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mercredi 4 juillet 2018

Information et propagande

Influencer les esprits

          « La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un État totalitaire. »
                                                                                                                                     [Noam Chomsky.]
                             Singulier destin que celui du neveu de Freud, né à Vienne puis exilé aux USA, que l'on peut considérer comme le théoricien des relations humaines, posant les bases des techniques de persuasion pour amener le consommateur vers l'acte d'achat, dans une société qui commence à mettre la consommation comme le but et l'idéal de l'acte citoyen. Un bon américain est un américain qui consomme.
         On peut trouver ici l'oeuvre de celui qui connut la célébrité et fut enrôlé dans de nombreuses causes, pas toujours orthodoxes, et qui disait notamment;
       ... La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays.
Nous sommes pour une large part gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, qui modèlent nos esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées. C'est là une conséquence logique de l'organisation de notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est une nécessité pour que nous puissions vivre ensemble au sein d'une société au fonctionnement bien huilé.
Le plus souvent, nos chefs invisibles ne connaissent pas l'identité des autres membres du cabinet très fermé auquel ils appartiennent.
       Ils nous gouvernent en vertu de leur autorité naturelle, de leur capacité à formuler les idées dont nous avons besoin, de la position qu'ils occupent dans la structure sociale. Peu importe comment nous réagissons individuellement à cette situation puisque dans la vie quotidienne, que l'on pense à la politique ou aux affaires, à notre comportement social ou à nos valeurs morales, de fait nous sommes dominés par ce nombre relativement restreint de gens – une infime fraction des cent vingt millions d'habitants du pays – en mesure de comprendre les processus mentaux et les modèles sociaux des masses. Ce sont eux qui tirent les ficelles : ils contrôlent l'opinion publique, exploitent les vieilles forces sociales existantes, inventent d'autres façons de relier le monde et de le guider....
   Edward Bernays fut un des premiers à mesurer la force que pouvait avoir sur des esprits non critiques les idées au service d'une cause.
   Bernays, tout au long de sa vie, va user d’une doctrine parfois froide et assez cynique doublée d’une justification idéologique basée sur le long terme, afin de justifier ses agissements.
   Il considère sa tâche comme un effort à long terme destiné à l’avènement doucement forcé d’une démocratie basée sur l’économie et le commerce dirigé par une élite.
    Il pose assez honnêtement et naïvement d’ailleurs, comme postulat, le fait que la masse est incapable de parvenir à un état de paix collective et de bonheur par elle-même, et que donc cette masse a besoin d’une élite qui la contrôle et qui la dirige à son insu en ce qui concerne les décisions importantes.
    Pour lui le bon sens commun n’existe pas, et s’il existe, il ne peut porter l’appellation "bon sens" car il induit un mode de consommation trop lent pour les capacités industrielles et leur besoin de croissance... Il doit donc être refondu par des élites...
         L'inventeur du marketing connut un destin hors du commun. Avec parfois une singulière conception de la démocratie.

  Le storytelling comme méthode gouvernement st issu de ses conceptions et les diverse méthodes de manipulation ne manquèrent d'en tirer parti jusqu'à la caricature. 
   Stratégie que Noam Chomski ne manqua pas de démonter et de stigmatiser, montrant que ces méthodes véhiculent aussi une image du monde, des comportements et des styles de conduite dont l'individu est rarement conscient.
   Au niveau de l' hyperconsommation aussi, dont Benjamin Barber a montré jusqu' à quels abandons de l'esprit critique, à quelle infantilisation  elle pouvait mener.
        Mais ce n'est pas sans consternation que Bernays, dans les années 1930, se rendit compte qu’il avait inspiré Goebbels, mais il en conclut simplement à la nécessité de distinguer entre de bonnes et de mauvaises applications de la propagande [Bernays, 3965, p. 652]. Dès 1932, Goebbels revendiquait l’usage « des méthodes américaines et à l’échelle américaine » pour faire élire Hitler. 
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