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mardi 17 avril 2018

Point d'histoire

Nouvel éclairage sur un lourd héritage
                                                    On le sait, la violente déflagration  de la guerre de 14 a débouché sur une destruction/restructuration géopolitique profonde de l'Europe et du Levant, à la fin de certains empires, à la dislocation de certaines puissances, dont l'empire ottoman, soutien de l'Allemagne et depuis longtemps objet de convoitises de la part de le Russie, de la France et surtout de l'Empire britannique.

      Un Empire qui avait besoin d'espace et de sécurité pour ses possessions orientales et pour ses premiers développements  pétroliers.
    C'est dans un contexte qui naquirent, sur un coin de table, les accorts secrets franco-anglais Sikes-Picot, puis la très controversée déclaration Balfour, il y a cent ans, où était envisagée la création d'un foyer national juif en Palestine, libérée du joug ottoman, une terre qui n'était pas sans peuple, comme l'a prétendu Golda Meir. Le grand jeu commençait là-bas, imprévisible dans ses conséquences.
   La Palestine devait être sous contrôle pour garantir la sécurité des intérêts de Londres, pas seulement à cause de la valeur stratégique du canal de Suez.
      Une boîte de Pandore était ouverte, dont les conséquences, parfois tragiques, sont toujours présentes.
         Philippe Simmonot, journaliste au Monde, dresse un nouveau bilan ce qu'il appelle usiècle de malédiction:
                  "....Un an après leur signature, les accords Sykes-Picot sont foulés au pied par une Grande Bretagne qui veut faire de la Palestine un Buffer State – un Etat-tampon – pour sauvegarder le canal de Suez, le cordon ombilical de la Route des Indes impériales. Sans exonérer les autres constructions impériales et leurs conséquences historiques, il faut bien constater que l’héritage du colonialisme britannique a généré et continue à nourrir les foyers les plus profonds et les plus meurtriers des crises internationales : Apartheid Sud-Africain, partition Inde/Pakistan, Arabie saoudite/Qatar, partition de l’Afghanistan, implosion de l’Irak et de la Libye, guerre des Malouines et, last but not least, le conflit israélo-palestinien !
      Les diplomates britanniques – au premier rang desquels Winston Churchill dont la résistance sans concession à l’Allemagne nazie a occulté tous les coups politiques les plus tordus – n’ont eu de cesse d’instrumentaliser les minorités ethniques et la religion musulmane au service des intérêts de la Couronne. Avant que Washington n’en comprenne et n’en détourne toutes les ruses, Londres est l’un des principaux sponsors de l’Islam politique et de son revers consubstantiel : le sionisme !
       Et c’est l’un des grands apports de la leçon magistrale de Philippe Simonnot de rappeler comment cette idéologie politique s’est élaborée initialement contre les Juifs eux-mêmes. A la fin du XIXème siècle, nombreuses furent les communautés juives d’Europe qui combattirent résolument les mots d’ordre des premiers sionistes et de leur chef de file, le journaliste autrichien Theodor Herzl.        C’est à lui, traumatisé par l’affaire Dreyfus, que l’on doit la formule mortifère – « un peuple sans terre pour une terre sans peuple ». Adossé à cette ineptie ethnographique, Theodor Herzl mise sur l’antisémitisme pour conforter les chances de réussite de son futur Etat juif. Comme il l’écrit à son confrère de la Neue Freie Press, Ludwig Speidel « l’antisémitisme, qui représente parmi les masses un courant puissant et inconscient, ne portera pas tort aux Juifs. Je le tiens même pour un mouvement utile du point de vue de la formation du caractère des Juifs. (…) L’éducation s’accomplit seulement par des coups durs. Il se produira un processus de sélection à la Darwin. Les Juifs s’adapteront eux-mêmes. Ils sont comme des phoques que la nature jette dans l’eau. Ils prennent l’apparence et les habitudes des poissons, ce qu’ils ne sont certainement pas. Une fois qu’ils seront retournés sur un terrain sec, et qu’on leur permettra d’y rester pendant quelques générations, ils transformeront de nouveau leurs nageoires en pieds »
     Philippe Simonnot en tire une première conclusion : « pour nous, la Déclaration Balfour est non pas un succès, mais un échec du lobby juif. Corollaire : ce n’est pas la pression du sionisme qui a enfanté la Déclaration Balfour, c’est la Déclaration Balfour qui a fait du sionisme un authentique mouvement politique du fait que la plus grande puissance de l’époque validait son projet.        Auparavant, ce même projet n’intéressait qu’une minorité juive venue principalement d’Europe centrale et orientale et de Russie, rencontrant une forte opposition partout en Europe occidentale et aux Etats-Unis »...."

    A la lumière de cette relecture, la« légitimité historique » de Benyamin Netanyahou à propos de la terre d'Israël, prend un autres sens, revue à la lumière des données de l'archéologie récente et des analyses des nouveaux historiens israëliens, comme Shlomo Sand et d'autres.
     La fuite en avant, observée encore dramatiquement aujourd'hui s'appuie sur un mythologie forte, forgée de toutes pièces, dont beaucoup de Juifs, pas seulement ultra-orthodoxes, dénoncent depuis longtemps le caractère non pertinent et dangereux, comme le journaliste franco-israëlien Charles Enderlin.  
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