Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 14 janvier 2016

Comprendre ou excuser?

Faux problème!
                          On peut expliquer un comportement ou un acte répréhensible sans le justifier moralement du fait même.
       Il y a de la défiance dans l'air, pour ne pas dire plus, concernant  les apports des sciences humaines, notamment de la sociologie.
Pour ne pas dire plus
     Cette mise en cause repose sur une confusion, parfois sciemment entretenue.
On accuse ici et là, même du côté de certains membres du gouvernement, le sociologisme, (qui n'est pas la sociologie, mais une dérive)
pour-la-sociologie     C'est à dire la tendance qui consisterait à excuser des formes diverses de déviances par les causes sociales, culturelles, familiales.
Un tendance assez répandue, mais qui n'a pas de sens, reposant sur une grande méconnaissance des méthodes et des finalités du travail du sociologue, quand il fait bien son travail.
    Les études sociales,, dans leurs recherches toujours imparfaites, mais utiles, ne visent pas à excuser, mais à expliquer, ce qui n'est pas la même chose.
    Par exemple, on peut comprendre l'échec scolaire d'un enfant perturbé par un milieu familial défavorable, ce n'est pas pour autant qu'on renonce à l'inciter à en sortir par des moyens appropriés. On peut expliquer ce qui a conditionné un tel à la délinquance, il restera toujours (sauf cas pathologique avéré) à invoquer la part de liberté qui lui revient et à le sanctionner pour cela, en le mettant en face de ses responsabilités. Si nous sommes moins libres que nous le prétendons, nous le sommes assez pour assumer nos actes et pour changer.
       Dans le contexte actuel, c'est un non sens de s'opposer, de manière quasi anti-intellectualiste, à une explication par les sciences humaines, d'expliquer (du moins partiellement) ce qui se produit.
     Comme B. Lahire le dit, on "confond « justifier » et « comprendre », on dénie toute légitimité à la connaissance. C’est (donc) à la fois l’expression d’une profonde ignorance quant à ce que font réellement les chercheurs en sciences sociales, et la victoire du registre émotionnel et guerrier. Savoir comment nous en sommes arrivés là n’aurait aucune espèce d’utilité, il s’agirait juste de désigner le mal et de le combattre. Si Manuel Valls veut par là prouver aux électeurs de droite et d’extrême droite qu’il est intransigeant, c’est un populisme très dangereux. Mais c’est surtout le signe d’une grande confusion intellectuelle et d’un abandon de l’idéal de connaissance des Lumières.
        __ C'est laisser la dictature de l'émotion prendre le dessus sur l'intelligence et l'analyse  et laisser libre cours à l'irrationnel.
___Manuel Valls (au risque de se contredire) samedi 9 janvier, juge(ant) qu’« expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser »
           Comme Philippe Val, il  révèle, à nouveau, cette « haine des causes » ... à travers laquelle « tout effort d’explication historique ou d’analyse sociologique d’un phénomène social est disqualifié comme tentative de justification. Aussi absurde que grossier, ce soupçon est une arme idéologique au service de l’ordre établi, justifiant une politique fière de ne plus penser à long terme. Évacuées, les causes sociales de la délinquance, les origines historiques de l’État islamique et de la décomposition du Moyen-Orient, les fondations idéologiques de la crise des dettes publiques et de la zone euro »....
___( Bernard Lahire, dans Pour la sociologie). 
            ...Pour en finir avec une prétendue « culture de l’excuse ». Le professeur de sociologie à l’École normale supérieure de Lyon y souligne que sa discipline rappelle que « l’individu n’est pas une entité close sur elle-même, qui porterait en elle tous les principes et toutes les raisons de son comportement. Par là, elle vient contrarier toutes les visions enchantées de l’Homme libre, auto-déterminé et responsable. Elle met aussi en lumière la réalité des dissymétries, des inégalités, des rapports de domination et d’exploitation, de l’exercice du pouvoir et des processus de stigmatisation. Ce faisant, elle agace forcément tous ceux qui, détenteurs de privilèges ou exerçant un pouvoir quelle qu’en soit la nature, voudraient pouvoir profiter des avantages de leur position dans l’ignorance générale. Elle provoque donc la colère de ceux qui ont intérêt à faire passer des vessies pour des lanternes ; des rapports de forces et des inégalités historiques pour des états de fait naturels, et des situations de domination pour des réalités librement consenties ».
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- Point de vue

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