Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 26 mai 2016

Entre smartolâtrie, smartomanie et smarthophobie

      In medio stat virtus
                              Du bon usage..
                                                    Trouver le point d'équilibre entre l'usage frénétique et le rejet de principe d'un simple outil, voire la répulsion irrationnelle, la technophobe déclarée.
   Un moyen apte à créer du lien, voire à le renforcer, ou à créer des bulles d'isolement narcissique, où l'individu peut s'absenter dans la présence, où les relations concrètes s'estompent..
     Quand les archéologues du futur se pencheront sur ces étranges objets en voie de prolifération, d'hyper-sophistication et d'obsolescence programmée, avant leur disparition, ils risquent d'être perplexes....comme les premier qui se trouvèrent en présence d'un silex taillé...
    Un objet singulier que n'auraient pas imaginé nos pères, pour lequel même les plus démunis sont prêts à tous les sacrifices.
    Pour des raisons parfois peu ou moyennement utiles..
       Le doudou des temps modernes connaît un développement exponentiel.
 En dehors de l'usage professionnel ou utilitaire de l'objet tantôt adulé, tantôt rejeté, ambivalent, objet à l'origine de tensions et d'âpres négociations au sein des familles.
    Le smartphone, ça peut être bien, pour des usages utiles socialement et économiquement, même si c'est toujours trop cher. Il participe à la course à la vitesse dans nos sociétés se disant en perpétuel manque de temps. Cher, mais cher...
    Est-ce vraiment pour vivre en temps réel?  comme si le virtuel se substituait au le réel?  La voix à distance tenant lieu de présence effective.
  Par bien des aspects, le phénomène, souvent obsessionnel, représente souvent comme  une schizophrénie de masse.
   Un symptôme, parmi d'autres de malaise et de repli, d'individualisme et de fièvre acheteuse.
      Un halo de superstitions entoure l'objet jamais quitté, dont la perte est anxiogène.  Une 'addiction  problématique s'installe. Parfois à l'origine de nouvelles maladies.
    En tout cas une dépendance  intense, qui pose problème.
              Surtout, un possible risque de formatage de la pensée, par le biais des multiples applications qu'on nous rend "indispensables":
                             ...Les individus pensent moins qu’ils ne cliquent. Leur réaction instantanée est d’exiger, de demander, d’ordonner aux applications multiples et innovantes, plutôt que d’écouter leurs envies, désirs, souhaits ou sensations du moment. Aux applications de trouver, mais aussi de choisir pour eux.Un restaurant indien ou une pizzeria ? Un cadeau dans un magasin tout proche à livrer sans frais ? Les applications choisissent à notre place. Plus besoin de penser, il suffit de cliquer et de consommer. C’est le règne du big data.
     Mais, formuler ses pensées personnelles, menant l’individu à ses envies et ce qui le mènera au cœur de sa propre satisfaction, est un véritable exercice. Les applications, elles, pensent pour nous donc pourquoi penser par soi-même à ses propres désirs ?
       Actuellement, l’individu, lorsqu’il est confronté à une problématique engendrant un raisonnement, se voit très vite dépassé. À force de penser sous le joug des applications, chacun se met à réfléchir de manière packagée, marketée, préétablie.
       Ainsi, lorsqu’un groupe d’amis recherche une source d’inspiration pour passer la soirée, il lui est très fréquent d’être en difficulté face une série de pensées trouvant leurs racines dans de réelles émotions et envies, dictées par le ressenti, source d’inspiration.
   L’acte de choisir fait appel à une forme de pensée basée sur la perception de ses propres désirs. Or, les applications qui nous guident nous contrôlent par les renseignements que nous y laissons, sous la forme de petits cailloux aidant les moteurs de recherche à nous pister et nous enfermer dans une série de choix prémâchés. Nos pensées sont formulées d’avance et nos raisonnements dans le même temps sont pré-formatés.
      Ainsi, chacun et ce, de plus en plus, pense en « application », en formule toute faite pour bâtir un raisonnement ou construire une démonstration.     Dans les nouvelles formes de langage, les individus parlent sous la forme de SMS, coupent des mots, emploient des significations pour d’autres, mélangent du sens à travers du wording qu’ils ne maîtrisent plus.
    Ainsi, les pensées se modélisent, et empêchent les individus de raisonner par eux-mêmes. Chacun recrache des idées communes et packagées : likes, posts et publications font le reste.
   En demandant à un échantillon d’étudiants ce qu’ils pensent imaginer pour une campagne de lancement d’un produit lambda, au cours d’un atelier de travail, on s’aperçoit qu’un grand nombre d’entre eux est en difficulté pour décider et exposer une idée originale.
     Très vite, ils se ruent sur Google pour trouver applications, solutions, formules toutes faites qu’ils puissent « customiser » et arranger en recommandation pour la marque. Une idée basée sur une pâle copie, elle-même basée sur une idée déjà existante, les mènera à tenter, non pas de formuler leur pensée, mais de penser en formule. À savoir, faire en sorte que l’idée glanée sur Google puisse entrer dans une formulation à reformuler.
    Grâce à une série d’idées préformées, ils tenteront de transformer une idée formatée en pensée. Tout en pensant être performants.
   Ajoutons à cela une difficulté exponentielle liée aux capacités de construction de phrases structurées à partir de raisonnements personnels et authentiques. En effet, penser, formuler une idée à l’écrit et l’exprimer à l’oral devient un supplice douloureux pour les amoureux des formules....
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Comment j'ai pris un coup de vieux en regardant le portable des ados
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