Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

samedi 30 janvier 2016

LA quadrature de SCHENGEN

Nouvelles frontières...
                                   Comment faire pour que la fissure ne s'élargisse encore?
   Malgré son statut à géométrie variable et ses controverses périodiques, l'espace Schengen fonctionnait cahin-caha, assurant la libre circulation des personnes en interne et facilitant le transit des marchandises, dans l'espace de libre échange qu'est devenue l'Europe.
   Les crises successives, d'abord à la périphérie, s'étendent et deviennent aujourd'hui critiques, engendrant des antagonismes plutôt inquiétants. Le système révèle ses fragilités et ses incohérences, sous la poussée de flux migratoires prenant tout le monde de court.
        Sera-t-il possible de tenir longtemps cette logique qui était destinée à se développer, sans limites vraiment assignées?
   On voit réapparaître clôtures et fils de fer barbelés.     ,
           Cette mesure de repli cache les vrais problèmes, selon ce spécialiste de la construction européenne: «Si Schengen est bel et bien menacé, c’est parce que le socle pour créer une politique migratoire commune n’existe pas au sein des institutions européennes. Quand Schengen a été créé, il s’est fait par beau temps. On s’est alors beaucoup soucié de la liberté de circulation et d’établissement, beaucoup moins de la sécurité des frontières extérieures. Le phénomène migratoire que doit aujourd’hui gérer l’Europe révèle au grand jour cette faiblesse».
         Frontex et Mare nostrum ont révélé leurs faiblesses.
              
            La Grèce, surexposée, déjà accablée économiquement, aux îles innombrables, aux côtes multiples et aux moyens de contrôle limités, est sommée de jouer les gardes-frontières, avec menace de rupture...On frise l'absurde.
       Tout au fond du couloir, la Grèce se retrouve maintenant plus que jamais menacée de devoir gérer seule l’arrivée de centaines de milliers de migrants. Pour sauver Schengen, certains Etats, Autriche en tête, n’hésitent plus à réclamer l’exclusion temporaire de ce «maillon faible», jugé incapable de gérer la frontière extérieure de l’UE. 35 000 migrants ont encore gagné les îles grecques depuis la Turquie pour le seul mois de janvier. Des parcours encore bien souvent marqués par les tragédies: jeudi encore, un naufrage en mer Egée a coûté la vie à 24 personnes, dont 10 enfants.
    Devant les critiques, Athènes a répondu avec fermeté mercredi que les moyens ne lui ont pas été donnés pour assumer le travail de Sisyphe que représente l’arrivée quotidienne de milliers de personnes. «La tactique de se renvoyer les responsabilités ne constitue pas une gestion efficace d’un problème de dimension historique, qui réclame une action commune», déclarait la porte-parole du gouvernement, Olga Gerovassili. Si le scénario de l’exclusion de la Grèce de Schengen n’est guère probable, le débat donne le climat: l’heure est à la totale discorde.
              Pour le chercheur grec Dimitris Skleparis, le nombre de migrants, à ce moment-là (entre septembre et octobre) était bien trop important pour que les autorités grecques puissent y faire face toutes seules. En octobre, on voyait jusqu'à 4 000 personnes arriver par jour ! Beaucoup n'ont pas été enregistrées, les effectifs grecs étaient largement insuffisants. Aujourd'hui, on est retombé à une moyenne d'un millier par jour. Mais c'est encore énorme ! C'est neuf fois plus que l'an dernier à la même époque. Sachant que cela prend entre 10 et 15 minutes pour enregistrer un migrant et son empreinte digitale, même en travaillant 24 heures sur 24 – ce qui est actuellement le cas au « hotspot » de Lesbos –, une journée ne suffit pas pour enregistrer tout le monde dans le système Eurodac [le système européen qui centralise les identités de tous les migrants qui arrivent dans l'UE].
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