Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

jeudi 12 février 2026

Marche ou crève...

 Les effets de la sédentarité

            Alimentation irrationnelle et usage immodéré des portables

                                      On s'en doutait

Il serait temps de se bouger!        Sinon...       __________________________________

Varia

 __ Dépendance

__ Bagatelle

__ Bore out

__ Starlink

__ En progression

__ Défi iranien 

__ Course folle

__ Plan cybersécurité

__ Estonie et Ukraine

__ Ukraine: hiver noir

__ Sauver la face?

__ Le vrai Marat

__ Argot d'aujourd'hui

__ Contrôle électoral

__ Livre: contrôle politique?

__ USA: presse en péril                               

__ Des bébés ou des robots?

__ Stratégie israëlienne

__ Do you speak algospeak?

__ Pour un capitalisme différent

                              _______________ Revue de presse  __________

mercredi 11 février 2026

Duplomb...dans l'aile

Qu'attendre de la nouvelle loi?

             Une régression. Le doute rationnel n'est plus un rempart. Les lobbies veillent...

                       Les risques, bien réels, son déniés.  Aux USA: la déréglementation devient totale. Ecologie en berne.


_ Des alternatives sont possibles _

                                      Aux dépends des agriculteurs eux-mêmes.


                                  " ...Voulons-nous d’un “printemps silencieux” ? C’est la question que devraient se poser ce mercredi tous les parlementaires, alors que se tient à l’Assemblée un débat sur la “loi Duplomb”. Ce texte, qui prévoyait notamment la réintroduction de certains néonicotinoïdes, a été adopté mais censuré par le Conseil constitutionnel.
                2 131 368 ! C’est le nombre de Français qui ont signé la pétition lancée l’été dernier contre la “loi Duplomb”, qui prévoyait la réintroduction de pesticides nocifs pour les insectes pollinisateurs. Le succès de cette initiative populaire a rendu possible le débat qui s’est tenu aujourd’hui au Parlement. Il devait notamment avoir pour objectif d’évaluer les enjeux du principe de précaution et les moyens de protéger les agriculteurs contre la concurrence étrangère… tout en restant seulement informatif. La loi destinée à “lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur” a en effet déjà été adoptée – et la réintroduction de ces pesticides censurée par le Conseil constitutionnel, considérant que le législateur doit “veiller à ce que les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne compromettent pas la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins”. Cette décision fait directement écho à l’impératif du philosophe Hans Jonas, formulé en 1979 dans Le Principe responsabilité : “Agis de telle sorte que tes actions soient compatibles avec la permanence d’une vie authhentiquement humaine sur la Terre” !



      "Le sénateur Duplomb a cependant de l’aplomb… Il a déposé en février une nouvelle proposition de loi pour réautoriser l’usage de deux de ces pesticides. L’élu joue non seulement des incertitudes scientifiques qui entoureraient leurs effets – à la manière des “marchands de doute” dont parle l’historienne des sciences Naomi Oreskes –, mais il réactive aussi une fausse opposition entre l’économie et l’écologie. Or, ce que montrent les études scientifiques, ce sont plutôt les effets délétères de l’usage de ces pesticides pour l’économie elle-même. Le biologiste Marc-André Selosse, dans un bref essai qui vient tout juste de paraître De la biodiversité comme un humanisme (Libelle-Seuil), rappelle d’abord que les maladies liées à la pollution de l’environnement coûtent cher à la communauté. Mais “la perturbation de la fonction de pollinisation par les insectes affecte aussi la rentabilité […]. D’ores et déjà, selon les estimations, de 28 à 61 % des écosystèmes agricoles manquent de pollinisateurs, et cela limite la production, surtout pour les myrtilles, le café et les pommes. Le manque à gagner annuel est estimé, selon l’IPBES [Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques], entre 230 et 580 milliards d’euros par an”. Le problème n’est donc pas que de santé publique, il est aussi économique. Et philosophique ? "... (Philosophie magazine)            ______________________________

Libéralisation à tout va

     Le New Public Management est passé par là...

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Cisjordanie. Et après?

     Etouffement, destructions, maillage et encerclement

                                                            Après l'anéantissement de Gaza, qui en parle?  Le projet du "Grand Israël" suit son cours. A bas bruit aujourd'hui, mais selon une logique qui n'a pas varié. La colonisation par la construction, l'implantation, n'est pas nouvelle, mais s'intensifie, depuis la guerre des six jours.« Nous construirons l’Etat juif ici, sur le terrain »déclarait ainsi, le 30 mai,  le ministre de la défense, Israel Katz, en saluant la création de nouvelles colonies..  Dans un quasi silence médiatique et diplomatique. A Hébron et ailleurs, on détruit, on construit. Jeunes en têteRapidement. 


           Dans les faitsla Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, est déjà annexée. Sur les cartes officielles israéliennes, la ligne verte qui sépare ce territoire palestinien de celui d’Israël n’est pas tracée ; elle n’existe pas davantage dans l’esprit de nombre d’Israélien·nes. Chaque matin, aux checkpoints, de longues files de voitures israéliennes passent d’ailleurs de la Cisjordanie à Israël avec la même facilité que des automobilistes franchissant un péage sur une autoroute française. Tout un réseau de lignes de bus maille le territoire de la mer Méditerranée au Jourdain, reliant les colonies aux grandes villes israéliennes.    Les colons « jouissent des mêmes droits et avantages que les Israéliens vivant à l’intérieur d’Israël », rappelait d’ailleurs un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme publié le 7 janvier, et qui met en évidence les discriminations entre Palestiniens et colons juifs en Cisjordanie – y compris à Jérusalem-Est. L’armée israélienne d’occupation mène des incursions quotidiennes dans les villes en zones A et B, censées être sous juridiction administrative de l’Autorité palestinienne, selon les accords d’Oslo. Israël a déjà le plein contrôle sécuritaire et administratif de la zone C, qui représente 60 % de la Cisjordanie et où se trouve l’immense majorité des colonies.                                       «Enterrer l’idée d’un État palestinien». C'est avec ces mots que le ministre fasciste israélien Bezalel Smotrich a salué les nouvelles règles validées par Israël le 8 février. Il a même ajouté : «Nous approfondissons nos racines dans toutes les régions de la Terre d’Israël». Le ministre de la Défense Israël Katz parle quant à lui d'un intérêt «sécuritaire, national et sioniste de premier ordre». Ce dimanche, le gouvernement d'extrême droite israélien a annoncé une série de «mesures techniques» pour faciliter et amplifier l'implantation de nouvelles colonies sur les territoires palestiniens. Maintenant que Gaza a été totalement anéantie et annexée de facto – puis qu'Israël a déjà imposé de nouvelles frontières, la «ligne jaune», réduisant d'un tiers la surface de Gaza, et s'apprête à prendre le contrôle sur le reste de ce territoire avec le soutien de Trump – il s'agit de voler les dernières terres de Cisjordanie pour liquider ce qu'il reste de la Palestine. Ainsi, ces règles vont renforcer le contrôle militaire, administratif et civil d'Israël sur les territoires occupés de façon illégale depuis 1967. Concrètement, il s'agit de faciliter l'achat de nouvelles terres par les juifs Israéliens : «Les Juifs vont pouvoir acheter en Judée-Samarie [le nom religieux donné à la Cisjordanie par les sionistes] comme à Tel-Aviv ou Jérusalem». Le mouvement des colons, massivement financé par des réseaux internationaux et épaulé par l'armée israélienne, vont utiliser l'immobilier comme une arme coloniale. Le gouvernement liquide également ce qu'il restait des accords d'Oslo de 1993, un texte qui partageait la Cisjordanie en trois zones. La zone A devait rester sous contrôle total de l'autorité palestinienne, la B dans laquelle Israël pouvait intervenir seulement en matière «sécuritaire», et la C sous contrôle israélien. Les nouvelles mesures permettent à l’État colonial d'intervenir partout «dans les domaines de l’archéologie et de l’environnement». Un prétexte cynique : par le passé, des soi-disant «recherches archéologiques» ont permis à Israël de détruire des villages et des maisons palestiniennes officiellement pour réaliser des fouilles, mais pour ensuite les annexer. Il en va de même pour l'écologie : d'un côté, Israël dévaste les champs d'oliviers et les ressources des palestinien·nes, de l'autre, elle utilise l'agriculture et la plantation de nouveaux arbres pour prendre des terres qui ne lui appartiennent pas. Dans la ville d'Hébron, Israël retire à la municipalité ses responsabilités en matière d’urbanisme, afin de développer les colonies situées dans la ville et de pouvoir modifier un site sacré pour les musulman·nes. ___ Le 7 octobre 2023 n'était qu'un prétexte pour organiser la phase finale du nettoyage ethnique de la Palestine. La Cisjordanie n'a aucun lien avec les attaques, et elle subit pourtant une colonisation accélérée et une politique de terreur imposée par Israël. Depuis 2023, des milliers d’hectares de terres palestiniennes ont été volées par les colons, et de véritables pogroms racistes sont organisés régulièrement contre des villages palestiniens. Plus d'un millier de Palestinien·nes ont été tué·es par l’armée et les colons depuis octobre 2023, les arrestations se comptent par dizaines de milliers, des destructions de routes et d'infrastructures sont menées partout par l'armée coloniale, des actes de torture ont lieu dans les prisons.Tout est fait pour rendre chaque parcelle de terre palestinienne restante invivable.

En août dernier Smotrich déclarait déjà : «Nous allons enterrer l’État palestinien, les européens n’auront plus rien à reconnaître», et validait du même coup la construction de 3400 logements israéliens dans une zone de Jérusalem peuplée de palestinien·nes. La «reconnaissance» de la Palestine par les dirigeants français et anglais en septembre dernier est effectivement sans effet, puisqu'il ne restera bientôt plus de territoire palestinien. La seule solution est donc un seul État, décolonisé et multiconfessionnel, avec une égalité des droits pour tou·tes les habitant·es."
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mardi 10 février 2026

L'entremetteur universel

 Au delà du complot

Epstein : l'entremetteur universel ? _____________ Si cette "affaire" nous sidère, c'est parce qu'elle place ce personnage sinistre au cœur de plusieurs nœuds de l'histoire récente (le poutino-trumpisme, notamment, mais pas seulement). Un effet Zelig, en quelque sorte. Mais je pense qu'elle révèle surtout la sociologie des élites d'aujourd'hui, qu'a décrite Christopher Lasch dans "La Révolte des élites". "L'entremetteur universel", c'est d'ailleurs la manière dont Marx désignait l'argent.


[Mon édito sur Philosophie magazine, en accès libre (lien en premier commentaire). ]
"Vous vous souvenez de Zelig ? Dans ce faux film d’époque, Woody Allen introduit un modeste personnage dans les lieux les plus improbables. On le voit à côté de Hitler, en compagnie du pape, dans des cercles psychanalytiques, des matchs de base-ball et des soirées huppées. Cet inconnu participe secrètement aux plus grands événements historiques de son temps. Jeffrey Epstein est le Zelig de notre époque. Tiens, il connaissait bien Woody Allen.
­ Mais Epstein fait plus fort que Zelig. A-t-il été mêlé à la crise des subprimes en 2008 ? Des documents montrent son rôle possible dans l’effondrement de la banque Bear Stearns, premier acte de la catastrophe financière. A-t-il joué un rôle dans la désagrégation de la monarchie britannique ? Il offrait des services sexuels au prince Andrew. A-t-il participé au financement du Rassemblement national ? Steve Bannon comptait sur lui pour venir au secours de partis de droite populiste en Europe. Était-il une pièce centrale de l’influence des services secrets russes sur Donald Trump ? Lisez l’enquête de l’historienne Françoise Thom détaillant les multiples liens entre Epstein et la Russie. Les vidéos des ébats qui avaient lieu sur son île atterrissaient-elles dans des bureaux russes pour alimenter la plus grande opération de kompromat de l’histoire ? Travaillait-il aussi pour le Mossad israélien ? Cela ne l’empêchait pas de discuter de grammaire (dé)générative avec Noam Chomsky, de tutoyer les têtes couronnées et les géants de la “tech”, de faire de la philanthropie, de participer à des colloques et de gloser sur la gravitation universelle ou les limites de la mathématisation du réel.
Avec l’affaire Epstein la réalité dépasse le complot. Le réel est dévoré par le mythe. Sous les traits d’une figure démoniaque, comme le dit si bien la chanson des Rolling Stones, il participe à tous les plus atroces événements de son temps. D’ailleurs, quand Steve Bannon lui demande s’il est le diable en personne, il feint l’innocence et interrompt l’entretien. ____ Il revient aux enquêtes journalistiques et à la justice de faire la part des choses et de dissiper la sidération qui a gagné les esprits. Car les révélations autour d’Epstein, qui font tomber les têtes dans le monde entier, pourraient nous faire croire que nous n’avons rien compris à l’Histoire. Celle-ci ne serait pas guidée par l’action des peuples et des grands hommes. Elle ne serait pas non plus le fruit de forces sociales et économiques. Non, elle serait le jouet de machinations liant malversations financières, corruption des élites de tous champs et de tous bords, et violence sexuelle sur les plus faibles. Ce qui passait jusqu’à présent pour un délire de complotistes – un assassinat maquillé en suicide, et puis quoi encore ! – prend une vigueur inattendue. Je pense qu’on n’en mesure pas encore les conséquences. Si l’affaire Epstein ébranle Donald Trump, elle conforte le trumpisme. Si la publication des dossiers est une victoire de la transparence, elle risque de faire passer la démocratie pour un jeu de dupes contrôlé par des groupes de pervers. Et pour les pays du Sud ou de l’Est, elle est le dernier clou sur le cercueil de l’Occident décadent. ____ Mais ce retour inopiné de la théologie dans l’histoire occulte à mon avis la question principale, philosophique et sociologique. Marx appelait l’argent “l’entremetteur universel” (Manuscrits de 1844), qui permet de convertir “le besoin en objet”, la personne en chose, se concluant en “perversion et confusion de toutes les qualités humaines et naturelles”. Epstein radicalise cette proposition car il est devenu lui-même l’entremetteur universel. Il a augmenté sa fortune et celle des autres en mettant en relation des hommes avec leurs victimes, mais aussi entre eux. Si la liste des personnes qu’il connaissait est si vertigineuse, si elle comprend des capitaines d’industrie, des politiques, des financiers, des princes, des intellectuels et des artistes, c’est parce que les affaires mondialisées reposent sur ces mises en relation. Epstein n’est pas le chaînon manquant de l’histoire contemporaine. Il est celui qui a le mieux compris le principe de l’entremise comme moteur du monde d’aujourd’hui.
_________ J’ai alors rouvert La Révolte des élites (1994) de Christopher Lasch. Analysant la mutation sociale provoquée par la mondialisation, le sociologue décrit la sécession de “ceux qui contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignement supérieur, génèrent les instruments de la production culturelle” face à la sous-humanité des classes populaires et moyennes appauvries. Cette nouvelle élite ne se définit pas, d’après lui, par l’idéologie – Epstein était aussi copain avec Trump qu’avec Chomsky, avec Jack Lang qu’avec Bannon – mais par un mode de vie, mobile et léger. Selon lui, “les nouvelles élites sociales ne se sentent chez elles qu’en transit, sur le chemin d’une conférence de haut niveau, de l’inauguration de gala d’un nouveau magasin franchisé, de l’ouverture d’un festival international de cinéma, ou d’une station touristique encore vierge”. C’était le rêve éveillé que vivait Epstein et qu’il promettait à ses contacts de partager : “une expérimentation incessante, qui dure toute leur vie”, écrit encore Lasch.
______Ce dernier voit dans cette émancipation des élites un danger pour la démocratie. Le sentiment d’appartenir à une classe hyperprivilégiée, solidaire et déliée de toute obligation morale, crée nécessairement des déséquilibres et des crises : révoltes, ploutocratie, désir d’ordre autoritaire. La conclusion de Lasch est simple : “La difficulté de limiter l’influence de la richesse suggère que la richesse elle-même demande à être limitée. Quand l’argent parle, tout le monde est condamné à écouter. Pour cette raison, une société démocratique ne peut autoriser une accumulation illimitée du capital.” Est-il trop tard pour s’en apercevoir ? " [ Michel Eltchaninoff _ Philosophie Magazine] ________________


La leçon d'Umberto

 L'explication ne suffit pas,                                                                                                                                                                          Mais l'analyse est pertinente, surtout si si on se réfère aux projets implicites , , ,surtout marchands, des fondateurs des principaux et des plus populaires réseaux, certains plus que d'autres. Des précautions s'imposent. La culture du narcissisme y sévit partout. Qui ne tombe pas dans le piège algorithmique  de l'érosion de l' attention et de l'esprit critique?

" En 2015, un philosophe italien de 83 ans a décrit, avec une précision déstabilisante, ce qui allait détruire la conversation rationnelle. Nous vivons désormais dans le monde qu’il avait averti. Umberto Eco a consacré sa vie à comprendre comment les gens communiquent. Médiéviste, sémioticien et auteur du roman intellectuel "Le Nom de la rose", Eco a étudié la manière dont les idées se propagent, comment le langage façonne notre perception du réel et comment les sociétés définissent ce qui constitue la vérité. Quand les réseaux sociaux ont commencé à dominer la vie publique, Eco a observé avec une inquiétude croissante. En juin 2015, lors d’une interview en Italie, il a été interrogé sur l’effet d'Internet sur la société. Sa réponse a été directe et provocatrice : _______ "Les réseaux sociaux donnent à des légions d'idiots le droit de parler, là où auparavant ils ne s'exprimaient que dans un bar après un verre de vin, sans nuire à la communauté. À l'époque, ils étaient rapidement ignorés. Maintenant, ils ont le même droit de parole qu'un lauréat du Prix Nobel." Il qualifia cet état de "l'invasion des idiots".

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Certains l'ont accusé d'arrogance, de vouloir museler le peuple, de manquer de démocratie. Mais cela ne correspondait pas à son propos. Eco ne s'opposait pas à la liberté d'expression. Il mettait en garde contre les conséquences d’un monde où l’expertise perd de sa valeur et où des années d’études et de preuves sont considérées sur le même pied que l’intuition ou l’opinion d’un inconnu.
Pendant des siècles, le discours public avait des filtres : les journaux avaient des éditeurs, les éditeurs s'appuyaient sur des vérifications des faits, et les universités utilisaient des revues par les pairs. Bien que ces systèmes aient été imparfaits et aient parfois exclu des voix légitimes, ils imposaient une certaine responsabilité. Si vous vouliez publier une affirmation médicale, vous deviez fournir des preuves. Si vous vouliez influencer l’opinion publique, vous deviez avoir de la crédibilité. Si vous répandiez des faussetés, des conséquences suivaient.
L'Internet a effacé ces barrières. Soudainement, n’importe qui pouvait atteindre des millions de personnes. Un adolescent postant depuis sa chambre avait la même tribune qu’un universitaire chevronné. Un théoricien du complot pouvait attirer autant d'attention qu'un journaliste ayant vérifié les faits pendant des mois. Et ce sont les voix les plus extrêmes qui se sont propagées le plus rapidement.
Les plateformes sociales ne récompensent pas la précision. Elles récompensent l’engagement. La colère, la peur et la certitude absolue se répandent mieux que la nuance. Un message expliquant qu’un problème est complexe et mérite une réflexion approfondie passe rarement à grande échelle. Un message criant que tout le monde est trompé explose dans les fils d’actualité.
Eco a observé ce phénomène se déployer : les croyants à la Terre plate se sont trouvés, se sont organisés. Les mythes sur les vaccins ont circulé plus vite que les conseils de santé publique. Les fausses informations politiques, facilement réfutées, sont devenues des récits alternatifs largement acceptés.
Il a vu le respect pour l'expertise s'effriter. Les climatologues avec des décennies de recherches ont été défiés par des blogueurs sans formation. Les médecins ont été rejetés au profit d'influenceurs vendant des produits de bien-être. Les historiens ont été éclipsés par ceux qui prétendaient avoir fait "leurs propres recherches".
Eco comprenait une distinction fondamentale : donner à tout le monde une voix est une belle idée. Traiter chaque voix comme ayant la même autorité est dangereux. Un post d’un proche sur les vaccins n'est pas équivalent à une étude médicale révisée par des pairs. Une allégation virale de fraude électorale n'est pas comparable aux données officielles de vote. L’opinion d’un influenceur sur le changement climatique n’a pas le même poids que le consensus scientifique de la NASA.
Mais en ligne, ils apparaissent identiques. Ils se trouvent côte à côte dans les fils d'actualités, avec le même design, la même mise en valeur, la même poussée algorithmique. Les plateformes ne disent pas aux utilisateurs quelles informations proviennent des experts et lesquelles viennent de personnes sans connaissance pertinente. Elles présentent simplement tout et laissent l’audience trier le reste.
C'est ce que Eco entendait par "l'invasion des idiots". Pas que les gens ordinaires manquent d’intelligence, mais que les systèmes amplifient les voix les plus fortes et les plus confiantes, indépendamment de leur compétence.
Le 19 février 2016, Umberto Eco est décédé à l'âge de 84 ans. Il n’a pas vécu pour voir à quel point son avertissement se concrétiserait. Il n'a pas vu une pandémie mondiale où la désinformation a circulé plus vite que la maladie, incitant les gens à faire plus confiance aux publications sur les réseaux sociaux qu'aux médecins, avec des conséquences fatales. Il n'a pas vu des millions de personnes convaincues que des élections avaient été volées sur la base de revendications virales sans fondement, ni l'essor de l’intelligence artificielle permettant la création de vidéos truquées réalistes, ou l’invasion des plateformes par des comptes automatisés inondant les utilisateurs de propagande.
Mais il a identifié le danger central. Quand chaque opinion est traitée comme également valide, la vérité devient simplement une opinion parmi d'autres.
Eco ne prônait pas la censure. Il appelait à un respect renouvelé de l’expertise, des preuves et du travail nécessaire pour comprendre des réalités complexes. Il nous rappelait que, bien que tout le monde ait le droit de s’exprimer, toutes les affirmations ne méritent pas d’être crues.
Avant sa mort, Eco a réfléchi sur l'héroïsme, affirmant que le véritable héros est toujours un héros par accident, celui qui rêve d'être un simple et honnête lâche comme tout le monde. Dans notre moment actuel, l’honnêteté intellectuelle exige du courage. Admettre l'incertitude, rechercher des connaissances expertes et changer d’avis face aux preuves ne sont plus des comportements récompensés. Les plateformes favorisent la certitude. Les algorithmes privilégient l’indignation. L'attention se porte sur celui qui crie le plus fort.
Être prudent, réfléchi et humble sur ce que l’on sait est devenu un acte radical.
Umberto Eco a consacré sa vie à étudier comment la signification est créée et partagée. Il a vu Internet remodeler la communication de manière qui l’a profondément troublé. Pas parce que les gens parlaient, mais parce que la vérité était enfouie sous le bruit.
Son avertissement en 2015 n’était pas un rejet amer. C’était un acte de soin, pour le savoir, pour le discours public et pour la possibilité de se comprendre à travers la raison plutôt que par loyauté tribale.
Nous vivons dans le monde qu’il redoutait. Le problème n’a jamais été que des voix insensées apparaissent. Elles ont toujours été là. Le problème, c’est qu’elles sont désormais amplifiées tandis que l'expertise est ignorée. "
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lundi 9 février 2026

Sac de noeuds

 Reconstruire une gauche crédible...

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Kurdistan: nation impossible?

 Pour quand le Kurdistan?             Une peuple fragmenté, dispersé                                                                                                                                                                          Depuis le début  du XX° siècle. Mais bien vivant. A la recherche d'une nité problématique. un peuple bien vivant et spécifique, à à l'histoire singulière, où les femmes jouent un rôle de premier plan, dans les frontières syriennes, turques ,etc..                                                                                      Une unité introuvable, au coeur d'un Moyen_Orient compliqué.

                              Périodiquement, les Kurdes, ces descendants des Mèdes, font parler d'eux.
   Tantôt en Irak, moins en Iran,depuis plus longtemps en Turquie, où ils sont les plus nombreux et souvent les plus contestés par les régimes successifs.
    Ils ont connu une histoire compliquée.
Divisés depuis 1635, ce peuple indo-européen, malgré ses fractures internes, connaît régulièrement de fortes aspirations  à l'unification et à l'indépendance.
   Mais n'a-t-on pas affaire là, dans la phase actuelle de l'histoire moyen-orientale, à un mythe? L'unité est plutôt culturelle. (vidéo)
  C'est à partir de le fin de l'empire ottoman que les problèmes surgissent, avec la montée du nationalisme kurde.
 C'est à la conférence de paix de Paris (1919) que se décida le sort des Kurdes. En 1920, le traité de Sèvres prévoit la division de l'Empire ottoman et évoque notamment la possible autonomie des provinces kurdes avec à terme la création d'un État kurde indépendant. Cependant en 1923, le traité de Lausanne, signé après le refus du précédent traité par Mustafa Kemal, revient sur cette autonomie
   A cheval entre la Syrie, l'Iran et la Turquie, les Kurdes semblent en avoir fait leur deuil, ce qui n'interdit pas certains échanges transfrontaliers    (*)


    La société kurde aborda la Première Guerre Mondiale divisée, décapitée, sans projet collectif pour son avenir. En 1915,les accords franco-britanniques dits de Sykes-Picot (*)prévoyaient le démembrement de leur pays. Cependant les Kurdes étaient en conflit sur le devenir de leur nation. Les uns, très perméables à l'idéologie "pan-islamiste" du sultan-calife, voyaient le salut du peuple kurde dans un statut d'autonomie culturelle et administrative dans le cadre de l'Empire ottoman. D'autres, se réclamant du principe des nationalités, des idéaux de la Révolution française et du président Wilson des Etats-Unis, combattaient pour l'indépendance totale du Kurdistan.
Le clivage s'est accentué au lendemain de la défaite ottomane face aux Puissances Alliées, en 1918. Les indépendantistes formèrent une délégation dépéchée à la Conférence de Versailles pour présenter "les revendications de la nation kurde".
  Le Kurdistan reste donc de l'ordre de l'imaginaire.
Le monde kurde reste fragmenté et toujours soumis à un éclatement problématique.
Le double jeu de Erdogan, après des négociations fragiles,dans un contexte de méfiance et de peur, a de nouveau conflictualisé l'opposition en Turquie.
   Une stratégie qui ne trompe personne. Le  12 octobre 2015 : l'attentat meurtrier à Ankara suite à la rupture de la trêve entre les Turcs et les Kurdes relance le conflit. Conflit qui remonte à la naissance de la Turquie, accouchée au forceps par Moustafa Kémal.
  La turcisation forcée d'après guerre, après l'alliance contre le peuple arménien, témoigne d'un double jeu déjà ancien.

  Les Kurdes doivent désormais compter aussi avec la duplicité du président turc Erdogan qui fait mine de combattre les djihadistes sur le territoire syrien, mais frappe avant tout les Kurdes, en Turquie comme en Irak et en Syrie
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(*)    ____Jusqu'à sa victoire définitive sur les Grecs en 1922, Mustafa Kemal n'a cessé de promettre la création d'un Etat musulman des Turcs et des Kurdes. Il était ouvertement soutenu par les Soviétiques, et plus discrètement par les Français et les Italiens mécontents des appétits excessifs du colonialisme britannique dans la région. Après la victoire, à la Conférence de paix réunie à Lausanne, les délégués turcs affirmeront parler au nom des nations soeurs kurde et turque. Le 24 juillet 1923, un nouveau traité fut signé dans ce contexte entre le gouvernement kémaliste d'Ankara et les puissances alliées. Il rendait caduc le Traité de Sèvres et sans apporter aucune garantie en ce qui concerne le respect des droits des Kurdes consacrait l'annexion de la majeure partie du Kurdistan au nouvel Etat turc. Auparavant, par l'accord franco -turc du 20 octobre 1921 la France avait annexé à la Syrie placée sous son mandat les provinces kurdes de la Djezireh et de Kurd-Dagh. Le Kurdistan iranien dont une bonne partie était contrôlée par le chef kurde Simko vivait en état de quasi-dissidence par rapport au pouvoir central persan.
    Restait encore en suspens le sort de la province kurde de Mossoul très riche en pétrole. Turcs et Britanniques la revendiquaient tandis que sa population au cours d'une consultation organisée par la Société des Nations, s'était prononcée dans une proportion de 7/8 en faveur d'un Etat kurde indépendant. Arguant que l'Etat irakien ne saurait survivre sans les richesses agricoles et pétrolières de cette province, la Grande-Bretagne finit par obtenir le 16 décembre 1925 du Conseil de la S.D.N. l'annexion de ces territoires kurdes à l'Irak placé sous son mandat. Elle promettait néanmoins la mise sur pied d'un gouvernement kurde autonome, promesse jamais tenue ni par les Britanniques, ni par le régime irakien qui a pris la succession de l'administration britannique en 1932.
   Ainsi fin 1925, le pays des Kurdes, connu depuis le XIIème siècle sous le nom de "Kurdistan", se trouvait partagé entre 4 Etats: Turquie, Iran, Irak et Syrie. Et pour la première fois de sa longue histoire, il allait être privé même de son autonomie culturelle....
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dimanche 8 février 2026

Ça ira mieux demain...

    Peut-être...♪♫♪

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