Dette d'hier et d'aujourd'hui
____Le problème de la dette publique , au centre de l'Europe, fait rarement l'objet d'une analyse sérieuse et historique
_"L'endettement public et la dette publique proprement dite ont un passé très riche, très haut en couleurs, et qui pourrait être plein d’enseignements. Ils sont étudiés, certes, mais pour eux-mêmes, de façon érudite, ce qui est légitime ..., mais sans beaucoup d’efforts comparatifs..".
_Le débat est dans une large mesure confisqué ou dénaturé, réduisant souvent l’État social à un fardeau improductif reporté de génération en génération...
La dette est devenue un épouvantail commode.
En ces temps actuels de crise, le passé du continent s'estompe, de même
que les raisons qui avaient conduit Jean Monnet ou Alcide de Gasperi à
créer l'Europe. Les responsables semblent ne réagir qu'en financiers
préoccupés de leur pré carré, soucieux de gagner du temps, alors qu'on
les attend en politiques, visionnaires et Européens..."
Les problèmes économiques qui en découlent dans les pays subissant un étranglement monétaire, selon M.Wolf, pourrait briser les sociétés, les gouvernements, voire les Etats.
."Le recours à l’emprunt ou, plus précisément, à l’argent extérieur aux
circuits de dépôts monétaires contrôlés par l’administration française
des Finances, n’est qu’une option parmi d’autres au sortir du second
conflit mondial. Les marchés financiers internationaux et la compétition
entre États pour s’y financer sont (à une époque) inexistants. La notion même
« d’endettement » de l’État ne s’est ré-explicitée en France qu’avec la
réémergence, à partir des années 1970, des marchés obligataires. Si la
dette est faible en volume à l’époque, ce n’est pas exclusivement à
cause des faibles déficits mais c’est aussi parce que le Trésor dispose
d’une palette d’instruments variés qui rendent marginal l’appel à
l’emprunt, au demeurant techniquement peu développé. Les dispositifs de
trésorerie de la reconstruction sont tournés avant toute chose vers la
garantie d’un financement sécurisé et régulier des dépenses publiques
considérées comme nécessaires à l’expansion économique et à l’objectif
de « plein emploi ». L’État finance ses découverts passagers en drainant
de l’épargne et en collectant les ressources monétaires de son propre
réseau, à la fois des particuliers mais aussi des institutions
bancaires..."
___De Mirabeau aux Trente Glorieuses, le problème de la dette est récurrent, résolu de manières souvent très différentes (1), ce qui montre qu'il n'est pas du domaine de l'inéluctable, qu'il n'a rien à voir avec un phénomène naturel.
____Aujourd'hui, on peut se référer au deux extrêmes, l'Allemagne et la Grèce, où semble jouer le principe deux poids, deux mesures, si on se réfère à l’annulation de la dette d'une Allemagne ruinée , il y a à peine 60 ans...
"... Après la seconde guerre mondiale, de multiples conditions ont été
réunies pour permettre à l’Allemagne de l’Ouest de se développer
rapidement en permettant la reconstruction de son appareil industriel.
Non seulement la dette contractée par l’Allemagne en-dehors des deux
guerres mondiales a été réduite de plus de 60%, mais le règlement des
dettes de guerre et le paiement des réparations aux victimes civiles et
aux Etats ont été reportés à une date indéterminée : de fait, à la
réunification allemande qui est intervenue en 1990 et au traité de paix
qui a été signé à Moscou la même année entre les autorités des deux
Allemagnes en cours d’unification, les Etats-Unis, l’URSS, le
Royaume-Uni et la France. Le poids des réparations sur l’économie
allemande a donc été longtemps différé. Et dans le cas des réparations
dues à la Grèce, celles-ci n’ont pas représenté le moindre effort de la
part de l’Allemagne puisque les autorités allemandes refusent de donner
suite aux demandes grecques.
A la différence de ce qui s’était passé à l’issue de la première
guerre mondiale, les puissances occidentales ont voulu après la seconde
guerre mondiale éviter de faire peser sur l’Allemagne le poids de
remboursements insoutenables car elles ont considéré qu’ils avaient
favorisé l’accession du régime nazi au pouvoir. Les puissances
occidentales voulaient également une Allemagne de l’Ouest forte
économiquement (mais désarmée et occupée militairement) face à l’Union
soviétique et ses alliés. Rien de tel n’est de mise avec la Grèce et les
autres pays de la Périphérie au sein de l’Union européenne.
Pour atteindre cet objectif, non seulement le fardeau de la dette a
été très fortement allégé et des aides économiques sous forme de dons
ont été octroyées à l’Allemagne, mais surtout on lui a permis
d’appliquer une politique économique tout à fait favorable à son
redéploiement. Les grands groupes industriels privés ont pu se
consolider, ceux-là mêmes qui avaient joué un rôle clé dans l’aventure
militaire de la première guerre mondiale, dans le soutien aux nazis,
dans le génocide des peuples juifs, tsiganes…, dans la spoliation des
pays occupés ou annexés, dans la production militaire et l’effort
logistique gigantesque de la seconde guerre mondiale. L’Allemagne a pu
développer d’impressionnantes infrastructures publiques, elle a pu
soutenir ses industries afin de satisfaire la demande locale et de
conquérir des marchés extérieurs. L’Allemagne a même été autorisée à
rembourser une grande partie de sa dette dans sa monnaie nationale. Pour
rendre cela concret, il suffit de réfléchir à la situation qui a suivi
l’accord de Londres de 1953. L’Allemagne rembourse par exemple à la
Belgique et à la France une partie de ses dettes de l’entre deux guerres
en deutsche marks. Ces deutsche marks qui n’avaient pas d’intérêt dans
les échanges avec le reste du monde, Belges et Français ont essayé de
s’en débarrasser rapidement en achetant des marchandises et des
équipements fournis par l’économie allemande et contribué à refaire de
l’Allemagne une grande puissance exportatrice.
De leur côté, la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Estonie,
la Slovénie et les autres pays périphériques de la zone euro doivent
rembourser leurs dettes publiques en euros alors qu’ils en manquent vu
leur déficit commercial face aux pays les plus forts de la zone euro.
Dans le même temps, les puissances qui dominent la zone euro les
obligent, via la Commission européenne et les traités adoptés, à mener
des politiques qui les empêchent tant de satisfaire la demande de leur
marché que d’exporter. S’ils veulent quand même réussir à exporter, ils
sont poussés à réduire encore plus les salaires, ce qui comprime un peu
plus la demande intérieure et accentue la récession. Le programme de
privatisation achève de porter des coups à leur appareil industriel, à
leurs infrastructures et à leur patrimoine en général..."
[-Texte original-]
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire