Le Soudan, loin des coeurs et des aides
Dans l'indifférence générale _____
CARNET DE BORD D'UN PASSEUR FATIGUE MAIS EVEILLE...QUI NE VEUT PAS MOURIR (TROP) IDIOT. _____________________________________________________ " Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile." [Thucydide]--------------------- " Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti " [A.Camus] Pâques 2025: Un million de visites...Merci à vous fidèles lecteurs ou consultants d'un jour!
Une organisation de défense à re(penser)fonder
D'un outil politico-militaire au service des intérêts US à une reconfiguration européenne autonome et efficace dans le contexte géopolitique d'aujourd'hui. JD Vance, avec cynisme, n'a pas fait dans la dentelle à Munich, en s'adressant à toute l'Europe et ses "passagers clandestins" "...U: n an plus tard, les déconvenues américaines autour de la circulation dans le détroit d’Ormuz, à l’entrée du Golfe arabo-persique, conséquence de la guerre lancée contre l’Iran, ainsi que le refus des principales nations européennes de prêter leur concours à l’US Navy pour en reprendre le contrôle, n’ont pas incité Washington à plus de complaisance..." Il n'y a plus rien à attendre de l'Oncle Sam qui se retire sur son pré carré, ayant d'autres relations avec ce qui n'est plus un ennemi. Moscou est souvent accommodant et vice versa...La question du désengagement se pose aujourd'hui de manière aigüe, même si elle a toujours été latente ou affichée. La tutelle militaire d'une puissance qui trouvait dans l'Alliance l'occasion de jouer de son influence écrasante et de faire surtout des affaires est bel et bien remise en question, si on veut une Europe unie au moins sur un point: garantir son indépendance face notamment aux menaces venant de Moscou, qui cache de moins en moins son jeu, objectivement en phase avec Trump sur ce point. Sa dernière attaque verbale a été très claire, malgré les incertitudes: ... il a qualifié l'alliance de "tigre de papier", est intervenue après que les pays de l'OTAN U qui n'ont pas répondu à ses appels à constituer une force navale pour aider à rouvrir le détroit d'Ormuz, bloqué par Téhéran. "Je dirais qu'il n'est plus possible de reconsidérer la question", a-t-il déclaré dans une interview accordée au journal britannique The Telegraph. "Je n'ai jamais été influencé par l'OTAN. J'ai toujours su qu'il s'agissait d'un tigre de papier, et [le président russe Vladimir] Poutine le sait aussi, soit dit en passant..." Comme De Gaulle qui ne croyait guère en l'efficacité du "machin", certains doutent de sa pérennité. Malgré les certitudes ou espoirs de Rutte.
Mais M. Trump menace de quitter l’OTAN, ou de vider l’article 5 de sa substance, et beaucoup feignent d’y voir une dérive personnelle. L’essentiel est ailleurs. La séquence ouverte dans le détroit d’Ormuz le montre brutalement. Washington lance une guerre contre l’Iran, exige un alignement et découvre que les Européens refusent de suivre. La mécanique se grippe. Ce que M. Trump dit tout haut, c’est ce que la structure contenait depuis l’origine : la garantie américaine vaut tant qu’elle sert la puissance américaine. Le reste relève de la littérature stratégique. L’Europe se retrouve nue au moment précis où elle parle le plus de réarmement, de souveraineté et de sursaut historique. Elle a confondu puissance et équipement. Elle s’est réarmée sans se doter d’une volonté propre. Or une dépendance mieux financée reste une dépendance. Et une alliance dirigée par un protecteur qui se vit en créancier finit toujours par présenter la facture.
__ Fractures
__ Conflits
__ Fiasco
__ Haine
__ Casseroles
__ Sulfureux
__ Respectabilité?
__ Vers un Runet?
__ Recomposition__ Options RN
__ Silence médical
__ Méthode Bolloré
__Voies alternatives?
__ De Gaza au Liban
__ Californie et pétrole
__ Démendance et éthique
__ Illibéralisme israëlien
_________Libres propos: Israël: un danger pour tous les Juifs? ____
Ambiguïtés de la guerre
La guerre, le plus souvent honnie dans les discours officiels, reste encore un instrument de domination à usage externe (comme les aventures internationales trumpiennes le montrent encore, devenant des occasions d'affaires fructueuses), a aussi une fonction moins évoquée, celle de renforcer l'unité d'un pays, de servir en quelque sorte de ciment social, du moins pour un temps. On le voit dans l'histoire: la propagande guerrière favorise l'union, l'effacement des oppositions, de l'"union sacrée" de 1914 à la disparition des oppositions au sein de la Russie en guerre en Ukraine, une intense propagande aidant. C'est ce qu'on a pu appeler la fabrication de l'ennemi. Quand un pays est divisé, une "bonne guerre" peut lui redonner pour un temps un semblant d'unité.
Cinq mois après le cessez-le-feu, Israël occupe toujours une partie importante de la bande de Gaza, et le Hamas contrôle le reste. Aucune solution sérieuse ne se dessine pour « l’après ». Il est difficile de considérer tout cela comme une réussite stratégique à long terme. L’enclave dévastée demeurera un foyer de troubles politiques, sociaux et, plus tard, militaires, qu’Israël continuera de contrôler en recourant uniquement à la violence et à une force armée sans limite. C’est dans ce contexte qu’a débuté la guerre contre l’Iran. Les attaques du 7 octobre ont conduit Israël à la conclusion qu’il devait renforcer son emprise militaire sur la région. L’idée de renverser les dirigeants iraniens a toujours obsédé M. Netanyahou. Mais comment expliquer que la société, épuisée par deux années et demie de conflits — à Gaza, au Liban et contre les houthistes au Yémen —, puisse accepter de vivre d’autres épreuves tout aussi éprouvantes ? Un chef de gouvernement que la moitié au moins de la population déteste et méprise plus que n’importe lequel de ses prédécesseurs — et dont une partie exige depuis des années la destitution — réussit à entraîner le pays dans une nouvelle aventure militaire, plus dangereuse que les précédentes, avec une facilité déconcertante.
Les Israéliens juifs soutiennent à 93 % une action militaire contre l’Iran (63 % des citoyens arabes y sont opposés) (3). Aucune société démocratique ne peut trouver en son sein une telle majorité sur une question aussi importante. Cela contredit l’idée même de pluralisme dans une société libre. C’est un chiffre effrayant qui nous en apprend beaucoup sur l’état d’esprit en Israël, mais guère surprenant. Certes, les guerres recueillent toujours un soutien fort au moment de leur déclenchement, surtout quand des dirigeants ennemis sont éliminés. Les objectifs affichés, répétés à l’envi, encouragent aussi l’adhésion : l’élimination de la menace iranienne, du risque nucléaire et des missiles balistiques. Néanmoins, aucun de ces objectifs ne semble près d’être atteint — pas plus celui d’un changement de régime que la suppression de la menace nucléaire. Pourtant, après deux semaines vécues dans une absurde réalité, faite de menaces et de confinements, aucune ébauche de remise en question de cette guerre n’émerge dans le discours public.
Ceux qui n’ont pas cessé de manifester ces dernières années contre le gouvernement Netanyahou le plébiscitent docilement dès qu’il s’agit de guerre (4). Les pilotes qui menaçaient de refuser de servir dans l’armée de l’air partent joyeusement en mission de bombardements à des milliers de kilomètres de leur pays, sans aucune hésitation. À notre connaissance, aucun pilote n’a refusé de voler, aucun technicien n’a refusé d’armer les avions. Un chœur unanime se fait entendre en soutien à une guerre dont personne ne sait comment elle finira. Lorsque le gouvernement libanais fait savoir qu’il est prêt à mener des négociations avec son homologue israélien, ce dernier rejette grossièrement l’offre (5). Il fut un temps en Israël où la paix avec le Liban ou tout autre pays arabe était un rêve. Aujourd’hui, on ne parle plus que des F-35, israéliens et américains, et tout le monde est d’accord là-dessus. C’est un cauchemar. L’ancien mot d’ordre caractéristique de conflits passés fait son retour : « Silence, tirez ! ». Masquer ses faiblesses et ses fractures, détourner l’attention Le peuple israélien prétend ne rien oublier, mais il a la mémoire courte. Au début de l’été 2025, on lui a annoncé que la menace balistique iranienne était éradiquée (6). Huit mois plus tard, voilà que des missiles s’abattent sur Israël. On avait également affirmé que l’armée avait détruit le programme nucléaire iranien et ses autres capacités militaires, et soudain une nouvelle guerre est entamée pour détruire ce programme… En 2025, M. Netanyahou a répété à plusieurs reprises qu’Israël avait vaincu le Hezbollah et qu’il ne restait presque plus rien de cette organisation. Et voilà qu’elle est de retour avec des tirs incessants sur le nord et le centre du pays. Pourquoi la société israélienne, si dynamique, alerte, bruyante, opiniâtre et puissante, se tait-elle face à la guerre ? Pourquoi s’unit-elle si complètement face au danger, réel ou imaginaire ? La réponse se trouve peut-être dans la formulation même de la question. Israël a besoin de guerres. Ce n’est pas seulement l’ethos dominant de son récit national, c’est aussi une nécessité existentielle. La guerre permet à une société divisée et désunie — sur les plans politique, social, religieux et national — de s’unir, de masquer ses faiblesses et ses fractures, de détourner l’attention d’autres problèmes, tels que la honte de l’occupation de la terre d’un autre peuple — les Palestiniens —, qui semble ne jamais devoir finir. L’idée qu’il n’y a pas d’autre voie que la guerre au Proche-Orient, que seules les armes doivent parler, est pourtant extrêmement dangereuse. N’ayant rien appris, Israël se rue à nouveau dans le piège libanais. La seule issue à ce cercle vicieux relèverait d’un examen de conscience approfondi. Mais il n’y a personne pour le mener. Et même s’il y avait quelqu’un, il n’aurait aucune chance : le système s’empresserait de le délégitimer. Silence, on tire… (Traduit de l’anglais par Akram Belkaïd.) _____________
Vous avez dit liberté d'expression ?...
Pour une défense de la démocratie culturelle
_________________________Dans l'édition
Contre l'entreprise idéologique et le coup de force de Vincent Bolloré, la colère gronde dans le monde des écrivains contre la mise au pas indirecte de la pensée et de la création. De grands auteurs prennent leur distance avec le patron se croyant tout-puissant de la galaxie au service du RN, à l'appêtit sans mesure, à sa croisade culturelle.. Un courage collectif et une offensive déterminée. C'est comme une déclaration de guerre:
L’onde "...L'onde de choc provoquée par le limogeage d’Olivier Nora, emblématique patron de Grasset, n’en finit plus de se propager dans le milieu de l’édition. Jeudi 16 avril, plus d’une centaine d’auteurs et autrices (parmi lesquel·les Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Philippe Grimbert, Delphine Horvilleur ou encore Frédéric Beigbeder ) ont annoncé dans un texte collectif leur départ de la célèbre maison de la rue des Saints-Pères. À leurs yeux, le « licenciement » du patron de Grasset marque une « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et [à] la liberté de création ». « Une fois de plus, Vincent Bolloré dit “je suis chez moi et je fais ce que je veux”, au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent, écrivent-ils. Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient sa propriété. » Très différent·es les un·es des autres, ces auteurs et autrices se sont rapidement organisé·es, via une boucle WhatsApp, pour aboutir à une position commune. Ce qui a donné des « débats logiquement un peu houleux vu la grande variété des signataires », raconte l’un d’entre eux à Mediapart. « Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias », affirment-ils.....nous sommes en guerre. Il faut arrêter de parler de bataille culturelle, d’abord parce que c’est très désobligeant envers Gramsci, mais surtout parce que c’est une euphémisation de ce qu’il se passe. Ce n’est pas une bataille, c’est une guerre industrielle, médiatique, politique. Bolloré déclare la guerre à tout ce qui ne lui ressemble pas. Il a tout à fait le droit de publier ce qu’il veut, mais ce qui ne va pas, c’est quand il commence à décapiter tout ce qui lui déplaît. Face à cela, chacun réagit comme il peut. Il m’a semblé que réagir symboliquement pouvait mettre un petit élément dans le débat. Je n’ai pas reçu ce texte, parce que je ne dois pas faire partie du monde germanopratin, et ce n’est pas pour me déplaire. Je le trouve bien, il y a des gens courageux qui l’ont signé, courageux parce qu’ils ont des enjeux économiques assez considérables, mais ce qui me gêne un peu dans cette démarche c’est le côté « les auteurs font bloc ». Je crains que cela renforce l’idée que l’extrême droite peut avoir du monde de la culture, qui serait univoque, symbole d’une pensée unique, d’un entre-soi. Le texte est signé par des personnes très différentes, et c’est l’une des leçons que je retiens de la résistance à laquelle a appartenu ma grand-mère, Françoise d’Eaubonne. Dans ses écrits, elle raconte fort bien que, dans son maquis, il y avait des communistes, mais aussi des royalistes, des légalistes, des gaullistes, des chrétiens, des laïcs… Quand on entre en résistance – je ne compare évidemment pas les époques, mais il y a quand même quelque chose qui est en train de se jouer de cet ordre-là –, ce n’est pas le moment de demander ses papiers aux uns ou aux autres. Ce ne serait pas à la hauteur de la situation. On fait front. On parle beaucoup des auteurs et autrices de Grasset, mais un peu moins des salarié·es de la maison, pourtant très impacté·es par la situation… Absolument. Les gens sont abasourdis en interne. Comme beaucoup, je pense à tous ceux qui sont aujourd’hui sacrifiés chez Grasset et qui ne seront pas courtisés. C’était justement l’une des raisons pour lesquelles j’avais du mal à partir. Parce que toutes ces personnes-là, des éditeurs aux correcteurs et correctrices, en passant par les magasiniers, les fabricants, les services commerciaux, aucune n’avait choisi d’être achetée par Bolloré. Aucune. Et donc, je trouvais ça dégueulasse de partir et de les abandonner à leur sort. Pour le moment, les politiques sont absolument en dessous de tout sur la question de la concentration des médias et de l’édition. Mais les choses sont tout à fait différentes avec le limogeage de Nora, puisque la guerre est désormais déclarée. Il n’y a malheureusement plus rien à sauver, il faut réajuster la stratégie. La férocité du capitalisme, qui s’applique dans la grande distribution et dans l’industrie depuis toujours, arrive dans le monde médiatique et littéraire. Ce qui m’étonne, c’est que ce monde réagisse si peu alors qu’il est touché par la même brutalité, les mêmes plans sociaux dont on parle depuis quarante ans. C’est comme s’il n’y avait pas de leçons qui avaient été tirées. Est-ce que le limogeage d’Olivier Nora prouve définitivement que l’idée de lutter en interne est vaine ? Vous avez raison, c’est probablement vain. Après, on parlait à l’instant des salariés de Grasset, et il faut souligner qu’il y a des gens qui ont la possibilité d’être plus libres que d’autres, de gagner leur liberté plus facilement. C’est le cas des auteurs et des autrices, mais pas de tout le monde. Donc, ce serait cruel de dire aux gens qui sont là-dedans : vous êtes condamnés, rien de ce que vous allez pouvoir faire ne servira à quelque chose. Grasset était encore un pôle de résistance et il vient de tomber. Il faut voir comment on peut réagir à l’extérieur sans pour autant jeter les gens qui sont dans la merde à l’intérieur..." (Merci à Ellen Salvi) __________