Poissons rouges et poison lent
Voilà un livre qui ne dit pas les choses à moitié, qui met même les pieds dans le plat numérique. Avec talent. Chacun peut en prendre de la graine. On peut en lire un extrait ici, pour se mettre en appétit... __ "Au coeur du réacteur, l'économie de l'attention": cela peut résumer la pensée critique, dense et subtile de l'auteur, parlant indirectement aussi de sa propre expérience. Nous sommes tous, à des degrés divers, concernés. D'autres le disent autrement.
___ Qui n'est pas concerné par une certaine addiction à l'objet mondial et apparemment indépassable qu'est le téléphone portable, qui est bien loin se servir seulement à communiquer avec des proches? Les écrans sont omniprésents, devenant envahissants, créateurs de solitude et de captation de l'attention. La nomophobie est devenue toxique dans bien des cas. Très tôt. Pouvant devenir une catastrophe éducative, maintes fois signalée. "Le temps connecté est devenu universel. Il a brouillé les frontières entre nous et le monde au point de nous faire perdre tout repère. Quand est-on dedans, quand est-on dehors ? Est-ce la maison qui s'invite au travail, ou l'inverse ? La vie privée qui devient publique, ou l'inverse ? l'imbrication est totale, dans le temps et l'espace. Ce n'est plus une évolution, c'est une tempête, qui affole nos existences, nos échanges, notre langage, notre sommeil, notre cerveau. Alors que faire ? Sortir du bocal, c'est ne plus exister. Y demeurer, c'est être absorbé. Bousculé. Asphyxié. Le bocal est devenu océan. Un océan de signes, de messages, de sites qui nous relient les uns aux autres sur une mer de données. Les poissons que nous sommes devenus ne choisissent plus leur eau. Partout, elle se trouble, à mesure que les courants favorisant l'émotion et propageant le faux se font plus nombreux et plus rapides. Regretter l'ancien temps n'a pas de sens. S'arracher au monde connecté n'est plus une option. Mais changer ce monde devenu fou est possible : il y a ceux qui essaient de contrôler la machine qu'ils ont créée ; ceux qui veulent encadrer les monstres ; ceux qui élaborent d'autres solutions ; et, enfin, ceux qui nous montrent un chemin personnel pour échapper à l'alliance du jeu et du calcul permanents... Aujourd'hui, c'est aussi à chacun de reprendre en main son destin.", dit-il 
""Au coeur du réacteur, (se joue) l'économie de l'attention" Plus d'un spécialiste de l'enfance et du développement du cerveau se rejoignent: la consultation immodérée des écrans dès la prime enfance et à proscrire, étant donnés les effets néfastes constatés au niveau psychologique et même physiologique: le développement du cerveau, très malléable dans les premières années, est compromis à plus d'un titre. Les enfants ne devraient pas être abandonnés très tôt au monde numérique pour des usages ludiques ou même pédagogiques, surtout hors de toute surveillance humaine. Ce qu'on compris les concepteurs et les vendeurs de ces objets digitaux de la SiliconValley, qui proscrivent les tablettes pour l'éducation de leurs propres enfants. Les facultés cognitives seraient compromises par un usage abusif des outils numériques. Les recherches se poursuivent sur ce sujet. Mais on sait déjà que le développement affectif et social est atteint à des degrés divers. L'addiction caractérisée aux portables se remarque aussi chez l'adulte, mais l'emprise est bien plus marquée dans les premières années, compromettant les possibilité d' apprentissages multiples et divers et sclérosant l'attention et la vie affective.Dans son étude fouillée au titre provocateur, n'y allant pas par quatre chemin, La fabrique du crétin digital, Michel Desmurget remarque que dès deux ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque trois heures d'écran.. Ce docteur en neurosciences parle de "décérébration" au sujet de cette consommation croissante avec l'âge, dans toutes sortes d'activités, même parascolaires. Contrairement à certaines idées reçues, cette profusion d’écrans est loin d’améliorer les aptitudes de nos enfants. Bien au contraire, elle a de lourdes conséquences : sur la santé (obésité, développement cardio-vasculaire, espérance de vie réduite…), sur le comportement (agressivité, dépression, conduites à risques…) et sur les capacités intellectuelles (langage, concentration, mémorisation…). Autant d’atteintes qui affectent fortement la réussite scolaire et humaine des jeunes. Une étude encore en débat, mais qui ouvre des voies prometteuses.... ____ Lire aussi: Le temps de l'obsolescence humaine (du même auteur) __ Croire au code ____________ ____________________
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