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lundi 10 octobre 2016

Pologne : histoire malmenée

Manipuler un passé qui ne passe pas.
                                                             Au moment où disparaît  une grande figure du cinéma polonais, totalement et courageusement engagé dans son temps et l'histoire de son pays (*), on est en droit de se demander ce qui arrive au gouvernement actuel de cette nation, qui donne  de la présentation d' une partie du passé récent de son pays une image détournée de son sens.
        A des fins de conditionnement partisan.
  Cela n'étonne guère. Revisiter les faits significatifs du passé, pour leur donner le sens qui convient à la politique de l'heure, a toujours été la caractéristiques des régimes forts ou à tendance autoritaire. Rien à voir avec la méthode historienne qui ne peut progresser que par révisions constantes de ses interprétations précédentes pour les corriger ou les affiner.
  L'histoire, telle qu'elle est du point de vue des historiens du moment, peut être instrumentalisée par des élites pour conditionner les esprits avec une interprétation qui les sert, qui leur plaît ou qui les flatte. Bref, bidouiller le passé n'est pas très nouveau et s'insère dans un contexte politique et historique donné.
   Le révisionnisme historique en Pologne est bel et bien en action.
        Mais ce n'est pas la première tentative. L'histoire idéologique est un vieux tropisme: le régime de Pétain en usait et en abusait, le Japon  d'aujourd'hui fait silence sur un aspect de son passé militaire, Israël s'arrange avec une histoire souvent mythique...
    Revisiter l'histoire, bidouiller le passé, l'idéaliser ou le diaboliser sont des tendances sur lesquelles il faut toujours veiller, car souvent la pure propagande n'est pas loin, au grand dam des historiens attachés à la vérité, même relative, même si elle dérange.
   On peut se demander à bon droit où va la Pologne, au delà des dérives qu'elle connaît actuellement.
(*)[A revoir Kanal    L'homme de fer... ]
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      Le gouvernement polonais impose une relecture politique de son passé:
           Jacek Leociak ne décolère pas. Ce chercheur polonais, spécialisé dans la littérature de la Shoah et cofondateur du Centre polonais de recherches sur l’Holocauste à l’Académie des sciences, est « furieux » depuis que, le 16 août dernier, le ministre polonais de la justice, Zbigniew Ziobro, a présenté à la presse un projet de loi visant à protéger la « réputation » et la « dignité » de la nation polonaise.Adopté en conseil des ministres, soumis au vote du parlement la semaine prochaine, ce texte fait encourir une peine allant jusqu’à trois ans de prison et une amende à quiconque déclarerait publiquement que des Polonais – ou l’État polonais – seraient responsables de crimes commis par les nazis ou auraient collaboré avec eux.
 Pour Jacek Leociak, cette tentative d’intervention dans le champ historique est inadmissible. « Je suis d’abord inquiet en tant que citoyen polonais. Ce projet de loi vise à empêcher le débat historique. Ce gouvernement n’est pas seulement en train d’essayer de contrôler la société actuelle, il vise également à contrôler son passé ! On se croirait dans le roman 1984, de George Orwell, où un ministère de la Vérité pouvait changer d’avis et réécrire ce qu’il voulait : “Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé.” C’est un mécanisme que l’on retrouve dans les régimes totalitaires. »
     Espérons que l' opposition de masse contre les lois restrictives concernant l'IVG s'étende aussi à cette tentative de manipulation du passé.___________
          L’inspirateur de cette régression – morale, intellectuelle et politique – s’appelle Jaroslaw Kaczynski. Il est le chef du parti PiS – Droit et justice – et, s’estimant volontiers directement en contact avec Dieu, il entendd gommer toute la complexité et les heures sombres de l’histoire de la Pologne pour en faire un parangon de bonté catholique, avec tout ce que cette obsession de la pureté comporte de dangerosité potentielle pour la démocratie. 
Celle-ci passe, toujours, par la volonté de regarder le passé en face. La France  en sait quelque chose : elle a parfois mis longtemps avant de s’y résoudre. La Pologne a été un pays doublement martyr, du nazisme et du communisme. Mais M. Kaczynski veut éradiquer la marque antisémite que recèle aussi son histoire. C’est une obsession chez lui. La semaine dernière, le gouvernement PiS a nommé Jaroslaw Szarek à la tête de l’Institut de la mémoire nationale. A l’encontre de tous ses pairs, cet historien nie la responsabilité de civils polonais dans le pogrom de Jedwabne, village de l’est du pays, dans lequel ont péri au moins 340 juifs en juillet 1941, dont 300 brûlés vifs dans une grange. Il s’agit de nier toute complicité, même indirecte, des Polonais dans la « solution finale ».
Le révisionnisme historique du nouveau pouvoir ne s’arrête pas là. Il veut torpiller la réalisation, déjà en cours, d’un magnifique Musée de l’Histoire de la seconde guerre mondiale à Gdansk. Pour lui, la guerre s’achève à la campagne de 1939. Il n’y a qu’une chose à célébrer : le splendide isolement d’une Pologne héroïque abandonnée des grandes puissances. Le reste n’existe pas, notamment la libération du pays par les Russes et l’armée polonaise en exil sur le sol soviétique. Il y a plus. Dans un réflexe revanchard, le PiS s’efforce, en manipulant les archives, de ternirla réputation des grands Polonais – de Lech Walesa à Bronislaw Geremek – qui ont assuré, en 1989, la transition du régime communiste à la démocratie.
Cela se déroule sur fond de mainmise du PiS sur la télévision d’Etat et d’une volonté de paralyser les plus hautes sphères de la justice. Au nom d’une « Pologne éternelle », paysanne et rétrograde, M. Kaczynski, catholique intégriste vengeur, confit dans sa détestation du libéralisme politique et des élites urbaines proeuropéennes, prétend remodeler l’image et l’histoire de son pays. Il ne cesse de les abaisser.
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