Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 31 mars 2017

Turquie: et après?

     Double jeu
                       On connaît les implications ambiguës de la Turquie d'Erdogan dans le conflit syrien.
                               D'abord complice en sous-main, par intérêt à court terme, de certaines forces rebelles radicales, elle eut à s'affronter un temps à l'intervention militaire russe, avant d'opérer avec le maître du Kremlin un rapprochement spectaculaire et d'intervenir sur le terrain, essentiellement  pour s'efforcer de neutraliser toute velléité de rapprochement des forces kurdes .
    Maintenant, c'est le retour au pays, sans gloire, des forces militaires, tentant de renouer les fils avec  un Washington louvoyant. (OTAN oblige...)
        A jouer sur plusieurs tableaux, de manière brouillonne, le maître d'Istanbul se replie maintenant sur la consolidation de son autocratie inquiétante.
  Mais il perd progressivement ses appuis.
       Voici comment Observatus Geopoliticus voit la situation pour le moment, même si on y perd un peu son...turc.
                                                    Sans surprise, la Turquie a annoncé la fin de son opération Bouclier de l'Euphrate en Syrie :
Istanbul - La Turquie a annoncé mercredi la fin de son opération militaire dans le nord de la Syrie, sans préciser si elle allait en retirer ses troupes.
Le conseil de sécurité national dirigé par le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé que l'offensive de six mois avait été "couronnée de succès", mais le Premier ministre Binali Yildirim, tout en confirmant la fin de l'opération, n'a pas exclu d'autres campagnes en Syrie.
La Turquie a lancé en août dernier une opération baptisée "Bouclier de l'Euphrate" visant le groupe jihadiste Etat islamique (EI) mais également les FDS, dominées par les Kurdes, qu'Ankara considère comme des "terroristes".
Dans le cadre de cette opération, les rebelles syriens appuyés par la Turquie ont repris aux jihadistes plusieurs villes dont Jarabulus, Al-Rai, Dabiq et enfin Al-Bab, où l'armée turque a subi de lourdes pertes.
Quelques formules pour sauver la face fleurissent ça et là mais, en réalité, cette opération fut un bide. Six mois pour mettre difficilement la main sur quelques arpents de sable au prix de pertes relativement lourdes. Certes, cela a empêché la jonction des cantons kurdes mais ces derniers n'en bordent pas moins la Turquie sur des centaines de kilomètres : parfaite base arrière pour le PKK.
Depuis le grand rapprochement américano-russo-syro-kurde sur le dos d'Erdogan, les options d'Ankara s'étaient réduites à peau de chagrin. Le sultan n'a fait qu'entériner ce que nous avons montré à plusieurs reprises : l'aventure néo-ottomane en Syrie est terminée. La goutte qui a sans doute fait déborder le vase a été l'établissement d'une base russe dans le canton kurde d'Afrin comme nous l'avions rapporté il y a une dizaine de jours....(à suivre)
          (Merci à l'auteur)
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jeudi 30 mars 2017

Point dhistoire (3)

Traité de Rome (suite)
                                   Parlera-t-on encore d'Union Européenne dans quelques décennies?
   Du moins dans sa forme actuelle.
           On peut raisonnablement en douter, quels que soient ses désirs et ses options.
     La réalité semble nous rattraper, avec le surgissement de tendances nationales, voire de certains replis nationalistes, qu'on peut craindre, mais qui ne sont, selon l'expression de H. Védrine, que des conséquences et non des causes.
    Conséquences de l'oubli des peuples au coeur d'institutions juridico-technocratiques à réformer, à refonder entièrement, sur la base de traités à renégocier, d'économies à repenser hors du cadre du strict libéralisme thatcherien. Le RU nous quitte, après avoir bien contribué à nous façonner à l'anglo-saxonne, à faire de l'espace européen un marché, seulement un marché.
   L'Europe se meurt, l'Europe est morte...De fait.
       Faudrait-il repenser le vieux projet gaulliste de l'Europe de la collaboration, de l'Atlantique à l'Oural, une organisation plus souple, plus diversifiée mais plus vivante et plus large?
   L'avenir le dira. Mais demain ne sera plus comme hier, quand on voit seulement le désarroi des élites, tétanisées par le Brexit  la situation polonaise ou hongroise, le désastre grec et ce qui peut suivre. Des conséquences, pas des causes.
      - Oui, l'Europe va mal (1)
      - Oui il faut reconstruire une autre forme d'union (2)
  Dans le cadre et les limites de son époque, Mendès-France voyait assez juste sur les conséquences possibles de l'esprit de Rome.
    Au lieu d'être un lieu de développement politico-économique, non pas harmonieux, mais satisfaisant, non pas unanime,  mais pacifique.
    Tout reste à réinventer.  Mais qui prendra l'initiative? quel peuple indiquera le chemin? qui brisera la rigidité et l'aveuglement de Bruxelles?
      Bien difficile à imaginer pour l'instant. Comme il arrive souvent, seule une crise majeure pourrait stimuler un sursaut. Souhaitons qu'elle soit créatrice.
     Car, comme le jugent ces auteurs, qui n'ont nulle science infuse, mais quelque lucidité  l'Union européenne est de moins en moins hospitalière 
  Le vivre-ensemble, la solidarité de principe sont mises à mal par les dogmes bruxzellois de l'OMC: la concurrence fiscale, le dumping salarial et tous les autres, l'accumulation des excédents commerciaux de l'Allemagne, qui se met aussi à terme en péril...
      "....L'intransigeance allemande pousse de fait ce pays à envisager une stratégie de rupture, car comme on l'a dit précédemment, rien n'est résolu. Le jour où la Grèce fait officiellement défaut, les Allemands vont être contraints à «prendre leurs pertes» et donc à reconnaître ce qu'ils ont toujours refusé jusqu'à présent, c'est-à-dire qu'une union monétaire implique une union de transferts. Pas sûr qu'après cela l'Allemagne que souhaite encore rester dans l'euro."
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mercredi 29 mars 2017

Famines: les retours

Fatalité?
                     Régulièrement nous reviennent les échos d'un phénomène que l'on avait oublié, que l'on croyait dépassé, mais qui a toujours été plus ou moins  larvé aux marges de nos sociétés dites d'abondance.et qui rebondit cruellement et régulièrement.
       Les famines sont de retour, dans certains pays d'Afrique notamment.
               Souvent les causes évoquées sont essentiellement d'ordre climatique, ce qui est l'explication la plus commode, la plus fréquente., la moins dérangeante. Non pas qu'elle soit fausse: El Nino a sans doute ses effets, loin des côtes péruviennes..
      Les causes de la faim ne sont pas que climatiques, et parfois elles ne le sont pas du tout, comme aujourd'hui au Yemen, au Soudan du Sud, comme en Somalie, en proie à des conflits meurtriers, comme le remarque Rony Brauman.
     Démographie galopante, absence de gestion politique des ressources, spéculation mondiale sur les matières premières, abandon ou régression des cultures vivrières, les facteurs sont multiples et parfois s'entremêlent.
   Aujourd'hui, le secrétaire de l'ONU, Antonio Guterrez, est alarmiste, parlant de « La plus importante crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale » :
   ... Au Nigeria, en Somalie, au Soudan du Sud et au Yémen, « des millions de personnes se débattent déjà entre la malnutrition et la mort, vulnérables aux maladies et aux épidémies, contraintes de tuer leur bétail pour se nourrir et de manger les céréales qu’ils avaient mis de côté pour semer leur prochaine récolte. Les femmes et les filles sont les premières victimes », a-t-il averti.
  L’état de famine a officiellement été décrété au Soudan du Sud le 20 février : 100 000 personnes de la région de l’Unité, dans le nord du pays, risquent de mourir de faim, selon l’ONU qui, pour les quatre pays placés en état d’alerte, évalue à plus de 20 millions le nombre de personnes menacées.
  Yémen : 7,3 millions
Soudan du Sud : 6,1 millions dont 100 000 déjà touchées
Nigeria (nord-est) : 5,1 millions
Somalie : 2,9 millions
La crise est cependant loin de se limiter à ces quatre foyers. Trente-sept pays auront besoin d’assistance en 2017, selon le dernier bulletin sur la situation alimentaire et les perspectives de récoltes publié début mars par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)."
          On sait parfaitement désormais enrayer une crise alimentaire naissante, à condition d’intervenir à temps. Mais pour cela, il faut non seulement le pouvoir, mais surtout le vouloir. La volonté politique fait défaut quand l’Etat ne fonctionne pas - c’est le cas de la Somalie - ou quand il ne considère pas la prévention comme une priorité pour certaines populations - c’est le cas du Kenya. Il se produit en quelque sorte une prime à l’urgence : plus vous intervenez tard, plus la famine est dramatique, et plus l’aide que vous recevez est importante.
«Une sécheresse fonctionne comme un révélateur qui n’engendre la famine que lorsqu’il y a des dysfonctionnements préalables»
         Le problème de la souveraineté alimentaire est le plus souvent en question.
                                    Comme on le voit,  la nature a bon dos...
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                  On peut lire ou voir:
 -"Secourir des populations malgré les prédateurs" (La Croix - 2017)
-"La famine menace à nouveau l’Afrique de l’Est" (Le Monde - 2017)
-"Les Yéménites luttent pour leur survie, alors que la famine menace le pays" (IRIN News - 2017)
-Vidéo : "Vers un monde sans faim" (France 24 - 2017)
-Les Matins : "20 millions de personnes menacées par la famine : questions sur une crise -humanitaire" (France Culture - 2017)
"L’aide d’urgence n’est pas la réponse à la sécheresse" (IRIN News - 2017)"
_____Sites. la faim expliquée

mardi 28 mars 2017

Banques euphoriques

    Les banques? ça va, merci...
                                                  Les paradis, les bien nommés pour les heureux bénéficiaires, mais enfers des contribuables, ce n'est pas seulement pour les très riches particuliers ou certaines grandes entreprises.
   Les banques ont aussi le droit d'en profiter.
      Il n'y a pas de raison.
   On dit les banques bancales, mais pas toutes,
loin de là, comme la Deutsche Bank, qu'on veut sauver à tous prix, pour éviter l'effet domino.
     Les paradis fiscaux, ce n'est pas terminé, 
contrairement aux affirmations péremptoires d'un certain Nicolas Sarkozy à une certaine époque:
.Les banques ne manquent pas d'appêtit:
       Le 23 septembre 2009 , le président de la République Nicolas Sarkozy annonçait fièrement : "Le secret fiscal, les paradis fiscaux, c'est terminé".   Huit ans plus tard, malgré les réels efforts déployés sous l’égide de l’OCDE, ces paradis-là sont encore bien vivaces, à lire le rapport [PDF] que vient de publier Oxfam sur les pratiques des grandes banques européennes.
  L’organisation s’est penchée sur les comptes de 20 grandes banques dont 5 françaises : BNP-Paribas, Groupe BPCE (qui coiffent les Caisses d’épargne et les Banques populaires), Crédit Agricole, Crédit mutuel, Société Générale). Ces 20 banques ont réalisé en 2015 dans les paradis fiscaux 25 milliards de bénéfices soit un quart de leurs bénéfices totaux. Or les paradis fiscaux représentent seulement 1% de la population mondiale....    Le Luxembourg reste le grand trou noir fiscal de l’Union européenne. "En 2015, les vingt plus grandes banques de l’Union Européenne ont dégagé 4,9 milliards d’euros de bénéfices au Luxembourg, soit plus qu’au Royaume-Uni, en Suède et en Allemagne réunis", résume le rapport. Barclays, la cinquième plus grande banque en Europe, a déclaré à elle-seule 557 millions d’euros de bénéfices au Luxembourg mais n’a versé qu’un million d’euros au titre de l’impôt sur les bénéfices (soit un taux de 0,2%).      La situation du Luxembourg reste extrêmement choquante, mais elle n’a pas empêché les leaders européens de désigner à la tête de la Commission européenne l’un des grands prêtres de ce système : lorsqu’il était ministre des Finances et Premier ministre du grand-duché, Jean-Claude Juncker se battait bec et ongle pour préserver le secret bancaire…
  Ah! le Luxembourg, ce charmant petit pays de rêve, , fief de celui dont on pourrait penser qu'il pourrait donner l'exemple, Jean-Claude Juncker
            Faites comme je dis... Il y a loin des paroles aux actes.
   Toute une  richesse cachée  qui devrait en droit nous revenir...Cela coûte à la France.
         Donc,Les 20 plus grandes banques européennes génèrent un quart de leurs bénéfices dans des pays où l’imposition est faible, voire inexistante, parfois sans aucun employé sur place, selon une nouvelle étude du réseau d’ONG Oxfam. Les plus mauvais élèves seraient Barclays et Deutsche Bank mais les quatre plus grandes banques françaises y sont aussi présentes, notamment au Luxembourg et aux îles Caïmans....
       Des résultats   qui dépassent parfois l'entendement
  Mais depuis 2OO8, les mastodontes bancaires nous ont habitués à tout, avec un contrôle souvent de pure forme de la part des Etats complices ou complaisants..
         Un quart des bénéfices des 20 plus grandes banques européennes se trouve dans des paradis fiscaux, soit 25 milliards d’euros, dont 20% pour les seules banques  
       Ce n'est pas Robin des Bois qui l'affirme, mais la très sérieuse organisation  Oxfam.
              On peut récupérer 200 milliards d'euros sans imposer aux Français une cure d'austérité
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         Oxfam dénonce la course à la concurrence fiscale:

dimanche 26 mars 2017

Regards

__ Restaurer les droits sociaux en Grèce, une urgence.
           Une perfusion qui peut s'avérer mortelle.
                  Une fuite en avant continue. 
                            Une situation pour l'instant sans issue.

__ Business as usual en Fillonie
                 Question d'expérience?

__  On a oublié:  Madagascar 1947 : la poudrière coloniale.

__ On blanchit aussi en Russie.

__ Si Wall Street est en proie au doute, où va-t-on?

__  Les travailleurs détachés en France sont aussi… des Français !:

__ Birmingham: les limites du multiculturalisme anglais 

__  Ne cherchez pas : c’est la faute à Voltaire Poutine

__ Tout arrive! l'Allemagne plébiscite la France.

__ Avec Trump, la culture en prend un coup. Pas étonnant.
         "Jeudi, la Maison Blanche a publié le projet de budget du Président pour 2018. Il prévoit une explosion des dépenses militaires et sécuritaires, compensée par des coupes drastiques dans tous les autres ministères et agences fédérales. La diplomatie, l’aide au développement, la protection de l’environnement et la recherche médicale verraient ainsi leurs ressources amputées de 20 à 30%. Une vingtaine d’agences, dont le NEA mais aussi l’audiovisuel public et l’Institut des musées, verraient quant à elles leur budget purement et simplement supprimé.
            Pressentie depuis plusieurs semaines, l’annonce officielle a néanmoins médusé la communauté culturelle, prompte à rappeler que la contribution publique au domaine des arts est déjà extrêmement faible aux Etats-Unis. «Le budget du NEA est une goutte d’eau dans l’océan – 0,004% de toutes les dépenses fédérales en 2016 – mais il est absolument essentiel pour les artistes, les associations artistiques et les communautés où elles s’investissent», souligne Kenneth Fisher, le président de la Société musicale de l’université du Michigan."
              Par contre les dépenses militaires explosent.
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samedi 25 mars 2017

Point d'histoire

Il était une fois...le Traité de Rome
                                         Un anniversaire plus que mitigé.    ....Désenchanté
                                                                    Il y eut en fait plusieurs traités de Rome, des moutures différentes, avant d'arriver à une synthèse, socle des Traités futurs.



        C'était l'époque des pionniers, d'une aventure dont on entrevoyait peu les développements.
                 Sous impulsion américaine.
  Il y avait les prudents, les sceptiques et les enthousiastes, animés par un rêve fédéral: mis aujourd'hui à rude épreuve, certains estimant que cette Europe va disparaître si elle ne se réforme pas en profondeur.
      Elle semble en effet bien loin des projets de certains pères fondateurs et de l'esprit des textes, souvent en guerre contre elle-même.
     Certains en France s'opposaient à cette ouverture, comme  Pierre Mendes-France, qui entrevoyait les risques de cette aventure politique mal préparée ou prématurée. La France se trouvait alors handicapée notamment par le lourd passif algérien. Son discours reste fameux. De Gaulle accepta le risque, en faisant le pari d'un redressement rapide d'une France affaiblie.
   L'ombre de la guerre européenne hantait encore les esprits et l'on procéda de manière assez empirique , sans se poser la question de savoir si on ne mettait pas la charrue avant les boeufs, en misant sur une intégration économique pour créer les conditions d'une union de plus en plus politique. Le rêve de Monnet.
     Mais le fédéralisme rêvé est compromis.
     L'après-Junker n'est pas glorieux, l'euro-groupe ayant cédé aux sirènes financières et aux dogmes de l'ordolibéralisme.
      La concurrence non régulée a mis en péril un équilibre fragile et peu démocratique.
  La panne est flagrante, notamment avec le Brexit et d'autres périls en vue.
        Reste-t-il encore une dernière chance de relance sur de nouvelles bases renégociées, au-delà des égoïsmes nationaux et des forces centrifuges?
      Les 27 tentent de conjurer la fin annoncée de l’Europe :  "Le projet d’une « Europe à plusieurs vitesses », défendu par le couple franco-allemand, est révélateur de divergences de vue profondes"
                       Comment reprendre le contrôle?
         Les «atterrés» plaident pour «une grande bifurcation.
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:        __25 mars 1957 :
                                    "Ce traité cultive l'ambiguïté en ne se prononçant pas sur le débat essentiellement franco-allemand concernant l'instauration d'un protectionnisme à l'échelon européen (ce que l'on appellera plus tard : « préférence communautaire »). « Quand nous disions qu'il valait mieux, ne serait-ce que pour des motifs de négociation évidents, partir d'un tarif sérieux et obtenir des concessions en contrepartie de la part des autres pays du monde, le professeur Ehrardt, ministre de l'Économie et des Finances de la République fédérale, appuyé sur le succès remarquable de sa politique systématiquement libérale, nous rétorquait que le protectionnisme était un mal en soi, et une baisse de tarifs douaniers un bien en soi, même sans contrepartie négociée... », écrit dans ses mémoires Jean-François Deniau, l'un des négociateurs (L'Europe interdite)La ratification du traité ne va pas sans difficultés. D'éminentes personnalités s'y opposent, comme le député socialiste Pierre Mendès France qui craint que l'industrie nationale ne supporte pas l'ouverture des frontières et la concurrence allemande. Par contre, plus visionnaire, le général Charles de Gaulle, sollicité par ses proches d'y mettre son veto, refuse. Il écrit en marge du dossier : « Nous sommes forts mais ils ne le savent pas » (sous-entendu : n'ayons pas peur de nous ouvrir à l'Europe).
    Le traité de Rome sur la CEE entre enfin en vigueur le 1er janvier 1958. Il instaure un Parlement dont le siège est d'abord fixé à Bruxelles et une Cour de Justice établie à Luxembourg.
    Le pouvoir exécutif est confié au Conseil des ministres des pays membres. Mais la mise au point des décisions est déléguée à une Commission Européenne permanente, sise à Bruxelles, et dont l'influence ne va cesser de croître jusqu'à nos jours.
        __Mais il y avait un grain de sable:   une feuille blanche...
                                À l'instant solennel de la signature du traité de Rome, les ministres européens ne se doutaient pas que celui-ci se résumait pour l'essentiel à une liasse de feuilles blanches.
La veille, les rédacteurs, épuisés, avaient laissé les feuillets épars sur le sol de leur bureau, se réservant de les assembler plus tard. Mais entre-temps, les femmes de ménage découvrent le désordre. Zélées, elles jettent les feuilles volantes à la poubelle.
    Stupeur des fonctionnaires à la découverte du désastre. Ils courent à la décharge mais ne retrouvent évidemment rien. Comme il est trop tard pour tout réécrire et qu'un report de la signature déshonorerait l'hôte italien, on décide de ne réécrire que les premières et les dernières feuilles du traité, celles qui doivent être paraphées ou signées, en intercalant entre elles une liasse de feuilles blanches.
    Pendant toute la cérémonie, les officiels n'auront de cesse d'empêcher journalistes et ministres de feuilleter l'épais registre au risque de découvrir la supercherie."
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vendredi 24 mars 2017

La Chine et la mer

Mutation en cours
                                 De la grandeur maritime ancienne  à la montée en puissance d'aujourd'hui.
    Que la Chine cherche à étendre son influence maritime et à revenir en quelque sorte à sa puissance d'antan, dans un contexte totalement différent, n'a rien pour étonner.
      C'est le corollaire de la fulgurante montée de sa puissance industrielle et commerciale et de sa spectaculaire capacité exportatrice mondiale..
             On a oublié l'avance passée d'une Chine:navigatrice bien avant nous et à laquelle nous devons des inventions majeures.
        Entre le XIVe et le XVème siècle, la Chine se caractérise comme étant une puissance maritime régionale. Cette puissance repose notamment sur l’invention de la boussole et du gouvernail d’étambot qui furent "essentielles au développement des navigation fluviale et maritime en Chine""
        "La Chine est désormais une puissance à la fois terrestre et maritime, capable d’influencer ce qui se passe en mer depuis la terre: une puissance maritime libre d’adopter une stratégie maritime allant de l’avant. Les flottilles de la MAPL vont être vues de plus en plus régulièrement dans les ports asiatiques… et au-delà. Les relations entre la Chine et les États-Unis ne se feront plus entre une puissance maritime et une puissance terrestre, mais entre deux puissances maritimes."
       La Chine pendant près de 2500 ans a été un très grand pays, probablement le premier en terme d’économie:  Très tôt elle a des relations commerciales avec les Romains par voies terrestre et maritime. Jusqu’au XIIe siècle, la navigation en mer de Chine et dans l’océan Indien est un monopole persan et arabe.  La navigation côtière se développe cependant en Chine depuis le Xe siècle et les Song disposent d’une flotte de guerre.
   Par la suite, les Mongols de la dynastie Yuan (1276-1368) nationalisent le commerce maritime, et détruisent le système économique mis en place par les Song en multipliant droits et impôts. De 1368 à 1395, au début de l’ère Hong Wu des Ming, une réforme des taxes permet à des étrangers de s’occuper des échanges jusqu’à ce que le commerce privé soit interdit avec eux en raison de leur comportement répréhensible.
  De 1420 à 1431, l’Eunuque musulman de Zheng He va mener 7 expéditions maritimes en mer de  Chine méridionale et en océan Indien. Sa flotte de 317 navires comprenait plus de 60 baojians pourvus de 9 mats et qui auraient atteint 120m de long. Les architectes navals remettent en cause cette version, estimant que la taille maximum des navires ne pouvait dépasser de 60m pour des raisons de résistance de la structure, ce qui en fait tout de même les plus grands bateaux d’une époque où les caravelles de Christophe Colomb ne dépassaient pas 30m de long. Ces « bateaux trésors » étaient escortés par de nombreuses jonques de guerre.
   Contrairement à ce qui se produit en Occident à la même époque, ces voyages d’exploration n’ouvrent pas une ère d’expansion commerciale. Au contraire, n’ayant pas permis de rencontrer d’interlocuteurs dignes de dialogue, en 1436, un édit de l’empereur Zhu Qizhen (ère Ming Zhengtong) qui n’a que 9 ans punit de mort la construction de navires hauturiers à plusieurs mâts.
   Le grand livre de l’histoire maritime de la Chine se referme pour trois siècles, peu avant que les Européens n’atteignent la rivière de Canton en provenance de Malacca (1514) et que Magellan et Cano n’effectuent la première circumnavigation (1519-22).
   Au XVIIIe siècle, quand l’empire Qing est à son apogée, il comprend la Chine actuelle, la péninsule coréenne, l’Indochine, la Thaïlande, la Birmanie, le Népal, une partie importante de l’Afghanistan et les terres Kazakhes ainsi que l’île philippine de Palawan et l’actuel Sabah sur l’île de Bornéo.
   Il est intéressant de remarquer que la « Nation du Milieu » contrôlait alors l’ensemble de la mer de Chine méridionale, Taïwan ainsi qu’une des rives du détroit de Malacca, toutes zones qu’elle revendique aujourd’hui."
    Dans cette ascension rapide et renouvelée à nouveaux frais, va-t-elle supplanter les USA?
                             En tous cas, ceux-ci s'en inquiètent.
          Une nouvelle période géopolitique et historique est en cours en Orient.
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jeudi 23 mars 2017

L' ennui n'est pas mortel

  Il est juste seulement parfois ennuyeux    
                                                                  Nul n'y échappe 
     C'est l'état d'esprit le mieux partagé du monde, même s'il peut être pesant.
                        Sous des aspects les plus variés. Depuis l'ennui occasionnel de l'enfant à l'école jusqu'à celui, durable et profond, du viellard aux jours vides et routiniers.
       L'ennui ordinaire, non pathologique, tout nous pousse et nous incite à le combattre, surtout au coeur de nos sociétés marchandes er de "loisirs", qui jouent en permanence sur l'hyper ludique et incite à l'hyperactivité comme remède à l'ennui, jusqu'à occuper l'esprit démesurément, jusqu'à abolir tout recul critique.
    L'ennui est le plus souvent déconsidéré, associé parfois à la paresse, qu'il faudrait parfois réhabiliter, comme l'a fait Lafargue en son temps
    S'il n'est pas pathologique, dépressif et paralysant,l'ennui ordinaire, souvent bien opaque, peut être un excellent tremplin pour une recherche, un nouvel élan, une création.
    C'est pour cela qu'un enfant qui s'ennuie n'est pas toujours à réprimander, au contraire.
     Moravia en a fait une sorte de donnée existentielle, motrice d'une écriture... pas du tout ennuyeuse. (*):
     Mais elle est ambiguë, et parfois stérile ou invitant à l'excès.
            Mais on comprend qu'elle puisse être l'objet d'éloges, dans certaines conditions.
  L'ennui  n'est pas seulement dans nos états d'âme, il peut être engendré par notre milieu, répétitif et sans relief ou trop conforme, malgré la diversité'apparente. On peut s'ennuyer de tout, même d'une croisière aux Caraïbes.
___________Laissez les enfants s’ennuyer n'est pas toujours une mauvaise chose, laisser son esprit vagabonder et peut-être inventer, au milieu de tant de sollicitations ou d'activités imposées, qui neutralisent toute créativité.
      Philippe Duverger rappelle utilement que l’école n’est pas faite pour être divertissante, qu’un certain ennui y est inévitable, rigueur et concentration, qui y sont de règle, s’opposant au zapping imposé par la société. Mais n’est-ce pas précisément au cœur de ce zapping, entouré des objets de jouissance que sont ou que peuvent être les objets numériques, que l’ennui va le plus clairement peut-être manifester sa qualité d’affect subjectif et sa valeur symptomatique de refus ?
..... l’ennui n’est pas un phénomène nouveau dans l’institution scolaire, (que) seuls les comportements qui lui sont associés ont changé, et que les élèves qui, aujourd’hui, savent s’ennuyer poliment, n’ont aucun problème avec l’école !
                             Oui, le droit de s'ennuyer peut et doit être revendiqué, contre toute propention à saturer toujours et à tout prix l'existence.
    Inséparable de la condition humaine, il se révèle fécond chez maints écrivains, comme Flaubert, Proust, Pascal, Beckett, Moravia, Cioran....
      . Montaigne relève que l’écriture est un remède contre l’angoisse de lire. La lecture est en effet inséparable de l’ennui. Plus précisément, elle se pratique sur fond de vacuité : sur ce fond sans fond que Flaubert appelle « marinade ». Mais de quel ennui est-il question ? C’est selon. C’est pourquoi une  généalogie de la notion est ici nécessaire.
   Sénèque distingue l’ennui du chagrin. Ce dernier a généralement des causes précises, comme la douleur. L’ennui est plus vague et plus insidieux. Dans les Lettres à Lucilius, Sénèque voit bien que l’ennui peut aller avec l’agitation, et donc peut être une « activité oisive » : un divertissement impuissant à guérir de l’ennui. Comme remède à l’ennui, Sénèque propose l’activité qui remplit la vie, mais une activité sans se projeter dans l’avenir, une activité d’ici et pour maintenant. Parmi ces activités peut se situer l’écriture, non pas comme divertissement, non plus comme recherche esthétique (une création qui ne serait pas tout à fait une activité), mais comme art de s’appliquer dans l’effectuation des choses. Comme art, aussi, de gérer son emploi du temps. Car l’ennui, comme état de « plein repos » (Pascal), est le fond de la condition de l’homme. Quand l’homme est en repos, il repose sur quoi ? Sur rien. D’où la nécessité de se détourner du repos – d’un repos comme gouffre, d’un repos sans fatigue qui n’est alors qu’une chute. Corollaire inquiétant : si l’homme ne doit jamais être en repos, ne doit-il jamais faire retour sur soi ? L’état de réflexion serait en lui-même  source d’angoisse, de rupture de l’élan vital, d’acédie et d’ennui. C’est contre cette conception pessimiste – la lucidité inséparable de la dépression – que s’élève le janséniste Nicole. « L’ennui, soutient Nicole, touche l’âme quand elle est privée de cet aliment indispensable que sont pour elle les pensées » .
Pascal, de son côté, ne considère pas que les divertissements suppriment les côtés positifs de l’ennui que sont le sentiment de la gravité des choses et de la fragilité de notre être dans le monde. La légèreté du divertissement n’est pas une faute : elle protège, et c’est tant mieux, contre l’excès d’angoisse. C’est au fond une  forme de lucidité que de rechercher le divertissement. Il faut savoir « être superficiel par profondeur », comme Nietzsche le disait des Grecs. En d’autres termes, pour Pascal, c’est parce que l’ennui a sa place, mais ne doit avoir rien que sa place, que le divertissement a aussi sa place....
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(*) ...Son ennui, on l’a dit, n’est pas le contraire de l’amusement ou du divertissement. Il est insuffisance, voire carence totale de réalité. Il ne vient pas de l’intérieur mais d’un manque de rapports avec l’extérieur, d’une incommunicabilité radicale entre le sujet et le monde, d’une impossibilité ontologique à établir un lien quelconque entre les choses et lui: «La sensation de l’ennui naît en moi de l’impression d’absurdité d’une réalité insuffisante, c’est-à-dire incapable de me persuader de sa propre existence effective». D’où probablement le choix de la peinture abstraite. Apathique et renfermé, il est muré vivant en lui-même comme dans une prison hermétique et étouffante. Jusqu’au jour où il est distrait du vide de son atelier par une jeune modèle, Cécilia, qui posait pour – avant de coucher avec – un vieux peintre voisin de palier. Une relation si intense que le vieux en est mort. Intrigué par ce suicide déguisé, Dino essaie de comprendre les motivations d’un homme qui s’est servi érotiquement d’une adolescente pour hâter sa fin. Inconsciemment d’abord, puis de plus en plus lucidement, il va marcher sur les traces du vieux peintre et décider d’entamer un"...
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mercredi 22 mars 2017

Points de vue

__ Où va la Corée du Nord:?

__  Conservatisme russe: une constante historique?

__  Général McMaster: nouveau stratège de l'empire US.

__ Les perturbateurs endocriniens menacent notre intelligence.

__  UBS encore sur la sellette.

__ Pour certains, la gauche creuse son tombeau.

__ L'homme au coeur de  propagande pro-Trump .

__ Fukushima, catastrophe  sans fin.
          Après le déni, le gouvernement japonais reconnu coupable de négligence..
                      Qui va payer la facture?

__ Bernard Arnault: toujours plus haut.

__ Trump s'en prend aux petits vieux.

__ En Arabie Saoudite, on ne regarde pas à la dépense.
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mardi 21 mars 2017

Dettes, encore...

Toujours sur le tapis
                                    Tandis que Ubu règne toujours à Athènes, des voix se font entendre, de plus en plus nombreuses,, pour appeler à renégocier le problème des dettes accumulées, amplifiées par la crise et les exigences des institutions financières. Les débats prennent un tour plus vif notamment  vis à vis de la prétendue épineuse dette grecque. dont on sait maintenant qu'elle ne pourra jamais être remboursée.(*)
    Effacer l'ardoise, cela s'est déjà pratiqué dans le passé, même récent, notamment plusieurs fois à l'égard de l'Allemagne.
    L'expert suisse  Marc Chesney  montre les mécanismes de la constitution de la dette, notamment due aux excès de la finance casino, le rôle des banques et les liens entre dette des États et crise financière.
    Aujourd’hui, une aristocratie financière a pris le pouvoir au détriment du reste de la population, dénonce-t-il, tout en proposant des solutions innovantes comme une taxe sur les transactions financières.
   Mais est-cee suffisant?
      Michel Rocard: en son temps avait bien montré que de 1901 à 1973 la Banque de France a financé l’État sans intérêt. Si c’était encore le cas, notre dette serait 17% du PIB 
       Comme l'énonce Anne-Laure Delatte,"Il faudrait commencer par restructurer les dettes publiques des pays de la zone euro où elles pèsent le plus (au moins celles de la Grèce, de l’Italie et du Portugal). Retarder les échéances de remboursement des dettes donnerait de l’air aux finances publiques. Ensuite, il sera difficile de stabiliser la zone sans mettre en place des mécanismes de transfert automatiques et permanents entre les États. C’est ce qui existe entre les États américains, pourquoi pas dans la zone euro ? L’Union budgétaire a longtemps été un sujet tabou en Europe mais, en janvier dernier, le Trésor français a fait un pas en recommandant un budget commun européen pour financer l’investissement public et rendre ces transferts possibles. Cela impliquerait de lever un impôt européen et d’accroître le pouvoir de contrôle du Parlement européen.
   Bref, deux routes bien distinctes se présentent à nous : soit un retour au franc dont on espère un gain de compétitivité, mais avec des effets très déstabilisants sur la dette des entreprises et une autonomie très relative de la politique économique ; soit on conserve l’euro, mais alors il faut achever le projet et donner une dimension politique à la monnaie européenne. Ces deux options ont le mérite d’être claires.
       Le problème est donc plus politique que purement économique et il n'y a pas que la dette grecque, finalement assez mineure par rapport au budget européen.
    ___ Point de vue-débat: La dette en héritage___.
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-(*)   Eléments d'argumentaire pour l'annulation de la dette grecque:
                         ____Le problème de la dette publique , au centre de l'Europe, fait  rarement l'objet d'une analyse sérieuse et historique
_"L'endettement public et la dette publique proprement dite ont un passé très riche, très haut en couleurs, et qui pourrait être plein d’enseignements. Ils sont étudiés, certes, mais pour eux-mêmes, de façon érudite, ce qui est légitime ..., mais sans beaucoup d’efforts comparatifs..".
     _Le débat est dans une large mesure confisqué ou dénaturé, réduisant souvent  l’État social à un fardeau improductif reporté de génération en génération...
    La dette est devenue un épouvantail commode.   
En ces temps actuels de crise, le passé du continent s'estompe, de même que les raisons qui avaient conduit Jean Monnet ou Alcide de Gasperi à créer l'Europe. Les responsables semblent ne réagir qu'en financiers préoccupés de leur pré carré, soucieux de gagner du temps, alors qu'on les attend en politiques, visionnaires et Européens..."
     Les problèmes économiques qui en découlent dans les pays subissant un étranglement monétaire, selon M.Wolfpourrait briser les sociétés, les gouvernements, voire les Etats.
     ."Le recours à l’emprunt ou, plus précisément, à l’argent extérieur aux circuits de dépôts monétaires contrôlés par l’administration française des Finances, n’est qu’une option parmi d’autres au sortir du second conflit mondial. Les marchés financiers internationaux et la compétition entre États pour s’y financer sont (à une époque) inexistants. La notion même « d’endettement » de l’État ne s’est ré-explicitée en France qu’avec la réémergence, à partir des années 1970, des marchés obligataires. Si la dette est faible en volume à l’époque, ce n’est pas exclusivement à cause des faibles déficits mais c’est aussi parce que le Trésor dispose d’une palette d’instruments variés qui rendent marginal l’appel à l’emprunt, au demeurant techniquement peu développé. Les dispositifs de trésorerie de la reconstruction sont tournés avant toute chose vers la garantie d’un financement sécurisé et régulier des dépenses publiques considérées comme nécessaires à l’expansion économique et à l’objectif de « plein emploi ». L’État finance ses découverts passagers en drainant de l’épargne et en collectant les ressources monétaires de son propre réseau, à la fois des particuliers mais aussi des institutions bancaires..."
___De Mirabeau aux Trente Glorieuses, le problème de la dette est récurrent, résolu de manières souvent très différentes (1), ce qui montre qu'il n'est pas du domaine de l'inéluctable, qu'il n'a rien à voir avec un phénomène naturel.
____Aujourd'hui, on peut se  référer au deux extrêmes, l'Allemagne et la Grèce, où semble jouer le principe deux poids, deux mesures, si on se réfère à l’annulation de la dette d'une Allemagne ruinée , il y a à peine 60 ans...
"... Après la seconde guerre mondiale, de multiples conditions ont été réunies pour permettre à l’Allemagne de l’Ouest de se développer rapidement en permettant la reconstruction de son appareil industriel. Non seulement la dette contractée par l’Allemagne en-dehors des deux guerres mondiales a été réduite de plus de 60%, mais le règlement des dettes de guerre et le paiement des réparations aux victimes civiles et aux Etats ont été reportés à une date indéterminée : de fait, à la réunification allemande qui est intervenue en 1990 et au traité de paix qui a été signé à Moscou la même année entre les autorités des deux Allemagnes en cours d’unification, les Etats-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni et la France. Le poids des réparations sur l’économie allemande a donc été longtemps différé. Et dans le cas des réparations dues à la Grèce, celles-ci n’ont pas représenté le moindre effort de la part de l’Allemagne puisque les autorités allemandes refusent de donner suite aux demandes grecques. 
A la différence de ce qui s’était passé à l’issue de la première guerre mondiale, les puissances occidentales ont voulu après la seconde guerre mondiale éviter de faire peser sur l’Allemagne le poids de remboursements insoutenables car elles ont considéré qu’ils avaient favorisé l’accession du régime nazi au pouvoir. Les puissances occidentales voulaient également une Allemagne de l’Ouest forte économiquement (mais désarmée et occupée militairement) face à l’Union soviétique et ses alliés. Rien de tel n’est de mise avec la Grèce et les autres pays de la Périphérie au sein de l’Union européenne.
      Pour atteindre cet objectif, non seulement le fardeau de la dette a été très fortement allégé et des aides économiques sous forme de dons ont été octroyées à l’Allemagne, mais surtout on lui a permis d’appliquer une politique économique tout à fait favorable à son redéploiement. Les grands groupes industriels privés ont pu se consolider, ceux-là mêmes qui avaient joué un rôle clé dans l’aventure militaire de la première guerre mondiale, dans le soutien aux nazis, dans le génocide des peuples juifs, tsiganes…, dans la spoliation des pays occupés ou annexés, dans la production militaire et l’effort logistique gigantesque de la seconde guerre mondiale. L’Allemagne a pu développer d’impressionnantes infrastructures publiques, elle a pu soutenir ses industries afin de satisfaire la demande locale et de conquérir des marchés extérieurs. L’Allemagne a même été autorisée à rembourser une grande partie de sa dette dans sa monnaie nationale. Pour rendre cela concret, il suffit de réfléchir à la situation qui a suivi l’accord de Londres de 1953. L’Allemagne rembourse par exemple à la Belgique et à la France une partie de ses dettes de l’entre deux guerres en deutsche marks. Ces deutsche marks qui n’avaient pas d’intérêt dans les échanges avec le reste du monde, Belges et Français ont essayé de s’en débarrasser rapidement en achetant des marchandises et des équipements fournis par l’économie allemande et contribué à refaire de l’Allemagne une grande puissance exportatrice.
       De leur côté, la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Estonie, la Slovénie et les autres pays périphériques de la zone euro doivent rembourser leurs dettes publiques en euros alors qu’ils en manquent vu leur déficit commercial face aux pays les plus forts de la zone euro. Dans le même temps, les puissances qui dominent la zone euro les obligent, via la Commission européenne et les traités adoptés, à mener des politiques qui les empêchent tant de satisfaire la demande de leur marché que d’exporter. S’ils veulent quand même réussir à exporter, ils sont poussés à réduire encore plus les salaires, ce qui comprime un peu plus la demande intérieure et accentue la récession. Le programme de privatisation achève de porter des coups à leur appareil industriel, à leurs infrastructures et à leur patrimoine en général..."
                 [-Texte original-]
   Mme Merkel et Mr Schäuble, bitte, un peu de mémoire, de bon sens et d'intérêt bien compris.!
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