lundi 26 octobre 2020

Horreurs urbanistiques

 Des villes moches?

                          Les villes ont une histoire.  Chacune est spécifique. On peut avoir ses préférences. Les jugements découlent parfois de méconnaissances ou de regards superficiels. Une ville n'est pas faite pour être traversée à grande vitesse et mérite mieux qu'un jugement superficiel, comme celui de Catherine Deneuve jugeant Dunkerque d'une grande laideur au bout de quelques heures. Il faut en comprendre l'ensemble et l'histoire de sa reconstruction après-guerre, comme Le Havre... Toutes les cités n'ont pas le charme de centre d'Arras, lui-même reconstruit.                    ______Chaque cité a son charme et ses attraits. Ce qui est moins séducteur et attractif, ce sont les barres de béton construits à la hâte dans les cinquante dernières années qui alignent leur profil sans originalité aux abords de certaines grandes cités. C'est surtout les zônes homogènes qui se sont constituées dans des surfaces commerciales, qui se ressemblent toutes. L'espace marchand qui s'est déplacé "hors les murs" avec ses immenses parkings. Un sujet très débattu, mais il est difficile de trouver un charme là où rien n'attire l'oeil que l'homogène sans âme, purement mercantile.  Mais pas seulement à l'extérieur.  De profondes mutations dont nous avons oublié la génèse ont transformé nos petites villes de provinces au détriment des activités commerciales des centres, que ce soit à Guéret ou à Epinal, les vidant de leur substance et de leur vie.            ________Bien souvent, des cités sont devenues laides par ce qu'elles se ressemblent (trop).  Il est souvent déprimant  ..."de voir ces abords d'agglomérations ainsi transformés en boulevards de la surconsommation dans un concours de laideur fait mal au ventre. On a abîmé, souillé, détruit, violé des paysages magnifiques pour les remplacer par des enfers multicolores bétonnés ou métallisés afin que les citoyens viennent y accélérer la dynamique de défiguration de leur pays. Il faut bien vivre, certes, et donner du travail à tout le monde, mais quand le remède consiste à enclencher un processus qui ruine l'économie nationale par un abaissement systématique des prix via une mutilation organisée du cadre de vie et de l'esthétique des espaces urbains, on se demande si la facture n'est pas chère payée. Je me promène en Europe, et il est vrai que peu de pays échappent à cette dégradation environnementale, toutefois, j'ai l'impression qu'en France, certains élus locaux ont lancé un concours de mauvais goût pour rendre les choses encore plus moches. Il faut avouer que l'horreur dépasse parfois la fiction....    Le besoin de transformer le citoyen en consommateur puis, la mécanique du profit à grande vitesse aidant, de le transformer en sur-consommateur d'une surproduction générée à cet effet. Et comme il ne s'agit pas de le faire attendre ou se déplacer trop loin, on lui met tout, du rayon de surgelé à la salle de bain en passant par la voiture, le bricolage, la décoration, le sport et le jardinage, à portée de la main. En fait, les fameuses «zones» (d'activités commerciales, industrielles ou économiques), si bien nommées, ne sont que la reproduction à échelle «agglomérative» de la grande surface. L'urbanisation obéit aujourd'hui à la logique de la grande distribution: d'un côté la ville avec sa population, que l'on pourrait qualifier de «zone clientèle», en barres de HLM ou en zone pavillonnaire, et, à côté, l'étalage à grande échelle des produits que l'on pourrait qualifier de «zone consommation». La masse clientélisée à côté du supermarché. Comme dans les élevages industriels de poulet, on apporte son granulé à la volaille sur un tapis. Pour cela il faut aménager le cadre de vie en circuit.....  Et si j'étais un brin provocateur, j'ajouterai: les mêmes goûts, les mêmes infos, les mêmes idées, les mêmes dogmes et les mêmes envies… Ce sont les joies de la mondialisation, que nos experts appellent pudiquement la globalisation. Quand vous avez une grosse usine qui produit de gros besoins avec de gros moyens il faut que ce bien de consommation là convienne au plus grand nombre possible de demandeurs. Donc les mêmes enseignes proposant les mêmes marques sur les mêmes critères de choix. Au cas où l'on tenterait d'y échapper, la publicité télévisée, plus colossal instrument de propagande de tous les temps, vous martèle le cerveau sans relâche en vous expliquant, à la façon de la Rolex de Jacques Séguéla: «si t'as pas ça à ton âge, tu as raté ta vie», en le déclinant à toutes les sauces. Et comme il faut reconnaître très vite le logo, la couleur, la forme, le design, le style, le slogan, on le reproduit à l'infini et à l'identique sur tous les espaces suburbains. Normal, car ce gigantesque besoin artificiel ne peut être assouvi et commercialisé que si un immense territoire marchand est mis à disposition du système. Les consommateurs étant rassemblés dans des villes on concentre tout ça autour de la ville. En d'autres termes ça s'appelle un marché de concentration. Je maintiens la formule et je l'assume..."

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