Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 13 novembre 2018

De Pétain

Et du pétainisme.
                          Mais qu'allait faire le Président dans cette galère mémorielle?
         Dans ce chemin des croix, légitime en soi, qui se transforma souvent en chemin de croix.
             Le rappel simpliste de la figure du général Pétain, qu'il aurait pu s'abstenir d'évoquer tant le personnage est encore clivant dans la mémoire blessée de notre roman national, se transforma en "bourde" présidentielle.
  Que le "vainqueur de Verdun" reçoive un hommage appuyé, moindre que les anonymes qui vécurent une enfer de sang et de boue, n'a pas fait l'unanimité, c'est le moins que l'on puisse dire. L'histoire , surtout encore chaude, doit être évoquée avec prudence quand on est chef d'Etat.
     En faisant l’équilibre entre un Pétain 1 et un Pétain 2, il a repris une ficelle dialectique de ceux qui font la part des choses parce qu’ils jugent en surplomb au-dessus du commun. Insensibles à certaines dimensions, par exemple morales, de la question. Ainsi vont les élites sûres d’elles. Elles le font d’autant plus que leur mode de consécration ou de certification passe par une culture scolaire superficielle en la matière, celle des grandes écoles, où l’on apprend beaucoup de choses, en réalité des mots coupés de la réalité dont ils sont censés rendre compte, des souffrances, des angoisses, des incertitudes.
       Ce que beaucoup d'historiens contestent, c'est les propos réducteurs de Jupiter:
               Dans le récit national, Pétain occupe deux places bien différentes. Il est, d’une part, le « vainqueur de Verdun », général victorieux de la Première Guerre mondiale. Et il est d’autre part l’homme de la poignée de mains de Montoire, le responsable de la politique de Collaboration de l’État français avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.  Il a été présenté très vite comme le « vainqueur de Verdun », au prix d’une réduction considérable de l’histoire de cette bataille, qu’il n’a certainement pas gagnée seul et dont il n’était pas le seul chef militaire.   En réalité, Pétain a bénéficié d’une double conjoncture favorable. D’une part, ayant la réputation d’être économe de ses soldats, il a été favorablement comparé aux responsables des grandes offensives dévoreuses d’hommes de 1915-1916, comme le général Nivelle. D’autre part, il a eu la chance de survivre à toute la génération des chefs de 1914-18, qu’ils soient militaires, comme Foch et Joffre, ou civils, comme Clemenceau. À la fin des années 1930, il ne restait plus que lui à incarner la Victoire.    Pour les nationalistes, il était devenu la seule figure de référence, ce qui explique que cet officier qui, jusqu’en 1914 avait fait une carrière honorable, mais médiocre, a pu devenir l’objet de la campagne nationaliste « C’est Pétain qu’il nous faut »...
          Le Président a alimenté la confusion par ses propos jugés imprudents.
              Faute ou maladresse? En tous cas Jupiter aurait dû s'abstenir pour s'en tenir aux vrais héros anonymes  de la terrible tragédie de quatre ans.
       Mettre en place un savoir et construire une mémoire relèvent de logiques d’action parfaitement différentes. En s’adossant, comme il l’a fait, à un discours savant pour légitimer le maréchal Pétain dans la mémoire, le président de la République a pris le risque de briser cette mémoire nationale, indique l’historien Emmanuel Saint-Fuscien, car « on ne joue pas impunément avec les usages publics du passé ».    Surtout lorsqu’il s’agit de convoquer la figure d’un homme frappé d’indignité nationale en 1945. « C’est même dangereux, poursuit ce maître de conférences à l’EHESS. L’argument qui consiste à revenir sur le Pétain de 14-18 a longtemps été celui de l’extrême droite. Il a déjà été très compliqué d’arriver à un consensus national et à une mémoire patiemment apaisée. »
        Le choix funeste fut évoqué, mais au détour d'une phrase.
  Quand on connaît l'engagement vers la droite nationaliste de plus en plus marqué du général entre les deux guerres, notamment à partir des années 30...
      Le piège du en même temps s'est refermé sur le discours présidentiel, qui a donné ou redonné à des hommes comme Eric Zemmour une sorte de légitimation.
    La critique la plus sévère vint de JM Bourget, qui ne manqua pas d'évoquer l'Etrange défaite de Marc Bloch et les analyses plus contestées de H Guillemin et de Lacroix-Riz.
  L'imposteur de Verdun, comme dit un historien de la Grande Guerre, ne méritait pas tant d'éloges et de vacarme.
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