Gabriel Zucman dans la bataille des idées
Il n'est pas un révolutionnaire, mais un économiste formé aux meilleures écoles, approuvés par certains de ses pairs, juste soucieux de faire un pas de côté, de ne pas se plier au conformisme du métier. Une activité d'ailleurs à l'objectivité toute relative, où la scientificité pose problème, où doit régner régner le débat interne sur les options de base, les choix fondamentaux inhérents à la recherche. L'économie n'est pas une science exacte et l'unanimité ne peut être que de façade, comme le montre l'histoire de cette discipline humaine, indispensable, mais aux postulats souvent discutables.
___ Zucman a fait des choix et ses calculs, au vu des inégalités qui se creusent stratosphériquement en France en cette période ou l'impôts devient un problème de premier plan. Il propose, avec d'autres un impôt différentiel, adopté par l'Assemblée, mais refusée par le Sénat, pour rétablir une justice minimale. Surtout à une époque où les écarts de revenus se creusent comme jamais, où l'évasion fiscale prend une ampleur inédite, contribuant au déclin des ressources si nécessaires pour investir. Une richesse cachée qu'il importe de divulguer et de réduire. Une régression fiscale, dénoncée depuis déjà des années, s'exerçant dans le dos ou avec la complicité de Bercy? Un détournement de grande ampleur. " ...Les partisans de cette mesure, dont Gabriel Zucman, Olivier Blanchard, Jean Pisani-Ferry et plusieurs lauréats du « prix Nobel » d’économie comme Esther Duflo, Joseph Stiglitz et Paul Krugman, fondent leur argumentation sur un constat d’inégalité fiscale. Selon leurs recherches, les ménages les plus riches, et notamment les milliardaires, sont proportionnellement moins imposés que le reste de la population. Gabriel Zucman avance que si le taux de prélèvements obligatoires moyen en France avoisine 52 % du revenu national, le taux effectif d’imposition des milliardaires se situerait plutôt aux alentours de 26 % de leur revenu économique. Cette différence s’expliquerait par le fait que la richesse des « ultra-riches » est principalement constituée d’actifs financiers et professionnels dont la valeur augmente sous forme de plus-values latentes. Ces gains ne sont imposés que lorsqu’ils sont réalisés (par exemple, lors de la vente d’actions), ce qui permet aux détenteurs de ces fortunes d’afficher un revenu imposable très faible par rapport à l’accroissement réel de leur patrimoine. Pour les promoteurs de la taxe, l’impôt plancher viendrait donc corriger cette distorsion et renforcerait le principe d’égalité devant les charges publiques, un enjeu qu’ils jugent essentiel pour la cohésion sociale et le financement des services publics et de la transition écologique. Les recettes estimées par Gabriel Zucman se situeraient entre 15 et 25 milliards d’euros par an..." L'auteur s'adressait récemment aux plus hautes instances: ".... Au lieu de faire payer aux milliardaires leur juste contribution, le gouvernement a choisi de s’en prendre d’abord aux retraités : 5 milliards de baisses de revenus pour nos parents et grands-parents. 5 milliards, c’est ce que rapportait l’impôt sur les grandes fortunes (ISF) qui a été supprimé par Emmanuel Macron en 2017. Protéger les milliardaires et s’acharner sur les grands-mères et grands-pères : ce qui se prépare est inacceptable. Mais ce n’est pas tout : fiscalisation des indemnités pour maladies du travail et pour accidents professionnels, nouveaux impôts sur les biscuits et les barres céréalières, baisse de l’allocation rentrée scolaire, etc. Reconnaissons la créativité dont le gouvernement fait preuve pour défendre les privilèges fiscaux des ultra-riches : il n’y a dans ce budget aucune mesure pour les faire rentrer dans le champ de la solidarité nationale. Aucune. Ces derniers ont pourtant vu leur richesse exploser ces 30 dernières années. Selon le magazine Challenges, en 1996, la richesse des 500 plus grandes fortunes s'élevait à 80 milliards d'euros, soit 6 % du PIB de l'époque. En 2026 : 1076 milliards d'euros, soit 35 % du PIB. Ce qui signifie que si ces 500 plus grandes fortunes dépensaient tout leur argent, elles pourraient acheter plus d’un tiers de tout ce qui est produit en France (biens et services) une année donnée. Malgré l’explosion de leur fortune, les milliardaires ne contribuent pas aujourd’hui à hauteur de ce qui est demandé aux autres catégories sociales — salariés, cadres, indépendants, etc.Ils jouissent d’un privilège fiscal qui bafoue le principe fondamental d’égalité devant l’impôt affirmé par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. L’impôt plancher de 2 % que je défends vise à corriger cette anomalie. Cette mesure ne concernerait que les foyers fiscaux possédant plus de 100 millions d’euros de patrimoine, au nombre de 1 800 environ. Elle permettrait simplement de s’assurer que les ultra-riches contribuent aux charges communes à la même hauteur que les autres citoyens. Cette mesure rapporterait de l'ordre de 20 milliards d'euros par an. Pour avoir un ordre de grandeur, mettons cela en rapport avec le budget proposé par le gouvernement. Baisse des retraites : 5,5 milliards d’euros attendus. Baisse des allocations familiales et de l’allocation rentrée scolaire : 1,1 milliardTaxes sur les biscuits : 300 millions Les annonces de M. Lecornu vont perpétuer la rupture de l’égalité devant l’impôt. Elles consolident le triomphe de l’injustice fiscale et sociale. Et mettent en péril nos finances publiques. Car les faveurs consenties aux grandes fortunes et aux grandes entreprise se trouvent au cœur du dérapage de nos finances publiques : contrairement à ce qu’affirment un certain nombre de médias et de responsables politiques, nous avons avant tout un problèmes de recettes publiques et non de dépenses publiques. Le gouvernement a choisi de réduire les recettes fiscales du pays. Depuis 2017, ce sont 2 points de PIB de recettes qui manquent à l’appel, soit 60 milliards d’euros par an. C’est l’équivalent du budget de l’éducation nationale qui s’est volatilisé. D’après les travaux de l’OFCE, ce manque à gagner provient de différentes réformes et cadeaux fiscaux : suppression de l’ISF, baisse de l’impôt sur les sociétés, “flat tax” sur les revenus du capital, suppression de la taxe d’habitation, etc. Nombreux ont bénéficié aux acteurs économiques les plus privilégiés. D’autres choix budgétaires sont devenus impératifs. Peut-on continuer à tolérer que les grandes multinationales aient des taux d’imposition plus faibles que les PME, artisans et boulangers ? Peut-on continuer à tolérer que TotalEnergies ne paie pas ou presque d’impôt sur les sociétés en France ? Peut-on tolérer que les grands groupes multinationaux, dont les profits explosent, puissent payer encore moins en 2027 qu’en 2026, comme le prévoit le budget ? Non, bien évidemment que non. Il n’y a guère de raison de mettre à contribution qui que ce soit avant de s'être assuré que les milliardaires ne paient pas moins d’impôt que les classes moyennes et que les grandes entreprises ne paient pas moins que les PME. C’est simple, c’est basique. Nous comptons sur la représentation nationale et les partis politiques attachés à la justice pour défendre le principe d’égalité devant l’impôt et l’abolition du privilège fiscal des ultra-riches..." ________________________
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