lundi 19 juillet 2021

Angela s'en va...

 Un tournant?

                        La chancelière prépare ses valises. "Mutti" s'y résigne enfin. Elément d'équilibre au sein de la vie politique allemande, elle rassurait plutôt, même si elle était une fidèle de la doxa des industriels allemands; ses soucis européens n'ont pas été remarquables. La RFA fait depuis longtemps cavalier seul, dictant même à ses partenaires des règles qu'elle n'avait pas de mal à imposer à elle-même, dégageant des excédents budgétaires hors du commun. Les partenariats avec son "hinterland" et les liens commerciaux tissés avec la Chine ont renforcé la prospérité, l'épargne étant la priorité pour le pays vieillissant.                                           ________Après la relative parenthèse de la période covid et les efforts de solidarité annoncée vis à vis des pays européens les plus en difficulté la droite conservatrice allemande se prépare pour une succession qui sifflera une fin de partie. (*)  Les grands dogmes de l'orthodoxie budgétaire, dans l'esprit des lois d'airain de Schaüble naguère, vont revenir au premier plan, avec la rigueur qui l'accompagne et la crainte irrationnelle d'une montée de l'inflation...et la France suivra... Malgré les propositions de Macron et l'exemple de Biden. Dans des circonstances exceptionnelles, l'endettement peut être salvateur et entraîner un cercle vertueux. Mais la pensée de Keynes et l'exemple rooseveltien ne sont pas la référence à Berlin, malgré les demandes pressantes de certains économistes allemands notant les sous-investissement notoires du pays et la faiblesse des salaires pour une frange de la population qui a subi l'effet des lois Schröder/Hartz.

              La question allemande revient, l'euro étant devenu l'instrument de la domination économique du pays, à la fois fort et fragile. Retour donc prévu à la rigueur le plus tôt possible, à l'orthodoxie monétaire la plus stricte.                                                                              "  ...Le parti de l’actuelle chancelière renoue (ainsi) avec ses fondamentaux, à savoir un respect strict des normes ordolibérales : orthodoxie budgétaire, réduction de 60 % du ratio d’endettement des administrations publiques et retour du « frein à la dette » (dispositif inscrit dans la constitution allemande qui prévoit que l’État fédéral ne doit pas afficher un déficit supérieur à 0,35 % du PIB potentiel).   Alors que les dogmes allemands avaient vacillé depuis le début de la crise sanitaire, les pressions internes de l’establishment ont été trop fortes. Décidé à en finir avec le « quoi qu’il en coûte », celui-ci se montre obsédé par la remontée des taux d’intérêt et le risque inflationniste. L’arrêt de mai 2020 du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe contre le plan de sauvegarde de la BCE constituait un signe avant-coureur de ce durcissement.   Une telle rigueur interroge dans un pays qui souffre de sous-investissement chronique dans l’éducation et les infrastructures, comme l’a encore rappelé récemment un rapport de l’OCDE. Elle revient à oublier qu’un bon usage de l’endettement existe, notamment lorsqu’il sert des investissements porteurs d’avenirs. Problématique pour l’Allemagne, cette approche sacrificielle de l’économie l’est tout autant dans sa dimension européenne. Le programme de l’alliance CDU-CSU rejette ainsi catégoriquement tout assouplissement des règles européennes et se veut ferme sur la nécessité de « sanctionner systématiquement » les violations à celles-ci. Une fois de plus, il s’agit d’opposer une « Union de stabilité » à une « Union de la dette ».       Ces prises de position sont tout sauf anodines dans la mesure où aucune réorientation de la construction européenne n’est possible sans la bonne volonté de l’Allemagne. Alors que le cycle néolibéral semble toucher à sa fin, l’Allemagne demeure arc-boutée sur des politiques d’un autre temps. Inflexible, elle entend répéter à l’échelle européenne les politiques du début des années 2010, comme si elle n’avait tiré aucune leçon de cette période qui a vu l’austérité détruire la confiance en l’avenir, étrangler le pouvoir d’achat et la croissance, et fouler aux pieds la souveraineté des peuples. De Stiglitz à Krugman, en passant par l’OFCE et le FMI, l’essentiel des économistes s’accorde sur le fait que les politiques de restriction budgétaire imposées pendant la crise des dettes souveraines ont été contreproductives, plongeant les pays européens dans la récession...."                                                                            L' ordolibéralisme restera donc vraisemblablement à l'ordre du jour, sauf si les Verts, le vent en poupe, ne viennent donner de nouvelles orientations aux conservateurs qui gardent encore espoir.

             ___   *    "...Dans 78 jours, l’Allemagne votera pour désigner celle ou celui qui succédera à Angela Merkel, la chancelière depuis novembre 2005 qui prend sa retraite. Les Verts, représentés par Annalena Baerbock, sont considérés comme les adversaires les plus sérieux des conservateurs de la CDU/CSU...Ces derniers ont réclamé ces derniers jours de relâcher la pression des règles budgétaires. Leur porte-parole, Lisa Paus, a fait le lien entre le déficit d’investissement du pays au cours des dernières années, au-delà même de la pandémie, et ce « frein à l’endettement ».   Outre-Rhin, le débat économique s’annonce donc comme un des thèmes centraux de la campagne électorale allemande en vue des élections fédérales qui se tiendront le 26 septembre. Pour le reste de l’Europe, ces élections fédérales allemandes semblent, en tout cas, sonner la fin de la récréation budgétaire. Avec des conservateurs prêts à écouter l’inquiétude de leur base, les marges de manœuvre de la révision des traités, et même de leur aménagement, semblent très réduites.  Fin juin, le président de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et tête de liste des conservateurs pour les législatives du 26 septembre, Armin Laschet, et son collègue et patron de l’Union chrétienne-sociale de Bavière (CSU), Markus Söder, ont présenté leur programme électoral, un texte de 139 pages qui ne pouvait difficilement être plus éloigné du programme de leur concurrent écologiste, a relevé notre correspondant Thomas Schnee. « Stabilité et renouveau » est le titre de l’offre faite aux Allemands par les conservateurs. En effet il n’est pas centré sur la transition écologique mais sur une relance économique via un programme de baisse d’impôts qui favorise les entreprises et les foyers les plus aisés...." (Mediapart)   ______________

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