Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

dimanche 20 mai 2018

Matière à penser

__ Paradis fiscaux: ça continue

__  Un petit "génie" à Lille?

__ Le chiisme irakien: une unité de façade.

__ Jeunes Américains en situation d'anxiété.

__ L'ambiguë figure de Jeanne d'Arc 
             l'ombre de la Pucelle, à Orléans,
                          Retour aux vieux mythes historiques fédérateurs.

__ L’arrêt Cahuzac et le problème de la délinquance en col blanc.

__ USA: disparition de la classe moyenne?

__ Entre les États-Unis et l'Iran, rien ne s'arrange 
            Mais entre Pékin et Téhéran c'est différent. Pour l'instant

__ La campagne de John Bolton pour la guerre avec l’Iran,

__  La dynastie wahhabite et le bradage de la Palestine, 
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samedi 19 mai 2018

Nanos à gogo

Elles sont partout
                              Les nanoparticules. Même dans notre assiette.
     Ce n'est pas la première fois que, dans leur utilisation alimentaire surtout, elles sont devenues objet de critiques de la part de plus en plus de spécialistes.
   300 produits viennent d'être signalés comme pouvant être un danger pour la santé. Les risques sont maintenant mieux connus, même si des recherches restent encore à faire ou à poursuivre.
    Le dioxyde de titane, présent dans l’alimentation, notamment dans un certain  nombre de friandises, a été signalé comme un perturbateur potentiel.
   La toxicité de certains produits ne ferait même plus de doute.
      Certaines firmes commencent à arrêter leur production.
            Une nouvelle révolution technologique est en marche.
   On en perçoit un peu mieux aujourd'hui les enjeux ambigus. 
La question revient régulièrement en devenant de moins en moins théorique, dans la mesure où les nanoparticules sont déjà notre pain quotidien.
   Même si on ne peut encore rien affirmer d'absolument précis et définitivement sûr pour l'instant concernant leur incidence sur les organismes vivants, de forts soupçons se font jour, si on se fie aux  trop rares études sur ce sujet
 "Elles "sont utilisées pour purifier l'eau, comme agent anti-agglomérant et gélifiant, et dans les emballages pour protéger contre les UV, éviter la multiplication des microbes ou détecter une éventuelle contamination". Dans le seul domaine des emballages, cette technologie en plein essor devrait rapporter 20 milliards d'euros d'ici à 2020, selon l'enquête de The Environmental Magazine. Dans l'industrie alimentaire, elle est aussi utilisée pour fournir nutriments et vitamines, ou encore comme conservateur, épaississant, colorant... Le dioxyde de titanium, par exemple, sert de colorant blanc "dans des dentifrices et de nombreux produits transformés, comme les Mentos, les chewing gums Trident et Dentyne, les M&Ms, la crème chantilly glacée de Betty Crocker...(" liste The Environment Magazine...")
___Oui, elles se sont discrètement invitées à notre table, entrant dans nos aliments:
La première question qui se pose est celle de l'infiltration, au fin fond de notre corps, des nanoparticules que l'on mange. Plusieurs études montrent qu'elles peuvent franchir les barrières de protection physiques, interférer sur le système immunitaire, pénétrer dans les vaisseaux sanguins, le système lymphatique et divers organes. Selon l'Afssa, "le foie et la rate seraient des organes cible, mais certaines nanoparticules sont retrouvées dans les reins, les poumons, la mœlle osseuse et le cerveau". En outre, la taille des nanoparticules est déterminante dans leurs pérégrinations à travers notre organisme, comme le montre une étude menée sur des souris et citée par l'OMS et la FAO : "Les plus petites particules [d'or] ont été retrouvées dans les reins, le foie, la rate, les poumons et le cerveau, alors que les plus grandes sont presque entièrement restées dans l'appareil digestif."
__La grande question est celle de l'effet de ces nanoparticules sur notre santé. Question complexe et, jusqu'ici, peu éclaircie.
   Malgré ces incertitudes provisoires, aucun moratoire n'existe et les applications, très rentables, avancent à grande vitesse dans de nombreux domaines.
 Raison de plus pour rester vigilant, malgré (ou à cause de) la difficulté des études approfondies. Bruxelles fait l'autruche.
     L'Association France ouvrière consommateurs (AFOC) s'inquiète...des risques potentiels induits par des produits alimentaires contenant des nanomatériaux, pointant un décalage de plusieurs années entre leur mise en vente et les résultats d'études toxicologiques.L'association reconnaît des "avancées" dans des textes adoptés récemment au niveau français et européen en la matière, qui "vont dans le bon sens". "Mais les résultats des études de toxicologie sur les premiers nanomatériaux interviendront dans plusieurs années. Pendant ce temps, les professionnels auront mis sur le marché de nouveaux nanomatériaux dont les risques ne seront étudiés que beaucoup plus tard, ce qui est contraire à la règle de prévention des risques: 'pas de données, pas de marché'", déplore l'AFOC. 
     Finalement, quels bénéfices pour quels risques?
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vendredi 18 mai 2018

Veinards du CAC 40

Une manne infinie?
                                Les richesses produites par les grandes firmes du fameux CAC 40 donnent parfois le vertige.
   Le problème qui est posé n'est pas celui de leur ampleur, toujours le plus souvent bienvenue, mais de leur répartition.
     En fait, au lieu d'une répartition selon la règle des trois tiers, telle que rappelée par Sarkozy (un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés, un tiers pour l'investissement), la réalité est toute autre, surtout en France.
  Ce sont les actionnaires, les gros, qui se taillent la part du  lion. Et pas qu'un peu. Surtout en France.
    On le savait depuis quelques années, mais la tendance s'accentue. Dans l'économie à dominante financière dans laquelle nous sommes, des rapports récents convergent pour dénoncer ce déséquilibre grandissant dans la répartition.des richesses produites, aux dépends de l'investissement d'avenir et des producteurs, sans lesquels    aucune richesse ne verrait le jour.
     Un économie de rente s'installe et de super-profits pour les managers. ..Actionnaires, qui ne sont pas ou peu des particuliers. ... Près de la moitié de ces dividendes partent vers l'étranger. 55% seulement restent en effet en France, tandis que 20% prennent la direction de la zone euro et 16% celle des Etats-Unis. En France, les particuliers ne détiennent finalement que 9% de CAC40 et leur part a été divisée par quatre en trente ans. Ce sont des sociétés d'investissement ou des fonds de pension qui possèdent la quasi-totalité des entreprises cotées
  Ce sont les actionnaires qui font la loi, impulsant ainsi des tendances plus spéculatives que productives. Le rendement à court terme est privilégié par rapport à l'investissement à long terme, ce qui est un facteur de risques et de crises. ...En 2016, les entreprises du CAC 40 ont distribué plus de 66% de leurs bénéfices aux actionnaires, contre 30% dans les années 2000. Une exception française, car en Europe continentale les entreprises du CAC 40 sont de loin celles qui versent le plus d'argent à leurs actionnaires. On est loin de la règle des trois tiers prônés par Nicolas Sarkozy. "Ça fait bien longtemps que je pense que la règle des trois tiers est une bonne règle. Sur 100 de bénéfices, il devrait y en avoir 33 qui reviennent aux salariés, 33 qui vont directement dans la poche de l'actionnaire et 33 qui servent à être réinvestis dans l'entreprise. Parce qu'une entreprise doit investir pour continuer à être compétitive", déclarait-il le 5 février 2009...déclaration de bon sens, mais qui a fait long feu.
      La France est championne du monde des dividendes reversés aux actionnaires:...Les richesses n'ont jamais été aussi mal partagées depuis la crise au sein des grands groupes, qui choisissent délibérément une course aux résultats de court terme pour conforter les actionnaires et les grands patrons au détriment des salariés et de l'investissement", a dénoncé Manon Aubry, porte-parole d'Oxfam France, citée dans le communiqué.
   Par exemple, ...le sidérurgiste ArcelorMittal, l'énergéticien Engie et le leader mondial de la gestion de l'eau Veolia sont, dans l'ordre, ceux ayant les taux les plus élevés de redistribution des bénéfices en dividendes aux actionnaires, soulignent les deux ONG.
  Les organisations Oxfam et Basic, notamment, dans le sillage de nombre d'économistes dénonçant les dérives financières d'un capitalisme ....appellent le gouvernement "à reprendre la main sur cette économie déboussolée avec des mesures de régulation ambitieuses", "en préservant la capacité d'investissement et en interdisant que la part des bénéfices reversée aux actionnaires dépasse celle qui est reversée aux salariés".
      Ce partage déséquilibré des bénéfices n'est pas seulement un facteur de risques dans une économie mondialisée mais constitue aussi une menace pour le développement.
    Cette machine à dividendes… et à inégalités, cette tendance aux « profits sans partage » contribue à anesthésier le risque entrepreneurial et à créer et favoriser les conditions d'une précarisation des emplois.
      L'actionnariat a changé de nature comme la gestion des entreprises, avec toutes les conséquences visibles ou invisibles, notamment les nouvelles formes de management brutal et la souffrance au travail.
         Les rémunérations explosent jusqu'à la folie pour les dirigeants des grands groupes, dans une lutte sans merci au coeur de la concurrence internationale. Les inégalités se creusent dans une spirale sans fin.
         Les actionnaires ne connaissent pas la crise. Leur rémunération explose. 56 milliards d'euros en 2014 en France, uniquement pour les entreprises du CAC40, ce qui en fait un des pays qui distribuent le plus de dividendes. Plus de mille milliards de dollars dans le monde. C'est historique. Mais pour atteindre de tels montants, les grandes entreprises françaises ont recourt à des stratégies et des méthodes difficilement avouables. Plans sociaux, licenciements, pressions sur les salariés au point de les pousser à bout… Certaines de nos grandes entreprises sont prêtes à tout pour dégager toujours plus de cash au profit de leurs actionnaires. Ce sont parfois ces mêmes entreprises qui bénéficient d'aides publiques massives...
      La crise de 2008 a mis en lumière l’hégémonie de la pensée financière dans le management des entreprises. Cette hégémonie se manifeste par l’importance de la valeur actionnariale dans les discours des dirigeants et par la multiplication des indicateurs de performance financière (marge opérationnelle, rentabilité des investissements, rentabilité des capitaux propres).
       Une majorité de travaux explique cette « colonisation » de la financiarisation par des mécanismes macroéconomiques (comme la désintermédiation bancaire) et par l’évolution des structures actionnariales des grandes entreprises au profit d’investisseurs institutionnels. Les fonds d’investissement imposent, par exemple, des objectifs de rentabilité plus élevés et l’augmentation de la part des dividendes versée aux actionnaires...
        Cet aspect du capitalisme devenu capitalisme toxique depuis les années reaganiennes n'est pas une bonne nouvelle pour les actionnaires eux-mêmes.
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jeudi 17 mai 2018

Gestion des aînés

Comment la France (mal)traite ses vieux
                                                             La fin de vie, on s'en doute, n'est pas toujours ce que chante le poète: une période valorisée pour son détachement, son expérience, sa sagesse tranquille, son simple bonheur d'exister au milieu des siens, détaché des soucis du monde et des passions. Cette situation rêvée par les plus jeunes est en fait très minoritaire.
   
Quand le corps se déglingue, que la mémoire défaille, que les maux physiques s'accumulent ou s'enchaînent, le troisième âge (on ne sait quoi inventer comme euphémismes pour nommer cette période variable mais terminale) est souvent une période de souffrances répétées. Mais surtout, aujourd'hui, dans nos sociétés éclatées et individualistes, même si l'on vit plus longtemps et avec plus de moyens, la solitude est trop souvent le lot de beaucoup de personnes vieillissantes. Et c'est ce qui  est le plus pesant, le plus douloureux.
    Il y avait les maisons de retraites, de triste réputation bien souvent, lieux de relégation, de promiscuité et de soins aléatoires. Les tristes mouroirs ont été justement vilipendés. Les vieux sont devenus des résidents.
        Les EHPAD furent un progrès, c'est certain. Les départements mirent la main à la poche et les investissements privés y virent une manne pour exploiter le filon grandissant de l'or gris.
 Des bâtiments souvent modernes sortirent de terre, avec leur moyens fonctionnels et un personnel dédié. On semblait passer à une autre ère, où la société suppléait aux défaillances diverses des familles, reconnaissant enfin la place que prenait ceux qui avaient participé à la richesse nationale sous tous ses aspects.
   Mais les divers mouvements récents montrent qu'il y a un malaise, au coeur même de l'institution, où la solitude des patients n'a pas disparu, loin de là.
           Une question de moyens? Pas seulement.
                                 C'est tout un mode de gestion qui est mis en cause, lié à de nouvelles normes que l'on retrouve dans d'autres institutions publiques, pas seulement de santé, liées au new public managemnt. Une méthode se voulant "moderne", rationnelle économiquement, mais finalement technocratique et déshumanisante.
    "La France est (en effet) engagée dans un vaste mouvement de « modernisation » des soins aux personnes âgées dépendantes, qui s’aligne sur les standards d’un nouveau management public en vigueur dans un nombre croissant de pays. Les besoins des résidents sont désormais évalués selon une grille baptisée Autonomie gérontologique et groupes iso-ressources (Aggir). Cet outil vise à mieux ajuster les ressources des Ehpad aux besoins, mais il est également source de standardisation et de déshumanisation des soins. Un constat qui fait écho à l'avis sévère du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur les Ehpad et « les enjeux éthiques du vieillissement », rendu public le 16 mai...."
Des tâches minutées
    On retombe dans de nouvelles formes de mal-traitance, par lesquelles les soins sont donnés trop rapidement, les relations humaines sont négligées faute de temps et de personnels bien formés,  Une standardisation poussée qui en vient à déterminer le temps à passer auprès de chaque résident en fonction de son "degré d'autonomie". Certes , un classement est nécessaire, mais, poussé jusqu'à ce point, on imagine bien les effets négatifs pour tout le monde. Géré, code-barré, le résident est devenu le centre d'un système qui ne voit pas ses carences.
     Ce tournant gestionnaire, qui convient aux responsables auxquels on exige des économies, ces soins sous tension sont inévitablement sources de souffrances, dite ou non, pour toutes les parties.
   Les anciens n'ont pas seulement besoin de soins, mais de temps, surtout quand la famille, pour des raisons diverses, se fait rare ou absente.
    De nouvelles formes de maltraitance apparaissent, malgré les dénégations, variables d'un établissement à l'autre, malgré les dévouements.
         Soigner, c'est bien. Et les soins (care) vont bien au-delà de l'aspect physique. Humaniser aussi, c'est mieux.
   Bien gérer est nécessaire, mais manager, parfois jusqu'à l'absurde, est désastreux. Ici, comme à l'hôpital.
       Réparer les corps n'est souvent plus possible, mais revoir un système l'est toujours.
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mercredi 16 mai 2018

Pauvre cochon!

Eloge d'un ami de longue date
                                           Depuis ses lointaines origines, Sus scrofa domesticus  a fait du chemin en s'alliant à l'homme.
     Depuis la nuit des temps, ce digne quadrupède domestiqué a accompagné l'homme dans sa déjà longue  histoire, le servant fidèlement, lui offrant le meilleur de lui-même à des fins culinaires.
   Et ça continue. Qui ne s'est jamais régalé avec un filet mignon bien préparé?
      Notre ami de toujours n'est pas regardant. Il s'offre tout entier. Tout est bon en lui. Des oreilles au pieds. Il n'est pas qu'un animal finalement sacrifié. On savait lui rendre hommage, jadis. On lui faisait la fête parfois. Mais pas seulement à l'ultime moment de sa vie bien remplie...
     Quel animal est plus généreux, si proche de nous, même dans sa constitution, son anatomie?
 Notre ami porcin a parfois sauvé l'humanité de la famine ou de la sous-nutrition.
       Non, le cochon n'est pas un porc.
           Il faut réparer une injustice. Il a sa dignité, son intelligence, Et l'on peut dire au porc: salut! Salut, fidèle compagnon en humanité!
  Le malheur est que les hommes ont souvent utilisé ses représentations (imaginaires) pour en faire un symbole d'infamie. De malpropreté, d'intempérance, de gloutonnerie, de débordements libidineux, d'excès en tous genres. 
    S'il savait! qu'il soit européen ou asiatique, corse ou berrichon...
           On a balancé son image dans la fange, en comparant parfois l'homme à ses supposés débordements.
   Surtout depuis peu. De manière éhontée.
         Non, il faut le répéter: le cochon n'est pas un gros porc!!
   C'est comme si le chien était cynique, le lion cruel, la grue légère en moeurs, etc...
         L'anthropomorphisme continue à faire des ravages.
   Ce n'est pas nouveau. Le discours porcin n'a pas été inventé aujourd'hui, mais il prend depuis l'affaire Weinstein une tournure inadmissible et grotesque pour notre ami d'élevage.
  Pendant les deux dernières guerres on disait cochon de boches en parlant de l'occupant prédateur. Mon grand-père avait même appelé ses deux compagnons aux grandes oreilles, Hitler et GöringPasse encore, vu les circonstances et l'exaspération. Mais aujourd'hui, c'est du délire. Les porcs sont partout!
    Celui qui connaît vraiment la vie de cochon devrait y réfléchir.
 Pauvres cochons, décidément.!
    Les braves cochons de chez nous n'en reviendraient pas, qui ne se doutent pas de ce que peut être parfois la porcherie humaine, eux qui ont encore dans certaines fermes une vie à peu près humaine, pas trop cochonne, sauf en certains lieux et dans certaines conditions où l'on a américanisé, taylorisé la production.(On ne dit plus élevage). Ce n'est pas humain.
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mardi 15 mai 2018

Syrie (suite)

                                                    [S'il y a une suite, depuis trop d'années déjà , quand y aura-t-il une fin?]
         Les semaines de tous les dangers?
                                       Certains croient pouvoir l'affirmer. D'autres sont plus circonspects, n'y voyant qu'une simple mais sérieuse poussée de fièvre diplomatico-militaire, avec compositions, recompositions d'alliances et d'intérêts, à l'occasion d'un conflit qui s'éternise et qui cristallise des enjeux et de plus en plus internationaux. Machiavel y aurait sans doute perdu son latin dans ce jeu de billard à multiples bandes, pour départager les tensions provisoires et les enjeux profonds.
   Les dérapages graves ne sont pas à exclure.
       Le tragique guêpier syrien est devenu un panier à crabes, qui échappe à ses protagonistes d'origine et qui déborde ses enjeux initiaux. Concevoir un arbitre neutre au coeur de ce guêpier relève pour l'instant de l'illusion. L'Onu est sans voix et sans moyens, l'Europe se tait et est divisée. Les solutions militaires ne sont que des impasses et constituent des risques supplémentaires.
       Au coeur de ce qui est le martyre d'un peuple, on ne voit plus de bonnes solutions. C'est devenu une prime aux extrémismes. La raison a quitté la région. 
   Des bruits de bottes se font entendre jusqu'aux confins. Mais on sait que dans une guerre, on sait comment ça commence, mais jamais comment ça se termine.
    A Damas, malgré les démentis, les troupes du régime piétinent face à Daech.
 Face à l’emballement entre États-Unis et Russie, on ne voit pas quel élément modérateur pourrait servir de frein, pourrait avoir une quelconque efficacité. Sinon la dissuasion, la peur nucléaire.
  Le jeu de l'Iran amène les monarchies du Golfe face à une nouvelle donne stratégique.
  De paradoxales alliances se nouent, comme, après celle de Moscou et Ankara et celle, plus inattendue entre Tel-Aviv et Riyad, l'adversaire d'hier. 
     Donald Trump, en gendarme économique du monde, impose la loi du plus fort, pourfend l' accord nucléaire conclut avec Téhéran, pour mettre à genoux non seulement tout le pays, mais pour nuire à ses partenaires commerciaux, et se laisse conseiller par des faucons comme John Bolton. 
      Du coup, le plateau du Golan redevient au centre d'un conflit qui rebondit, Benjamin Netanyahu se sentant plus libre dans ses ambitions territoriales et son durcissement à Gaza. Les condamnations de l’occupation israélienne  n'ont plus de portée, malgré les timides et minoritaires mises en garde internes. La dualité du projet sioniste  arrive à une impasse prévisible.
           Le noeud gordien, avec ses dimensions maintenant internationales, pourra-t-il être tranché? On voit mal pour l'instant comment.
    La question reste posée en ce moment peut-être décisif: sommes nous face à une escalade fatale ou assiste-t-on à un théâtre d'ombres ?
     Que celui qui a une réponse certaine lève le doigt.
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lundi 14 mai 2018

SNCF: encore...

                                                     Et en cours...
Parlons de la dette, sur la sellette.
                         
Embrouillage et enfumage

Sur ce sujet, on entretient beaucoup de confusions. 
      Comme si les cheminots étaient, par leur statut, jugés  responsables de quoi que ce soit dans ce domaine. Même si certaines réformes s'imposent dans certains secteurs et l'organisation. 
          Un peu d'histoire s'impose, notamment depuis la formation de la Société nationale, les réparations d'après-guerre, les étapes de la modernisation normale et ininterrompue et surtout le choix et le tournant de l'option trop ambitieuse et imprudente du tout TGV et de l'option libérale maastrichtienne.

                     Un problème mal posé, mais aussi un faux problème, selon Alain Bonnafous, dans le Figaro, qui explique qu'il y a dette et dette et met en évidence les entourloupes de l'Etat pour se défausser de ses responsabilités. C'est surtout au niveau de SNCF-réseau que le problème se pose:
    ...Théoriquement, les emprunts levés après 1997 sont amortissables car ils sont soumis à l'article 4 du décret de mise en place de RFF: celui-ci interdit des emprunts pour investissement qui compromettraient le compte de résultat dans la durée ; à charge pour la puissance publique de subventionner des investissements décidés mais insuffisamment rentables. Même si RFF, dans ses débuts, n'a été que progressivement armé pour maîtriser cette contrainte, on peut prétendre qu'elle a été convenablement respectée et que les emprunts afférents sont bien gagés sur des recettes de péage. Y compris pour les «emprunts TGV» contrairement à ce qu'il est de bon ton d'affirmer.
Un audit comptable et financier peut aisément proposer une partition entre la «dette article 4» et le passif non amortissable qui doit représenter une grosse moitié de la dette de SNCF Réseau.
     Une vidéo rapide peut faire comprendre divers aspects d'un problème mis en exergue, qui évite aussi de s'interroger sur d'autres dettes, présentes ou à venir. Combien coûtera le démantèlement futur prévisible des centrales nucléaires et leur renouvellement probable, qui n'est pas provisionné, par exemple? Combien coûtera au final le passif d'Areva, les chantier interminables de Flamanville et de Finlande.  . Que fait-on pour juguler les 60 milliards de manque à gagner par an pour l'Etat français, qui fuient notamment dans les paradis fiscaux? Qu' a fait la région Ile de France pour mettre à niveau un réseau vieillissant, et insuffisant?
    Selon le Point, un rapport tout à fait officiel met en évidence la responsabilité, les insuffisances  et les "imprudences" de l'Etat dans cette affaire, surtout depuis une huitaine d'années:
               .....L'origine de la dette de SNCF remonte avant même sa création, lorsque dès la fin du XIXe siècle, les compagnies de transport ferroviaire privées recoururent massivement à l'emprunt pour financer le développement de l'infrastructure. Le fragile équilibre des compagnies, déjà mis à mal par l'expansion contrainte du réseau vers des territoires très peu fréquentés, sera également bouleversé lors de l'éclatement des Première et Seconde Guerres mondiales. Cette tendance se poursuivra après la création de SNCF en 1937 », rappelle le cabinet de conseil Sia partners, dans un rapport de janvier 2017. Soixante ans plus tard, en 1997, la dette totale de la SNCF atteint donc déjà quelque 30 milliards d'euros. Mais pour respecter les critères d'entrée dans l'euro, l'État français refuse de prendre sa part du fardeau, contrairement à l'État allemand. En 1994, la dette de la Deutsche Bahn est effacée en échange de l'ouverture du ferroviaire à la concurrence…
     On peut même dire qu' une bonne partie de la dette a contribué à enrichir les marchés financiers,
      ...La dette de 46,6 milliards d’euros qui plombe actuellement le système ferroviaire est celle de SNCF réseau, mise sous le tapis il y a vingt ans [2]« RFF puis SNCF réseau se retrouvent à porter, seules, des investissements qui doivent normalement revenir à l’État, poursuit Jean-René Delépine. C’est pourtant lui qui prend les décisions d’aménagements ! ...
                         Le client l'usager a bien des raisons de se plaindre parfois. Mais  on ne nous dit pas tout...
       Un débat sur un projet caché de privatisation refait surface.
                  Mais on (dé)ment.... 
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Rappel: *Non, le train ne sera jamais rentable et ne l'a jamais été. 
              *Oui l'Etat devra être toujours contributeur. En Angleterre, il continue à le faire, comme en Allemagne
              *Oui, le sabotage du système semble bien en vue. La région Nord prend les devants. Cela coûtera cher, forcément cher.
              *Oui, l'ouverture à la concurrence est une aberration et certains espèrent se régaler, comme ici.
         *Au Royaume-Uni, la privatisation des chemins de fer déraille, après un démantèlement et un rachat partiel: " le prix moyen des billets de train augmente deux fois plus vite que l'inflation. Résultat, les Britanniques déboursent chaque mois six fois plus que les Français simplement pour se rendre sur leur lieu de travail. 14% de leur revenu mensuel, très exactement, contre 2% pour les usagers de l'Hexagone."  Macron va-t-il répéter les mêmes erreurs que les Britanniques ? 
        * La dette, fluctuante, a existé depuis les origines.
        * En Allemagne, l'Etat a participé au rachat de la dette.

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dimanche 13 mai 2018

Bon à savoir

__ Les enfants pas gâtés du Royaume-Uni.
                           Comme en France. Les causes sont connues. 
                  Pour le quotidien The Independent, les coupes budgétaires imposées par le gouvernement depuis plusieurs années en matière d’aides sociales -auxquelles d’ajoute le gel des salaires du secteur public- sont directement responsables de la paupérisation de plus de 600 000 enfants. L’étude pointe également du doigt la baisse du pouvoir d’achat et la multiplication des emplois précaires, impactant cette fois près d’un million d’entre eux.

__ Rien de tel que la nature et ses bienfaits.

                                         Demain, la ville à la campagne?

__ Faut-il raser les écoles de commerce?

__ Ségrégation urbaine, distinction et gentrification.
                    Pourquoi vouloir vivre dans les quartiers riches quand on est pauvre ?:

__ Philippe, à l'ombre de la Pucelle, à Orléans,
                          Retour aux vieux mythes historiques fédérateurs.

__ Si la Zad m'était contée...
                      Notre-Dame-des-Landes, un non-événement environnemental, en voie de dépassement?

__ Qui sont les Pachtouns;, afghans ou pakistanais

__ Un dossier douloureux de la dernière guerre: le traitement des malades mentaux sous Vichy.
              Quand l'Allemagne nazie les exterminait, on estime que 45 000 malades mentaux sont morts de sous-nutrition en France, dans certains centres particulièrement.  
                             Pas seulement une question de pénurie alimentaire.
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samedi 12 mai 2018

Incantations à Aix -la-Chapelle?

....Et bon sens pour faire bouger l'Europe?
                                                              Comment désembourber une Europe enlisée?.
               Ou comment faire du neuf avec du vieux?
      Notre flamboyant Jupiter a fait grosse impression sur le public allemand.

  Gros contraste avec la terne Mutti, certes pour lui rassurante, mais d'un charisme, disons, limité.
   En bon élève, Emmanuel est venu chercher son prix à Aachen, haut-lieu de l'empire carolingien. Un Charlemagne encore instrumentalisé.
    En frère prêcheur, il a diffusé une bonne parole d'actualité mais incantatoire« N’attendons pas », « n’ayons pas peur », « ne soyons pas faibles », « ne soyons pas divisés »...
     Formules très vaticanes
  Tout le monde est resté poli, même les fossiles comme Trichet...
    Mais Angela ne devait pas être tout à fait à l'aise dans ses gros souliers quand le très illustre Elyséen est venu ébranler un sacro-saint dogme économique germanique, fondement de puissance relative, ardemment défendu par le ci-devant Schäuble et son successeur, dans le contexte de la doctrine de l'ordolibéralisme
                     Là, chapeau au Président! Il fallait le dire.  Pour une fois,Macron tape juste. La Chancelière a fait une réponse de Normand...
    Depuis le temps que beaucoup d'économistes tirent la sonnette d'alarme, pas forcément de "gôche" et pas forcément français. Le pays de Goethe ne doit pas sa prospérité (relative) qu'à sa seule vertu .   Paradoxe; Berlin exporte trop.

     Faire "bouger" l'Allemagne sur la question des excédents budgétaires et de ses choix économiques de fond est une ardente et urgente nécessité.
     Même si les ambitions européennes volontaristes de Macon montrent ses limites, il a eu raison de dénoncer publiquement  le « fétichisme » budgétaire de Berlin, source d'une bonne partie du marasme économique de beaucoup de pays voisins. Il est urgent de changer de braquet, de sortir d'une politique restrictive basée sur un mark euro qui le favorise, un sous-investissement interne, une consommation atone, une restriction drastique des salaires surtout dans les services... 
    Or la "La trajectoire budgétaire allemande pour les prochaines années, présentée la semaine passée par le nouveau ministre des Finances Olaf Scholz (SPD), est d'ailleurs tout aussi rigoureuse que celle qu'appliquait le conservateur Wolfgang Schäuble, connu pour sa ligne orthodoxe.Alors que sa dette passera sous la fameuse barre des 60% du PIB dès 2019, Berlin veut continuer d'enregistrer un excédent d'au minimum 1% dans les prochaines années. Pour ce faire, l'investissement va baisser d'ici 2022, tout comme le poids des dépenses militaires dans le PIB, alors que les recettes devraient augmenter de 60 milliards d'euros sur la même période, selon le Handelsblatt.
     Cette ligne rigoriste-ultra-productiviste, dans le contexte monétaire actuel, ne peut pas durer sans renégociation. Mais le patronat allemand compte sur la Chancelière pour tenir la ligne.
     
    Cest une mauvaise nouvelle pour l’économie européenne selon l'Institut Friedland: "Dans un monde où chaque pays possède sa propre monnaie et où celle-ci peut fluctuer librement, l’adaptation du niveau extérieur de la devise a tendance à rééquilibrer les échanges et les soldes (si la devise de l’Allemagne  était toujours le Deutsche Mark, l’appréciation de ce dernier aurait mécaniquement dégonflé les surplus extérieurs du pays et aurait évité une accumulation de déficits intenables). Mais dans le monde de la zone euro, où des pays économiquement aussi différents que l’Allemagne et la Grèce partagent une monnaie commune, l’euro en tant que devise de l’Allemagne est sous-évalué alors qu’il est surévalué en tant que devise de la Grèce. Ce phénomène exacerbe les déséquilibres et cela permet de comprendre les appels de nombreux économistes pour que l’Allemagne augmente son niveau d’investissement (link is external), sa consommation ou son niveau de dépense publique.
     En tout état de cause, un accroissement du surplus budgétaire allemand est une mauvaise nouvelle pour le reste du monde et particulièrement pour la zone euro. N’étant, par ailleurs, pas tenable dans la durée, il n’est donc pas souhaitable de l’ériger en modèle, sauf à ignorer une loi de base de l’économie à savoir que les surplus des uns sont les déficits des autres."
         Ce n'est pas en faisant ce que l'Allemagne exige de nous et des autres qu'une solution pourra naître (c'est ce qu'à fait Hollande en vain), mais en changeant globalement l'orientation du projet européen, en y intégrant l'Allemagne, en allant à contre-sens d'objectifs qui n'ont d'européens que de nom: le tir de barrage préventif dans la presse allemande contre d’éventuelles revendications à venir d’Emmanuel Macron. Ainsi le grand hebdomadaire Der Spiegel titrait à la Une le 12 mai dernier “Cher Macron”, en jouant sur le mot cher, avec en sous-titre : “Emmanuel Macron sauve l’Europe… et l’Allemagne doit payer”. Quant à la chancelière, elle a immédiatement fait savoir qu’elle ne pouvait rien faire pour réduire l’excédent extérieur allemand dû, selon elle, à des éléments qui ne dépendent pas de son action : l’excellence des entreprises allemandes combinée à la politique monétaire trop laxiste de la Banque centrale européenne.
           Revenir à une part de souveraineté bancaire, monétaire, notamment, semble bien une nécessité. .          On doute que Macron veuille aller jusque là. 
         La BCE, dans ses opérations de sauvetage, se heurte aux limites de sa politique monétaire
                        Alors, un triste sacre européen ou une nécessaire relance verbale? Warten wie mal...
    En tout cas, surtout à l'heure où le tsar de Washington dicte ses oukases, on aurait aimé quel le Président évoque la situation de l' Europe vassalisée.
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vendredi 11 mai 2018

Gendarme du monde -

La loi de Washington
                                   Malgré les apparences et les déclarations officiellement atlantistes, beaucoup de chefs d'Etat ont eu parfois la dent dure envers la politique de Washington, qui ne ménageait pas les coups bas commerciaux et politiques.
         A commencer par le Général de Gaule, clairvoyant sur les ambitions impériales des USA de l'après-guerre et plus tard les déclarations de Mitterrand concernant les ingérences de certains services américains dans l'Etat français:      Au crépuscule de son ultime mandat, il confiait à Georges-Marc Benhamou une observation que le journaliste retranscrirait dans son livre Le dernier Mitterrand«La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort.» Bien que le premier président socialiste de la Ve République ait toujours traîné une réputation d’atlantiste, des missiles Pershing en Europe à l’engagement français dans la guerre du Golfe, il a souvent eu la dent assez dure pour mordre en plein dans la politique américaine. En 1983, énervé par la flambée du dollar et la hausse des taux d’intérêts américains, il s’en prend à la Maison-Blanche:  «Les États-Unis nous font payer leur chômage et leur déficit. C’est nous qui permettons à Reagan de continuer une politique qui nous écrase »
       Aujourd'hui, les menaces à peins voilées concernant les pays continuant à commercer avec l"'ennemi déclaré", l'Iran diabolisé, qu'il faut affaiblir un peu plus par un embargo encore plus dur, se font avec Trump plus pressantes et plus cyniques. Pires que celle de Bush, qui avant la malheureuse aventure irakienne, s'était acharne à ruiner le pays par un embargo mené avec la complaisance de Tony Blair.
   La puissance économico-militaire de Washington depuis 1945 s'est imposée, grâce à la suprématie du dollar, la monnaie du vainqueur devenue monnaie mondiale. C'est notre monnaie, c'est votre problème, disait-on à la Maison Blanche?
      Le gendarme du monde s'imposait sur tous les plans, dans le contexte d'une guerre froide, qui facilitait ses intérêts. En 2006, la population américaine franchit le cap des 300 millions d'habitants. Toujours première puissance économique du monde, le pays est toutefois devenu de plus en plus dépendant de capitaux étrangers, notamment chinois, pour financer son économie. Profondément ébranlé par le 11 septembre, il a adopté des lois anti-terroristes qui entachent son image de pays des libertés. Après un « siècle américain », le XXIe siècle s'ouvre, non comme une phase de déclin, mais plutôt de repositionnement des États-Unis.
      La menace est claire, passant outre les souverainetés nationales: Washington donne de 3 à 6 mois à Renault, PSA et aux autres entreprises françaises pour "sortir" d'Iran. L'Allemagne est aussi visée.
...Toute entreprise qui continuera à commercer avec Téhéran sera passible de sanctions. « Ceux qui font des affaires en Iran auront un délai pour pouvoir défaire leurs engagements. Ceux qui n’auront pas renoncé à leurs activités impliquant l’Iran à la fin de ce délai s’exposeront à de graves conséquences », a indiqué la Maison Blanche. L’ambassadeur américain Richard Grenell en Allemagne, tout juste installé à Berlin, a été encore plus clair : « Comme Donald Trump l’a indiqué, les sanctions américaines viseront les secteurs essentiels de l’économie iranienne. Les groupes allemands qui font du business en Iran doivent suspendre leurs activités immédiatement », prévient-il dans un tweet....
  Les fidèles alliés risquent une nouvelle fois de se plier aux oukases impériaux.
      L'exterritorialité des lois américaines jouent une nouvelle fois à plein. Le droit du commerce se décide Outre-Atlantique.  Même Pïerre Lellouche est assez clair: ....nous sommes devant un mur de législations américaines extrêmement touffues, avec une intention précise qui est d’utiliser le droit à des fins d’imperium économique et politique dans l’idée d’obtenir des avantages économiques et stratégiques. » Ce 5 octobre 2016, le député Les Républicains Pierre Lellouche ne mâche pas ses mots devant les commissions des affaires étrangères et des finances de l’Assemblée nationale, à Paris. Il y présente le rapport de la mission d’information sur l’extraterritorialité du droit américain (1). Un rapport dont la lecture « fait froid dans le dos », selon les termes du député socialiste Christophe Premat.
    Ces sanctions extrateritoriales ont "en quelques années" coûté 16 milliards de dollars à des entreprises européennes ayant violé des embargos américains contre certains pays, et 6 milliards de dollars à celles jugées coupables de corruption, hors du territoire américain....
        Dans cette guerre économique, l'impuissance des Etats européens est patente. On a pu le vérifier récemment en France dans l'affaire Alstom.
       Mais la situation va forcément atteindre un jour un point de rupture. La montée de la puissance de la Chine et sa volonté de donner au yuan toute sa place dans les échanges internationaux risquent de changer la donne assez vite, non sans quelques soubresauts.
     Que fera l'Europe divisée? Cette crise risque de ne pas suffire à mettre hors la loi le système inique qui la pénalise._____
Note Point de vue:

        EXTRA-TERRITORIALITE DU DROIT AMERICAIN : L’INDISPENSABLE ETUDE D’HERVE JUVIN

Dernièrement, un patron de PME française – qui rentre tout juste de Téhéran – est convoqué à l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Il s’y voit signifier qu’il ne doit pas dépasser un certain niveau d’investissement en Iran sous peine de se voir interdire le marché américain… A peine sorti du 2, avenue Gabriel, ce dernier alerte aussitôt le Quai d’Orsay qui… ne lui a jamais accordé de rendez-vous…
Il y a quelques années : Total, Siemens, PPR, Alcatel, Bolloré parmi tant d’autres ; en 2015 : BNP Paribas, Alstom et le Crédit Agricole ; en 2016 : Sanofi et Airbus ; demain, Mercedes, Renault, DCNS, Vinci, Safran, Veolia sommés de répondre aux convocations de la justice américaine !
Une banque européenne vient de décider de clore toutes ses opérations dans 18 pays et a mis sous surveillance ses activités dans 12 autres. Deux banques françaises considèrent qu’il est judicieux de réduire au minimum leurs relations avec une quarantaine de pays, dont plusieurs pays d’Afrique francophone, d’Asie ou d’Amérique latine ; leur contrôleur américain pourrait y trouver à redire. Les entreprises françaises qui veulent travailler avec ces pays sont priées de passer par les banques américaines. Plusieurs centaines de sous-traitants d’une entreprise industrielle européenne majeure ont fait l’objet d’enquêtes de la justice américaine et se sont vus contraintes de remettre tous les documents commerciaux et techniques relatifs à leurs relations avec leurs clients.
Sur le site du Department of Justice (DOJ), qui la tient scrupuleusement à jour, la liste des procédures engagées contre des entreprises non américaines s’allonge. Et le bras armé du procureur américain frappe désormais à peu près partout dans le monde, dès lors que le dollar, un serveur américain, une puce électronique ou un satellite de télécommunication, lui donne matière à poursuivre – fonde sa compétence universelle.
Hervé Juvin : « l’application extra-territoriale du droit américain a détruit des entreprises françaises (Alcatel et Alstom notamment), elle a permis d’extorquer des milliards d’euros à des entreprises européennes. Elle s’apprête à attaquer Sanofi, Airbus, Safran et bien d’autres. Elle a pour prétexte la lutte anti-corruption, le respect des embargos américains, le combat anti-terroriste, pour objectif affiché l’efficacité économique, la moralisation des affaires, l’établissement des conditions d’une concurrence libre, ouverte et équitable partout dans le monde. Tout cela à l’appui d’un impérialisme juridique grandissant, tout cela au bénéfice de l’intérêt national américain. L’extra-territorialité du droit américain se propage à la faveur de l’abandon du droit international, de la faiblesse du régalien et de la négation de la puissance de mise en Europe. Elle constitue un élément majeur de la stratégie de « Global Constraint » – « contrainte globale » – qui renouvelle la stratégie de l’empire américain ».
La brutalité du procureur américain, la dureté des inculpations et des sanctions, les campagnes d’intimidation résultent moins des textes que de l’extrême résolution avec laquelle ils sont mobilisés au service, moins d’intérêts particuliers, que d’une vision du monde. Le droit américain reflète une conception de l’ordre social fondé sur la concurrence darwinienne pour la survie qui élimine les plus faibles, sur un modèle scientiste et néo-rationaliste en vertu duquel la technique et la croissance résoudront tous les problèmes posés par la technique et la croissance. Ce modèle est totalement opposé au modèle républicain de solidarité et de mutualité qui emprunte le meilleur de ses principes aux systèmes de régulation complexes des organismes vivants2.
Ce dispositif à prétention universel s’accompagne d’un affichage moral, toujours précédé de campagnes de presse appuyées par des Fondations et des ONGs mobilisées dans un but de légitimation. Le premier effet des poursuites et des sanctions américaines contre les banques suisses, accusées de favoriser l’évasion fiscale, est que les banques suisses conseillent désormais à leurs clients de déposer leurs fonds aux Etats-Unis, d’ouvrir des sociétés au Delaware ou au Nevada, aujourd’hui parmi les premiers des paradis fiscaux du monde. Quant aux récalcitrants, ils se verront attaqués par la presse et les ONGs. Dernièrement, le quotidien parisien Le Monde nous a servi un étrange scoop accusant le cimentier Lafarge d’entretenir des complicités avec des groupes jihadistes… Il n’a pas fallu attendre 48 heures pour voir surgir les chevaliers blancs de plusieurs ONGs lançant pétitions et autres actions à l’encontre du cimentier !
Ces opérations sont le fait de diverses officines, disposant pour certaines de moyens étendus, pour la plupart d’une influence fondée sur le présupposé naïf que tout est mieux chez les autres, pour quelques unes du projet explicite de soumission de la France aux intérêts étrangers. Au nom de l’éthique des affaires ou de la bonne gouvernance, des associations, des médias, des groupes exercent une pression plus ou moins directe sur les entreprises françaises pour qu’elles se conforment aux pratiques et aux intérêts américains ou à ceux de leurs alliés – combien de séminaires, de sessions de formation dans ce but ! – et, d’abord, pour qu’elles financent elles-mêmes des actions qui leurs sont contraires ! Ces officines donnent une nouvelle ampleur au trafic de réputation et d’influence. A coup d’indicateur biaisés, de classements tendancieux, d’enquêtes bricolées, elles accréditent des procédures et des méthodes de gestion étrangères à la culture européenne des affaires, comme « la bonne gouvernance », « la mise en conformité », « les administrateurs indépendants », etc. l’ensemble revêt une certaine puissance en raison des relais que constituent cabinets d’avocats américains, auditeurs et comptables anglo-américains, banques d’affaires et fonds d’investissements, qui ont intérêt à agir, a produire de la norme, à relayer et manipuler certaines méthodes comptables.
Ainsi par conformisme, sinon par colonialisme intellectuel, combien de sociétés françaises ont-elles sciemment introduite le loup dans leur propre bergerie ? Combien d’entreprises françaises et européennes ont-elles confié des audits et autres analyses opérationnelles et stratégiques à des sociétés d’audit anglo-saxonnes ? Lorsqu’on sait, par exemple, que le plan « Vision-2030 » – censé diversifier et moderniser l’économie saoudienne – a été concocté par la société McKinsey… nous voilà rassuré et grandement assuré que les princes wahhabites ne financeront plus l’islam radical dans le monde !
Alors que faire ? Travailler à se désexposer à la justice américaine, à se décrocher du dollar. Les outils disponibles sont déjà là : ne plus travailler qu’avec les marchés de cotation des matières premières hors dollar, tels que la Chine en a ouvert en novembre 2015 (le premier portant sur l’or) ; refuser d’avoir affaire avec tout prestataire de services hébergé aux Etats-Unis, filiale d’une entreprise américaine , ou relevant d’une manière ou d’une autre de la justice américaine ; exiger que la totalité des données de l’entreprise soit traitée, hébergée et préservée dans des centres informatiques localisés en France ; imposer une autre monnaie que le dollar pour toute transaction internationale (comme l’impose l’Iran pour son pétrole et son gaz) ; éliminer de ses appels d’offre toute banque, toute institution financière américaine, ou filiale d’un établissement américain ; ne communiquer aucune information , ne diffuser aucune opinion, d’une organisation, ONG, association, Fondation ou institution internationale, sous la dépendance de financements américains3.
Hervé Juin de conclure : «  pourquoi ne pas utiliser WeChat, entièrement chinois, plutôt que les sites de relations américains ? Pourquoi ne pas prévenir tous les utilisateurs de Cloud Computing et autres Big Data, comme de progiciels américains, que le nouveau pouvoir US utilise les prestataires de services pour acquérir toutes données utiles de la part des utilisateurs naïfs ? Pourquoi ne pas tenir en alerte toutes les entreprises contre le recours à des logiciels américains qui comportent tous les algorithmes pour suivre, déceler, dénoncer les opérations non-conformes à l’intérêt national US ? Après, c’est trop tard. Quand l’entreprise emploie, laisse pénétrer ses fonctions vitales, laisse les prestataires américains la conseiller, auditer ses comptes, assister ses politiques commerciales, gérer ses flux de factures ou de capitaux, c’en est fini de son indépendance stratégique. Quand elle accepte de subordonner ses relations internationales au regard des Etats-Unis ou de leurs alliés, c’est fini. Il faut organiser la grande séparation d’avec l’occupation américaine, il faut faire tomber le nouveau mur qui nous aliène. Qu’il passe dans nos têtes plus que dans la rue, qu’il se compose de droit, de finance, d’audit et de conformité, ne le rend que plus présent. Il s’insinue partout, il nous coupe de nos traditions, de notre histoire, il nous rend insensible à notre intérêt propre, et voilà que la France ne peut même plus préférer les Français, l’Europe préférer les Européens ! Nous avons le monde devant nous. Il vaut tellement plus que l’illusion de l’alliance américaine ! »      
Désormais, nous devons regarder la réalité en face. Au nom de la lutte contre la corruption, au nom du combat légitime contre les pratiques abusives, c’est la lutte contre la diversité humaine et contre la liberté des peuples à décider de leurs lois et de leurs principes qui franchit s’impose et se généralise. C’est une colonisation américaine d’un nouveau type – soft et smart colonisation – qui s’affirme au fur et à mesure que la croissance signifie moins apporter une utilité augmentée que l’obsession de tuer ses concurrents par tous les moyens.
De toute urgence : contre l’extra-territorialité du droit américain, il faut lire, diffuser et citer l’étude d’Hervé Juvin.
Richard Labévière
8 août 2016

1 Hervé Juvin : La guerre du droit pénal américain aura-t-elle lieu ? Cap sur le nouveau système de corruption mondialisé. Editions de l’Observatoire EUROGROUP-CONSULTING, mai 2016. 
2 Dominique Dron : Pour une régulation éco-sytémique de la finance ? Annales des Mines, février 2015. Note pour l’Institut Veblen, octobre 2015. Disponible sur :http///www.veblen-institute.org/IMG/pdf/pour_une_regulation_ecosystemique.pdf/ 
3 Xavier Raufer : « La face noire de la mondialisation », in Le Nouvel Economiste, 10 février 2016.
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