Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 18 septembre 2015

USA: bulle étudiante

Les étudiants américains font des bulles.
                                                              Malgré eux, les pauvres!
                       Ce n'est pas une blague.
      Depuis quelques années, une bulle financière monte, monte, au pays de l'oncle Sam.
A côté d'autres, comme celle qui concerne les gaz et pétroles de schistes.
    Une bulle de grande ampleur, annoncée depuis déjà longtemps. (*)
     Un sorte de  spirale infernale, reposant sur le principe que les marchés peuvent financer les études supérieures de la jeunesse, contre une part de leurs revenus futurs. Mais comme ceux-ci sont hypothétiques, problématiques....
      Une vraie bombe à retardement:
 "...Un business juteux et sur le long terme pour les organismes de crédit qui n'a pas échappé à certaines universités : elles sont de plus en plus nombreuses à développer des entreprises rentables de prêts sur le dos des étudiants. Les critiques se font de plus en plus virulentes contre ce fonctionnement, les facultés incriminées ciblant délibérément les étudiants issus de familles pauvres. Une politique clairement irresponsable pour Jake Stillwell, porte-parole de l'Association des étudiants américains. Selon lui, alors que ces universités font miroiter de bonnes chances d'emploi grâce à leur diplôme, elles passent sous silence les conséquences de contracter un prêt. « En moyenne, les dettes d'un diplômé s'élèvent à 25 000 dollars avant de se lancer sur le pire marché de l'emploi de l'histoire. »..
      Obama a vaguement tenté une semi-réforme. Lui- même et sa femme n'ont fini de rembourser leurs prêts étudiants qu'en 2012. Enfin, notons que le doublement des taux d'intérêts sur les prêts étudiants va mécaniquement continuer à compliquer l'accès des populations les plus modestes aux études supérieures.
    Même l'Economist s'en alarme, y voyant, outre la bombe financière, une accentuation de la dégradation du système universitaire américain.
    Selon  Peter Schiffqui avait vu venir la crise immobilière de 2008, 
       « ‘Pour réussir aux États-Unis vous avez besoin d’un diplôme d’études supérieures’. Cette idée est aujourd’hui tellement répandue que le droit à une formation supérieure est aujourd’hui l’un des points clés du programme de la plupart des plates-formes politiques. Quid des jeunes qui ne peuvent pas se permettre de telles études ? La réponse ‘logique’ des politiciens des 2 bords est que le gouvernement doit les subsidier. Mais très peu sont assez courageux pour poser la question suivante, à savoir ‘combien tout cela coûte-t-il ?’.
La réponse est simple : aujourd’hui, ce coût s’élève à 1,2 trillion. Il s’agit du montant accordé en prêts étudiants aux États-Unis. Ils sont désormais la seconde catégorie la plus importante du crédit privé derrière le crédit hypothécaire. Le prêt étudiant a littéralement explosé depuis la dernière crise financière de 2008 pour dépasser aujourd’hui les encours du crédit auto et des cartes de crédit
    Le Rêve Américain était simple : il représentait la capacité de chaque individu de tracer sa propre destinée et sa prospérité sans interférences de la part du roi, du gouvernement ou d’autres intérêts puissants ; le droit à la vie, à la liberté et à la propriété. Au fil des générations, ce rêve a été coopté par les politiciens et les banquiers pour que ceux-ci accaparent les votes et les richesses. Au 20e siècle, posséder son logement devint partie intégrante du rêve. Une idée qui déboucha sur l’opinion catastrophique que même les emprunteurs qui ne remplissent pas les conditions ont le droit d’acheter une maison. Nous en avons déjà subi les conséquences avec la crise des crédits subprime qui déboucha sur la grande récession.
    Aujourd’hui, 10 ans plus tard, les politiciens affirment désormais qu’un diplôme d’enseignement supérieur fait partie intégrante du rêve américain et qu’il s’agit donc d’un droit qui doit être accessible à tou(te)s, peu importe vos moyens financiers ou intellectuels. Encouragée par des taux d’intérêt toujours plus bas et la promesse implicite que Mr Contribuable viendra encore une fois la rescousse en cas de défaut, la bulle du crédit étudiant n’a cessé de gonfler.
    Depuis 2003, cette dette a plus que quadruplé, passant de 250 milliards à plus d’un trillion. Depuis le premier mandat du président Obama, elle a augmenté de plus de 500 milliards (une hausse de 75 %) alors qu’elle n’était encore qu’à 660 milliards avant son élection. De plus, fin 2008, le taux de défaut était de 7,9 % alors qu’il est aujourd’hui à 11,3 %, une énorme hausse d’un chiffre qui reste probablement sous-évalué.
    Mais le facteur le plus alarmant de cette tendance est qu’aucune garantie n’est requise pour l’octroi d’un crédit étudiant. Les banques peuvent saisir et procéder à la vente publique d’une maison lorsque le propriétaire n’est plus en mesure de rembourser son crédit. Cependant, que peut faire une banque dans le cas d’un crédit étudiant ? Saisir le diplôme ? Le savoir ?  En bref, chaque dollar en défaut d’un crédit étudiant sera un nouveau coup de poignard dans l’économie.
      Mais ne pensez pas un seul instant que les étudiants en réchapperont indemne. Les crédits étudiants ne sont pas effacés via la faillite personnelle (note : aux États-Unis, les individus ont le droit, comme une entreprise, de se déclarer en faillite et d’obtenir ainsi l’effacement total ou partiel de leurs dettes). Le gouvernement fédéral a le droit de saisir jusqu’à 15 % des revenus bruts des personnes qui ont fait défaut durant 25 ans.
      Certains pourraient dire : et alors ? L’Amérique a déjà fait face à des niveaux massifs de dette, quelle est la différence aujourd’hui ? Le problème c’est que la bulle du crédit étudiant ne fait que s’ajouter au fardeau énorme de la dette nationale, qui à 102 % du PIB américain est clairement irremboursable et qui nous mènera inexorablement vers un effondrement financier.
     De plus, le chiffre de 1,2 trillion n’est que le total actuel des crédits étudiants. On s’attend à ce que montant triple dans les 10 années à venir. (…) »
     Note : de nombreux articles et reportages ont montré que les prêts étudiants sont utilisés par de nombreux ménages pour nouer les 2 bouts depuis la crise de 2008. Pour en bénéficier, il suffit de s’inscrire à une formation ou un cursus. Il n’y a aucune vérification quant à l’utilisation des montants prêtés.__________________
(*)  ...Les facs portent aussi une responsabilité essentielle dans le coût faramineux des études. A Harvard, à Yale ou à Duke, la facture minimale dépasse 37 000 dollars par an (près de 28 000 euros), sans compter le logement ni l'assurance médicale. Mais ces institutions hypersélectives et cotées, dotées de bourses pour les étudiants de milieux modestes, ne constituent pas le coeur du problème. L'essentiel des hausses de frais d'inscription provient des colleges d'Etat, des facultés pourtant conçues pour offrir des études supérieures aux rejetons de la middle class. "De la Californie au Kansas, les Etats en crise budgétaire chronique se sont désengagés de l'enseignement, réduisant parfois de deux tiers leurs subventions, rappelle Rory O'Sullivan, l'un des dirigeants de Young Invincibles, un lobby d'étudiants et de jeunes salariés. Résultat, la part restant à la charge des élèves ne cesse d'augmenter. C'est un gigantesque transfert du public local vers le privé que l'Etat fédéral tente de compenser au mieux." 
   Les facs privées, de tous niveaux, ne sont pas en reste pour profiter de la manne publique. Ainsi, 93 % des étudiants de Clark Atlanta, une université historiquement ouverte à la population noire de Géorgie, paient leurs études. Pour ces jeunes, majoritairement issus de milieux modestes, la note de l'emprunt s'élève en moyenne à 47 000 dollars (35 400 euros). Près du double de la moyenne nationale. Un pari risqué sur l'avenir. 
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