Reprendre la main
Nous ne sommes qu'au tout début d'un processus, d'un révolution, que certains appellent prometteuse, pendant que d'autres y voient un problème d'ampleur jugé inquiétant s'il n'est pas rapidement maîtrisé. Déjà des oppositions se manifestent contre les géants de l'IA. Si toutes les inquiétudes ne sont pas fondées, elles pointent souvent un problème réel, des risques majeurs. Les nouveaux modèles de l'IA ne peuvent laisser indifférent. Pas seulement pour ceux qui sont confrontés à elle, dans le monde du travail, des services, du spectacle, de la création artistiques, etc... Il n'y a pas que la recherche qui y trouve son compte, parfois spectaculairement. Le "grand remplacement" (ou le grand emballement?) menace des secteurs entiers. Des changements majeurs s'annoncent, que nous entrevoyons à peine. Ce ne sera pas la révolte des canuts, plutôt un immense désarroi. La concurrence est et sera féroce entre les grandes puissances. Chine en tête, qui ne lésine pas sur les moyens et les investissements. Là est surtout le risque, signalé de plus en plus par quelques chercheurs, se voulant lanceurs d'alerte, souvent même à l'origine de ce nouvel outil fascinant, qui n'est encore qu'au berceau, mais destiné à devenir vite une "arme de destruction massive" non maîtrisée, si rien n'est anticipé. Certains tempèrent, en relativisant et en faisant confiance à la raison industrielle, capable de s'autoréguler, d'autres n'y croient guère et préfèrent se faire lanceurs d'alerte dès maintenant, entrevoyant des scénarios très négatifs à l'échelle de l'humanité, dans un temps qui peut être très rapproché. Une logique de concurrence qui pourrait ne pas être maîtrisée.... Comme le signale notamment Dario Amadei, qui va jusqu'à employer la notion de destruction possible par emballement incontrôlé dans un contexte de guerre économique féroce. Ré-gle-men-ter, et vite, c'est la démarche prioritaire. Pas seulement pour désarmer ou réduire les inquiètudes., parfois la paralysie... Cela va être compliqué de maîtriser un mouvement pour l'instant en roue libre. Le patron d'Anthropic lui-même invite à la vigilance. La "destruction créatrice" a ses limites. L'usage guerrier des nouveaux outils engendrés par l'IA peut légitimement effrayer. La Chine a bien compris les enjeux.

Pas si rassurant:
";..Sam Altman, le 6 avril. “Une politique industrielle à l’âge de l’intelligence artificielle : des idées pour donner la priorité à l’humain”, voici l’intitulé de la note produite par OpenAI, l’entreprise qu’il a cofondée. Ce document pose un programme politique pour la réinvention du “contrat social”. Trois priorités y sont mises en avant : partager les richesses, atténuer les risques, démocratiser l’accès à ces technologies. L’entreprise plaide, par exemple, pour une redistribution des bénéfices via des fonds publics, une réduction du temps de travail, la mise en place de filets de sécurité contre le chômage… “Après la transition vers l’ère industrielle, l’ère progressiste et le New Deal ont contribué à moderniser le contrat social pour un monde transformé par l’électricité, le moteur à combustion et la production de masse. […] La transition vers la superintelligence exigera une forme encore plus ambitieuse de politique industrielle.” Cette profession de foi de Sam Altman ne mange pas de pain, sachant qu’OpenAI s’oppose par ailleurs à la régulation sur l’IA, qu’elle soit américaine ou européenne… Elon Musk, le 17 avril. Le multimilliardaire, PDG de SpaceX et lui aussi cofondateur de la société OpenAI (contre laquelle il entre en procès ce 27 avril) a suggéré sur son réseau social X qu’un “revenu universel élevé” versé “par le gouvernement fédéral est la meilleure façon de faire face au chômage causé par l’IA”. Il s’agit non seulement d’un revenu “de base” – comme il le défendait autrefois –, mais bien d’un revenu “élevé”. Il permettrait aux consommateurs dans une société d’abondance, de “post-rareté”, de continuer à consommer, financés par l’État… tout en garantissant à ces industries destructrices d’emploi de survivre à leur propre création. ....."
Alex Karp, le 18 avril. Dans une publication intitulée “La République technologique, en bref”, le dirigeant de Palantir reprend en vingt-deux points les thèses d’un livre paru l’an dernier, parce que “beaucoup l’ont demandé”. Il y déploie un programme fustigeant, en vrac, la fonction publique, “l’inclusivité” et “le pluralisme vide” mais vantant ses “valeurs progressistes” de la puissance américaine, qui “a rendu possible une paix exceptionnellement longue”. Il en appelle à la responsabilité des “élites” de la Silicon Valley, qui ont “l’obligation de participer à la défense de la nation”, et invite à renouer avec les “grands récits”. Il se targue de patriotisme et adopte un ton belliqueux… d’autant plus volontiers que Palantir vend les outils pour mener ces guerres technologiques. Ainsi, les “seigneurs de la Tech” prennent acte de la puissance destructrice des outils qu’ils ont créés mais aussi de leur impuissance à s’autoréguler, et ils imaginent donc les règles d’un nouveau contrat social, visant à protéger la société et leurs affaires. Un “double mouvement”. Karl Polanyi désigne ainsi ce phénomène qui consiste en un double mouvement de dérégulation et de protection. En 1944, dans son essai sur La Grande Transformation, l’économiste austro-hongrois naturalisé américain, professeur à Columbia, analyse la manière dont nous sommes passés d’une société “encastrée”, où l’économie participait de la vie sociale, qui la régulait, à une société “désencastrée”, où l’économie devient une institution à part et le marché prend une place centrale, où tout est finalement traité comme une marchandise. Cependant, cette marchandisation, cette dérégulation et ce laisser-faire créent des tensions, que certains cherchent à résoudre pour se protéger. Karl Polanyi comprend ainsi la montée du fascisme, qui promet de refaire société dans l’unité, comme une crise du libéralisme. En fait, la réaction à la marchandisation de la vie peut prendre deux formes. Elle peut pousser à la mise en place de lois et régulations nouvelles, à la manière du New Deal – ce serait le vœu (pieux ?) de Sam Altman. Autrement, elle peut trouver une résolution à la montée des tensions dans la mise en place d’un pouvoir fort, sur le modèle techno-féodaliste d’Elon Musk ou du “hard power” nationaliste d’Alex Karp. Pour Karl Polanyi, ce “double mouvement” d’expansion et de réaction est simultané. Mais pouvait-il prévoir qu’il serait bizarrement porté par les mêmes acteurs ? " |
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| ___Palentir et le technofascisme |
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