Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 30 novembre 2018

Etudiants US en résistance

Une résistance d'un genre particulier.
                                    Qui se développe de manière inquiétante: L'opposition, parfois systématique, aux savoirs enseignés, même au coeur des universités. parfois même des plus prestigieuses.
         Il ne s'agit pas de l'exercice nécessaire et et salutaire de la critique rationnelle des savoirs enseignés. Les connaissances sont toujours perfectibles et la parole de l'enseignant n'est jamais un dogme arrêté, La parole du "maître" mérite réflexion et discussion, quelle que soit la discipline, à condition que l'esprit critique soit de bonne foi et suffisamment éclairé.
     Or on voit de développer, jusque dans les universités américaines un tout autre genre de critique, systématique et irrationnelle, vis à vis de l'autorité de savoirs constitués.
    Un climat d'intolérance épistémologique se développe, comme si la parole enseignante était offensante par nature, dès lors qu'elle remet en question les idées communes, les a priori admis comme non critiquables, les préjugés considérés comme des vérités établies.
   On sait que le relativisme et certaines croyances ou tabous font obstacle très tôt à une connaissance éclairée, comme la contestation des théories de l'évolution, du moins dans certains états. Le créationnisme continue, par exemple, à s'imposer comme dogme intangible dans les écoles primaires de certains Etats.
      Mais ce que pointent maints enseignants, c'est une attitude systématique de résistance aux savoirs, qui se développe de plus en plus au coeur même de l'université.
    Tout ce qui vient déranger le "mol oreiller" du dogmatisme, comme disait Montaigne, ne trouve plus grâce aux yeux de certains. Toute idée qui dérange finit par être considérée comme violente.
    Une résistance qui s'enracine dans une enfance où l'enfant-roi ne doit pas êtres contesté, sans doute, dans une société où le sens critique s'abolit, où le relativisme règne en maître, alimentée par des médias pour qui la vérité n'est pas les souci majeur.
    ....On a affaire à une génération de jeunes Américains qui ont été trop protégés sur le plan émotionnel durant leur enfance. Leurs parents s’étant exagéré leur fragilité, les ont maternés. Ils ne supportent tout simplement pas la contradiction. En outre, on leur a trop répété qu’ils devaient se fier à leurs impressions, protéger leur susceptibilité, préserver leur authenticité. Personne ne les a prévenus que nos jugements pouvaient être biaisés par nos émotions. Au contraire, leur éducation les a habitués à considérer que leur vérité particulière devait être respectée et jamais questionnée.Par ailleurs, leur manichéisme ne fait que refléter l’ambiance politique américaine actuelle, terriblement polarisée depuis l’élection de Trump. « Leur monde est composé de bons et de méchants ». Le juste combat, c’est « nous » contre « eux ». Enfin, il faut compter avec les bureaucraties universitaires, créées, au départ, pour lutter contre le racisme, le sexisme et les discriminations. Elles ont été parfois détournées de leur fonction et justifient leur existence en montant des sortes de procès contre des enseignants, coupables de péché plus ou moins imaginaires, comme cela a été illustré par un certain nombre de romans récents....
     Attitude infantile et inquiétante, source de dérives multiples.
      On sait que beaucoup d'universités américaines, même abondamment financées, sont dans dans une situation difficile. La marchandisation du système n'arrange rien.
            La privatisation-chartérisation de l'activité enseignante va aussi bon train.
     Une récente tentative, comme en Suède ne serait pas concluante, loin de là.
  Le système du chèque  éducation a voulu être tenté chez nous par les plus libéraux.   Dans les universités, la privatisation a déjà fait des avancées tellement spectaculaires, que les droits d'inscription deviennent presque inaccessibles à la grande masse ou peuvent peser sur presque toute une vie, créant une ségrégation de fait  et une bulle problématique
  La vampirisation dans l'enseignement secondaire par les marchands, compromet l'avenir et peut être considéré comme un carnage pour l'ascenseur social.
   Au Québec, on observe des tendances qui vont dans le même sens, stérilisant le recrutement et la diversification des talents, au coeur d'une ségrégation sociale masquée.
    Aux USA, l'intrusion marchande est spectaculaire et sans frein, la finance et l'élite formant une symbiose toujours plus forte, que dénoncent certaines élites américaines, voyant un avenir très sombre pour le pays. 
    Même Harvard ne fait plus rêver...
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jeudi 29 novembre 2018

La chèvre et le chou

Jupiter et le nucléaire
                                   Ou les calendes grecques?
   Il a parlé. Sans satisfaire vraiment personne.
       Surtout pas ceux qui attendaient l'annonce  d'une sortie plus rapide et plus déterminée  du nucléaire, comme l'ont fait l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, l'Italie (par voie réfendaire)...pour booster les énergies renouvelables et explorer de nouvelles voies en ce domaine par des investissement audacieux. Nous tergiversons et nous accumulons les retards par rapport à d'autres pays et aux risques encourus.

   Certes les prises de conscience sont bien tardives par rapport à ce que l'on peut considérer comme des impasses, par rapport aux choix, jamais démocratiquement débattus, de Messemer et de ses successeurs.
    Cela a rendu l'héritage lourd et complexe, dans la phase délicate de transition énergétique que certains  pays, comme l'Allemagne, ont des difficultés à gérer.
     Les dernières déclaration du Président apparaissent cependant à certains comme un début de lucidité. Il n'est évidemment pas question de programmer une sortie du nucléaire, mais d'en réduire peu à peu l'importance, sous forme d'un calendrier assez imprécis, qui n'engage pas tellement, connaissant les promesses faites par certains de ses prédécesseurs.
     Pour la première fois dans l'histoire de notre pays, ce mardi 27 novembre, un président de la République a rendu public un calendrier chiffré des fermetures des réacteurs nucléaires. Ce sont ainsi quatorze réacteurs qui seront fermés d'ici à 2035 dont "quatre à six d'ici à 2030" en plus des deux de Fessenheim, a-t-il annoncé. C'est certes moins que les 17 réacteurs de Hulot – d'autant que ceux-ci devaient alors être fermés d'ici à 2025. Mais l'Elysée a une parole qui, naturellement, engage infiniment plus l'Etat que celle d'un ministre – fût-il populaire comme l'était Nicolas Hulot....
      On demande à voir. Toute tergiversation risquerait de grever l'avenir et les investissements dans les voies multiples et combinées d'énergies nouvelles.
   Une voie médiane donc, avec une programmation dans le temps . Mais que valent ces engagements verbaux étant données les promesses déjà faites dans le passé? Tout retard complique les solutions, de la gestion d'un parc nucléaire vieillissant et d'un enfouissement des déchets de plus en plus risqués problématiques et onéreux.
     Que voudra, que pourra le haut conseil, dont on promet la mise en place, étant donné le poids des lobbies, notamment celui d'EDF, devenu trop souvent un Etat dans l'Etat, dans le pays le plus nucléarisé du monde.
     Une nouvelle institution pour noyer le poisson? Composé de treize membres plus ou moins experts des questions climatiques (voir le communiqué), cette nouvelle instance est chargée « d’apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat ». Pour Macron, ce Haut Conseil doit avant tout « établir des faits », apporter de la science dans les débats en cours. Mais pour Jean-David Abel, vice-président de France nature environnement, ce Haut Conseil « n’est que de la poudre aux yeux. Il existe déjà de multiples instances et ce n’est pas un nouveau comité d’experts qu’il nous faut ». Il est vrai que le Conseil national de la transition écologique, composé de 50 membres, remplit peu ou prou les mêmes missions.
  D'autres choix étaient possibles, mais il devient de plus en plus difficiles de franchir un pas décisif au vu des retards et des contraintes que nous avons accumulées.
 L'expérience malheureuse et ruineuse de Flamanville et les coûts vertigineux de l'hypothétique après-nucléaire n'incitent pas à l'optimisme, même si Macron a été réservé sur la poursuite de l'expérience EPR.
    Les failles actuelles ou à venir ne manquent pas, que relève aussi l'ASN.
      Quantité de questions restent en suspens, rarement abordées frontalement et publiquement, pas seulement en France.
   D'aventures en déconfitures, le nucléaire français demandait des réponses pour le moins plus audacieuses.
  Ce ne sont pas les plans d'urgence, dont on connaît les limites,  qui peuvent rassurer les attentes de la majorité de Français qui souhaite la sortie le plus tôt possible des impasses dans lesquelles nous nous sommes mis.
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mercredi 28 novembre 2018

Arrêter les enfants?

Le plus grand défi du XXI° siècle?
                                                      Sans doute.
      L'évolution démographique dans le monde pose des problèmes théoriques et pratiques d'un nouveau genre, qu'on peut  considérer comme difficilement solubles dans l'état actuel des choses.
   Même si elle est inégale selon les continents et les pays, si elle a régressé ou s'est stabilisée ici ou là, elle continue à faire son chemin, et, sauf événement majeur, devrait continuer à atteindre des sommets, au regard des limites des ressources de la planète, pensables actuellement.
   
    Même si certains sont (relativement) optimistes quant à la capacité de subvenir aux besoins humains dans d'autres conditions, si les naissances se "régularisent" ici ou là, si l'éducation des femmes (la clé de la natalité) peut encore largement progresser dans d'importantes parties du monde, si le sort économique de populations les plus démunies s' adoucit (il y a un lien entre le nombre des naissances et le niveau des ressources), même si on généralise l'éducation à la limitation des naissances surtout où cela s'impose le plus...il n'en reste pas moins qu'on voit mal comment ralentir drastiquement le niveau de population mondiale, qui semble avancer pas inertie comme un pétrolier géant continuant longtemps sa course avant arrêt définitif.
   Evidemment de nombreuses inconnues demeurent et les démographes ne sont pas toujours d'accord entre eux. (*) Il y a les paramètres, si nombreux, mais aussi les fantasmes.
       On ne tient pas toujours compte des problèmes économiques et politiques de répartition des ressources naturelles et de la fluctuation des marchés qui évoluent encore au gré de la spéculation.     Le problème des ressources est, surtout dans de nombreux cas, celui de l'accès aux biens essentiels, la répartition de ces biens sur une planète où l'on gaspille beaucoup et où la surconsommation d'une partie de la population met en péril la sous-consommation, chronique ou durable, de la plus grande partie de l'humanité. Même si des avancées se font jour, mais si limitées.
    De plus se greffe là-dessus la question des dérèglements climatiques, qui semblent non seulement durer mais aussi s'amplifier, qui vont mettre en péril certaines populations contraintes au déplacement et de grandes zônes d'activité agricole, notamment en bordure de mer, dont la montée  déjà constatée peut compromettre définitivement toute implantation durable dans certaines régions. Sans compter sur les périodes de sécheresse qui pourraient affecter durablement certaines zônes continentales prospères par déficit d'eau et par érosion des sols, comme en Californie.
     Bref, en prenant en compte certaines données seulement, sûres ou hautement probables, on voit mal comment notre pauvre terre (qui en a vu d'autres!), la seule en notre possession, pourrait résister à la pression de plus en plus grande de ce que certains ont appelé une bombe démographique, qui pourrait être source de désordres majeurs notamment en matière de déplacements massifs de populations désemparées.
     Sans être étroitement malthusien, on ne peut se voiler la face. Si on ne sait pas à combien de milliards d'hommes la démographie humaine pourrait décemment s'élever, à condition que disparaissent les inégalités criantes qui tendent à s'amplifier au niveau mondial, on peut être sûr qu'une croissance aussi exponentielle des naissances, surtout là où les ressources sont ou se font les plus rares, posera des problèmes de plus en plus insolubles.
       Faut-il alors arrêter de faire des enfants pour préserver, non seulement l'environnement, mais aussi la survie de notre espèce?
   Question absolument nouvelle, inédite, dans l'histoire des hommes. Largement grâce aux techniques et au progrès de la médecine.
    Mais qui nous met face à une injonction contradictoire: la baisse drastique des naissances, à condition qu'elle soit pensable et généralisable, mettrait aussi en péril le renouvellement de la société elle-même, comme la Chine a fini par le comprendre. Et le problème est souvent mal posé à cause d'une conception étroite et individualiste du problème.
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(*) Point de vue
                          La bombe "P" explosera-t-elle?
__Doit-on partager l'inquiétude de Claude Levi-Strauss, qui déclarait en 2008 :
«La question qui domine véritablement ma pensée depuis longtemps, et de plus en plus, c’est que, quand je suis né, il y avait un milliard et demi d’habitants sur la terre. Quand je suis entré dans la vie active, il y en avait deux milliards, et maintenant il y en a six milliards. Et il y en aura huit à neuf dans quelques années. Eh bien, à mes yeux c’est là le problème fondamental de l’avenir de l’humanité, et je ne peux pas, personnellement, avoir d’espoir pour un monde trop plein.»
?

____« La Terre peut nourrir 12 milliards d’hommes. » pense la géographe Sylvie Brunel
Joel Cohen répond en 1995 : « La population limite (human carrying capacity) dépendra de toute évidence du niveau matériel auquel les gens choisiront de vivre. » Ou plutôt, du niveau de vie qui leur sera imposé ! Une chose est certaine : « le nombre d’hommes sur terre a atteint ou atteindra dans le prochain demi-siècle le niveau maximum que la terre peut supporter en fonction du type d’existence que nous, nos enfants et petits-enfants avons choisi. »

       "...Dans le monde anglo-saxon où se sont développés les premiers mouvements inquiets des chiffres galopants de la démographie mondiale, à l’instar de l’Optimum Population Trust, ils demeurent minoritaires. En France, 
pays où la préoccupation et les politiques natalistes ont irrigué l’histoire, aussi bien sous Vichy qu’en République, ils sont embryonnaires. Seules quelques petites associations, comme Démographie responsable, appellent à une restriction (volontaire) des naissances...
   Le pasteur britannique (Malthus) s’est trompé dans ses calculs, en ne prévoyant pas que les sauts technologiques en matière agricole seraient capables de nourrir une population en forte augmentation. Les progrès – notamment la mécanisation et les révolutions vertes – ne permettent pas d’opposer de manière binaire une population dont la croissance suivrait une courbe géométrique à des ressources alimentaires dont l’augmentation ne serait qu’arithmétique. Ensuite, Malthus s’inquiétait avant tout de la croissance démographique des pauvres et du coût de l’assistance...
 ...
   Les mouvements (malthusiens))sont le signe d’une inquiétude croissante, qui retrouve les préoccupations démographiques des années 1960 et 1970, lorsque Paul Ehrlich annonçait l’explosion, imminente, de la
«Bombe P», ou lorsque le commandant Cousteau ou René Dumont, le premier candidat écologiste à une élection présidentielle française, affichaient clairement leur volonté de maîtriser l’augmentation de la population...

   Cette inquiétude, même si elle puise ses raisons dans l’état de la planète ou les projections des chiffres de la population mondiale, n’est pas tant l’expression d’une réalité démographique ou écologique que d’une perception culturelle.
   C’est tout l’intérêt de la monumentale enquête, parue au printemps dernier, de l’historien Georges Minois, que de faire l’histoire non pas de l’évolution de la population mondiale, mais de notre perception historique de cette démographie. Dans son ouvrage intitulé 
Le Poids du nombre.L’obsession du surpeuplement dans l’histoire, Georges Minois montre ainsi que, si le manque d’hommes a été une peur fréquente et récurrente, notre époque n’a pas le privilège de la crainte du trop-plein. «Platon s’en préoccupait déjà, recommandant un sévère contrôle de la natalité (…). Ceci à une époque où le monde ne comptait même pas 200 millions d’habitants. C’est dire que le problème du surpeuplement est plus affaire de culture que de chiffres », écrit l’historien. La peur du «trop-plein» a concerné aussi bien les chasseurs-cueilleurs du paléolithique, les cités de la Grèce ancienne, l’Europe du début du XIVe siècle que notre monde contemporain…
______Fred Pearce, vise toutefois à rassurer le lecteur inquiet de se compter parmi une telle masse humaine. Bien qu’il soit lui aussi convaincu que «la surpopulation est le moteur secret de la destruction de l’environnement», il ne s’inquiète pas outre mesure.
__D’abord, constate-t-il, la transition démographique qui consiste, dans les pays développés, en un rapprochement progressif des courbes de natalité et de mortalité, est bien amorcée, y compris dans des pays comme l’Iran, certaines régions de l’Inde, la Birmanie, le Brésil ou le Viêtnam… L’augmentation exponentielle de la population est d’abord le résultat d’une forme d’inertie liée à ce que le nombre d’adultes en âge de procréer – et de jeunes qui le seront bientôt – n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de la planète. Il y a donc, selon lui, «fort à parier que les personnes qui ont moins de 45 ans assisteront au premier déclin démographique depuis la peste noire, il y a presque sept cents ans». Un argument toutefois contesté par Lester Brown, auteur d’un ouvrage intitulé Beyond Malthus (Au-delà de Malthus), dans lequel il estime que les antimalthusiens font trop confiance à la transition démographique et minorent le risque que la surpopulation ne finisse par faire remonter la mortalité, du fait de la sous-alimentation, des épidémies et des conflits, au point de revenir à la situation de sous-développement de départ…"

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mardi 27 novembre 2018

On en reparle

Une fois encore,
          De la défense de l'Europe,
                         Ce monstre du Loch Ness.
   Cette vieille idée a-t-elle encore une chance, après tant de propos sans objet ou de timides tentatives inabouties?
    On peut en douter  à l'heure où l'idéal européen des pionniers a du plomb dans l'aile, où les intérêts se déchirent, ou les alliances se délitent, où beaucoup d'Etat n'ont pas la moindre velléité de rompre avec l'OTAN et les intérêts géostratégiques des USA.
    A l'heure où Macron tente de nouvelles relances, ce projet est-il encore crédible, tant que de profondes transformations ne sont pas visibles au niveau des pays, unis surtout comme un marché aux intérêts peu convergents?
    Un improbable consensus.
         Ou ,dit plus sévèrement et plus explicitement:
                                     ...L’échec de la communauté européenne de défense (CED) : une idée française rejetée par la France...En été 1950, pressé par la menace communiste concrétisée par le déclenchement en juin de la guerre de Corée, Jean Monnet, commissaire général du Plan français et inspirateur du plan Schuman, envisage d’organiser la défense de l’Europe dans un cadre supranational comparable à celui contenu dans la proposition Schuman. Dans le même temps, les États-Unis demandent à leurs alliés de préparer le réarmement de la RFA. Jean Monnet présente son projet à René Pleven, président du Conseil français et ancien ministre de la Défense, qui le soumet à l’Assemblée nationale le 24 octobre 1950. Le projet envisage la mise en place d’une armée européenne permettant d’intégrer les futures unités allemandes dans un ensemble placé sous une autorité européenne unique, militaire et politique. Ce projet suscite de très vifs débats en France. Accepté par la plupart des États occidentaux, le projet de Communauté européenne de défense (CED) est rejeté en août 1954 par l’Assemblée nationale française. Finalement, le refus de l’Assemblée nationale française de ratifier le traité instituant la CED entraîne également automatiquement l’abandon du projet de Communauté politique européenne dont il est le corollaire institutionnel. La consternation est générale en Europe occidentale et aux États-Unis. La France, qui s’était fait le champion de la cause européenne depuis plusieurs années, est sérieusement discréditée par cet abandon. La déception est immense et appelle une réaction rapide3
             Dès l’automne 1954, au lendemain du rejet par les parlementaires français de la Communauté européenne de défense (CED), certains dirigeants des pays du Benelux s’appliquent à relancer un projet communautaire qui propose des solutions aux problèmes spécifiques de l’intégration économique. Traumatisés par l’échec de la CED, ils refusent de laisser l’unification européenne s’enliser. Négociés à Val Duchesse depuis juin 1956 au sein de la conférence intergouvernementale pour le Marché commun et l’Euratom, les traités instituant la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA) sont signés le 25 mars 1957 par les représentants des six pays membres de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), respectivement la République fédérale d’Allemagne (RFA), la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Ainsi débute l’aventure de la Communauté économique européenne (CEE) qui se transformera en Union européenne (UE) le 1er novembre 1993 après la ratification du traité de Maastricht (il prévoit l’union économique et monétaire, grâce à une monnaie unique européenne qui sera ultérieurement appelée l’euro). De Six membres, elle passe en 2018 à 28 membres, 27 après le départ du Royaume-Uni.
   Rappelons les institutions mises en place sur les questions de défense au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ! Elles expliquent, en grande partie, la problématique actuelle.   Le Traité de collaboration en matière économique, sociale et culturelle et de légitime défense collective, signé à Bruxelles le 17 mars 1948 par la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Il entre en vigueur le 25 août 1948. Bien que ce traité ne prévoie qu’une « coopération » entre les parties contractantes « qui s’exercera notamment par le Conseil Consultatif prévu à l’article 7 » et qu’il ne stipule pas la création d’une organisation internationale, dans les faits, l’organisation issue du traité sera appelée « Organisation du traité de Bruxelles » ou « Union occidentale ». Elle se transformera plus tard en « Union de l’Europe occidentale » (UEO)4 et sera définitivement absorbée par l’Union européenne. De profundis !
    Plus important dans le domaine de la défense européenne est ce qui se passe Outre-Atlantique. Le 4 avril 1949, douze ministres des Affaires étrangères signent à Washington le traité instituant l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Aux Cinq du pacte de Bruxelles (pays du Benelux, France et Grande-Bretagne) s’ajoutent les États-Unis, le Canada, le Danemark, l’Islande, l’Italie, la Norvège et le Portugal. En réalité, l’explosion, en septembre 1949, de la première bombe atomique soviétique et le déclenchement, en juin 1950, de la guerre de Corée ont accéléré la mise en place de la structure militaire intégrée de l’OTAN. Après la chute du mur de Berlin, l’OTAN va absorber les anciens État membres du Pacte de Varsovie, à l’exception de l’ex-URSS avec laquelle est mise en place un organe de consultation qui a pour nom Conseil OTAN-Russie (COR). L’Alliance atlantique comporte 28 États membres, le Monténégro l’ayant rejoint en 2017.
     A partir de 1998, avec le sommet franco-britannique de Saint-Malo, pour sa part, l’Union européenne a engagé le processus d’élaboration d’une politique européenne de sécurité et de défense. Moteur de cette évolution avec pour objectif la création d’une véritable Europe de la Défense, la France s’emploie à promouvoir un rôle accru de l’Union européenne dans le domaine de la défense et à appuyer le développement de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC, depuis 2007), qui, en pleine cohérence avec les autres instruments européens d’action extérieure, apporte une réelle valeur ajoutée à la gestion des crises5.
    Les objectifs de la PSDC sont définis par l’article 42 du traité sur l’Union européenne (TUE). Celui-ci stipule que l’UE peut avoir recours à des moyens civils et militaires en dehors de l’Union « afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies ». Sans remettre en cause le caractère spécifique des politiques de sécurité et de défense de chaque État membre (notamment dans le cadre de l’OTAN dont 22 des 28 pays de l’Union sont membres), la PSDC poursuit également l’objectif, à terme, d’une défense commune (art. 42 TUE). Plusieurs structures permanentes participent à la PSDC : constitué de représentants des États, le Comité politique et de sécurité (COPS) exerce, sous l’autorité du Conseil et du Haut-représentant, le contrôle politique et la direction stratégique des opérations de gestion des crises. Il reçoit des conseils et des recommandations du Comité militaire de l’UE (CMUE). L’État-major militaire de l’UE (EMUE) planifie, exécute et met en œuvre les décisions. La capacité civile de planification et de conduite (CPCC) assure la direction des opérations civiles. Enfin l’Agence européenne de défense (AED) vise à améliorer les capacités militaires des États membres. 
                   Voici pour la théorie. Qu’en est-il de la pratique depuis la fin du siècle dernier à l’année 2018 ? Le moins que l’on puisse dire est que le fossé est abyssal entre la parole et les actes si tant est que les intentions des uns et des autres aient identiques.
    Si la problématique de la mise en place d’une authentique défense européenne relève encore aujourd’hui du vœu pieu, c’est qu’elle est toujours l’otage d’un désaccord intellectuel récurrent et d’une absence de volonté politique d’une immense majorité des 27/28.
    « On connaît dans les grandes cours, un autre moyen de se grandir, c’est de se courber » nous rappelle utilement ce grand maître de la diplomatie française que fut Talleyrand ! Et, c’est justement de cela dont il s’agit lorsque l’on parle de « défense européenne », vocable générique destiné à désigner la volonté (ou l’absence de volonté) des Européens de concevoir leur défense de manière autonome, souveraine, indépendante de celle de l’OTAN, dominée par les États-Unis. D’abord, tous nos partenaires récusent, depuis le départ de la construction européenne, l’idée purement française d’une « Europe puissance ». Le général de Gaulle parlait d’une « Europe européenne », ce qui en creux signifiait une Europe indépendante des États-Unis, y compris dans le domaine de la défense. Faute d’écho de ses partenaires, il en a tiré les conclusions qui s’imposaient pour la France : développement d’une force de dissuasion nucléaire et retrait de la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. Ensuite, nos partenaires ont toujours considéré le principe même d’une défense européenne comme n’allant pas de soi, pour ne pas dire qu’ils y étaient purement et simplement opposés. La raison est simple : l’OTAN (en d’autres termes les Américains) leur fournit une assurance tout-risque peu onéreuse alors qu’une défense européenne ne serait qu’une simple assurance au tiers peu efficace et très dispendieuse. Sous-jacente est l’idée qu’il ne faudrait surtout pas fâcher l’Oncle Sam, très à cheval sur la question. En un mot comme en cent, la défense de l’Europe est du ressort des Américains et certainement pas des Européens. Ce qui signifie le rejet d’une Europe puissance et indépendante à la française au profit d’une Europe grand marché et soumise aux caprices de Washington6. Tel est le défi insurmontable de la France à Bruxelles lorsqu’elle met et remet sur la table son projet de défense européenne non subordonnée à l’OTAN, faire boire un âne qui n’a pas soif !7 Un remake du mythe de Sisyphe8. Nous en avons des exemples quotidiennement avec les rebuffades qu’essuie Emmanuel Macron avec son projet de refondation de l’Europe (Cf. son discours lyrique de la Sorbonne), en général et avec son projet « d’armée européenne » (Cf. sa déclaration sur Europe 1 du 6 novembre 2018) en particulier. Le problème se corse encore plus lorsque fait défaut au sein de l’équipe Europe le désir de jouer collectif, l’affectio societatis9.
      « Le volontarisme en diplomatie comme en d’autres domaines est efficace étant bien entendu que les objectifs sont clairement définis et que tous les moyens pour y parvenir sont mobilisés »10. Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que le volontarisme, la pugnacité de tous les présidents de la République française pour faire avancer leur double projet d’une Europe puissance et son corollaire, une défense européenne s’est heurtée et se heurte toujours au mieux à un mur d’incompréhension, au pire à un rejet pur et simple. La seule exception tient aux actions dites de développement des « capacités civiles » (le mou à l’Europe et le dur à l’OTAN) et de quelques « capacités militaires » (amélioration de la projection des forces en opération, renforcement de l’information et du renseignement spatial, de la protection des forces et de leurs moyens et de leur efficacité en opération, de l’interopérabilité)11. Mais, il y a pire avec la pire décision prise par Nicolas Sarkozy en 2007 pour la crédibilité de la France sur la question de la défense européenne.
    En effet, il faudra attendre l’arrivée au pouvoir en 2007 pour que « Sarko l’américain » brise le tabou en reprenant en 2009 le chemin perdu du Saint des Saints en se rangeant sous la coupe du Pentagone. Les Américains décident, les Français exécutent comme des idiots utiles. En échange, nous recevons un commandement à Norfolk en Virginie (SACT ou Commandement Suprême Allié de la Transformation). Tout est bien qui finit bien pour la France ! Le président de la République multiplie les attentions à l’endroit de ses interlocuteurs américains. Mais, contrairement à ce qu’il escomptait (ceci ne relevait-il pas de la vulgaire farce ?), les Américains et autres Britanniques ne font pas le moindre pas en direction de la politique européenne de sécurité et de défense. L’argument est imparable en période de restrictions budgétaires, pourquoi faire mal au Berlaymont ce que l’on fait parfaitement à Evere !
    C’est le règne du circulez, il n’y a rien à voir. Quant à François Hollande qui avait critiqué la décision de Nicolas Sarkozy alors qu’il était le chef de l’opposition, il n’y trouve rien à redire dès qu’il prend ses fonctions à l’Élysée. Il fait même rédiger un rapport par Hubert Védrine qui souligne les inconvénients d’un nouveau départ de la structure intégrée12.      Tout est bien qui finit bien. Jupiter écrase la main de Donald Trump mais essuie ses avanies successives sur les questions de défense européenne, y compris à l’occasion des cérémonies commémoratives du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale.  C’est dans ce contexte qu’il convient de replacer le débat (même si le mot est un peu fort) sur la défense européenne relancé à plusieurs reprises par le président de la République, Emmanuel Macron, y compris à travers son idée récente – peu populaire à Washington – d’une « armée européenne ».
      Au tropisme jupitérien d’une défense européenne indépendante pouvant aller jusqu’à la constitution d’une « armée européenne », s’oppose toujours celui des autres Européens – avec quelques légères nuances pour l’Allemagne – d’une défense européenne reposant sur une armée américaine.
    La formule un peu abrupte d’Emmanuel Macron (« Nous devons nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique », précitée du 6 novembre 2018), qui se situe dans le droit fil de ses déclarations antérieures va dans le même sens, à savoir celui de « sa volonté de reprendre le leadership d’une Europe indépendante, y compris dans le domaine de la défense »13. Le 10 novembre 2018, dans un entretien accordé à CNN, il revenait sur sa priorité donnée à l’Europe de la défense : « Je ne veux pas voir les pays européens augmenter le budget de défense pour acheter des armes américaines ou autres… », visant explicitement l’acquisition récente d’avions de combat américains F-35 au détriment d’équipements européens. En visite sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dans la nuit du 13 au 14 novembre 2018, Emmanuel Macron a de nouveau plaidé pour une défense européenne plus « autonome » vis-à-vis de l’allié américain. Reconnaissons à Emmanuel Macron le mérite de la constance en ce domaine ! Il est peut-être le seul à être cohérent sur ce sujet au sein de l’Union à 27/28. Force est de reconnaître que s’est piégé à Bruxelles en refusant de jouer le jeu institutionnel. Les idées françaises ne s’y imposent pas comme par miracle. Elles doivent être soumises à nos partenaires, discutées, convaincre. Le cavalier seul qu’Emmanuel Macron pratique sur le plan national échoue sur la scène européenne. Cette énorme bourde ne s’explique-t-elle pas par la méconnaissance de la chose européenne par ses collaborateurs. Ce qui est d’autant plus incompréhensible que son conseiller diplomatique, Philippe Etienne est un ancien du circuit bruxellois. De deux choses l’une, ou bien c’est un incompétent notoire, ou bien il n’a pas l’oreille de Jupiter. Tout ceci est inquiétant !
      Ceci étant dit, cet activisme sur la question de la défense européenne mérite d’être replacé dans un contexte plus large et plus électoraliste, celui des prochaines élections au Parlement européen du 26 mai 2019. Le moins que l’on puisse dire est que les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour la République en marche à coup de verticalité et d’arrogance dans un contexte de jacquerie fiscale (Cf. le mouvement des « gilets jaunes »). Compte-tenu de ce qui précède, Jupiter tente de donner des gages aux proeuropéens en leur proposant de faire l’Europe, « y compris l’Europe de la défense » et aux souverainistes (qu’il avait vilipendés jusqu’ici) en leur disant « mais une Europe indépendante ». Ce que l’on appelle la diplomatie du en même temps qui connait vite ses limites sur la scène européens ! C’est qu’au fil du temps et de sa compréhension de la France d’en bas, Emmanuel Macron a évolué sur sa conception de l’Europe. Après avoir opposé de manière caricaturale les « progressistes » et les « nationalistes », il essaie désespérément de les concilier en évoquant une « Europe qui protège davantage les travailleurs »14. Il fait appel à l’ancienne garde des Républicains pour tenter de sauver les meubles15. Il est vrai que son approche manichéenne lui revenait en boomerang au lieu de le conforter dans son grand dessein européen. La constance est un gage de succès, la diplomatie du fil de l’eau et de la godille est le gage de l’échec.
     « En diplomatie, les seuls traités durables seraient les traités conclus entre les arrière-pensées » nous rappelle le Comte de Saint-Aulaire en 1953. Et sur la question de la défense européenne, les arrière-pensées ne manquent pas tant du côté de nos partenaires que du côté de Jupiter. 
     Nos partenaires européens évoluent entre diplomatie de l’exclusion et diplomatie du dos rond. Même s’ils commencent à prendre conscience des limites de l’engagement américain en Europe (« l’OTAN est obsolète » de Donald Trump, l’appel à meilleur partage du fardeau du président américain, ses diatribes contre l’Union européenne, l’Allemagne et plus récemment contre la France…) et des risques que fait peser Washington sur le multilatéralisme (retrait de l’accord nucléaire iranien, de l’accord sur le climat conclu lors de la COP21, du traité FNI, de plusieurs accords commerciaux, retrait de l’UNESCO, critique sévère du fonctionnement de l’OMC…). Ils commencent à prendre conscience que l’Union européenne doit en finir avec ses prudences de gazelle et changer de pied pour être un interlocuteur qui compte sur le grand échiquier international. Mais, à ce jour, rien de concret sur le plan des actes tant l’atlantisme est profondément inscrit dans leur A.D.N.. Depuis son élection, Emmanuel Macron tente de relancer une Europe de la défense moribonde. En un mot, le constat est partagé : des risques nouveaux menacent la sécurité du continent. Mais les pays européens sont en désaccord sur à peu près tout. Et une large partie d’entre eux s’en remettent d’abord, voire exclusivement, à l’OTAN16. Quelle ligne rouge faudra-t-il que Donald Trump franchisse pour que l’électrochoc produise tous ses effets ? Nous n’en sommes pas encore à ce stade. Du côté allemand, en dépit des déclarations de la chancelière en faveur d’une coopération avec la France, les milieux allemands de la Défense considèrent la création d’une « armée européenne » comme irréaliste et contre-productive. Ce rapprochement se heurte à des cultures politiques, stratégiques et industrielles différentes des deux côtés du Rhin17. Du côté britannique, le secrétaire d’État à la défense, G. Williamson évoque « une idée complètement folle » qui « menacerait la paix et la sécurité à long terme ». Même si le propos est excessif, il n’en traduit pas moins une pensée répandue chez nos partenaires.
     Les arrière-pensées françaises sont également légions. Sur la question de la contribution de l’OTAN à la défense européenne, nos dirigeants pratiquent le grand écart permanent entre l’indépendance d’une Europe de la défense et la prééminence de l’Alliance atlantique (Cf. les déclarations du président de la République et de sa ministre des Armées, Florence Parly surnommée idéfix18). Rappelons que, dans son discours sur la refondation de la Sorbonne, il se prononce pour une défense européenne en concertation avec l’OTAN, le membre de phrase qui tue. Ce qui signifie en clair que tout change pour que rien ne change ! La servitude volontaire a encore de beaux jours devant elle. En réponse au tweet de Donald Trump sur ses propos « insultants » (Amérique vue comme un ennemi potentiel au même titre que la Chine et la Russie, proposition d’armée européenne…), Emmanuel Macron s’empresse de dire que son projet viendrait renforcer l’Alliance. Que et qui doit-on croire ? La défense européenne relève-t-elle du gadget électoraliste ou bien d’un projet d’envergure de refondation de l’Europe : refonte de l’euro pour en faire une monnaie d’échange international, taxation des GAFAM, réciprocité en matière d’extraterritorialité du droit américain ?
     Nous ne sommes qu’à moitié rassurés en apprenant que l’ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, Louis Gauthier (magistrat de la Cour des comptes, toujours les mêmes rapports rédigés par les membres de la Caste), doit remettre son rapport sur la défense européenne d’ici à la fin de l’année au président Emmanuel Macron. Il enfonce quelques portes ouvertes : « Les Européens sont sous le coup de plusieurs électrochocs qui ont eu lieu ces dernières années : invasion de la Crimée par la Russie, en 2014, attentats djihadistes, en 2015, cyberattaques WannaCry et NotPetya, en 2017… Ce qui relevait, dans nos rapports, de l’analyse prévisionnelle est devenu un constat : l’Europe est fragile »19. Et d’en remettre une couche quelques jours plus tard : « Louis Gauthier : 2019 sera une année cruciale pour la défense européenne »20. Encore un membre des grands corps qui excelle dans la pratique de l’enfoncement des portes ouvertes. Nous sommes encore moins rassurés en découvrant les propos stupides de notre incompétente ministre en charge des Affaires européennes, Nathalie Loiseau au JDD du 18 novembre 2018 à propos des résultats qui sont remis au président de la République sur le millier de consultations citoyennes européennes tenues en France21. On y découvre que les Français veulent que l’Europe les protège. Quel scoop ! Toujours les mêmes méthodes de gouvernement : commande de rapports insipides à des membres des grands corps (« La Noblesse d’État ») et de sondages aussi inutiles mais toujours aussi coûteux (Cf. ceux qui valent quelques problèmes aux anciens collaborateurs de Nicolas Sarkozy à l’Élysée).
     « L’Europe cherche, avec raison, à se donner une politique et une monnaie communes, mais elle a surtout besoin de se donner une âme », nous rappelle fort justement André Frossard. D’âme, elle n’en a toujours pas en dépit des propos rassurants d’Emmanuel Macron devant le Bundestag (18 novembre 2018). De volonté, elle n’en a toujours pas en dépit des déclarations lénifiantes de nos fédérastes indécrottables, meilleur carburant des « populistes ». De cap, elle n’en a toujours pas en dépit des incantations jupitériennes (passablement affaibli sur la scène intérieure depuis l’affaire Benalla et les manifestations des « gilets jaunes » comme sa collègue Angela qui se rapproche de plus en plus de la sortie). De la confusion ne peut naître un nouvel élan salvateur en Europe. « À ceux qui rappellent qu’il n’est pas de démocratie sans souveraineté des peuples, il (Emmanuel Macron) répond donc par un concept magique : la souveraineté européenne… [Guillaume Berlat]
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lundi 26 novembre 2018

Débats en cours

Points de vue

__ Sur l'URSS: réalités et perspectives économiques.

__ Que vaut le nouveau dossier de santé numérique?
                                Le point de vue d'un médecin sur l'état actuel de la question.

__ L'Italie à un tournant:
                                          .... Ce qui surprend tout observateur extérieur, c’est que ce projet de budget paraisse inacceptable par l’UE alors qu’il ne propose qu’un déficit de 2,4% contre 2,8% pour la France ! C’est Macron/Philippe et non Conte qui auraient dû recevoir les admonestations de Bruxelles. En outre, hors remboursement de la dette, le budget primaire italien est excédentaire et ce depuis plusieurs années – sur la dernière décennie, l’Italie est un bon élève européiste comparée à la France. Quand Moscovici déclare que l’économie italienne étant en surchauffe, elle n’a pas besoin d’un coup de pouce « keynésien », c’est une très mauvaise plaisanterie. La croissance italienne est à nouveau à 0 au dernier trimestre après une timide reprise. En outre les besoins de financements publics sont énormes, ne serait-ce que pour rétablir des infrastructures routières acceptables. Le drame du pont Morandi à Gênes a remis en lumière la dégradation du réseau routier laissé à l’abandon par les politiques austéritaires des gouvernements précédents. Si donc on devait faire un reproche à ce budget, c’est de n’être pas assez « keynésien », de ne pas prendre le taureau par les cornes. Il est vrai que Salvini est en fait un libéral sur le plan économique et que la baisse des impôts est son cheval de bataille (la fameuse « flat tax » qui revient à baisser l’impôt des plus riches). Et surtout Salvini n’a aucune intention de rompre définitivement les amarres avec l’UE et avec son allié intermittent, Silvio Berlusconi, dont le parti est membre du PPE....
                  __ Le point de vue de Romaric Godin.
                       __ En attendant les élections européennes...
                            __ Complexité de la situation.
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dimanche 25 novembre 2018

Vu de haut

__ Des dons... qui rapportent.

__ Demain, les monnaies numériques?

__ Le gaspillage des fusions de régions.

__ Profitables détournements.

__ Bolsonaro réjouit les businessmen US.

__ Les coups coûts de Carlos, l'ex-idole.

__ Se déconnecter des addictions.



__ Vrais médecins de Molière.

__ Promesses vertes des banques en chute libre.

__Voitures électriques: le lithium, pas terrible.

__ Absentéisme et ras le bol managarial.
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Revue de presse.
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samedi 24 novembre 2018

Fièvre acheteuse

Je consomme, tu consommes, nous sur-consommons
                                                         C'est le rush, annonciateur de futures ruées frénétiques.
    Les centres commerciaux préparent l'ambiance, chauffe le public (favorisé, surtout), en vue du grand Noël des superprofits.   Amazon a ouvert le bal. Les autres suivent par mimétisme marchand.                             Mon grand-père paysan, qui vivait presque en autarcie, consommait très peu, dans les rares magasins du village ou de la ville voisine. Un costume pouvait durer quasiment une vie, comme une paire de chaussures neuves, qu'on faisait réparer régulièrement. En dehors de cela, quelques biens de consommation courante qu'on ne produisait pas à la ferme.

      Avec le capitalisme marchand, devenu hypertrophié, à partir des années 70, nous sommes entrés dans un ère de consommation généralisée, voire d'hyper-consommation. L'acte d'achat est devenu central dans beaucoup de vies, sans relief ni idéal, voire désespérées, permettant d'oublier, dans des temps considérés comme forts, d'excitation fiévreuse. la banalisation de la vie.
    Acheter, toujours acheter est devenu un leitmotiv, qui finit par envahir les vies jusqu'à la saturation, du moins pour les plus favorisés. On prépare les futures orgies de Noël.
    L'acte d'achat est devenu souvent une fin en soi, les vrai besoins étant passés au second plan, comme les plaisirs authentiques et simples et la satisfaction étant toujours compromise dans une fuite en avant qui n'a plus de sens..
    Cette hyperconsommation a ses temps forts, comme le jour du Black Friday, où les promotions réelles ou factices attirent le chaland, donnant aux prix une valeur de plus en plus problématique.
    C'est la chasse individualiste à la promo, devenue facticement une urgence. Y aller avant les autres ou contre les autres s'il le faut. Les fauves sont lâchés.
   Les valeurs consuméristes ont pris le dessus, stimulées par une publicité de plus en plus habile et persuasive. Bernays avait ouvert la voie.
   Le mimétisme marchant, prenant parfois des formes extravagantes, finit par miner les existences en tuant le désir.
  Les "vedettes" ouvrent le bal par leurs folles dépenses, qui renforcent les frustrations.
    C'est le piège, la drogue dure, qui peut miner une vie.
 C'est une fuite en avant illusoire, mettant en péril les conditions de survie de notre planète.
   La dictature des consommateurs qui répond à celles des producteurs et des marchands, qui ont toujours un temps d'avance, n'est pas sans conséquences sur notre futur proche.
   Mais qui s'en soucie?
Certains font de la résistance et réfléchissent à une vie juste raisonnable, frugale même, mettant en accord leur vie et leurs principes. dans une consommation responsable Ils sont trop   minoritaires encore.
  Le mythe du client-roi a la vie dure.
       Et le citoyen dans tout cela, dans l'ère de l'individualisme engendré par les marchands d'illusions?
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