeune démocratie, l'humiliation de la défaite et du Traité de Versailles, la renaissance du militarisme, l'occupation de la Ruhr, les erreurs de Brüning...
Mais tous ces ingrédients n'auraient pas à eux seuls contribué à conduire à l'aventure hitlérienne. Il aura fallu une succession de crises, monétaires, puis productives, un chômage massif.
Les causes économiques sont souvent mises en avant, notamment les conséquences de la crise économique et l'hyper-inflation allemande sous la république de Weimar, mais on les considère souvent comme importantes, sans plus, sans voir que le soutien final des groupes financiers et des industriels les plus puissants fut l'élément décisif dans la consécration du futur Chancelier.
On peut noter l'importance du 30 janvier : Le 4 janvier 1933, l'ancien chancelier von Papen et le banquier von Schroeder rencontrent Hitler à Cologne afin de définir un projet de gouvernement. Quelques jours plus tard, Hugenberg se rallie lui aussi à la solution Hitler. Von Papen arrive alors à convaincre Hindenburg que la nomination d'Hitler à la tête d'un gouvernement au sein duquel figureraient les principaux représentants de la droite nationaliste permettrait tout à la fois de "domestiquer les nazis" et d'obtenir une majorité à l'Assemblée. De leur côté, les principaux représentants des milieux financiers et industriels allemands (Krupp, Thyssen, Siemens, Schacht) envoient à Hindenburg une adresse lui conseillant d'appeler Hitler au pouvoir. Le 28 janvier 1933, Hindenburg demande à von Schleicher sa démission. Deux jours plus tard, il nomme Hitler Chancelier du Reich.
___Le 30 janvier, Hitler prend le pouvoir et le 1er février il déclare:  « Donnez-moi quatre ans et vous ne reconnaîtrez plus l'Allemagne ». Effectivement, ce fut un champ de ruines..
Sa résistible ascension  a connu bien des complicités, des atermoiements et des réticences avant de connaître l'accord fondamental des forces économiques qui comptaient. Mais, elle aurait pu être tuée dans l'oeuf.
.Dés1923, le patron sidérurgiste Stinnes disait à l’ambassadeur américain : « Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et être lui-même un civil ; nous avons un tel homme  . » Avec la crise économique de 1929, ces mêmes cercles ont décidé de miser sur le parti de Hitler qui a reçu de leur part un soutien accru. Sans leurs millions, Hitler ne serait jamais devenu aussi important.
___Le 19 novembre, des banquiers, de grands industriels et de grands propriétaires terriens demandent au président Hindenburg de nommer Hitler à la chancellerie. La rencontre entre le Premier ministre en exercice von Papen et Hitler dans la villa du banquier von Schröder le 4 janvier 1933 a scellé les arrangements qui ont conduit au 30 janvier 1933.
Certains patrons ont encore des doutes sur la capacité d’Hitler à contrôler son arrière-ban, chauffé par des discours démagogiques contre le grand capital. Mais Hitler les rassure. Le 20 février 1933, il reçoit le gratin du grand capital allemand. L’aile dite anticapitaliste du parti, qui avait cru à la démagogie de Hitler et pensait que les nazis prendraient aussi des mesures contre le grand capital, est éliminée. Pendant la nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934, Hitler fait assassiner 1 000 cadres de ses propres sections d’assaut (SA).
Ce sont les Thyssen, Krupp, Siemens et autres qui ont déterminé la politique économique de Hitler. Il suffit de voir la composition du Haut comité économique sous le gouvernement nazi. Nous y trouvons Gustav Krupp von Bohlen, roi de l’industrie d’armement, Fritz Thyssen, baron de l’acier, C. von Siemens, roi de l’électricité, Karl Bosch, de l’industrie des colorants.
Le gouvernement Hitler bloque les salaires au niveau très bas de 1932, où ils étaient arrivés en raison de la crise. Les travailleurs sont privés de tous leurs droits et menacés d’emprisonnement dans un camp de concentration en cas de grève.
La loi nazie du 15 mai 1934 limite la liberté de changer d’employeur. Un livret de travail est introduit en février 1935. Sans ce document, aucun travailleur ne peut être engagé. Tout comme en Belgique au 19e siècle, un ouvrier qui désire travailler ailleurs peut en être empêché par son patron si celui-ci détient son livret de travail.... 
_______C’est au cours de l’année précédente que le mouvement de ralliement de la grande bourgeoisie au nazisme commença à se développer. " Le premier trimestre 1932 marque ainsi un ralliement massif, sinon général du grand patronat industriel à une solution politique dont les principaux bénéficiaires seraient les nazis. (…) le 26 janvier 1932, le banquier von Schröder, mécène de longue date du NSDAP, organise à Düsseldorf une rencontre entre le dirigeant nazi et environ 300 représentants du monde industriel. La partie n’est pas jouée au départ, car beaucoup n’ont jamais eu le moindre contact avec Hitler et se montrent plutôt méfiants à son égard. Or, en deux heures, le führer emporte l’adhésion enthousiaste de la majorité de l’assistance. Sur le conseil de Thyssen et de Schacht, il a troqué la chemise brune contre le complet bleu marine et le discours qu’il prononce est un modèle d’habileté, à la fois rassurant pour le patronat, dont l’autorité sera non seulement maintenue mais renforcée par un gouvernement national-socialiste, et prometteur d’un avenir grandiose. Les diatribes contre le pacifisme et l’hommage rendu à l’armée ne peuvent laisser planer aucun doute dans l’esprit de ses auditeurs : la politique des nazis sera une politique de réarmement et d’autarcie, ce qui ne peut déplaire aux producteurs de charbon et d’acier auxquels il s’adresse. Pour conclure, après avoir fustigé l’égalitarisme et la démocratie, Hitler brosse un tableau en noir et blanc du présent et du futur de l’Allemagne : " Aujourd’hui, nous nous trouvons au tournant du destin allemand. Si l’évolution actuelle se poursuit, l’Allemagne sombrera forcément un jour ou l’autre dans le chaos du bolchevisme, mais si une évolution est brisée, notre peuple sera pris dans une discipline de fer. " Il est ovationné. "
Dès le début de l’année 1933, ce mouvement de rapprochement va enfin connaître son dénouement, et l’alliance nouée entre le mouvement hitlérien et les deux principales fractions de la classe dirigeante traditionnelle.
Par intérêt et anticommunisme à courte-vue, Londres et Wall Street ( dont Prescott Bush et H.Ford) ont aussi contribué indirectement à mettre Hitler au pouvoir.
L'aide de goupes industriels américains à l'effort de guerre nazi, jusqu'en 1942, commence à être bien connue.
__Les accoucheurs du Führer
___________________________________________


Aucun commentaire: