lundi 28 septembre 2020

Point d'histoire

  Bombe A:  tournant historique. Il y a 75 ans...

            Longtemps après cet événement inédit qui mit fin à la guerre américano-japonaise, la lumière se fait encore peu à peu sur ce événement tragique et "fondateur" d' une nouvelle ère, après des décennies de silence, de récits simplifiés et parfois enjolivés, dans le sillage de l'euphorie d'après-guerre.   Il y eu même une mode "atomique après-guerre au niveau des chansons , des modes et des danses aux USA.     Bref, cette engin destructeur devint un temps l'objet d'un mythe. On oublia les circonstances de la décision de sa construction et de son lancement, ainsi que les conséquences tragiques sur les populations civiles pendant de longues années. Sur le Japon lui-même, une chape de plomb s'abattit pour longtemps.     Mais  des historiens ne manquèrent de faire retour sur ce passé escamoté pour essayer de dénouer le fil des événements et les motivations qui poussèrent Truman et son équipe à passer à l'acte, malgré des avis contraires en haut lieu.           La décision fut plus politique que  militaire comme le fait apparaître ce document:

...Truman n’était pas un confident proche du président Franklin D. Roosevelt. De fait, il n’avait que peu d’idées sur la façon dont Roosevelt envisageait les relations d’après-guerre avec l’Union soviétique et ne connaissait pas l’existence d’un programme majeur – le projet Manhattan – visant à produire une bombe atomique.         Au cours d’une série de réunions organisées peu après sa prestation de serment, Truman a surmonté ce déficit, en maintenant son engagement de se conformer le plus étroitement possible aux orientations politiques définies par le président Roosevelt. Mais certaines décisions devaient être prises par le nouveau président, raison pour laquelle il avait convoqué la réunion du Cabinet Room. [Procès-verbal]

Réunion du cabinet Truman à la Maison Blanche, le 10 août 1945, au lendemain du bombardement atomique de Nagasaki. (Abbie Rowe/Bibliothèque Truman)

           Le général George Catlett Marshall, chef d’état-major distingué de l’armée américaine âgé de 64 ans, avait rejoint Truman. En plus de gérer les problèmes liés à l’évolution de la guerre mondiale, le général Marshall était également membre d’un comité de haut niveau (le « Top Policy Group », formé en octobre 1941) qui supervisait les efforts des États-Unis pour construire une bombe atomique.         Marshall avait laissé la plupart des décisions quotidiennes concernant le programme de la bombe atomique aux mains du général Leslie Groves et avait limité son propre rôle à celui de s’assurer que le Congrès continuait à soutenir financièrement le projet et, dans une moindre mesure, à prendre des décisions politiques concernant l’utilisation d’une arme atomique.        Pas plus tard que le 31 mai 1945, Marshall avait déclaré à un groupe de scientifiques spécialisés dans la bombe atomique, d’administrateurs et de décideurs politiques qu’il pensait que les États-Unis seraient en meilleure position dans le contexte d’après-guerre s’ils évitaient d’utiliser une bombe atomique contre les Japonais. Il a également recommandé que les États-Unis invitent l’Union soviétique à assister aux essais de la bombe atomique.              La majorité des participants à cette réunion se sont prononcés contre Marshall, y compris le futur secrétaire d’État James Byrnes, qui craignait que les États-Unis ne perdent leur avance sur les Soviétiques en matière d’armes nucléaires si les Russes devenaient un partenaire de facto grâce à cette coopération. En tout état de cause, Marshall considérait que toute décision d’utiliser ou non une bombe atomique, compte tenu de ses horribles ramifications, était une question purement politique, hors de la portée des militaires.       Deux officiers supérieurs de la Marine, l’amiral Ernest J. King, commandant de la flotte américaine et chef des opérations navales (le seul à avoir jamais détenu un tel commandement conjoint), et l’amiral William Leahy, 70 ans, chef d’état-major du commandant en chef de l’armée et de la Marine américaines, accompagnaient Marshall. L’amiral King était un homme abrupt et alcoolique qui dédaignait ouvertement toute utilisation des ressources américaines à d’autres fins que la destruction totale des Japonais.          Contrairement à King, l’amiral Leahy était partisan d’éviter un bain de sang en combattant les Japonais et était favorable à l’idée de parvenir à une reddition négociée sous la pression combinée d’un blocus économique des îles japonaises et d’un bombardement aérien conventionnel. Leahy était contre toute utilisation de la bombe atomique contre des cibles civiles, un concept qu’il considérait comme « barbare ».      L’armée de l’Air était représentée par le lieutenant général Ira C. Eaker. Le général Eaker avait presque à lui seul fait du bombardement stratégique une pratique acceptée lorsqu’en tant que commandant de la 8e Force aérienne en Europe, il convainquit le Premier ministre britannique Winston Churchill de poursuivre cette stratégie controversée, notant que « le bombardement 24 heures sur 24 affaiblirait les Huns pour l’invasion terrestre et la mise à mort »....

                    Ce fut une décision âprement discutée, qui ne se passa comme comme une certaine légende a voulu le faire croire pendant longtemps.   Plus tard  "Dans ses mémoires, l'amiraLeahy, chef d'état-major particulier des présidents Roosevelt puis Truman, expliquait :  "Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre. (...) L'utilisation à Hiroshima et à Nagasaki de cette arme barbare ne nous a pas aidés à remporter la guerre. (...) En étant le premier pays à utiliser la bombe atomique, nous avons adopté (...) la règle éthique des barbares."    Quant au général Eisenhower, qui dénonça plus tard les dangers du complexe militaro-industriel, il écrivait lui aussi dans ses Mémoires : "À ce moment précis [août 1945], le Japon cherchait le moyen de capituler en sauvant un peu la face. (...) Il n'était pas nécessaire de frapper avec cette chose horrible."______________________

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