Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 16 juillet 2020

Masques

On en a ...mais on attend encore...

Ségur: et après?...

Cela aurait pu être une très belle et très utile concertation. 
                                                                      Si on avait pris plus de temps et ne pas se contenter de régler quelques problèmes financiers, nécessaires mais insuffisants. C'est loin du compte même, aux dires de ceux qui quotidiennement oeuvrent dans le domaine du soin, à quelque niveau que ce soit.
       Ce n'est pas rien. Mais on est très en retrait de ce qui était légitimement attendu, même si des mesures complémentaires sont annoncées pour un avenir encore incertain. L'essentiel même n'est pas abordé, comme le signalent ceux qui souffrent toujours des nombreux dysfonctionnements d'un système qu'on a voulu rentable, au prix d'une grande désorganisation, de grandes souffrances au travail et même de "désertions", de fuites de personnels soignants, devenues préoccupantes, d'engagements massifs de médecins étrangers généralement sous-payés.
     Ce n'est pas en faisant seulement du quantitatif, en améliorant des revenus (qui n'arrivent pas encore au niveau de la moyenne européenne) que l'on va sortir d'une trop longue crise. La qualitatif, le plus crucial, reste à traiter. En profondeur. 
    Dire qu'il y a encore des attentes est le minimum. Sur des points essentiels, tout reste à faire, notamment comme s'y engage le ministre, sur l'organisation de l'hôpital, les lits, le personnel, l'organisation du travail, la formation...»
   Et le problème de la formation médicale, le manque parfois très problématique de médecins dans de nombreux secteurs... Tout cela fait partie d'une logique d'ensemble qu'il faudra refonder.
 Le sentiment de satisfaction, qui s'est exprimé çà et là, est loin d'être unanime:
      "Pour le moment historique, on y est pas du tout", tacle Jean-Luc Jouve, chef de service d'orthopédie pédiatrique à l'hôpital de la Timone à Marseille et membre du collectif Inter-Hôpitaux. "Ces 183 euros sont encore loin des 300 euros que l'on demandait pour que la France ne soit plus parmi les mauvais élèves des pays de l'OCDE en matière de rémunération des paramédicaux". En pleine manifestation sur l'avenue du Prado à Marseille, Jean-Luc Jouve prévient : "Le Ségur est terminé mais notre volonté de sauver l'hôpital public est intacte. On ne se laissera pas faire!". De nouvelles majorations sont en outre envisagées pour les heures supplémentaires, le travail de nuit, du dimanche et des jours fériés, tandis que des mesures seront prises pour développer l'intéressement collectif. "Rien de concret !", lâche le chirurgien marseillais qui se dit "déçu". "C’est un geste clivant qui ne concerne quasiment que les paramédicaux. Une manoeuvre politique pour désamorcer le mouvement", estime-t-il.... l'élément fondamental de nos demandes est sa refondation pour une meilleure prise en charge des patients et le retour à une certaine qualité de vie au travail… Or toutes ces questions ont été complètement éludées par le gouvernement". ....        L'accord promet également des "recrutements". Si le nombre exact n'est pas écrit noir sur blanc, l'exécutif "part sur une création de 15. 000 postes", a prévenu Olivier Véran dans un entretien accordé dimanche aux quotidiens du groupe Ebra. "Encore un effet d'annonce, une parole creuse", lance Hugo Huon, infirmier à Paris et membre du collectif Inter-Urgences. "Sur ces 15.000 créations d'emplois, 7.500 sont en réalité déjà budgétés, mais non pourvus. Seuls 7.500 sont créés".     ....Quid des ouvertures de lits que demandent les soignants depuis plus d'un an et demi, de la tarification à l'acte qui conduit l'hôpital à être chaque jour un peu plus rentable ? "Il n'y a rien sur la gouvernance ni la refondation systémique de l'hôpital. Toutes ces demandes fondamentales n'ont pas trouvé de réponses", pointe le chirurgien marseillais Jean-Luc Jouve. Le Président avait pourtant promis, "un plan massif pour l'hôpital" en mars dernier alors que l'épidémie de Covid-19 dévoilait au grand jour les maux de l'institution. "Il faut relancer des discussions, mais je crois que le prochain enjeux, pour nous hospitaliers, ce sera en 2022…", souffle Hugo Huon, du collectif Inter-Urgences. La désillusion est palpable. Et la contestation finalement loin d'être éteinte...."
    Certains expriment plus que de la désillusion et de l'insatisfaction, mais de la colère.
       Bref, on est loin du compte et c'est un travail de refondation qui doit être fait pour parer à toutes les défaillances qui font boules de neige, malgré les rustines ajoutées sans cohérence. Cela dépasse la question des rémunérations, comme on peut le voir dans le film Hippocrate, entre autres.
    Halte à l'absurde course au financement, instaurée dans une logique managériale où faire du chiffre est devenu trop souvent l'obsession des comptables qu'on a placé en haut lieu. La logique du marché a fini par prendre le dessus:
                              "...C’est en 2004 que la tarification à l’activité (T2A) a été introduite par le ministre de la Santé Jean-François Mattei. Cette réforme a bénéficié à l’époque d’un étonnant consensus droite-gauche avec l’influente Fédération hospitalière de France dans un rôle de "go between". Cette réforme était pourtant aux antipodes de l’éthique médicale et des valeurs pluriséculaires de l’hôpital public.  On a voulu imposer une logique de marché à un service public et faire de l’allocation des moyens un levier de restructuration de l’offre de soins. Il faut désormais travailler plus pour gagner plus ! Il faut faire de l’activité à tout prix. Les médecins transformés en chefs de pôles gestionnaires doivent désormais soigner les yeux rivés sur leur compte de résultat !  Quinze ans après, l’hôpital public est à terre et les hospitaliers dans la rue...."
        Oui à la restauration de vrais lieux de soin, dignes de ce nom, qui ne découragent pas le personnel soignant et qui ne fasse du malade, du patient, une sorte de client.   Non à la bêtise managériale qui a sévi trop longtemps. Battre le fer tant qu'il est chaud, comme disait Véran lui-même. Ne plus donner le pouvoir aux directeurs-managers, les yeux sur leurs tableaux excel....
                                                              ______________________________

mercredi 15 juillet 2020

Euh....

C'est à dire?....

C'est trop!

Les très riches et les impôts.           
                                        C'est un scandale de payer des impôts, plus d'impôts, quand on est riche, très riche!
   Car on le vaut bien, on le mérite. On contribue pas sa fortune, même jugée excessive par quelques jaloux, à la prospérité générale. Les moins favorisés  ont ainsi la capacité de sortir de leur condition, grâce au dogme du "ruissellement". Un principe qui a pris un peu de plomb dans l'aile ces derniers temps, mais qui fait l'objet d'une vraie foi Outre-Atlantique.

    Mais, dans la bonne conscience générale des quelques petits % des plus fortunés, certains se sentent pris de remords ou réclament qu'on leur demande une participation(oh! pas trop grosse) aux frais que l' Etat engage à l'égard des plus démunis, sur la base de la masse des impôts communs.. Un "putain de pognon" qui s'envole en cette période de crise profonde, qui risque de durer. Il faut sauver l'économie, les emplois;  la grande pauvreté et l'extrême précarité menacent et certains hyper-riches veulent s'engager.
     Mais on ne les écoutepas.... Déjà lors de la crise de 2008, certains comme B.Buffet et même B.Gates se manifestaient pour contribuer généreusement, même s'ils se firent plus discrets ensuite. Et les voilà qui récidivent Ils ont aussi peut-être un peu à perdre à rester trop discret...
      Et ils le font savoir.   Certains mettent les pieds dans le plat:  «À l’échelle mondiale, les recettes fiscales des ultra-riches et des sociétés ont décliné de façon abrupte. Dans certains pays les plus riches paient en fait des taux d’imposition inférieurs à ceux des personnes les plus modestes», dénoncent les 121 fortunés. Ils fustigent la fraude et l’évasion fiscale, ces fléaux «qui ont atteint des proportions épidémiques». D’après l’étude «Who owns the Wealth in Taw Havens», de Alstadsaeter, Johannesen et Zucman, les signataires indiquent qu’environ «8000 milliards de dollars», soit «près de 10% du PIB mondial» sont cachés dans les paradis fiscaux. Par ailleurs, «beaucoup des plus grandes sociétés du monde abusent des paradis fiscaux. Certaines ne paient aucun d’impôts», soulignent-ils..."
     L'enrichissement sans fin ne mène à rien, disent les plus "engagés" aux USA. On n'entend pas chez nous B.Arnaud dire la même chose...Aux USA, certains se souviennent que le Président Roosevelt, pendant la grande crise, mit un point d'honneur à ne pas épargner les plus riches dans l'effort collectif de redressement du pays.
    Le sujet est sur la table, dépassant la question du charity business, mais quand verra-t-il le jour au pays de l'argent roi et du self made man? Voici venu le temps des patriotes millionnaires?...
    Pas de risque, s'ils s'engagent vraiment, de les voir pointer à la soupe populaire...
         Maintenant que des fortunes atteignent des sommets comme jamais, certains font un petit pas, admettant comme Buffet qu'ils payent relativement moins d'impôts que leur secrétaires.
       On attend donc la révolution des grosses fortunes, de leur audace participative, de leur sacrifices sociaux admirables , de leur héroïsme contributif. ...😁💓     ______Donate, please!
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mardi 14 juillet 2020

A la Bastille!

De l'histoire au mythe nationale fédérateur.

                                                                   Bien des ombres et des équivoques planent encore sur l'événement historique et symbolique devenu comme central dans notre histoire nationale.

                             Quel 14 Juillet?            
                                                On a souvent oublié la Fête de la Fédération et l'institution assez tardive de l'événement. Le lien indissoluble de fraternité y fut proclamé par Lafayette, suivi par le roi, qui prêta allégeance. Il en reste quelque chose de fort.

            Les mythes furent nombreux.

                Les récits d'époque sont rares et partiels. Dans le flux des événements qui se bousculaient les premiers historiens-reporters sont peu nombreux.
  L'événement fut très vite connu à Versailles et engendra rapidement des réactions:
      ...Le 16 juillet, le duc de Dorset, ambassadeur d’Angleterre et familier du comte d’Artois, écrivait au Foreign Office : « Ainsi, mylord, s’est accomplie la plus grande révolution dont l’Histoire ait conservé le souvenir, et, relativement parlant, si l’on considère l’importance des résultats, elle n’a coûté que bien peu de sang. De ce moment, nous pouvons considérer la France comme un pays libre. » 
    Pour Charles James Fox, c'est « le plus grand événement qui soit jamais arrivé au monde.»
Ce spectacle inouï provoque chez Edmund Burke un tel étonnement qu'il ne sait s'il doit y souscrire ou le condamner     
      La Bastille était désuète: Louis XVI envisageait de la faire démolir:
             A la veille de la Révolution, explique l’historienne Monique Cottret dans La Bastille à prendre, la forteresse n’était plus la prison bondée et nobiliaire du règne de Louis XIV. Ni même la geôle roturière devenue le passage obligé des contestataires sous Louis XV. Tombée en désuétude, elle reflétait l’affaiblissement de l’absolutisme. 5279 prisonniers y ont été incarcérés entre 1659 et 1789.    Elle trouva son démolisseur:                                                               En ce 14 juillet 1789, il suffit de quelques heures pour prendre la Bastille. Mais sa démolition, commencée le soir même, dure près de deux ans. Sous la direction du citoyen Palloy, dont l’historienne Héloïse Bocher raconte le parcours dans Démolir la Bastille, elle devient une affaire juteuse autant qu’une commémoration permanente.___Pierre-François Palloy, entrepreneur en bâtiment, se trouve en ce jour historique sur un chantier avec une douzaine d’ouvriers quand toute l’équipe est entraînée par la foule. Ils prennent eux aussi les armes et entrent dans la forteresse, dont Palloy s’autoproclame aussitôt le démolisseur. Deux jours plus tard, il obtient officiellement les droits de ce chantier titanesque. Et doit même avancer les frais, qui avoisinent le million de livres, sur ces propres deniers. Les ouvriers affluent, en moyenne 800 par jour, et les curieux aussi. Certains viennent participer bénévolement aux travaux, par foi patriotique. Mais la Bastille attire surtout promeneurs, fêtards et hommes publics. Palloy et ses ouvriers en profitent. Ils font très vite payer des visites guidées, qu’ils mettent en scène avec récits de torture et exposition de restes humains retrouvés sur place. Et l’entrepreneur en bâtiment de se muer peu à peu en marchand des reliques de la tyrannie. En juillet 1790, c’est Palloy qui organise une commémoration dans la forteresse. Opération qu’il renouvellera régulièrement, faisant ainsi de la Bastille un lieu de mémoire. A l’automne de la même année, notre homme envoie des maquettes de la prison dans chaque département, créant et entretenant avec énergie un culte autour des pierres de la forteresse. Pour Hans-Jürgen Lüsebrink et Rolf Reichardt, auteurs de The Bastille, Palloy a compris le besoin qu’a le peuple de rendre concrets les concepts politiques de liberté et de despotisme. Mais, grâce à un sens certain des affaires, tout ce battage autour de la Bastille lui permet aussi d’écouler les produits dérivés de la démolition, qu’il s’agisse des pierres ou des chaînes de la prison. Il ouvre d’ailleurs bientôt une boutique remplie d’estampes, bijoux, tabatières, statuettes, dominos et autres cartes à jouer en souvenir ou à l’effigie de la forteresse détruite… La vente des pierres en tant que matériau de construction, elle, rapporte beaucoup moins qu’espéré. 
___________(Books)_________ 

lundi 13 juillet 2020

Sur le fil du rasoir

Capitalisme en crise.
                                   Depuis ses origines, le système capitaliste, qui s'est mis en place au 19° siècle, a connu périodiquement des crises plus ou moins longues, plus ou moins profondes, de natures différentes dans la plupart des cas: crise de surproduction, crises bancaire comme en 2008...A tel point qu'on a pus dire dans les milieux d'affaires libéraux que la crise serait comme une nécessité, une loi du fonctionnement du système lui-même. De même qu'un organisme vivant peut connaître des périodes de crises, le fonctionnement du marché connaîtrait lui-même des périodes de ralentissement, voire d'effondrement inévitable.
    Mais la métaphore a ses limites. Car un marché, sous certaines conditions, peut-être régulé, ses effets potentiellement pervers peuvent être anticipés et évités. Ce n'est pas la main de Dieu qui le dirigerait secrètement, et il y a toujours des alternatives, si on se donne les moyens de l'analyser et d'agir dans un autre  sens souhaité. On sait par exemple que la folie spéculative et les surprimes menaient droit à un effondrement bancaire, non pas seulement rétrospectivement , mais quelques rares économistes avaient anticipé où nous menait la folie spéculative, comme Roubini ou Jorion. Mais l'aveuglement a prédominé, comme le signalait en son temps Roosevelt au sujet de la crise de 29.
       La crise qui nous arrive a cette particularité que ses causes ne sont pas endogènes. Elle est l'effet de facteurs essentiellement exogènes, naturels, que l'on a pas vu venir et qui met à mal des pans entiers de l'économie, surtout quand ils étaient déjà touchés défaillants ou fragiles.
         Certains économistes ont pu dire que cet événement de grande ampleur, de portée internationale, dont on voit mal l'issue, ne cause pas la crise dans laquelle nous entrons, mais la précipite plutôt, à un niveau rarement atteint.
      Difficile problème d'interprétation. Ce n'est pas seulement un simple choc entre l'offre et la demande.
       Comme le pense M. Husson, "...L’une des caractéristiques essentielles de cette crise est de diffracter l’économie, autrement dit de frapper inégalement ses différents segments. Les mesures globales sur le recul du PIB ne sont en effet qu’une moyenne d’évolutions très différenciées. Certains secteurs sont directement impactés par des mesures de fermeture pures et simples, notamment dans le commerce de détail non essentiel, d’autres le sont moins. Les calculs menés par l’OFCE [12] établissent qu’au niveau mondial la perte de valeur ajoutée irait de 47 % pour la branche hébergement-restauration à 7 % pour l’industrie agroalimentaire, et 3 % pour l’administration publique. Une autre étude [13] établit que ce sont les secteurs en amont dont l’activité recule le plus, autrement dit les secteurs les plus éloignés de la demande finale. Tout se passe donc comme si le virus «remontait les filières» en passant de l’aval («la demande») à l’amont («l’offre»).     Les dégâts n’ont donc pas été infligés «équitablement». Par exemple, les secteurs de services les plus frappés emploient en général beaucoup de main-d’œuvre, souvent à bas salaires, sur contrats précaires, pour qui le travail à distance est souvent impossible. Selon l’OCDE, plus d’un tiers des entreprises serait confronté à des problèmes de trésorerie après trois mois de confinement [14]. D’où des mesures de soutien (report des impôts, étalement des dettes, prise en charge d’une partie de la masse salariale). Mais une autre petite musique commence à poindre: la crise ne serait-elle pas une bonne occasion d’éliminer les entreprises «zombie» qui ne méritent pas de survivre? Trois économistes [15] ont même suggéré que ce serait aux banques de décider de leur sort, ce qui permettrait selon eux «un triage efficace, en préservant les entreprises socialement viables sans subventionner les entreprises zombie»              La même hétérogénéité apparaît entre pays. L’étude déjà citée de l’OFCE montre ainsi que le recul du PIB va de 36 % pour l’Espagne à 12 % pour le Japon. Mais il faut ici prendre en compte la transmission à travers les chaînes de valeur. Une étude évalue ainsi à un tiers environ la baisse du PIB résultant des chocs transmis par les chaînes d’approvisionnement mondiales. Comme cette baisse a été en moyenne de 31,5 %, «un pays qui n’aurait lui-même imposé aucun confinement, aurait enregistré une contraction moyenne de 11 % de son PIB en raison des confinements dans les autres pays [16]». C’est pourquoi on ne peut raisonner pays par pays: l’infographie ci-dessous est particulièrement éclairante sur ce point. Elle donne l’origine et valeur des composants étrangers incorporés à la production de véhicules assemblés en France. On constate une «forte interdépendance régionale (plus de 75 % des composants sont produits en Europe) qui rend impossible la production dans un contexte de confinement-déconfinement non synchronisé. L’arrêt de la production à un point de la chaîne paralyse le reste de la production, et ce d’autant plus vite que l’industrie fonctionne avec des niveaux de stocks très faibles qui ne permettent pas d’absorber le moindre ralentissement de la production [17].»         Cette extension de l’épidémie frappe de nombreux pays déjà confrontés à de redoutables difficultés économiques, qui sont encore aggravées par la crise actuelle: chute du prix des matières premières, fuite des capitaux, effondrement des taux de change, croissance de l’endettement. Pour ne prendre qu’un exemple, les pays d’Afrique dépensent plus dans le service de leur dette que pour la santé publique. A cela s’ajoute une crise alimentaire et sociale déclenchée par l’interruption des activités et aggravée par l’absence de revenus de complément, notamment en direction du secteur informel. Comme le dit l’ONG Grain, des millions de personnes sont forcées de choisir entre la faim ou le Covid-19 [19].      L’offensive différenciée du virus interdit d’envisager une reprise équilibrée, autrement dit une reprise où tous les secteurs redémarreraient en même temps et au même rythme....        Tout indique que l’on s’achemine vers des dispositifs qui feront de la masse salariale l’une des principales variables d’ajustement permettant de rétablir la profitabilité des entreprises. Réduction du chômage partiel, accords de maintien de l’emploi, allongement de la durée du travail, automatisation accélérée [24]: tous les indices sont déjà là de cette orientation. Cela veut dire qu’on vise à une reprise sans emploi, c’est-à-dire à relancer l’économie en réduisant au maximum les effectifs. Mais l’effet en retour est un frein à la reprise de la consommation: on ne peut en effet geler, voire baisser, la masse salariale et «en même temps» relancer la consommation. A moins que l’on compte sur une reconversion de «l’épargne forcée» des ménages dont le revenu a été à peu préservé, alors que leur consommation était «confinée». Le seul moyen d’éviter cette boucle récessive du côté de la demande conduit à une pérennisation et à une exacerbation des inégalités, dont on n’est même pas assuré qu’elle serait suffisante.        Ce cercle vicieux peut s’étendre à l’ensemble de l’économie européenne, voire mondiale. La désynchronisation des économies pose en effet la question de la coordination des réponses qui y sont apportées. Sur le plan sanitaire, force est de constater que la coordination a été à peu près inexistante: chaque pays a réagi à sa manière, et comme il le pouvait, alors même que le virus ne semble pas connaître de frontières. Cette question se posera de nouveau avec acuité quand on disposera d’un vaccin (ou de vaccins) et on ne peut qu’être inquiet à ce sujet, tant l’Union européenne s’en est jusqu’ici remise en matière de recherche à des partenariats avec des entreprises privées guidées par d’autres critères que l’intérêt public [25].                  Avec le redémarrage de l’économie, tous les pays vont chercher, avec des chances très inégales de réussite, de capter la fraction la plus importante possible de la reprise des échanges de marchandises. A court terme, le moyen le plus approprié est de gagner en compétitivité en baissant le «coût salarial»: certes, la compétitivité dépend de bien d’autres facteurs, mais sur lesquels on ne peut jouer de manière rapide. On se trouverait alors dans une configuration, somme toute classique, où tout le monde ou presque perd à ce petit jeu: on a déjà vu dans un passé récent des récessions «auto-infligées» par de telles politiques...."                  Reviendra-t-on au business as usual ou prendra-t-on la voie indiquée pas Macron lui-même se réclamant de l'Etat-providence?:  «il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. (…) Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché.» Ou encore: «une certaine idée de la mondialisation s’achève avec la fin d’un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à la pervertir. L’idée de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle....»                              On peut raisonnablement penser que ce sont là paroles de circonstances. Comme celles de Sarkozy assurant en son temps que les conditions d'assainissement des banques étaient enfin réunies....
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dimanche 12 juillet 2020

Survol

__ Les USA et l'eau.
                       Le cas de Flint.

__ La mort des caissières?

__ Retraites: matière inflammable.

__ Bac au rabais. Ecriture en perdition.

__ Une dramatisation contre-productive?

__ Fraudes au chômage partiel.

__ Guyane: situation critique.

__ "Reste à charge": incohérences.

__ Psychiatrie: effets redoutés dans un domaine sinistré.
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samedi 11 juillet 2020

Le piège

Quand l'Etat n'est plus maître chez lui
   
          Et quand les multinationales exercent leur chantage à l'égard du pouvoir étatique.
    Elles ont trop souvent pris le pouvoir, dans des domaines stratégiques, avec la complicité ou le laisser faire des Etas eux-mêmes.


              "....   Depuis le lundi 6 juillet, la Commission européenne négocie la "modernisation" d’un obscur traité sur les énergies fossiles - le traité sur la charte de l'Energie -, hérité de la Guerre froide, qui permet à des entreprises d'attaquer des Etats en justice lorsque ces derniers s'en prennent à leurs intérêts.
     C’est dans la plus grande discrétion que se décide, une fois de plus, l’avenir de l’Europe. Depuis le lundi 6 juillet, la Commission européenne négocie la « modernisation » d’un obscur traité sur les énergies fossiles, qui permet à des entreprises d'attaquer des Etats en justice lorsque ces derniers s'en prennent à leurs intérêts.
      Le texte en question - le traité sur la charte de l’énergie - doit être modifié cette année pour répondre aux objectifs du Pacte Vert (« Green deal »), lancé à l’été dernier par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen. Le but de ce dernier : la transition de l’Europe vers la neutralité carbone à l’horizon 2050. Le succès de cette négociation est loin d’être acquis. En juillet 2019, la Commission a certes obtenu un mandat du Conseil européen pour réécrire plusieurs articles du traité. Mais les Européens vont devoir s'attaquer à un texte réputé difficile, hérité de la fin de la Guerre froide.
      Le traité sur la charte de l’énergie, ou TCE, est un accord de commerce ratifié par une cinquantaine d’États et la plupart des membres de l’Union européenne. Depuis 1994, il définit un cadre pour l’exploitation, le transit, et la vente d’énergies fossiles. Un « accord archaïque » en matière d'écologie, enfoncent les députés européens Pascal Canfin (LREM), Pascal Durand (LREM) et Aurore Lalucq (Génération.s) dans une tribune publiée par Libération le 7 juillet, jugé « incompatible avec la réalisation des objectifs de l’accord de Paris sur le climat. »
       « Il faut se resituer dans le contexte de l’époque », détaille la chercheuse du GIEC, Yamina Saheb. « En 1991, l’Union soviétique s’effondre, les pays occidentaux cherchent un moyen de s’approvisionner en énergies fossiles à l’Est. Or, les anciennes Républiques soviétiques sont encore instables pour les investissements ». Les États européens proposent alors de créer un marché européen de l’énergie, incluant la Russie, pour mettre les investisseurs étrangers à l’abri du droit international. Le traité sur la charte de l'énergie est adopte à Lisbonne en décembre 1994. Son secrétariat s'installe à Bruxelles. Dans le même temps, les membres du traité décident de recourir à des tribunaux d’arbitrage privés pour régler leurs litiges. Et parmi ses nombreuses dispositions, le texte fixe certaines règles pour protéger les investisseurs à l'étranger. Avec son article 10, ses membres s’engagent ainsi à respecter des « conditions stables, équitables, favorables et transparentes » dans leur législation.
     Par cette disposition, le TCE donne le droit à n’importe quelle entreprise d’attaquer un pays qui modifierait sa législation dans le domaine de l’énergie. Les Etats membres devront désormais dédommager les entreprises dont les bénéfices seraient menacés par des décisions de nature politique, comme l’interdiction du forer du pétrole en pleine mer. Un véritable piège, pour l'Europe, qui ne va pas tarder à se refermer sur les Etats.
      En vingt ans, plus de 130 procédures ont été ouvertes auprès de tribunaux d’arbitrage privés contre des pays au nom de cette clause. « À l’origine, l’article visait surtout la protection des investissements contre les nationalisations arbitraires », explique l’organisation écologiste CNCD-11.11.11, basée à Bruxelles. « Elle est aujourd’hui invoquée pour remettre en cause des législations environnementales ou sociales pour des motifs d’expropriation indirecte et de pertes de profits », poursuit l’ONG.
       L’Espagne est le pays le plus attaqué, avec 48 procédures dirigées contre le royaume, dont une vingtaine seulement ont été résolues à l'heure actuelle. Les investisseurs lui reprochent une série de mesures prises dans le secteur des énergies renouvelables entre 2009 et 2019. Selon ces multinationales, l'Espagne aurait violé l'accord « en ne respectant pas le cadre dans lequel avait été fait les investissements à l'époque », nous explique l'un des avocats parisiens en charge du dossier. Un argument massue pour empêcher les Etats de toucher à leurs lois en matière de climat. Bilan de la douloureuse : ces dernières années, le pays a été prié de verser plus d'un milliard d’euros de dédommagements à des multinationales au nom du TCE.
     Aucun pays n'échappe à ces procédures, pas même la très sage Allemagne. Le 3 juillet, le ministère de l’Economie allemand a reconnu avoir négocié 4,2 milliards d’euros de compensations auprès de deux entreprises d'extraction de lignite, LEAG et RWE, pour s’éviter des poursuites en justice. Les industriels ont invoqué le préjudice qu’ils pourraient subir si l’Allemagne réalisait ses ambitions climatiques. Le 3 juillet, le parlement allemand a, en effet, adopté un projet de loi, qui prévoit la fermeture de toutes ses usines à charbon d’ici 2038.
    « Si nous ne modifions pas ce traité, les entreprises continueront de faire pression sur l’Europe et d’exercer leur droit de blocage face à des mesures écologiques, il faut réveiller notre pays face à ce chantage », insiste la chercheuse Yamina Saheb, qui fut, pendant quelques mois, secrétaire du traité à Bruxelles, avant de quitter son poste, par déception.
       Comme elle, plusieurs députés français ont émis l’idée de se retirer collectivement de l’accord avec les autres pays européens. La Russie et l'Italie ont déjà montré l'exemple, rappellent les députés qui signent une tribune dans Le Monde, le 8 juillet, réclamant la transparence sur les tractations menées à Bruxelles. « C’est précisément parce que ce débat se passe à huis clos que nous souhaitons le sortir de l’ombre », développe auprès de Marianne la député de la majorité, Marjolaine Meynier-Millefert (LREM), signataire du texte.
     Alors que le premier tour de négociations prend fin ce 9 juillet, un deuxième round de discussions a été prévu à l’automne. A ce jour, aucune date n’a encore été arrêtée pour proposer un nouveau texte. Le projet de « modernisation » du texte traîne déjà dans les cartons depuis plusieurs années. L’urgence écologique attendra..."
                                             _________

vendredi 10 juillet 2020

Langue: effondrement?

Sauver la langue 
                       La maîtrise de la langue, de sa langue, a toujours été considérée comme un des éléments essentiels  de la maîtrise de la pensée, de sa formulation, de son expression toujours plus précise et fine, comme de la prise de conscience de ses émotions et de leurs formulations, pour soi-même et pour les autres. Ce n'est pas seulement un problème de vocabulaire plus riche et plus précis, mais aussi une question de syntaxe mieux maîtrisée.


      C'est une expérience plus profonde que la formule: ce qui se conçoit bien..... Penser de mieux en mieux (tâche infinie) ne peut aller sans une langue plus enrichie, ce qui est un processus sans fin. Les mots sont pas que des outils, mais des conditions nécessaires à l'élaboration d'une pensée toujours plus fine et nuancée.. On ne peut penser sans les mots, avait-on déjà remarqué depuis longtemps.
   Une langue qui s'appauvrit, qui s'étiole, se féodalise ne peut pas ne pas avoir d'incidences sur les contenus de pensée. et leur expression, et agir sur la pensée peut se faire par le biais des mots, instrumentalisés parfois au service du pouvoirs ou des pouvoirs, comme l'analysait Orwell. Le langage commandé ou le langage mécanique est trop souvent celui que nous reprenons sans vraie conscience, ce qui produit une pensée qui ne peut être personnelle, au sens de réflexive et critique.
      Une langue est par nature évolutive. Parfois lentement, parfois plus rapidement selon la nature des échanges interculturels à un moment donné.
 Or aujourd'hui, plus d'un observateur déplore une chute lente vers des formes d'expressions linguistique de moins en moins maîtrisées . De nombreux facteurs sont à l'origine de ce phénomène, notamment une perte de rigueur, de vocabulaire, de maîtrise de la syntaxe, conséquence des abandons successifs d'exigences, parfois minimales, en matière d'enseignement, sous la pression du milieu et de la réduction des heures consacrées à l'apprentissage de la richesse de notre héritage linguistique. Les  exigences de base ont été réduites, les heures de français et de culture générale ont drastiquement diminué, le vocabulaire s'est restreint, la syntaxe a été délaissée ou noyée sous les approches trop techniques et formelles....Le ludique a pris trop souvent la place de la rigueur, du travail nécessaire, laissant place à une spontanéité faussement éducatrice. L'effort s'est discrédité peu à peu.
     On déplore que le français soit en souffrance et on ne se demande pas pourquoi. On constate la pauvreté de l'écrit, même de la part de ceux de qui on attendrait le plus, et on ne s'interroge pas. On se contente de vagues et trop tardives remédiations. La mal est fait, dès l'école primaire, considérée comme la phase essentielle. Il est des retards et des handicaps qui ne se rattrapent pas.
  De plus en plus considéré comme un carcan, sauf dans certains milieux favorisés, la langue a subi les assauts d'une contestation générale des contraintes, alors que sa vocation est d'être libératrice, d'autant plus qu'elle est mieux maîtrisée. Les dominants profitent bien d'une pensée appauvrie par une  langue réduite à des formes sommaires.
    Il n'y a pas que les enseignants qui le reconnaissent, même s'ils sont aux premières loges d'un combat souvent perdu d'avance. La réduction du vocabulaire et son détournement sont des facteurs qui ne sont pas neutres socialement et politiquement. Pas seulement dans les cités...C'est le vivre ensemble qui est en question dans le langage et la culture. La question est éminemment politique au sens large et noble du terme.
    Reconstruire une enseignement digne de ce nom sur cette question deviendra de plus en plus  difficile si on laisse les tropismes sociaux se développer.  Un diagnostic ne suffit pas, si des moyens appropriés ne sont pas donnés rapidement.
       Une langue mise à mal est le signe d'une pensée dépossédée d'elle-même.
                  Comme le remarquait à sa manière Michel Onfray, qui évoquait, non sans ironie mordante,  " un cerveau reptilien qui tient lieu désormais de cortex où les émotions primitives et l'instinct ont remplacé la capacité à réfléchir, à analyser, à argumenter. Le pathos remplace le logos. Mais ne serait-il pas question ici de langage articulé ? De capacité à mette en mots des émotions ? Ne serait-il pas question aussi de vocabulaire et de syntaxe ? De ressources langagière. Il fut des temps barbares et gothiques, pourtant, où l'école apprenait à tous, sans exception, un français riche et même porteur de références culturelles.
Les exclus de la langue, on le sait, sont amenés à se conduire comme les exclus tout court, prêts à s'engager dans le cycle de la révolte active. Le ghetto linguistique emprisonne ses victimes dans le ghetto social : ici naissent et naîtront les extrémismes, les intégrismes, les idéologies simplistes. A cerveau reptilien, réaction binaire, comme dit toujours Onfray. Un mot décrit l'incapacité à mettre des mots sur les émotions : l'alexithymie. Et c'est justement le grec qui aide à comprendre : a (privatif), lexi (λέζις, la parole, le mot) thymos (θυμός, état d’esprit, humeur). Nul doute que cette alexithymie a de beaux jours devant elle car, c'est bien de perte du logos dont il est question. L'incapacité à traduire des émotions fines et complexe, à nuancer, à s'exprimer clairement et distinctement, trouve sa solution dans le slogan mimétique ou pire, l'aboiement et la vie en meutes idéologiques.
Fin des lettres?...
Je me me suis plongé dans les archives de l'INA pendant le confinement et une chose m'a frappé qui devrait faire s'interroger nos amis "progressistes" qui pensent que s'opposer à une régression c'est être conservateur et réactionnaire, et qu'on ne peut jamais dire que quelque chose de bon s'est perdu. Qu'une régression, voire un désastre, a bel et bien eu lieu : en l’occurrence ce qu'on pourrait appeler un effondrement syntaxique.
Les gens interviewés dans les années 60 et suivantes (Archives de l'INA, donc), au hasard, dans la rue, utilisaient un français beaucoup plus riche et soutenu qu'aujourd'hui, un français exempt de vulgarité, simple, mais solidement charpenté par une syntaxe correcte. Sans doute parce que l'école fonctionnait mal et n'avait pas été démocratisée. On y entend des commerçants, des ouvriers, des employés, des agriculteurs (qui ne sont pas des "clients" de journalistes, mais bien des quidams ) et on demeure frappé par la bonne maîtrise de la langue et l'abondance, souvent pittoresque, du vocabulaire. C'était avant que les pédagogues ne considérassent, à juste titre, la langue comme fasciste : un dispositif arbitraire de maintien de l'ordre social, un moyen de se distinguer et d'exclure l'autre. Un carcan à "déconstruire" (ce mot commence à donner la nausée à des gens passéistes qui n'ont rien compris aux avant-gardes) pour libérer la classe ouvrière. Heureusement, la grammaire fut mise en examen et traînée devant des juges progressistes, dès le milieu des années soixante-dix.
    Désormais l’oppression a cessé presque partout et les écrivains académiques de la tradition scolaire ne viennent plus parasiter ou plomber les propos des uns et des autres pour entraver la libre expression, brider la spontanéité et la sincérité, et prescrire un soi-disant bon usage. J'ai entendu une jeune employée de boulangerie interviewée et citant, au détour d'une phrase, un propos de... Victor Hugo.... Une apprentie boulangère, autant dire, le prolétariat. Rétrospectivement, j'ai un peu honte pour elle : quel genre de conditionnement cette pauvre femme a-t-elle pu subir durant une scolarité pourtant courte ?
    Circonstance indéniablement aggravante, cette citation venait de façon très pertinente orner des paroles fort justes, syntaxiquement élaborées, prononcées distinctement, avec aisance et naturel, sans le moindre empêchement ! Brisée par la violence symbolique d'une école primaire réactionnaire, la jeune femme, colonisée et assujettie, singeant la voix de son maître, m'est apparue comme la victime inconsciente de normes évidemment discriminatoires qu'heureusement l'école moderne a su depuis longtemps déconstruire ! Ce monde en noir et blanc de la télévision du passé me fait horreur : il m'a fait voir en vérité dans quel Enfer de réaction nous fussions demeurés si le progrès n'avait pas continué sa marche tranquille vers toujours plus d'égalité en vue de l'extinction progressive des Lumières, matrice du paternalisme de l'homme blanc européen et du colonialisme.         Tout le monde parlerait en bon français, y compris dans nos banlieues, au grand dam de la pluralité linguistique, des cultures et de la diversité ! Si l'école était demeurée comme lieu de l’apprentissage de la maîtrise des passions-pulsions c'est à dire lieu de répression, on n'aurait pas assisté à la libération de tous. Merveilleuse libération dont on voit les effets. Comme dit Dany-Robert Dufour, le credo pédagogique fut : "Libérez-moi de tout ce qui m’aliène (les institutions, la culture, la civilisation, la langue, les signifiants, le nom du père, les savoirs, les pouvoirs, etc.) et vous allez voir ce que vous allez voir !" Et on a vu. Et on voit...
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jeudi 9 juillet 2020

Casse-tête

Castex: un casse-tête?
                                  Il doit assurer une mission impossible: assurer un fin de règne qui s'annonce plus que problématique, après un changement de cap où seul le capitaine sera à la barre au sein d'un équipage désemparé.
     Une mission impossible, après la violente tempête qui a fait tanguer le navire?
  En tous cas, malgré les injonctions, le jour d'après sera de droite...comme avant.

      Un changement d'apparence pour en fait ne rien changer d'essentiel, alors que les circonstances exigeaient plus, voire autre chose. Comme promis...
     Les personnels de l'hôpital risquent d'être désenchantés:"... rien de la logique ancienne du système ne changera sans doute. Le nouvel homme de Matignon a été un des artisans de ses actuels dysfonctionnements, caractérisés notamment par  “...un accent mis sur le mesurable au détriment de l’aspect relationnel du soin.” Une critique que reprenait en creux Emmanuel Macron en 2018 lorsqu’il promettait, devant Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin de “redonner de la cohérence” à un “hôpital étranglé....Étranglé par quoi? “Par un système devenu comptable..."
   De plus, quelques ratés qui ne seront pas sans conséquences
                Le rebond sur les retraites arrive au plus mauvais moment, alors qu'il s'agit d'abord de soigner le grand malade et de prendre son temps pour classer et traiter les urgences absolues.
                 __ (*) "...Ajoutons pour la bonne bouche qu’auparavant, il était à la Cour des Comptes, puis directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins, en profitant pour tout mettre en œuvre pour la « transformation » de l’hôpital, ce qui a conduit à la situation totalement dégradée que l’on sait de cette institution, ainsi que l’écrit Claude Manor dans les colonnes de Révolution Permanentelien  Pour être plus précis, c’est lui qui était à la manœuvre lors de la « restructuration » du système hospitalier entre 2005 et 2007, et qui, selon Patrick Bourdillon, de la CGT santé à Society, avait introduit la notion d’objectif dans l’hôpital, signifiant ainsi que ce service public se devait d’être rentable. Ce que confirme Hakim Becheur, chef de service à l’hôpital Bichat, à Paris, qui le rend responsable de la casse de l’hôpital public, car cette tarification à l’acte a provoqué « une course absurde à la rentabilité », et la nomination de Castex est ressentie par le personnel soignant comme une provocation.   Danielle Simonnet, conseillère municipale à Paris LFI, ne dit pas autre chose, et estime que le choix de Macron est « une insulte terrible » envers « toutes celles et ceux qui ont subi la pandémie de Covid-19 (...) cet homme ne remettra pas en cause le monde d’avant, il le perpétuera. C’est avec lui que Macron prépare la guerre sociale pour la rentrée, qu’il s’attaquera aux 35 heures, à nos retraites, et qu’il oubliera totalement la bifurcation écologique promise ». lien Or Castex dit vouloir boucler le Ségur d’ici le 11 juillet prochain, et on lui souhaite bien du plaisir. lien .."
      __De 2005 à 2006, il est le directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins au ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale, où il participe à l’introduction de la notion d’objectifs et de rentabilité dans l’hôpital et à une rationalisation des coûts15 dans le cadre du plan hôpital 2007, qui introduit notamment la tarification à l'activité (« T2A »).[wiki]
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Gaullisme social?coquille vide et hochet politique.
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