Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 7 septembre 2015

Entre émotion et raison

 Détresse
              Comment parler avec justesse des réfugiés qui frappent à la porte de l'Europe?
            Combien de morts déjà, de vies ravagées?
      Depuis combien de temps?
   Il aura fallu quelques images pour susciter un élan d' émotion et de solidarité, qui nous réconcilie avec l'humanité, certes, mais qui n'est qu'éruptive et loin de l'ampleur du drame.. Des images, on en est abreuvé depuis longtemps...
    (Selon Macé-Scaron,  En 2014, a voulu montrer ce que représente le conflit syrien à l’échelle des pays du G7 en rapportant les chiffres de cette guerre à la population de divers pays du monde. s’est inspiré des derniers chiffres disponibles pour les rapporter à notre population. On compterait ainsi 11,5 millions de Français réfugiés forcés de quitter le pays. Ces chiffres sont terribles à l’image d’une nation. Mais, jusqu’à présent, peu de gens ont tenté de comprendre pourquoi ces deux derniers mois autant de Syriens se pressent aux marches de l’Europe, quittant même pour certains le Liban où ils étaient réfugiés. La réponse est à rechercher dans la crainte justifiée d’une victoire proche de l’Etat islamique, avec ses cortèges d’horreurs et de barbaries.)
      Une tragédie seulement plus visible que les autres, qui n'eurent pas de relais télévisés.
  Mais cette indignation admirable, quoique sélective, sera-t-elle durable?
Elle est en tous cas bien tardive et très inégalement répartie.
   L'élan du coeur est nécessaire dans l'urgence, mais le drame syrien ne date pas d'aujourd'hui et sa médiatisation n'a pas toujours  soulevé tant d'émotion.
    On pleure sur les causes tandis que certains gouvernements instrumentalisent, dans un sens où dans un autre, ce qui n'est pas un phénomène nouveau en Europe, et qui n'en n'est sans doute qu'à ses débuts.
     Le problème est politique et c'est le grand bazar en Europe  Les Européens peinent à s'accorder pour accueillir les 366.000 personnes au minimum qui ont traversé la Méditerranée depuis le début de l'année, selon l'ONU. Quelque 2.800 y ont laissé leur vie. Le Haut-commissariat aux réfugiés a appelé vendredi à la répartition d'au moins 200.000 demandeurs d'asile dans l'Union européenne. La Commission européenne va proposer la semaine prochaine de se répartir l'accueil de 120.000 réfugiés.
   Depuis des années; c'est au Liban, en Turquie...que les réfugiés se massaient dans des conditions indignes et on a laissé l'Italie, la Grèce, faire seuls le travail d'accueil, de survie, moyennant quelques subsides..
          Faute d'avoir su ou voulu traiter les causes de conflits générateurs de désordre et d'exode ( en Libye, en Irak, en Syrie...),  il faut bien assumer les conséquences humaines , selon les lois du coeur, comme nous avons accueilli les boot people en son temps.
    L'Europe a eu une action tâtonnante et timorée, a déversé une inflation de termes larmoyants ou "stratégiques", a déployé une attitude plus défensive que coopérative. Une solidarité en berne. 
       D'un  sommet à l'autre, on a voulu croire régler techniquement le problème. 
Toujours un temps de retard..Des intérêts divergents, jusque dans l'accueil, qui, parfois, comporte une dose d'opportunisme...Les USA ouvraient ou fermaient leurs frontières au gré de leurs besoins et Merkel n'ose évoquer l'opportunité d'une certaine main d'oeuvre dans une Allemagne qui se dépeuple.
  Le mot de "réfugiés" reste une abstraction et l'accueil ne fut pas toujours chez nous un modèle, dans la détresse qui était la leur, oubliant tous ceux qui abondèrent après guerre et constituèrent une partie de notre identité..
             C'est un descendant de réfugiés qui le dit: Dire qu'il a fallu qu'Aylan meure noyé pour que nos dirigeants, débordés par l'émotion planétaire face à ce gamin en qui chacun a reconnu le sien, sortent de leurs postures cyniques et prennent enfin la mesure de ce flot de détresse qui s'échoue à nos portes. Il est des déclarations compassionnelles bien trop tardives pour être sincères, mais au moins nous permettent-elles de nous pencher sur l'attitude qu'ont eue nos aïeux en de telles circonstances.
   Si l'Histoire de nos territoires est écrite d'une encre riche de mille sources, ma région Languedoc Roussillon / Midi Pyrénées est celle qui, en France, a été la plus fortement confrontée à la question de l'accueil des migrants au cours du XXe siècle.
Dès les années 1920, elle a fait face à l'afflux de réfugiés italiens fuyant devant Mussolini. Mes grands-parents furent de ce voyage et l'engagement anti fasciste de ma famille fut la cause première de cette migration. Mais surtout, nous avons connu l'exil des républicains espagnols, un événement politique considérable qui a marqué notre terre. Cette Espagne républicaine qui - comme disait Nougaro, a "en nous poussé un peu sa corne" - nous a, au travers de ses multiples descendants, transmis la mémoire et les valeurs de cet exil tragique. N'oublions pas que le 24 Août 1944 les premiers éléments de l'armée française qui libéraient Paris parlaient espagnol. Les soldats de la "Nueve" étaient tous des réfugiés.
     Plus tard, nos ports et nos villes accueilleront les vagues de migrants d'Algérie. Ainsi les eaux de Port-Vendres verront des milliers de rapatriés en déshérence débarquer en 1962, mais c'est leur installation sur le sol métropolitain qui permettra le développement des villes de Perpignan et de Montpellier, comme l'essor économique de nos campagnes.
  Cette histoire particulière est lourde de déchirements, mais elle fait notre force et notre identité d'aujourd'hui. (Gérard Onesta Mediapart)
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En 1685, les migrants français chassés par Louis XIV enrichirent l’Europe
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