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samedi 12 avril 2008

Fonction Publique : culte de la performance ?


Quand la logique des entreprises privées dénature les missions et le fonctionnement des services publics...
De l'efficacité, bien sûr, du résultat quantifiable à tout prix et à court terme, non...

Fonction publique : le désastre annoncé de la «culture du résultat»:
"...Une révolution, à la fois peu médiatisée et porteuse de graves périls, est en train de se produire: la profonde démoralisation de la fonction publique française. Elle touche la plupart de ces piliers de l'Etat que sont les fonctionnaires des finances, des préfectures, des hôpitaux, les policiers et les gendarmes, sans parler des enseignants, des juges, etc..Un des volets importants est l'introduction de la supposée « culture du résultat » généralisée par la «LOLF». De quoi s'agit-il ? Ce terme barbare désigne la «loi organique sur les lois des finances» votée sous le gouvernement Jospin et qui est depuis bientôt huit ans la bible de la réforme de l'Etat (un député socialiste, Didier Migaud, a même fondé un «club des amis de la LOLF»). Outre une réforme profonde de la comptabilité publique – dans le sens de la complication, bien sûr - elle institue un «pilotage par objectifs» des services fondé sur des résultats chiffrés ayant l'ambition de «mesurer la performance»... Cette réforme qui fait illusion aux yeux de l'opinion repose en effet sur plusieurs erreurs.
D'abord la plupart de ces indices de résultats peuvent être manipulés et, n'en doutons pas, le sont déjà. Les gendarmes savent depuis belle lurette comment se placer au bord des routes pour faire le plus de PV possible tout en laissant à découvert des endroits plus dangereux mais où il est difficile de «coincer» les automobilistes...
On ne saurait comparer l'activité de l'Etat dont les finalités sont multiples et dont l'efficacité ne peut se juger que par des critères complexes pas toujours quantifiables et celle d'une entreprise dont un indicateur unique, le profit , dit si elle marche bien ou mal.
Au demeurant, il est erroné d'assimiler l'Etat à une série de programmes ou à des «actions» : il est d'abord le garant de la stabilité, de l'ordre et de la justice : à quel «programme» se rattachait saint Louis rendant la justice sous un chêne, prototype il est vrai bien lointain, de la puissance régalienne ...et de la justice de proximité ?
Réduite à quelques indicateurs, l'activité d'un organisme sera infléchie en fonction de ceux-ci : par exemple un commissariat de police laissera tomber les multiples petits services qui assurent ses bonnes relations avec la population parce qu'ils ne sont pas pris en compte dans les statistiques...Une partie de ces primes est indexée sur les résultats, mais généralement à l'échelle du service dans son ensemble et non pas des individus, ce qui accroît un peu partout les tensions.
Surtout le pouvoir discrétionnaire de la hiérarchie, jusque là limité par les règles d'ancienneté ou le contrôle des commissions paritaires, est élargi. Les fonctionnaires ont le sentiment d'être livrés pieds et poings liés à l'arbitraire de leurs chefs, petits ou moyens, cela à une époque où bien peu de gens apprennent encore dans leur famille ou à l'école ce principe éthique élémentaire que l'exercice d'un pouvoir quel qu'il soit est subordonné à un souci de justice, cette ascèse dont on sait combien elle est difficile, selon laquelle il faut savoir faire abstraction de ses sentiments personnels. ..Le découragement se trouve aggravé par une réformite tout azimut, fondée sur l'idée qu'une structure dynamique se doit de bouger pour bouger, sans considération de la nécessité réelle des réformes. Après la «rationalisation des choix budgétaires», la déconcentration, l'évaluation, le dernier gadget à la mode est la «révision générale des politiques publiques» : des cabinets d'audit privés, très peu au fait de la culture et des spécificités du secteur public mais payés très chers, déstabilisent les uns après les autres les services en remettant systématiquement en cause leur utilité (alors qu'un décorticage empirique des procédures eut suffi à faire des économies)... Erreur totale de conception, ignorance profonde de la spécificité de l'organisation de l'Etat, de la culture propre à la fonction publique française, inefficacité par rapport au principal objectif qu'une politique authentiquement libérale doit d'abord s'assigner, la diminution de la charge fiscale : tels sont les ressorts de la dérive inquiétante à laquelle nous assistons. Tous les penseurs libéraux ont dit que l'économie de marché exige un Etat sobre mais solide garantissant au moindre coût les règles du jeu. C'est en sens inverse que l'on va : un Etat mou et démotivé, toujours obèse et de moins en moins efficace. Voilà à quoi mène le pseudo-libéralisme brouillon de nos élites politico-admistratives. " (Roland Hureaux)
- La modernisation de la gestion de la fonction publique
-Le Gouvernement accélère son offensive contre la Fonction publique
-L'AGCS - Vers la privatisation totale des services publics
-Privatisation, multinationales et démocratie
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-Police: faire du chiffre ?
-L'école entreprise ?
-Vous avez dit gouvernance ?
-Public management in Europe:
"...La notion de gouvernance paraît donc en phase avec le développement des formes de gestion néolibérales en cours depuis les années 80. Elle permet de repenser le rôle de la « société civile » dans le fonctionnement de la politique, de mettre la logique des intérêts particuliers au cœur de la gestion étatique, et d’affaiblir le pouvoir politique, les notions de souveraineté et de citoyenneté, de ramener la gestion des hommes à celles des choses, de donner la priorité au court terme sur le long terme, d’installer la logique de l’entreprise au cœur même du politique. Elle consacre, comme le blairisme le montre avec clarté, une intrumentalisation du politique au service d’une libéralisation, qui limite le rôle du gouvernement et du parlement, qui fait entrer des acteurs non-gouvernementaux dans le processus de décision politique, qui vise à privatiser les services publics par l'installation d'une réglementation purement "économiste".La « bonne gouvernance », explique Marie-Claude Smouts, directrice de recherche au CNRS, c’est « un outil idéologique pour une politique de l’Etat minimum ». Un Etat où, selon Ali Kazancigil, directeur de la division des sciences sociales, de la recherche et des politiques à l’Unesco, « l’administration publique a pour mission, non plus de servir l’ensemble de la société, mais de fournir des biens et des services à des intérêts sectoriels et à des clients-consommateurs, au risque d’aggraver les inégalités entre les citoyens et entre les régions du pays ». En bref, l’habillage institutionnel des plans d’ajustement structurel et du « consensus de Washington »"
-De la gouvernance ou la constitution politique du néo-libéralisme
- Pour un bilan du blairisme (blairisme et culture des "objectifs)
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- L'individu et le marché

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