Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

samedi 29 mars 2014

Au fil du net

* Une révolution scientifique

* Relativiser les scores du FN

* Les mafieux au confessionnal! La conversion ou l'enfer.

* Italie : le double discours de Matteo Renzi

*  Silence! on mute... 

* Municipales: rien d'étonnant...

* Il y a 15 ans...Le bombardement "humanitaire" de la Yougoslavie

* Schizophrénie anglaise: Londres menace, la City tremble... 

* L'assistée de Buckingham Palace

* Couper plus ( de bois) pour gagner plus

* Journée du sommeil: dormons...zzz..  

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 _Dessin du jour_____________________

-Photos de la semaine: une terre-poubelle

vendredi 28 mars 2014

Acropole aux enchères?

Silence, on brade..
                             La Grève va mieux...disent-ils.
      Il arrive, il est vrai, que de grands malades connaissent quelques rémissions dans l'aggravation de leur mal. 
        C'est le bon docteur Barbarosso qui l'affirme, content de lui-même, comme Rajoy en Espagne, satisfait des remèdes de l'infaillible Troîka, ces ayatollahs de l'austérité: le berceau de la démocratie est en bonne voie de guérison. Les métastases ont cessé de progresser.
  D'un optimisme sans faille, il n'a jamais vu dans le cas grec une faillite européenne,  qui est bien plus qu'héllène, mais une purge provisoire et nécessaire, une sorte de jeûne thérapeutique, en somme.  N'allez surtout pas croire que l'intervention chirurgicale visait d'abord le sauvetage des banques européennes, qui avaient joyeusement prospéré là-bas;  καθόλου ! Pas du tout!..
      Il l'affirmait avec un optimisme sans faille, comme un chirurgien légitimement fier après une délicate première et longue opération, lors de du lancement de la  présidence grecque de l’UE:
 "...Nous sommes bien au courant qu’il existe encore des situations extrêmement difficiles, y compris dans un pays comme la Grèce – des difficultés sociales, des épreuves, d’importants sacrifices – et nous savons que ces signes positifs que nous commençons à constater ne se font pas encore ressentir au niveau individuel. Je suis aussi pleinement conscient des difficultés que traverse la population grecque et je souhaite vraiment lui rendre hommage pour son courage et sa dignité ; et j’encourage le peuple grec, sous la direction de son gouvernement, à ne pas baisser les bras et mettre en péril les efforts accomplis. Je pense que nous pouvons dire au peuple grec que ses efforts et sacrifices lui ouvrent les portes d’un meilleur avenir. »
    La dignité? Quand une grande partie de la population côtoie la misère, quand le chômage progresse encore, quand même le système de santé est soumis à de sévères  restrictions et prend le chemin de la privatisation. 
     Aujourd'hui, là-bas, on pourrait aller jusqu'à  privatiser l'Acropole...ou presque!
Comment, il est vrai, s'arrêter en si bon chemin, quand on a déjà bradé tant de biens publics?
   Le malade, en grande léthargie,  ne se plaint pas trop et n'est pas encore à l'agonie.
 On dit même que le tourisme reprend de la vigueur. Forcément, les salaires ont fondu, donc les prix sont devenus très attractifs. Vive la crise!
        Donc on peut forcer la dose et peut-être aller jusqu'à donner au monde le spectacle d'un pays entièrement privatisé, selon les dogmes d'un ultralibéralisme poussé jusqu'au bout de sa logique.  Reagan ne disait-il pas, à la suite de Hayek: l'Etat, c'est le problème?....
        Mais,mais...On apprend que d'autres médecins, grecs ceux-là, connaissant mieux le malade, ne partagent pas les vues discutables  du Président non élu de la Très Sainte Commission. L'un deux fait un diagnostic assez sombre:
       "...C'est bien connu : l'Histoire se répète parfois sous forme de tragédie, parfois sous forme de farce. Les premières années de la crise ont été marquées par de nombreux troubles sociaux ; il y en a beaucoup moins maintenant. Les gens rentrent chez eux et lèchent leurs plaies. Ils essaient de joindre les deux bouts, et de mettre de quoi manger sur la table. Pour résumer, les rues sont calmes, mais le mécontentement est fort, et la pauvreté, un cancer qui tue les gens psychologiquement.    De très nombreux ménages sont surendettés. Ce que j'ai pu observer au sein des familles, c'est une forme de dépression au sens clinique du terme, qui s'apparente beaucoup aux états bipolaires. Un jour, les gens sont catatoniques et, le lendemain, ils sont dans une forme d'optimisme bizarre, où ils éprouvent le sentiment totalement irréaliste que tout est possible. Puis la dépression revient. Pas besoin d'être grand clerc pour savoir de quoi tout cela est le terreau, on l'a déjà expérimenté dans les années 1930, et pas seulement en Allemagne... "
: l'Histoire se répète parfois sous forme de tragédie, parfois sous forme de farce. Les premières années de la crise ont été marquées par de nombreux troubles sociaux ; il y en a beaucoup moins maintenant. Les gens rentrent chez eux et lèchent leurs plaies. Ils essaient de joindre les deux bouts, et de mettre de quoi manger sur la table. Pour résumer, les rues sont calmes, mais le mécontentement est fort, et la pauvreté, un cancer qui tue les gens psychologiquement.  
De très nombreux ménages sont surendettés. Ce que j'ai pu observer au sein des familles, c'est une forme de dépression au sens clinique du terme, qui s'apparente beaucoup aux états bipolaires. Un jour, les gens sont catatoniques et, le lendemain, ils sont dans une forme d'optimisme bizarre, où ils éprouvent le sentiment totalement irréaliste que tout est possible. Puis la dépression revient. Pas besoin d'être grand clerc pour savoir de quoi tout cela est le terreau, on l'a déjà expérimenté dans les années 1930, et pas seulement en Allemagne... 

En savoir plus sur http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/yannis-varoufakis-il-aurait-mieux-valu-que-la-grece-fasse-faillite_1497444.html#VfEvWqrkclwjoj1s.99
: l'Histoire se répète parfois sous forme de tragédie, parfois sous forme de farce. Les premières années de la crise ont été marquées par de nombreux troubles sociaux ; il y en a beaucoup moins maintenant. Les gens rentrent chez eux et lèchent leurs plaies. Ils essaient de joindre les deux bouts, et de mettre de quoi manger sur la table. Pour résumer, les rues sont calmes, mais le mécontentement est fort, et la pauvreté, un cancer qui tue les gens psychologiquement.  
De très nombreux ménages sont surendettés. Ce que j'ai pu observer au sein des familles, c'est une forme de dépression au sens clinique du terme, qui s'apparente beaucoup aux états bipolaires. Un jour, les gens sont catatoniques et, le lendemain, ils sont dans une forme d'optimisme bizarre, où ils éprouvent le sentiment totalement irréaliste que tout est possible. Puis la dépression revient. Pas besoin d'être grand clerc pour savoir de quoi tout cela est le terreau, on l'a déjà expérimenté dans les années 1930, et pas seulement en Allemagne... 

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C'est bien connu : l'Histoire se répète parfois sous forme de tragédie, parfois sous forme de farce. Les premières années de la crise ont été marquées par de nombreux troubles sociaux ; il y en a beaucoup moins maintenant. Les gens rentrent chez eux et lèchent leurs plaies. Ils essaient de joindre les deux bouts, et de mettre de quoi manger sur la table. Pour résumer, les rues sont calmes, mais le mécontentement est fort, et la pauvreté, un cancer qui tue les gens psychologiquement.  
De très nombreux ménages sont surendettés. Ce que j'ai pu observer au sein des familles, c'est une forme de dépression au sens clinique du terme, qui s'apparente beaucoup aux états bipolaires. Un jour, les gens sont catatoniques et, le lendemain, ils sont dans une forme d'optimisme bizarre, où ils éprouvent le sentiment totalement irréaliste que tout est possible. Puis la dépression revient. Pas besoin d'être grand clerc pour savoir de quoi tout cela est le terreau, on l'a déjà expérimenté dans les années 1930, et pas seulement en Allemagne... 

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C'est bien connu : l'Histoire se répète parfois sous forme de tragédie, parfois sous forme de farce. Les premières années de la crise ont été marquées par de nombreux troubles sociaux ; il y en a beaucoup moins maintenant. Les gens rentrent chez eux et lèchent leurs plaies. Ils essaient de joindre les deux bouts, et de mettre de quoi manger sur la table. Pour résumer, les rues sont calmes, mais le mécontentement est fort, et la pauvreté, un cancer qui tue les gens psychologiquement.  
De très nombreux ménages sont surendettés. Ce que j'ai pu observer au sein des familles, c'est une forme de dépression au sens clinique du terme, qui s'apparente beaucoup aux états bipolaires. Un jour, les gens sont catatoniques et, le lendemain, ils sont dans une forme d'optimisme bizarre, où ils éprouvent le sentiment totalement irréaliste que tout est possible. Puis la dépression revient. Pas besoin d'être grand clerc pour savoir de quoi tout cela est le terreau, on l'a déjà expérimenté dans les années 1930, et pas seulement en Allemagne... 

En savoir plus sur http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/yannis-varoufakis-il-aurait-mieux-valu-que-la-grece-fasse-faillite_1497444.html#RemxKT1uZUjqBTkV.99
                                                                              Qui disait: " Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde"?
         _________________________   La Grèce au jour le jour...
"... Le pays compte désormais plus de 30% de chômeurs, 65% de chômeurs chez les jeunes, tandis qu’il a perdu plus d’un tiers de son industrie et un quart de son PIB en moins de quatre ans. Les salaires très bas ne dépassant guère les 500 euros par mois pour un temps de travail plein se généralisent, tandis que l’abolition pratiquement de l’ensemble des Conventions collectives ont transformé le salariat, ainsi que les relations humaines, devenues ainsi, plus “anthropophagiques” que jamais..".
-Changer la donne?
- Les privatisations s'accèlèrent.
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-Relayé par Agoravox
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jeudi 27 mars 2014

Finances et manipulations

Finances grangrenées
                                  Par les dégâts qu'elle continue de causer, la haute finance n'en finit pas d'être l'objet de critiques, venues aujourd'hui de bords plutôt traditionnellement bien-pensants ou conservateurs. Même si parfois certaines sont de pures formes (électorales), même si d'autres visent seulement à établir des contre-feux.  
 Même le très libéral hebdomadaire britannique, The Economist, traite les banquiers de "banksters"(shoking!), un nom d'oiseau plutôt propre à la gauche radicale auparavant..
     Certes, on ne peut attendre d'organismes financiers, surtout géants, qu'ils se conduisent de manière aussi exemplaire que le ferait l'intendant de l'Institution Ste Marie, ou le cardinal-banquier du Vatican (quoiqu'à ce niveau, tout n'est pas catholique) et que le pouvoir que lui confèrent ses moyens et son manque de transparence ne les laissent à l'abri de dérapages.
L'argent rend fou, disait le conseiller de certains banquiers, Alain Minc...et il est difficile pour eux de se cantonner dans un métier qui devrait être ennuyeux.
     Mais les dérives qui sont apparues à l'occasion de la crise dépassent de loin tout ce l'imagination humaine la plus débridée aurait pu soupçonner..
     Ce qui a été  et continue d'être mis en évidence, n'est pas seulement la place démesurée que la haute finance (accessible ou ténébreuse) a pris dans l'économie, son fonctionnement planétaire hors-sol, en vase clos, sans vrai contrôle, de manière purement spéculative, déconnectée  de l'économie réelle, du coup souvent déstabilisée.
   Mais aussi le fait que certaines grandes banques se livrent sciemment à des pratiques, disons, par euphémisme, peu orthodoxes.
                             Par exemple, elles manipulent dangereusement le marché des devises
"... Les banques sont les principaux acteurs sur le marché des devises et elles entretiennent une instabilité permanente des taux de change. Plus de 95 % des échanges de devises sont de type spéculatif. Une infime partie des transactions quotidiennes en devises concerne des investissements, du commerce de biens et de services liés à l'économie réelle, des envois de migrants.
Le volume quotidien des transactions sur le marché des devises tournait, en 2013, autour de 5 300 milliards de dollars (3799 milliards d'euros) ! Les banques qui disposent, comme les fonds de placement mutuel, de très importantes liquidités en usent et en abusent en poussant des monnaies à la baisse ou à la hausse afin d'obtenir des gains sur les différentiels de taux de change.
Les banques jouent également de manière déterminante sur des dérivés de change qui peuvent provoquer des pertes considérables, sans dcompter les méfaits de l'instabilité des monnaies pour l'ensemble de la société. A partir de mai 2013, les monnaies de grands pays dits émergents ont été soumises à des attaques spéculatives et ont perdu dans certains cas jusqu'à 20% de leur valeur.
Le taux de change entre le dollar et l'euro est aussi l'objet de la spéculation. Le marché des changes constitue le compartiment du marché financier global qui, aux côtés du marché des dérivés, a enregistré la plus forte croissance..."
       Taxer les transactions financières, pour en limiter l'ampleur, la vitesse et les aspects déstabilisants,  n'est plus vraiment à l'ordre du jour. Les renoncements des seuls régulateurs possibles (les Etats, contaminés)sont inquiètants. Roosevelt est bien loin...
    Le scandale du Libor a fait apparaître une des faces cachées de certaines pratiques bancaires que Jean de Maillard n'hésiterait pas à appeler arnaques.
          Un ancien trader fait de son côté une critique sans concession d'un système qu'il connaît bien, même s'il ne va pas jusqu'à remettre en cause certains fondements.
    "Compte tenu de ce parcours, le brûlot qu’il vient de publier sur «les dysfonctionnements des marchés financiers», titre de l’ouvrage, n’en est que plus éclairant sur les causes de la dernière crise et sur les motifs qui expliqueront la prochaine
Car toutes les leçons n’ont pas été tirées et les risques existent toujours; ils ont juste été déplacés des banques vers les marchés. Or, «pour être tranquille en matière systémique, il faudrait supposer que ces risques seront mieux supportés par les acteurs de marchés. On peut en douter», commente l’auteur. Rien n’est donc réglé..".
      Certains banquiers s'en prennent eux aussi à un dévoiement qu'ils ont pu observer et qu'on n'a pas fini de décrypter.
  Mais leurs voix comptent si peu... 
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La Banque d'Angleterre démonte les dogmes !
- Les banques et la nouvelle doctrine
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-Relayé par Agoravox
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mercredi 26 mars 2014

De l'isoloir

 L'isoloir, objet incontournable
                                                 D'une grande banalité.
      Trois fois rien: une petite armature de bois ou de métal soutenant un rideau, à une ou plusieurs places. 
Un bout de tissu qui fait toute la différence.
   Il est censé être le lieu où le secret du vote peut s'exercer, où un citoyen peut décider de son choix ultime à l'abri du regard d'autrui, loin de l'intimité familiale, de l'espace social, face à sa conscience et à l'intérêt général.  Seul.
   Il nous apparait aujourd'hui comme la normalité, s'imposant comme un objet indispensable, dont l'absence choquerait même un citoyen peu motivé.
      Mais il n'a pas toujours existé. Il a fallu du temps pour l'imposer.
  C'est une invention récente.
          " Il aura fallu attendre la loi de 1913, en France, pour son adoption qui alla de paire avec l'utilisation de l'enveloppe pour y glisser le bulletin de vote. Au préalable, l'électeur pliait en deux le bulletin de son choix et le donnait au scrutateur qui l'introduisait dans l'urne ce qui n'assurait pas réellement le secret du vote.."
    Il a d'abord provoqué la risée des députés.
On prêtait même "avec une « douce hilarité », des caractéristiques bien mystérieuses à ce que Charles Ferry désignait comme une « chinoiserie ». Après l’avoir qualifié de « cabanon », « cabinet », « cellule » et « confessionnal laïque et obligatoire », ils l’assimilaient par dérision à « l’alcôve », symbole des ébats amoureux : « Un adversaire ira même jusqu’à anticiper le temps où les femmes seraient électrices pour s’inquiéter des rencontres furtives des deux sexes dans l’obscurité… » D’autres, moins libertins, comparaient l’isoloir à un « couloir d’écoulement » servant à évacuer « des mauvaises odeurs qu’il est facile d’imaginer ». Aux égouts, quoi..."
    En Allemagne, il fut introduit plus tôt, en 1903
Il représente la  garantie du secret du vote, loin du regard d'autrui, mais fut d'abord considéré avec méfiance par les notables.
      Dans l'histoire du vote, il met fin aux pressions sur l'opinion, aux marchandages en tous genres
 Comme le souligne Garrigou, "En réalité, l’ironie des députés cachait surtout leur réticence à l’égard de la capacité universelle à voter. Ils doutaient d’autant plus de l’aptitude du peuple à faire le bon choix que le suffrage devenait incontrôlable : « L’ancienne procédure électorale du vote secret en public accomplissait en effet une fonction de contrôle censitaire du vote. Les électeurs restaient toujours sous les regards des membres du bureau de vote. En disparaissant derrière un rideau, l’électeur échappait provisoirement à tout contrôle ». Autrement dit, la « cabine » mettait en danger les hommes de pouvoir qui, pour être élu, avaient pris la fâcheuse habitude d’exercer des pressions sur les masses... Finis les votes à mains levées ou par acclamations, pendant lesquels l’unanimité était souvent la règle ! « Ainsi les débats […] dressèrent-ils un rideau de fumée d’où percent des logiques de classes sociales et des désaccords profonds, mais peu avouables, sur un principe : l’égalité des capacités politiques »
    Les manipulations en tous genres étaient monnaie courante auparavant, à la mairie comme au travail, à la ville comme à la campagne, lorsque le vote était institué.
  Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas d'autres formes de pression qui savent s'exercer en dehors de l'espace du vote...
       L'isoloir fut donc une conquête populaire, même s'il ne garantissait pas par lui-même, comme par magie, les choix éclairés, ce qui a fait dire à JP Sartre:
 « L’isoloir, planté dans une salle d’école ou de mairie, est le symbole de toutes les trahisons que l’individu peut commettre envers les groupes dont il fait partie. Il dit à chacun : “Personne ne te voit, tu ne dépends que de toi-même ; tu vas décider dans l’isolement et, par la suite, tu pourras cacher ta décision ou mentir”. »
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mardi 25 mars 2014

Vosges blessées

 On achève bien une usine...
                                            pourtant modernisée depuis peu.
                                                               Au nom de l'intérêt des actionnaires.
     La mondialisation financière est passée par là...
Un saignée de plus dans le paysage industriel vosgien, ou ce qu'il en reste, après la mort du textile, la désersification de vallées autrefois riches d'activités variées.

   Aujourd'hui, c'est la mort de la ville du papier  ...La plus ancienne papeterie d'Europe, et l'une des plus anciennes usines de France,  sinon la plus ancienne, tous secteurs confondus, fondée au 15eme siècle.
  Une usine qui a toute une histoire... 
Il y avait des forêts, de l'eau de qualité, des moulins...une expérience et une qualité rares, qui se sont perpétuées.
               Mais le groupe anglo-finlandais UPM a décidé de fermer cette unite, certes modeste, mais souple et performante, récemment modernisée. 
        Les salariés veulent racheter l'entreprise, croyant en son avenir.
 Mais UFM refuse la reprise de la papeterie par les salariés, qui envisageaient de s'organiser en Scop en réduisant leurs salaires  et de repenser la production selon de nouveaux critères, en s'engageant financièrement de manière conséquente.. Un pari risqué, mais exaltant.
   "...Quelque 85 anciens salariés avaient rallié la Scop, dont le projet industriel prévoyait la reprise de 116 emplois la première année, 130 la seconde puis 160 la troisième, avec une trésorerie initiale de 15 millions d'euros. A sa fermeture fin janvier, la papeterie de Docelles comptait 161 salariés.
  Le projet de reprise avait été largement soutenu par les collectivités locales, l'Etat et les banques, qui l'estimaient tous "viable". "Au départ, nous voulions racheter l'usine pour l'euro symbolique, ce que UPM  refusé. Nous sommes montés à 3 millions d'euros, ce qui est énorme. Mais UPM n'a pas tenu ses promesses de vendre ses actifs, ils nous ont menti. Ça fait 14 mois qu'ils nous trimballent", s'est emporté Sébastien Saget.
    L'annonce fin janvier de la fermeture de cette usine avait marqué la fin d'un symbole, puisque Docelles, en activité depuis 1478, était la plus vieille papeterie des Vosges, qui demeurent le premier département papetier en France.
   UPM, numéro un mondial du papier pour magazines, avait annoncé il y a un an son intention de réduire nettement ses capacités de production en Europe. Le groupe avait déjà cédé en octobre sa scierie d'Aigrefeuille (Charente-Maritime)  une entreprise des Landes, FP Bois. Auparavant, UPM s'était également séparé de Stracel, une autre papeterie à Strasbourg, qui comptait 250 salariés..
    Montebourg  est allé au charbon. En vain. 
                        Les  Scop sont pourtant une alternative au capitalisme financier, représentant un autre modèle d'entreprise.
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-Relayé par Agoravox 
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lundi 24 mars 2014

Syrie: religions instrumentalisées

  Guerre de religions
                               Non.  D'abord affrontements (géo)politiques.
                                                                                                    Que la religion serve souvent d'alibi, de justification ou de couverture dans certains conflits n'est pas pour étonner.
    Qu'on l'utilise pour légitimer un pouvoir ou une intervention militaire n'est pas non plus inédit.
         C'est une pratique très ancienne et les exemples contemporains abondent, de l'Irlande, des Balkans au continent indien, depuis les origines du christianisme, de Constantin à Bush, selon des modes historiquement et culturellement variables. Quelle que soit la religion.
  La Syrie n'échappe pas à la règle, de manière d'autant plus exacerbée que le régime se sent menacé dans son existence même, bunkerisé dans un espace réduit. .
  Derrière les revendications religieuses des diverses parties engagées se dessinent de puissants intérêts économiques et géopolitiques, des  rapports de force.
                   De la tragédie syrienne ne nous parviennent toujours que des échos brouillés, des informations parcellaires, une vision tronquée.
   Dans ce drame humain qui s'éternise et qui paralyse les grandes puissances, comme tétanisées par l'ampleur des conséquences régionales possibles d'une intervention, ne se joue pas seulement la loi des armes en tous genres, mais aussi une guerre de l'information, menée par un régime aux abois, qui fait feu de tout bois, agitant l'épouvantail de l'extremisme sunnite.
    En Syrie, ce concentré de minorités (1), l'instrumentalisation de la religion  fait partie de ces moyens, le clan Assad et ses proches se revendiquant alaouites. 
Les mobiles religieux occupent l'avant-scène, alors qu'avant ils n'avaient qu'une place mineure (*), mais il est important de démasquer les intérêts qu'ils recouvrent, même si la religion apporte sa part de radicalité dans la violence, en ravivant des conflits anciens, dont beaucoup ont perdu la mémoire.
     Sous le mandat français, on avait déjà commencé à jouer la carte de la division, pour mieux assoir le pouvoir en place: "... Ce sont les Français, lorsqu'ils ont établi un mandat colonial sur la Syrie en 1920, qui ont établi un territoire autonome alaouite sur la côte, autour de Lattaquié, et poussé les alaouites à s'engager massivement dans l'armée. Les Français avaient déjà une connaissance suffisante de l'islam et de ses divisions pour pouvoir l'instrumentaliser. C'est à peu près à cette époque qu'on constate l'entrée massive des minorités, non seulement alaouites mais aussi chrétiennes, au sein de l'armée syrienne..."
        Selon Sabrina Mervin, "Ce qui est déterminant, c'est surtout la division de l'opposition – et maintenant des pays qui la soutiennent – alors que le camp pro-Asad reste soudé. Il faut se méfier des effets d’image : on peut croire au premier abord que le conflit syrien est une guerre sunnite/chiite, quand on voit la mobilisation du Hezbollah ou bien des miliciens chiites étrangers qui sont, à ce qu’il semblerait, plus nombreux qu’on ne l’imaginait. Mais cet aspect confessionnel n’était pas présent à l’origine de la révolution dans les revendications de l’opposition, de même qu’il était absent de la société syrienne elle-même. Le régime syrien a été le premier à mettre de l’huile sur le feu pour instrumentaliser la question religieuse à son profit.
Analyse
     Les sources de conflit sont multiples, et les lignes de fracture, à la base, politiques. Il ne s’agit donc pas d’une fracture entre sunnites et chiites ou entre musulmans et chrétiens, mais d’un rejet des populations de différentes formes de régimes autoritaires dans la région : Syrie, Bahreïn, Irak, Yémen… Chaque situation est particulière. Ces pays étant pluriconfessionnels, aux problèmes politiques, économiques et sociaux qui constituent le corps des revendications, s’ajoute le jeu des relations entre minorité et majorité au pouvoir. Ces relations ne sont pas déterminantes à la base, mais elles ont envenimé les choses aux niveaux local et national parce qu’elles se sont conjuguées à des alliances régionales établies par les différents protagonistes. Ainsi, pour schématiser, on a vu d’un côté des groupes chiites alliés à l’Iran et des groupes sunnites alliés aux monarchies du Golfe. La guerre froide qui oppose (en fait depuis 1979, avec des hauts et des bas) l’Arabie saoudite et l’Iran, chacun visant l’hégémonie politique sur la région a fait le reste – sans parler des enjeux économiques, notamment liés au pétrole...
    Cette « fracture »...ne se manifeste que parce qu’elle est entretenue par des intérêts politiques – aujourd’hui ceux des monarchies du Golfe, particulièrement. On se souvient toutefois que l’idée du « Croissant chiite » a été lancée par des dirigeants arabes, le roi Abdallah de Jordanie et Hosni Moubarak, après l’invasion de l’Irak en 2003 et l’accès au pouvoir (par les urnes, parce qu’ils sont majoritaires) des chiites dans ce pays. Les dirigeants sunnites craignaient une montée en puissance du chiisme dans la région et voyaient les chiites comme la cinquième colonne d’un Iran tirant toutes les ficelles.
Les soulèvements des populations et, surtout, le travail d’instrumentalisation, de manipulation, d’endoctrinement, etc., qui a été fait par certains protagonistes dans les conflits qui s’ensuivirent, ont ranimé cette « fracture ». C'est bien sûr le fait des pays du Golfe, avec les groupes islamistes sunnites issus des mouvances Frères musulmans ou salafiste. Mais aussi, il ne faut surtout pas l’oublier, le régime syrien lui-même, qui a habilement manœuvré pour "confessionnaliser" le conflit, semer le chaos dans le pays, faire passer les vrais enjeux au second plan, et réussir à se faire admettre comme la seule solution aux yeux de la diplomatie internationale pour éviter la destruction totale du pays – ce qui est un comble...
  Le problème, encore une fois, est politique, et le religieux est instrumentalisé. Alaouites, chiites et sunnites peuvent tout à fait vivre en bonne intelligence. Mais les divergences doctrinales ont été exacerbées pour stigmatiser les alaouites parce que Bachar al-Assad est alaouite et s’emploie à s’appuyer sur son groupe, à le lier indéfectiblement à lui, à le confisquer selon la logique qu’avait déjà relevée Michel Seurat (sociologue et chercheur au CNRS, enlevé et assassiné au Liban en 1986) : « Tu es avec Assad, tu es avec toi-même. »
Que ce soit pour les alaouites ou pour tous les autres, chiites, sunnites, chrétiens, les replis sur son groupe (religieux, local), les crispations identitaires sont le fruit de la peur, la peur de se retrouver seul et de ne pas pouvoir se défendre qui a été entretenue par une politique de terreur..."
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(*)-"... C’est (donc bien) parce que le gouvernement a tout fait pour monter les minorités les unes contre les autres ou contre les sunnites que sont apparues des divisions et des haines qui n’existent pas en temps normal. 
Un article du 10 décembre sur le blog “Un oeil sur la Syrie” parle d’un groupe d’anciens du lycée franco-arabe : “Dans les années 1950, ces quatre jeunes Syriens se côtoient sous le préau du lycée franco-arabe. De cette époque mouvementée, ils gardent pourtant un souvenir lumineux : celui d'une communauté indissoluble, métissée - car le lycée accueille aussi bien des chrétiens que des sunnites, des alaouites, des juifs, des Kurdes et même quelques étrangers -, mais vierge de toute barrière confessionnelle. " Personne ne demandait à l'autre de quelle religion il était, se remémore Samir Abdulac, sur un ton rêveur.” 
 Quand vous rencontrez quelqu'un en France, ça ne vous viendrait même pas à l'idée de lui demander de quelle religion il est. Hé bien c'est la même chose en Syrie, les syriens se considèrent d'abord comme des syriens, ensuite comme des arabes, c'est à dire de culture, de langue et de tradition arabes. C'est nous occidentaux qui depuis l'"Orientalisme" du XIX° siècle séparons les populations du Moyen Orient en diverses minorités, en différentes religions, peut-être pour mieux les asservir? Le fait de monter des minorités les unes contre les autres a toujours fait partie des tactiques d'asservissement des colonialistes. Et c'est exactement la politique qu'utilise Bachar al Assad depuis le début de la révolution pour essayer de se maintenir en place... "
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samedi 22 mars 2014

Au fil du net

* Chili: après le soulèvement étudiant de 2011, est-ce la  fin du   pinochetisme et de l'ultralibéralisme à la chilienne?


* Algérie:  le système aux aguets

* Le cousin de Lucy?
        Little Foot, un possible ancêtre sud-africain

* Israël:  La reconnaissance d'un "Etat juif" critiquée par Kerry

* Un village russe décimé par l'alcool frelaté

* Cigarettes: on a été roulé 

* L'Orange passe au rouge
          Les opérateurs n’ont pas les moyens de résister aux Etats

* Enfants sauvages: de l'Aveyron à La Courneuve

*  Chères fuites 

* Le soleil ne nous veut pas que du bien
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Photos de la semaine 
SDF de tous pays
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vendredi 21 mars 2014

Bricoleuse évolution

Rien n'est simple..
                             dans le domaine des connaissances sur l'évolution..
   Tout se complique même en paléontologie.
                                  Les chercheurs ont la particularité de remettre en question certaines données déjà établies, de bousculer des connaissances que l'on croyait solides, de créer des révolutions dans les certitudes acquises. Il en est ainsi dans toutes les domaines des sciences.
   Ils n'en finissent pas d'éliminer les obstacles épistémologiques, pour être conformes aux faits nouveaux rencontrés, aux interrogations inédites qu'ils posent.
   Le plus souvent, c'est à l'occasion de fouilles programmées ou fortuites que de nouveaux faits interrogent l'esprit du paléontologue, comme lors de la découverte de Lucy.
Au début...
  Parfois, c'est un cadre  explicatif nouveau qui s'impose, à la lumière d'une série de faits prenant ainsi une nouvelle cohérence. Un nouvel éclairage sur le sens de l'évolution se fait jour, remettant en question certains clichés tenaces.
          C'est ainsi que  Jean-Sébastien Steyer contribue à fournir une nouvelle grille de lecture, contrintuitive, allant à rebours de nos modes de pensée en la matière.
   Il souligne, plus que d'autres avant lui, le rôle fondamental que tient le hasard dans l'aventure des espèces dans le temps long. Il n'est pas le premier à le faire. Un hasard qui ne signifie pas une absence de causes, mais qui qualifie une absence de plan préétabli, d'orientation privilégiée, de trajectoire finalisée.
  Dans l'esprit de Lucrèce, Spinoza, Diderot, après S Jay Gould notamment, il approfondit cette notion de hasard, quitte à bousculer nos habitudes mentales, souvent anthropomorphiques.
     "Nous sommes les glorieux accidents d'un processus imprédictible ne témoignant d'aucune tendance à une plus grande complexité, et non le résultat prévisible de principes évolutifs destinés à produire une créature capable de comprendre les mécanismes de sa propre création." (SJ Gould)
  Rude choc narcissique!
            Les fondamentaux darwiniens demeurent, mais ils s'affinent.
     Contre tout finalisme, surtout de nature religieuse, il conteste la notion familière d'adaptation, souvent évoquée dans l'observation de changements profonds dans le temps et de la fascinante biodiversité. Ce qui permet de mieux intégrer des phénomènes semblant sortir des cadres ordinaires, jugés parfois déroutants.
                                                         "...Concevoir l’évolution comme une augmentation de la complexité, c’est encore une fois lui donner un sens… Or l’évolution est un phénomène stochastique et foisonnant qui part dans toutes les directions. L’argument souvent avancé est alors « Oui mais regardez le cerveau humain et l’évolution de l’homme ; ne sommes-nous pas plus complexes que les autres espèces ? » En bons primates égocentriques, nous percevons l’évolution comme une augmentation de la complexité car nous trônons sur notre branche. Or dans l’arbre de la vie, aucune espèce n’est plus complexe ni plus évoluée qu’une autre, mais toutes sont différentes.
Cette idée de complexité hiérarchise non plus les espèces elles-mêmes, mais les caractères les définissant : ainsi le fait de posséder un cerveau devient plus important que celui de posséder un œil ou un rein… Vu sous cet angle, il est alors facile de démonter l’argument en orientant le projecteur sur d’autres caractères : le crâne des hominidés est par exemple beaucoup plus simple que celui d’un vulgaire poisson car il contient beaucoup moins d’os !
               Il faut reconsidérer l’importance du hasard dans l’évolution et se détacher du contexte finaliste et adaptationniste. Je m’explique : l’évolution consiste en l’apparition de nouvelles formes éventuellement retenues par la sélection naturelle si elles remplissent des fonctions avantageuses permettant la survie et/ou la propagation de l’espèce. Comme les mutations produisent une infinité de formes, l’évolution est donc un joyeux bricolage ! Hélas l’œil humain agit encore une fois comme un prisme : l’organe une fois identifié, il est tentant en effet de le considérer comme un produit fini ayant été sélectionné pour quelque chose. C’est le problème de l’adaptationnisme qui, comme son nom l’indique, ne conçoit souvent que l’adaptation comme unique moteur de l’évolution…
Or en paléontologie, nous identifions de plus en plus d’exaptations, c’est-à-dire des fonctions non-implicites pourtant retenues par la sélection naturelle : ainsi les plumes ne sont pas apparues pour le vol mais elles permettaient aux dinosaures de maintenir leur chaleur corporelle...
        L’esprit humain, féru de causalité, a trop tendance à associer des phénomènes pourtant sans lien direct entre eux. Ainsi nous pensions que l’extinction des dinosaures non aviens, à la fin du Crétacé, avait permis aux mammifères de se développer et de connaître ce que l’on appelle une « radiation évolutive ». Mais ce scénario s’avère encore une foi trop simpliste : certes, il y a 66 millions d’années, la disparition des dinosaures non aviens a laissé des niches écologiques vacantes pour les mammifères, mais ces derniers étaient déjà là ! Les fossiles en attestent : beaucoup de représentants de groupes actuels (marsupiaux mais aussi placentaires) étaient déjà présents à la fin du Crétacé. La radiation des mammifères – même si la plupart n’avaient ni la taille ni la forme de leurs cousins actuels – a donc eu lieu avant la fin tragique des dinosaures non aviens. Nous surestimions donc l’effet de la crise Crétacé-Tertiaire car nous n’avions pas assez de données.
Notre œil nouveau est aussi aiguisé par des découvertes qui bouleversent l’ordre établi, comme ce mammifère fossile de la taille d’un gros chat, découvert en Chine et présentant un petit dinosaure dans son estomac ! S’il est une science de l’évolution en pleine évolution, c’est bien la paléontologie..."
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jeudi 20 mars 2014

Où est passé le "peuple européen"?

La nation est-elle un gros mot?                      
                                                      [Quelques notes sur une lecture du dernier livre de JP Chevènement]

                     Difficile de rester de marbre devant la dernière parution de JP Chevènement, qui brosse une large synthèse historique et en même temps élabore une réflexion approfondie sur une Europe  engagée sur des voies qu'il juge désastreuses.
  Si sa pensée ne convainc pas toujours, notamment quand elle invoque l'Histoire en elle-même porteuse se sens, elle a le mérite de stimuler la pensée au coeur de la crise européenne, tout en étant en cohérence avec elle-même depuis ses débuts.
L'Europe des nations solidaires, oui. L'Europe fédérant des entités régionales abstraites, les ci-devant nations, non. Or, sans fédéralisme (prônée par le chroniqueur J.Quatremer, pourtant souvent très critique), l'Europe ne sera jamais qu'une vaste zône de libre-échange, ce qui plaît aux intérêts anglo-saxons, qui n'ont eu de cesse que de pousser à l'élargissement sans fin...compromettant toute harmonisation.
      Comme le dit P. Angel dans Mediapart
" Germanophile, européen mais pas européiste, J-P Chevènement signe là un livre qu'il faut avoir lu. Notre avenir passe par l'amitié et le partenariat avec l'Allemagne. Nous nous complétons, et cette complémentarité doit être encouragée parce qu'elle est notre force face à l'hégémonie binaire des USA et de la Chine.
 Aurons-nous des responsables politiques capables d'entendre ces conseils sages et lucides ? A suivre...
 "Depuis si longtemps, nos histoires nationales, à nous, Français et Allemands, sont si entremêlées que nous devons, ensemble, nous les réapproprier en les confrontant aux enjeux devenus mondiaux, même à notre insu depuis un siècle. Aucun peuple ne peut continuer son histoire s'il ne recouvre pas une raisonnable estime de soi. Et cela vaut pour le peuple allemand comme pour le peuple français qui ne peuvent se comprendre mieux qu'à la Lumière de "l'Histoire longue" et des changements d'échelle qu'elle induit." (p 271)
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                                  C'est peu de le dire: L'UE, telle qu'elle fonctionne, a déçu, politiquement et économiquement. La crise économique n'a fait que révéler ses faiblesses congénitales et le caractère artificiel de son élaboration;
  En suivant le principes d'un libéralisme dogmatique, dans le sillage des USA cherchant à étendre leur influence économique, les défauts inhérents à son mode de fonctionnement peu démocratique sont mis en évidence.
(C'est surtout à partir du chapitre VIII que l'auteur décrit le processus qui a fait dériver l'Europe vers ce qu'il appelle l'"européisme", qui est "l'idéologie d'une Europe aboulique, qui, au lieu de se construire dans le prolongement des nations, a prétendu le faire en se substituant à elles..)
  Le rêve de MonnetJ a échoué, même teinté plus tard de démocratie chrétienne à la De Gasperi, Schuman... Une vieille idée kantienne, mais mal digérée. Une utopie, portée aux fonds baptismaux aux USA, qui ne pouvait se réaliser, car faisant fi de la réalité des nations.
   On a mis la charrue avant les boeufs dans un élan volontariste, dans le contexte compréhensible du désastre.de l'après guerre Plus jamais ça! Mais quoi?
   Effacer les nations, c'est ce que voulaient les pères fondateurs, aller vers l'union, à marche forcée, puis vers le fédéralisme, par le biais économique et plus tard par l'imposition de la monnaie unique, entraînant  la dépossession progressive des prérogatives des parlements et des gouvernements nationaux jugés obsolètes. Comme le dit Viviane  Reding, vice-présidente de la Commission : « Il faut lentement, mais sûrement, comprendre qu’il n’y a plus de politique intérieure nationale »
         Chevenement  fait la critique d'une Europe passoire, réduite à l'impuissance. Sous prétexte de lutter contre les nationalismes, on est en passe de détruire les nations, de les diluer dans une superstructure lointaine et sans âme.
  Une nation, qui suppose une communauté de destin et des liens forts d'identité, ne se décrète pas et ne se construit pas en quelques décennies. Les intérêts communs entre un Maltais et un Finlandais n'apparaissent pas à première vue. Un nation se construit sur le socle d'un long passé commun.
  L'Etat-nation est en crise. Une crise provoquée. Les marchés n'aiment pas les frontières, même légères.
                            L'auteur insiste:l'idée de nation n'est pas obsolète, elle n'implique pas nécessairement le nationalisme et la guerre.
     Le néolibéralisme triomphant a seulement imposé sa loi, l'ouverture maximale des marchés, la fin des résistances, d'un protectionnisme minimal.
   "C'est une Europe qui est dominée par le principe de la concurrence libre et non faussée, au nom de ce principe qui a été réaffirmé vigoureusement dans l'Acte Unique négocié en 85 et adopté par le Parlement en 1987 : dans l'Acte Unique, vous avez ce principe de la concurrence qui est la négation de toute politique industrielle et la condamnation de l'idée-même de « services publics». Tout cela au nom de l'Europe! Donc il y a un élément de mystification..."
        La  monnaie unique (non commune, comme elle aurait pu être), cette camisole de force, montre ses limites.       "Le système de l’euro, pour des raisons très profondes, ne tient pas compte de l’hétérogénéité des nations. Au départ, en tout cas dans l’esprit de Jean Monnet, l’Europe s’est voulue une sorte de substitut des nations. Bien loin de faire l’Europe dans le prolongement des nations, beaucoup d’ « européistes » ont conçu l’Europe comme l’entité qui allait remplacer les nations. Et la monnaie unique reposait sur ce pari que, devant l’obstacle, les nations allaient définitivement faire le saut fédéral et accepter les transformations, notamment les immenses transferts que rendrait nécessaires la constitution d’un État fédéral, étant donné qu’il n’y a pas d’État fédéral qui ne soit aussi un État national (voyez l’Allemagne, voyez les États-Unis)..."
     L'auteur prône une autre  Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain.
               "Les blocages européens sont évidents. L’Europe est un grand corps impotent doté d’institutions qui ne marchent pas.
La Commission à 28 avec un commissaire représentant chaque pays c’est la mort de la Commission.
Le Conseil européen est l’institution qui marche le moins mal parce qu’il a quand même une légitimité, celle des gouvernements européens qui sont représentés.

 Mais on voit bien qu’une Europe où le Conseil européen pèse de plus en plus son poids est une Europe à géométrie variable, une Europe à plusieurs vitesses, avec des coopérations renforcées, où certains pays qui ne veulent pas avancer se mettent en marge. D’ailleurs, quoi de plus démocratique ? La démocratie vit dans les Nations et si on veut faire une Europe démocratique, il faut avancer sur les grands sujets avec les pays qui le veulent.
Les grands sujets c’est quoi ? Le cadrage macroéconomique, et en particulier le cours de la monnaie, l’industrie, l’énergie, la défense, la politique extérieure.
Si vous voulez absolument réglementer la couleur des bérets ou la teneur du chocolat en cacao, vous pouvez, mais c’est un exercice vain. On peut admettre qu’une certaine normalisation est souhaitable mais il n’y a pas besoin de passer par une fédération. On peut très bien mettre en place une commission technique avec tous les gouvernements représentés pour définir un système de normes que les industries acceptent..."

 La  France n'est plus un Etat-nation.   Il s'agit de la réinvestir, si c'est encore possible...
     "Nous assistons à l’effondrement d’une vision du monde économiciste. Cela est vrai pour le capitalisme financier fondé sur la théorie de Milton Friedman sur l’efficience des marchés ; cela est vrai pour la conception de l’Europe selon Jean Monnet où on mettait de côté les États nations, réduits, je le cite, à un rôle de purs agents d’exécution parce que l’Europe ne pouvait se construire que sur la base de souveraineté nationale marginaliste. Elle ne pouvait accéder à la prospérité que si on en finissait avec les souverainetés nationales...
     La France est un un pays sous tutelle dans une Europe en échec. L'Euro, comme monnaie unique, est une utopie monétaire. 
Est-il encore temps de sauver l'Europe par les nations? 
« Pour faire l’Europe, il faut défaire la France » disait Bethmann Hollweg
         C'est ce à quoi Chevènement ne se résigne pas, mais sans céder au repli, à la tentation identitaire, invitant à sortir des impasses par la renégociation. Faudra-t-il attendre que de graves désordres nous contraignent à le faire?
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- L’Union européenne est née d’une idée généreuse mais vague : faire advenir « la Paix ». Ceci ne suffit pas à constituer un projet politique. Paradoxalement, le défaut de projet n’a pas empêché la multiplication des institutions technocrates chargées de le mettre en œuvre. On a fabriqué des outils avant d’en déterminer l’usage. Fortes d’un désengagement complice des Etats européens, ces institutions se sont désormais affranchies. Leur principale raison d’être est à présent de créer de la contrainte voire de la coercition. Ce faisant, elles contribuent à vider progressivement de leur substance les Etats membres de l’Union, trop heureux, pour certains, de pouvoir se défausser des leurs responsabilités sur « Bruxelles » ou sur « Francfort ». Mais aussi sur Berlin. Car il semble qu’un Etat, à la différence de tous les autres, soit parvenu à réchapper de la maladie d’impuissance qui frappe ses voisins. Mieux, l’Allemagne est parvenue à faire des institutions européennes ses meilleures alliées et les courroies de transmission de ses propres intérêts. Partout ailleurs, la démission du politique est devenue la règle. Elle s’accompagne le plus souvent d’une crise économique effroyable. Une situation que les peuples acceptent de plus en plus mal, sentant bien qu’au nom de « la Paix », on leur demande d’entériner tout à la fois leur appauvrissement, et l’abandon de leur souveraineté. Epuisés par la rigueur économique, de plus en plus défiants vis-à-vis de la construction européenne, ceux-ci ne comptent plus sur leurs dirigeants pour tâcher d’en infléchir le cours. Dès lors, ils pourraient bien être tentés d’y mettre un terme brutal, en recourant à des partis politiques pour lesquels on doute que « la Paix » soit la principale priorité..." (Coralie Delaume)

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