Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 18 avril 2019

Justice, donation, philanthropie

          Bien faire et n'en rien dire, disait ma grand mère.
                La vraie générosité du coeur devrait se faire discrète.
                         L'élan du coeur médiatisé fait naître le soupçon.
    Après la terrible blessure de l'édifice cher à son coeur,  Victor Hugo remercie...
                    ....tous les généreux donateurs prêts à sauver Notre-Dame de Paris et leur propose de faire la même chose avec Les Misérables»
     C'est vrai qu'il vaut mieux donner à cette cause que d'acheter un nouveau yacht, de spéculer en bourse, d'acheter à grand frais des oeuvres d'art ou de pratiquer un sport favori dans les hautes sphères: l'évasion fiscale...
       ..Aux USA, les grandes fortunes ont souvent le coeur sur la main
    Elles savent répondre à l'injonction Donate!
 Fondations diverses, campagnes de charité, alors que le système de santé est en déshérence et les soins parfois inabordables pour les plus modestes. C'est une longue tradition, depuis Carnegie et les autres.
     Mais ce n'est pas toujours désintéressé
        Les grandes fondations philanthropiques aux États-Unis sont en plein essor.  Ce sont des "pépinières d’idées nouvelles" et des fournisseurs de terrain d’essai pour justifier l’intérêt de ces idées avant de les appliquer à des programmes gouvernementaux et internationaux. Elles bénéficient de conditions favorables :
-Déductions fiscales accordées aux entreprises et aux personnes qui versent des contributions aux fondations, exemption de la taxe sur les sociétés pour les fondations et statut fiscal privilégié du personnel des fondations",
-Impôts sur la fortune et droits de succession qui incitent les personnes très fortunées à faire des dons de leur vivant à des organismes.
-Création de lieux de réflexion ou autres organismes chapeautant les fondations afin de débattre des idées nouvelles et des meilleurs moyens de s’en servir. 
         Leurs principales sources de croissance sont les richesses générées par les industries de pointe, la diminution des ressources pour les services publics, le financement privé des campagnes politiques et leur séparation avec les activités de lobbying. C’est dans ce contexte que des fondations se créent en restant discrètes sur leurs liens avec la politique. Cela leur évite souvent d’aborder des sujets à polémiques sans pour autant s’en désintéresser.
     La stratégie des grandes fondations philanthropiques au 21ème siècle a changé ; elle est essentiellement basée sur le retour à l’investissement, à l'entrepreneuriat social et au partenariat public-privé. Un bon exemple de ce type de philanthropie est la Fondation Robin Hood à New York. Aujourd’hui, leur mode de fonctionnement est "top-down", les bénéficiaires servant les donateurs. Les fondations embauchent des organismes existants ou en créent de nouvelles pour mettre en oeuvre leurs projets. En exerçant ce contrôle de haut en bas, les fondations d'aujourd'hui étouffent de plus en plus la créativité et l'autonomie d'autres organisations, ce qui affaiblit la société civile....et se font une publicité d'enfer, au pays des bons sentiments.
 La philanthropie, c'est la voie royale pour se faire une réputation, un nom.
      Et sa progression est spectaculaire. Toute une histoire.
          Nous sommes encore loin du Charity Business pratiqué Outre-Atlantique_____
           « Le milliardaire bienfaiteur », vous connaissez ? Cette simple accroche de biopic hagiographique suffit pour évoquer Bill Gates, longtemps l’homme le plus riche du monde (aujourd’hui dépassé par Jeff Bezos). Avec une fortune personnelle estimée à 90 milliards de dollars, le cofondateur de Microsoft (en 1975) est plus riche que quarante-cinq des quarante-huit pays de l’Afrique subsaharienne… Heureusement, le nabab sait partager : il promet qu’à sa mort 95 % de sa fortune iront à la Fondation Bill et Melinda Gates, lancée avec sa femme pour « améliorer la qualité de vie des gens du monde entier ». Un storytelling presque unanimement repris dans la presse, pourtant mis à mal par plusieurs enquêtes qui démontrent que les actions de la fondation font en réalité tout l’inverse. L’écrivain et journaliste Lionel Astruc, spécialiste de l’écologie, les a rassemblées dans un ouvrage intitulé L’Art de la fausse générosité. La Fondation Bill et Melinda Gates. « Les ultrariches comme Bill Gates considèrent que la philanthropie classique n’est pas efficace car trop axée sur la justice sociale, nous explique-t-il. Ils pratiquent une forme de bienfaisance en appliquant les méthodes du capitalisme, qui ont fait leur réussite financière, à leur action de don : les lois du commerce, du marché, du libéralisme… » (R. Jeanticou)
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