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mercredi 4 février 2015

Connaissaisez-vous Yanis?

 Yanis Varoufakis
                                  Non, ce n'est pas un chanteur à la mode au Pirée, ni un joueur de bouzouki, encore moins une rock star, même si son image médiatique est déjà exploitée  par des fans sans cervelle, qui en ont déjà fait une vedette.
        Ce n'est certainement pas ce qu'il demandait  ni ce qu'on attend de lui à Athènes, qui vit des moments difficiles mais pleins d'espoir, en cette période cruciale de transition.
  La Grèce n'attend pas de vedettes ou de messies, mais des reconstructeurs patients et méthodiques. Courageux et audacieux.
   Varoufakis n'est pas un tête brûlée. Certains le trouveraient même trop prudent, même trop classique..
   Au sein de l'actuelle l'équipe réduite et provisoire, il y a un certain nombre d' hommes neufs, chargée d'une tâche qu'on pourrait qualifier de  surhumaine, Y. Varorufakis a un poste clé pour mettre un terme à cet absurde travail de Sisyphe auquel est soumise la Grèce depuis un certain nombre d'années, victime d'un remède qui tue le malade.
   Il est une pièce centrale au coeur du dispositif visant à sortir le pays du  chaos économique et du désastre humanitaire. Chaos ou descente aux enfers qui a ses propres causes internes, mais qui n'a pu se développer qu'à la faveur d'un contexte externe toxique.
   Assez peu connu jusqu'à ces derniers temps, sauf pour les économistes un peu ouverts et curieux et ceux qui avaient lu son livre Le minotaure planétaire, qui pointe la dérégulation bancaire comme l'origine d'une crise, dont il avait pronostiqué la venue et dans laquelle la Grèce n'est qu'un élément, le maillon le plus faible . (*)  Yanis connaît sa mythologie.
  Les racines du mal remonteraient pour lui à la politique monétaire américaine d'après-guerre. Les causes les plus proches sont à chercher dans la contruction bancale d'un euro  rivé au mark et d'un aveuglement collectif et coupable à l'égard de la situation initiale de la Grèce
   Il a une solide formation, mais une vision de l'économie sans myopie, enrichie de perspectives historiques et sociales.
    Il n'est pas le premier venu dans le monde de la recherche économique pas toujours bien pensante et ses premiers pas offensifs font déjà grincer quelques dents du côté de Bruxelles et de Berlin. Sans langue de bois, il dénonce les perversions d'une finance dévoyée, qui a montré son vrai visage lors d'une crise sans fin, qu'il avait vu venir.
_____Peut-être représente-t-il une chance pour l'Europe, en subvertissant la logique du fonctionnement de ses institutions actuelles, de traités aux conséquences perverses et des féodalités financières qu'elle sert.
   Un grain de sable au moins, qui peut contribuer à amener la machine européenne grippée à un mode de fonctionnement différent...Sans révolution, espère-t-il.
  Ses critiques ne visent ni des personnes ni des pays en particulier, mais un système. Un système qui se fissure, mais qui semble bien vouloir résister encore un moment, par inertie, par soumission...
  La lettre de Tsipras aux citoyens allemands  atteste de cette vision sans animosité ni ressentiment. Il sait que la rigidité merkelienne est en difficulté mais ne cèdera pas facilement..
 La partie sera difficile, mais la fermeté peut payer  et le pari semble bien engagé.
      Pari qui ne semble pas irréaliste puisque le banquier Matthieu Pigasse estime que "cette restructuration est absolument nécessaire. Elle est non seulement nécessaire mais elle est possible"
Et Obama apporte un appui inattendu, non sans arrière-pensées sans doute. 
   Les négociations ne font que commencer
      Le chemin va être long...Sans remise en question de l'euro unique, sera-t-il praticable?
            Face à la dette, que peut faire Alexis Tsipras? Ce que les Allemands ont fait avant lui...
                    [On peut utilement revoir l'excellent document diffusé hier soir par Arte: La dette, une spirale infernale._- Replay ICI ]
__ La Grèce, loin d'être le pays le plus endetté au monde


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   (*) "...Lundi dernier, au lendemain de la victoire de Syriza, M. Varoufakis déclarait dans une interview donnée à la BBC, « mon message pour les Allemands n’est pas qu’il faut que vous nous donniez plus d’argent, mais que vous nous en avez déjà donné beaucoup trop ! »...
     La raison du miracle allemand est qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Washington a fait le choix de l’Allemagne et du Deutsche Mark.
« Pendant 60 ans, l’Allemagne a été choyée par une Amérique hégémonique qui a veillé à l’annulation de ses dettes de guerre, au revirement complet du plan allié qui voulait le démantèlement de son industrie et, et c’est ici le point crucial, à assurer la pérennité d’une demande mondiale pour sa production manufacturière, permettant ainsi aux industriels allemands de n’avoir à se concentrer que sur l’optimisation des conditions de fabrication de marchandises de qualité et à forte valeur marchande. »
   Mais, depuis 2008, les États-Unis ne sont plus à même de soutenir la demande mondiale au niveau dont l’Allemagne a besoin. La classe politique et les industriels allemands devront bien, tôt ou tard, se rendre à l’évidence de ce changement de paradigme et relever le défi qui consistera pour eux à endosser au niveau européen le rôle que les États-Unis déchus remplissaient jusque-là au niveau mondial. Et le plus tôt sera le mieux.
« Le temps de la transmutation de l’Allemagne, de puissance dominatrice en puissance hégémonique, est donc venu. Il faut pour l’Europe que l’Allemagne soit prête à cette métamorphose et, pour tout dire, il le faut pour l’Allemagne aussi. »
    Quel est ce rôle hégémonique de l’Allemagne que le ministre des finances de la Nouvelle Grèce appelle de ses vœux ? Il s’agit pour Berlin et Francfort de se souvenir que l’Âge d’or du capitalisme, les Trente Glorieuses, ne fut possible que parce que Washington décida de réinvestir, sous la forme du Plan Marshall, en Europe (et plus tard au Japon) une partie des revenus tirés de son commerce extérieur, permettant ainsi de relancer la consommation et l’industrialisation dans une Europe dévastée par la guerre.
« Mais que ferait l’Allemagne de sa position hégémonique ? Sa préoccupation ira alors au-delà du souci d’imposer rigueur budgétaire et réformes des marchés. Parce qu’elle est parfaitement consciente du fait qu’une offre de produits de très haute qualité ne suffit pas à générer de manière automatique sa propre demande, l’Allemagne devra donc se lancer, à l’instar des Etats-Unis dans les années 50, dans la conception d’un Programme de Redressement Pan-européen afin de rétablir la demande commerciale dont l’Europe a besoin. (…) D’une certaine manière, une Allemagne hégémonique pourra jouer le rôle que Washington a tenu dans les années 50, en adoptant une politique ayant pour objectif le rééquilibrage de l’économie européenne grâce au recyclage efficace de ses excédents. Mais comment y parvenir, quand l’Allemagne n’a pas les moyens de lancer un Plan Marshall ? Sur quelles institutions peut-elle compter pour effectuer ce recyclage ? »
Certainement pas sur la Troïka. Les mots prononcés vendredi à Athènes par Yanis Varoufakis Ministre des finances devant Jeroen Dijsselbloem, le Président de l’Eurogroupe, « Nous n’avons aucune intention de coopérer avec un comité tripartite dont l’objectif est d’imposer un programme que nous considérons anti-européen dans sa démarche » font écho à ceux que l’Universitaire Yanis Varoufakis écrivaient en février 2013 :
« Deux choses sont claires : l’Allemagne ne peut s’appuyer sur l’interface entre gouvernements nationaux et Bruxelles, qui ne fonctionne pas et qui est responsable de l’utilisation inefficace et à des fins détournées des fonds structurels de l’Union européenne. Il est pareillement futile d’entamer un processus de fédéralisation, les peuples européens ne sont pas encore prêts à se lancer dans cette voie (…) »
    Alors que faire ?
Ce qu’il faut c’est que l’Allemagne s’inspire des New Dealers qui l’ont positionnée sur la voie du redressement dans un passé pas si lointain : l’Europe a besoin de son propre New Deal, financé par une nouvelle gamme d’instruments financiers publics. L’Allemagne peut réaliser un tel Programme de Redressement en l’axant autour de la Banque d’Investissement Européenne. La BEI a déjà fait ses preuves et démontré sa capacité à créer pour les instruments de la dette un marché fluide ayant permis le financement de projets et de les mener à bien. En collaboration avec la BCE, et avec son soutien, un partenariat BEI-BCE est en mesure de mettre au travail une masse colossale d’épargne accumulée et inactive en ne suivant rien d’autre que de simples principes bancaires, avec une implication a minima des Etats membres et sans besoin aucun de toucher aux Traités."
-- Restructuration de la dette grecque
--  V pour Varoufakis: parce qu'une autre spéculation est possible
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- Relayé par Agoravox
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