Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

samedi 14 septembre 2019

L'art de la fugue

        ♫♪♫♪♫...                                                               


C'est parti!..


                                         ♪♫♪ ♫♪...

vendredi 13 septembre 2019

Réguler la finance

 Réguler ou rigoler?          (Bis repetita)
                                  Je régule, tu régules...ils ne régulent pas! 
   Ou si peu... Il n'y a pas de quoi rigoler. Les risque systémique est toujours présent. Il suffit de regarder seulement l'état de la Deutsche Bank.
   Malgré les promesses, les tergiversations, les reports, les textes flous et unilatéraux.
            Toujours promise, jamais réalisée, la régulation est dans les discours, pas dans les faits. Ou si peu.
 En fait, rien n'est réglé.
     C'est même reparti comme avant, selon certains. Surtout depuis que Trump a lâché la bride à Wall Street.
          "... G8, G20, FSB : les banquiers spéculateurs, les bonus pousse-au-crime, c’est fini ! On va re-réglementer : Bâle III, CRD IV, Barnier et ses 41 directives et règlements, Dodd-Franck aux États-Unis.
Dodd-Franck, justement, et sa section 619, dite règle Volcker : les banquiers ne doivent pas spéculer pour eux-mêmes. Enfin une règle claire, simple, propre à éviter les dérives qui ont mené à la crise !
Mais alors, quel est ce titre des Échos le 17 octobre 2014 : “Le trading redémarre sur les chapeaux de roues à Wall Street” ? Les spéculateurs sans doute, mais pas les banques, quand même ? Ah, mais si : “La hausse atteint même 32 % chez Goldman Sachs. La hausse est également de 19 % chez Morgan Stanley, et de 11 % chez Bank of America...”.
        Des tests truqués. Des mesures aussi efficaces qu'un pistolets à bouchon.
Tout continue à aller vers le pire dans le pire des mondes financiers possibles, légèrement amendé à la marge.
  Les Européens, si vertueux, ne montrent pas l'exemple.
     Pour la France, on dérégule, on torpille...
          Adieu, la modeste taxe Tobin, par exemple. Le verrou de Bercy a bien fonctionné.
  Le lobbying bancaire est puissant.
Le pays de Mr Junker donne l'exemple.
                 Et pourtant, il y a urgence à réguler. (*)
   Pas seulement formellement. 
          "...Les différents textes adoptés par chaque régulateur réduisent considérablement les risques, mais les régulateurs, précisément, auront-ils le courage de faire face aux puissants lobbyistes qui feront tout pour réduire à minima les réformes du système bancaire afin de protéger leurs activités les plus rentables ? "
   Bonjour la spéculation, le casino et les bulles!
         C'est reparti comme avant.
Les marchés ont toujours raison, selon la bonne parole de Hayek et ses prophètes, A. Greenspan, B Bernanke, etc...
    Les mêmes causes produisant les mêmes effets...
____
(*) ____Comme le dit M.Naulot, ex-banquier: "...Face à l’hypertrophie financière, les changements seraient donc insignifiants ?
Je ne dis pas cela. Mais prenez le trading à haute fréquence. Il était marginal avant la crise, il représente aujourd’hui 50% des transactions sur les marchés actions aux Etats-Unis et en Europe. Quelle est l’utilité sociale de ces opérations faites par des robots en une nanoseconde ? Faut-il rappeler que 12% des hedge funds britanniques ont un effet de levier supérieur à 50 ?
C’est-à-dire ?
C’est simple, ces fonds ont des positions sur les marchés qui représentent 50 fois les montants qu’ils gèrent. Ces effets de levier peuvent se révéler des bombes à retardement.
Où sont les risques ?
Nous avons vu que la sphère financière n’en finissait pas de grossir. Par ailleurs, nous vivons un moment de crise où les Banques centrales tentent le tout pour le tout. Dans l’espoir de faire repartir la croissance, elles ne cessent de créer de la monnaie. Or, cette liquidité en abondance se déverse en grande partie dans la sphère financière. Et ce au risque d’alimenter la spéculation et de participer à la formation de bulles qui peuvent éclater à tout moment. Nous serions alors désarmés. Certes, en 2009, les Etats ont tenté d’endiguer la crise en actionnant les budgets publics. Mais cet outil est devenu inutilisable. Les dettes publiques ont explosé sous l’effet de la crise de 2008. Quant à la politique monétaire, nous n’avons plus aucune marge de manœuvres puisque les taux sont à zéro. D’où l’urgence à réguler la sphère financière..."
____Ils disaient:
                         Il faut des contrôles. La survenue de la crise tient principalement à la suppression des règles. »  [Claude Bébéar, L’argus de l’assurance, 11/2009] -Baverez-
« Ce qui, pour l’essentiel, explique le développement de l’ère de prospérité générale, aux États-Unis et dans le monde, dans les années qui ont précédé le krach de 1929, c’est l’ignorance, une ignorance profonde de toutes les crises du XIXe siècle et de leur signification réelle. En fait, toutes les grandes crises des XIXe et XXe siècles ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation. Partout et à toute époque, les mêmes causes génèrent les mêmes effets et ce qui doit arriver arrive. » [Maurice Allais]
« Le salaire est considéré par chaque entreprise exclusivement comme un coût qu’il faut diminuer autant que possible alors que c’est un élément essentiel de la demande globale. La croissance va s’étouffer si l’on ne fixe pas des règles du jeu collectives» [Henri Ford]
 « Le marché, il a du bon. Il oblige les gens à se dégourdir, il donne une prime aux meilleurs, il encourage à dépasser les autres et à se dépasser soi-même. Mais, en même temps, il fabrique des injustices, il installe des monopoles, il favorise les tricheurs. Alors, ne soyez pas aveugle en face du marché. Il ne faut pas s’imaginer qu’il règlera tout seul tous les problèmes. Le marché n’est pas au-dessus de la nation et de l’État. C’est l’État, c’est la nation, qui doivent surplomber le marché. Si le marché régnait en maître, ce sont les Américains qui régneraient en maitre sur lui, ce sont les multinationales, qui ne sont pas plus multinationales que l’OTAN. Tout ça n’est qu’un simple camouflage de l’hégémonie américaine. Si nous suivions le marché les yeux fermés, nous nous ferions coloniser par les Américains. Nous n’existerions plus, nous Européens. » [Charles de Gaulle, 12 décembre 1962, d'après Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, Tome I]
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jeudi 12 septembre 2019

Quand la haine monte

Non à la haine?
                                  [Quelques notes sur un sujet complexe, multiforme et récidivant]
  Parler des sentiments humains n'a jamais été simple, eux qui résistent largement aux critères rationnels, mais comprendre les expressions émotives extrêmes, qui entraînent l'homme parfois aux pires excès, se révèle être une entreprise d'une autre ampleur. Le mode littéraire semble le meilleur moyen pour seulement les évoquer, en dessiner les formes, en montrer les effets, individuels ou collectifs.
     Surtout quand il s'agit de la haine, sous ses formes les plus intenses.
  La psychanalyse a et a eu des difficulté pour en comprendre les racines et les ressorts infantiles notamment, avec plus ou moins de succès, mais est muette pour en comprendre ses effets destructeurs, surtout quand ils sont collectifs.
   La haine a ses raisons obscures que la raison peine à comprendre, surtout quand elle plonge dans la  haine de soi ou quand elle gangrène une société jusqu'au pire. Les exemples abondent. malheureusement : des guerres de religions aux conditionnements fascistes à la haine, leur principal carburant, sans parler des terribles drames cambodgiens ou à l'inouï massacre rwandais.
   Le pire, c'est le phénomène de rationalisation et d'auto-justification qui l'accompagne. Pour s'entretenir, la haine a besoin de raisons, de justifications après coup de ses pires excès individuels ou collectifs. Sans culture de la haine et habile propagande, elle n'aurait pas lieu ou s'éteindrait d'elle même.
    Sur ses origines préhistoriques de ce phénomène si universellement partagé, il n'y a rien à dire de sérieux.
   Un des caractères majeurs de la haine est bien sûr son aveuglement à elle-même, qui neutralise d'emblée tout esprit critique, même dans les relations interpersonnelles, comme le montrent bien Racine et d'innombrables auteurs, c'est aussi son aspect paradoxal souvent souligné.
  La haine, un amour qui a sombré, comme le disait Kierkegaard? C'est en partie vrai, quand on voit comment dans un couple apparemment lié peuvent naître des sentiment explosifs de rejet, pour des raisons qu'on peine souvent à expliquer. Que l'amour puisse se retourner en son contraire n'a pas fini de poser problème. Comme en politique, où l'adoration mystique du Führer, s'est mutée en rejet haineux à la fin tragique du régime.
   La théorie du bouc émissaire n'a pas pris une ride: pour se justifier ou (croire) surmonter ses peurs, accuser l'autre est une échappatoire dans certaines situations de tensions ou de conflits. La haine vient parfois du sommet
    Invoquer un fragile humanité n'est pas faux, mais reste partiel.
 Le problème est que nul n'est à l'abri de montée haineuse. La claire gestion rationnelle des sentiments qui la sous-tendent peut heureusement permettre de mieux la comprendre et donc de mieux l'éviter.
   Non, vous n'aurez pas ma haine, entend-on dire parfois. Elle n'est donc pas une fatalité, pas plus que pour les résistants allemands qui voyaient monter les périls. Elle n'est pas fatale comme une maladie: avoir la haine, expression qui nous vient des banlieues, suggère qu'elle s'attraperait comme la grippe.
  Il n'y a pas de fatalité dans ce domaine. La raison et la vigilance s'imposent, comme un minimum de culture et de recul historique. IL ne suffit pas de dire: non à la haine!
                                   Car le piège peut toujours se refermer sur nous.
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mercredi 11 septembre 2019

Cochon à la barre

Accusé, levez-vous!...
                               Il fut un temps, pas si lointain, où les cochons et autres animaux faisaient parfois les quatre cents coups ou même de mauvais coups.
   Toujours prêts à leurrer les humains et à les offenser, pourtant leurs généreux nourriciers. Ces ingrats parfois ne se gênaient pas, profitant de la liberté relative qu'on leur accordait, à  statut parfois privilégié. De vraies têtes de lard et parfois ils mordaient, les cochons!
   IL fallut intervenir. Pas question de jouer les Chicken run ou la ferme des animaux, façon Orwell.
   Toute faute mérite sanction Il ne faut pas laisser de délits impunis.
Qui aime bien châtie bien.
     Fallait pas rigoler avec les lois humaines, toutes imparfaites qu'elles étaient, que l'on soit cochons, mouton, dindon ou même bourdon.
   Depuis ils se sont assagis et ne méritent plus la vindicte populaire.
  Oui, au MA, les hommes ne badinaient pas avec nos amis les bêtes, du moins avec certaines, portés au larcin, même les porcins.
    Il fallait les punir après un procès en bonne et due forme.
Cochon, qu'avez-vous à dire pour votre défense? On y mettait les formes, même si cela se terminait souvent en eau de boudin.
  Oui, il fut un temps où des procès d’animaux avaient lieu. On ne badinait pas avec les incartades animalières.:    Excommuniés! Foi d'historien!
  On vous raconte tout...
     Une pratique qui n'a pas tout à fait disparu, si l'on en croit ce fait divers récent relevé en Israël, où un chien peu orthodoxe fut condamné à la lapidation.
           Ces vielles pratiques heureusement sont abandonnées. Nous sommes plutôt portés à les réhabiliter, voire à les idéaliser. Mais le mystère de l'animalité nous dépasse et nous perturbe.
   L'ambivalence est grande, même dans notre rapport aux animaux domestiques et le seul l'utilitarisme domine trop souvent.
Il existe une masse de cochons qui vivent l'enfer:

       Too manies american pigs!
  Les braves cochons de chez nous n'en reviendraient pas, eux qui ont encore une vie à peu près humaine, pas trop cochonne, sauf en certains lieux et dans certaines conditions où l'on a américanisé, taylorisé la production.(On ne dit plus élevage)
 Pareil pour les vaches.
   Même dans l'usine picarde à mille vaches, on est loin d'atteindre ces sommets.
      Dans certains Etats des USA, c'est l'horreur et ils sont vraiment...emmerdés!
                 Et tout ça, pour quelle bidoche?

 Il serait temps de valoriser l'animal, de sortir de l'anthropomorphisme et de l' instrumentalisation de ceux que François d'Assise appelait "frères".
       La fascinante biodiversité animale nous laisse trop souvent indifférents. elle qui détermine largement notre vie et notre survie.

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mardi 10 septembre 2019

Routes de la soie (suite)

Du rêve à la désillusion?
                                           Hier, c'était l'euphorie.
           Aujourd'hui un peut moins.
   D'abord parce que Pékin est dans une mauvaise passe économique et revoit à la baisse certains de ses objectifs les plus ambitieux et ses partenaires se font plus méfiants ou plus résistants.
   Ce qui veut dire que le gigantesque chantier des nouvelles routes de la soie ne verra pas le jour, mais ce grand projet commercial pharaonique ne suscite pas seulement des méfiances écologiques.
    Certains craignent un péril financier, d'autres le risque d'emprise de Pékin sur des économies fragiles.
  Parfois la colère gronde à l'égard des ambitions chinoises.
  Celles-ci ne sont pas que géopolitiques, même si le nouvel Empire du milieu fait profil bas, se fait conciliant et largement contributeur.
    Mais on voit pas ce qui pourrait arrêter l'achèvement de l'une des phases décisives de la mondialisation sous égide chinoise.
      Un certain nombre d'ambiguïtés règnent cependant à ce stade, comme l'indique ce point de vue:
             ....Maintenant que la Chine s’est éveillée et que l’empire du Milieu vient à notre rencontre, sommes-nous prêts à l’accueillir ? Et dans l’affirmative, à quelles conditions : soumission ou réciprocité ? Le projet pharaonique chinois dit des « Routes de la soie » (« Belt and Road Initiative ou BRI) est aujourd’hui particulièrement bien documenté par une kyrielle d’experts reconnus. Il traduit clairement la volonté chinoise de transformer sa puissance économique en puissance militaire et diplomatique. Jour après jour, nous découvrons les dernières ramifications de la toile que tisse méthodiquement Pékin en Asie1, en Europe de 2000 à 208, Pékin a investi 55 milliards de dollars aux Royaume-Uni, deux fois plus qu’en Allemagne et en France)2, au Moyen-Orient et en Afrique. Projets d’infrastructures gigantesques que le monde découvre avec effarement. Seuls les Chinois semblent capables de relever pareils défis technologiques et financiers. Mais aussi stratégiques : diluer les règles du jeu européennes, instaurer un « nouveau type de relations internationales », engagement dans un « plan d’action postalliance » basé du de nouveaux « partenariats » avec de « nouveaux amis ». Toutes choses qui pourraient conduire à une « nouvelle polarisation du monde », « repolarisation floue ».
        Souvenons-nous, en lieu et place de céder à la tentation de la surprise stratégique, que « l’éternité est faite de trois dimensions, celle du passé, celle du présent, celle de l’avenir ». Et, c’est bien dans ce contexte spatio-temporel qu’il importe de replacer le projet déjà bien avancé des « Routes de la soie », un projet stratégique (« il faut avoir les yeux ouverts : la Chine est un concurrent, pas un partenaire », Michael Fallon, ancien ministre britannique de la Défense). « Les Chinois préfèrent devenir de plus en plus forts, si forts que leur adversaire renoncera à les affronter » souligne l’expert des questions stratégiques, Graham Allison ! Et, pourquoi pas de se livrer à un exercice ambitieux de prospective qui frise la politique fiction ? En faisant preuve d’imagination débridée – confessons-le -, l’on pourrait le comparer à une valse à trois temps, à une histoire d’amour (de désamour) à trois temps. Lançons-nous dans cet exercice incongru dans cette période de pensée cadenassée et aseptisée ! Nous passerons successivement du temps de l’admiration à celui de la soumission avant de parvenir à celui de la répulsion qui peut parfois conduire au divorce le plus sordide dans lequel tous les coups même les plus bas sont permis.
    Avec l’Empire du milieu, le rêve chinois de déverser ses bienfaits économiques sur tous les États se situant sur les fameuses « Routes de la Soie », devient au fil des ans, et comme par un coup de baguette magique, une réalité tangible. Il prend corps.
      Que n’a-t-on entendu au cours des dernières années de sympathique, de lyrique, de désintéressé3, sur ce projet de « Routes de la Soie » ! Il avait un goût d’Orient compliqué, d’orientalisme, de Route des Indes, d’épices de soieries dont on fait les plus beaux carrés de la célèbre Maison de la Rue du Faubourg Saint-Honoré, Hermès ! De quoi faire vibrer la corde sensible des amoureux de l’Empire du Milieu. Grâce à ses ressources financières colossales, ses succès technologiques, sa magnificence et sa munificence, la Chine allait aider les pays dans l’embarras (et ils sont nombreux) à disposer d’infrastructures dernier cri leur permettant d’être entièrement branché sur le circuit de la mondialisation heureuse. Et au passage de profiter de tous les bienfaits de la civilisation « Made in China ». Une version romancée et romantique du « new Deal », un plan Marshall pour nécessiteux, pour paniers percés. Il suffit de demander pour obtenir immédiatement une remise à niveau de ses ports en déshérence, de ses chemins de fer désuets, de ses aéroports peu rentables, de ses bases maritimes inadaptées aux défis du monde ouvert. Tout y passe. Rien n’est délaissé tant le Chinois est méticuleux et prêt à tout pour contribuer au bonheur des peuples délaissés, des damnés de la terre.
    Avec Pékin, c’est le Père Noël tous les jours. Rien n’est trop beau pour lui. Que de prouesses technologiques jalonnent cette aventure désintéressée, altruiste car venant de Chine et non d’affreux pays capitalistes et colonialistes tentés par le gain et la domination. Avec les Chinois, rien de tout cela. Pékin vient vers vous pour guérir tous vos maux. C’est bien connu, la médecine chinoise fait des miracles mais sans les effets secondaires de la pharmacopée allopathique. Tels sont les bienfaits reconnus universellement des médecines douces ! Et, comme cela était largement prévisible, nombreux sont les patients à confier leur santé au bon Docteur Xi Jinping4 et à tous ses collaborateurs. C’est une authentique histoire d’amour qui n’a rien à voir avec la morgue de l’Oncle Sam (ce voyou de Donald Trump5) qui vous met en coupe réglée pour prix de votre soumission stratégique. Les idiots utiles de l’OTAN sont bien payés pour le savoir. Ne voilà-t-il pas que ce grossier personnage ose réclamer son obole à ses alliés sous le vocable barbare de « partage du fardeau » ! Rien de tout cela avec la puissance bienfaitrice chinoise6 qui ne pense qu’au bien-être des peuples égarés. Rien de comparable entre le « hard power » (le bâton) de Washington et le « soft power » (la carotte de Pékin). Avec les Chinois, c’est comme entre Carla et Nicolas, c’est du sérieux. Pas une amourette sans lendemain ! Mais, l’amour est d’autant plus durable qu’il est concerté et consenti, non imposé et subi. Or, dans le sujet qui fait l’objet de toutes nos attentions, nous serions plutôt dans la seconde branche de l’alternative. Contrairement à ce que pensent certains Candide, nous ne sommes pas dans le monde des bisounours, mais dans celui des monstres froids qui défendent, d’abord et avant tout, leurs intérêts bien compris.
    C’est qu’à trop dépendre de son bienfaiteur, vieille règle que nous enseigne l’expérience, on aliène petit à petit son autonomie, son indépendance si chèrement conquise pour se retrouver dans les mains de son créancier avec une marge de discussion réduite. Telle est l’une des leçons de l’Histoire ! Le banquier n’a pas pour qualité le désintéressement.
     Après le temps béni de l’idéalisme vient immanquablement le temps honni du réalisme avec son cortège de mesquineries, d’humiliations de toutes sortes qui rend le projet des « Routes de la Soie » de moins en moins sympathique pour ses bénéficiaires médusés ! La désillusion fait rapidement place à l’illusion candide.
  « I want my money back » : un juste retour
     Avec la Chine comme avec ses créanciers (les banquiers qui voient rouge lorsque votre compte passe au rouge), l’histoire d’amour se transforme vite en vulgaire histoire de gros sous. C’est que Pékin entend tirer le meilleur parti de ses atouts pour prendre toute sa place dans le système multilatéral délaissé par l’Oncle Donald et son acolyte John Bolton7. C’est que Pékin entend, plus prosaïquement tirer les marrons du feu de ses investissements dans les pays qui ont la chance de se trouver sur le tracé des « Routes de la Soie ». Peut-être, suggèrent-ils, mezzo voce, une douce rengaine qui pourrait se résumer ainsi : ne faudrait-il pas commencer à rembourser les intérêts de la dette avant le capital pour demeurer de bons amis ! Si tel ne pouvait pas être le cas – les bénéficiaires de la manne chinoise sont par nature fauchés comme les blés -, il faudrait penser à d’autres solutions moins élégantes. Nous ne sommes pas au Club de Paris où l’on rééchelonne les dettes, de facto on annule – les dettes des mauvais payeurs pour leur donner une bouffée d’oxygène salutaire afin de leur éviter la noyade par asphyxie. À Pékin, un sou est un sou et la fourmi n’est pas philanthrope, n’est pas prêteuse à croire Jean de la Fontaine. Et, les Chinois connaissent mieux les grands classiques de l’Occident que nous possédons les grandes figures de l’Orient. En particulier, un écrivain français qui a pour nom, Etienne de la Boétie, auteur d’un excellent traité qui a pour titre Discours de la servitude volontaire (1548). Il y professe que les peuples sont responsables de leur mise sous tutelle. Ce terme rappelle étrangement celui des Territoires sous Tutelle de quelques grands à l’époque de la Société des Nations (SDN) à qui a succédé l’ONU. Et, Pékin de proposer de prendre possession directement de la marche des infrastructures, d’en recevoir la manne pour se rétribuer. Voire même le cas échéant de mettre son nez dans le fonctionnement de l’État en délicatesse avec lui. C’est qu’en politique la comptabilité remplace les bons sentiments.
       Que nous les voulions ou non, nous sommes aujourd’hui confrontés à une sorte d’ingérence de type colonial à la sauce chinoise. Une sorte de soumission librement consentie par l’un de deux membres du couple pour continuer, bon gré malgré, à être aimé de son bien aimé. Mais, il en va de la soumission comme des roses, elle ne dure qu’un temps. De la soumission à la répulsion – qui peut parfois prendre la forme de la révolution -, il n’y a souvent qu’un pas à franchir. Si ce n’est bien évidemment qu’une hypothèse d’école, à ce jour du moins, elle ne doit pas être pour autant écartée pour de simples raisons d’a priori par nos dirigeants peu clairvoyants et nos stratèges d’opérette. Gouverner, n’est-ce pas prévoir… et surtout l’imprévisible pour tenter de s’en prémunir autant que faire se peut de toutes éventualités ? Ce que nous avons trop tendance à perdre de vue alors même que la décennie écoulée fut riche d’expériences, le plus souvent mauvaises (Cf. les mal nommés « printemps rabes » et les fantasmes auxquels ils donnèrent lieu sur l’implantation pérenne de la démocratie dans les pays occidentaux). Surtout lorsque l’on sait que la Chine veut modifier l’ordre international à son avantage8 (elle investit massivement à l’ONU, profitant du vide laissé par Washington9) et que seuls les États-Unis leur tiennent tête, sanctions commerciales à la clé (Cf. le bras de fer actuel entre les deux concurrents dont les négociations bilatérales en cours n’ont pas eu raison)10. Certains évoquent l’idée d’une guerre froide technologique (Cf. le contentieux majeur au sujet du géant chinois des télécommunications qui a pour nom Huawei)11. Les instituts Confucius désormais sont perçus avec suspicion12. Les achats de vignoble et autres joyaux du patrimoine français suscitent désormais quelques réactions de rejet face à un corps étranger.
     Comme dans l’histoire de nombreux couples, après le temps de l’amour fou, aveugle, vient celui de la routine moins romantique, voire le temps des querelles mesquines, de la séparation, du divorce plus ou moins pacifique avec lourdes pénalités à l’appui. Ce qui vaut pour les relations humaines vaut également pour les relations entre États.
      L’histoire du XXe siècle nous apprend que le réveil des peuples est souvent annonciateur de changements, de bouleversements inattendus qui peuvent conduire à des phénomènes paroxystiques incontrôlés surtout lorsque les comptables prennent le pas sur les politiques. L’on connait trop bien les aléas de la réponse du faible au fort, en particulier en Afrique et au Proche et au Moyen-Orient.
         Et c’est là que nous abordons – sans le moindre complexe et la moindre retenue – le temps de la prospective, de la science-fiction la plus pure pour envisager l’avenir des « Routes de la Soie » dans sa version la moins rose et lyrique qui soit. Toute médaille a son revers. La Chine fait peur13. Il arrive que les peuples humiliés se cabrent. Il y a des choses qui se racontent mal, et l’humiliation en est une. Rappelons, et les Occidentaux sont particulièrement bien placés pour le savoir, que l’on arrive souvent en terre étrangère comme libérateur (Irak, Afghanistan, Mali…) et que l’on en repart pour puissance occupante plus vite qu’on l’avait envisagé, parfois sous la pression d’un terrorisme rampant mais non moins meurtrier. Comme le souligne Pierre de Villiers, « en vingt ans nous avons perdu toutes les paix ». C’est que le monde a bien évolué au cours de la dernière décennie. « Le terrorisme vise à créer des amalgames et à fédérer des sensibilités différentes, en s’appuyant sur des sympathies, un sentiment d’humiliation, de rejet » (Dominique de Villepin, Le Figaro, 20 janvier 2015)Avons-nous tiré toutes les conclusions de ces changements de paradigme ? La réponse se trouve à l’évidence dans la question.
      C’est qu’aujourd’hui, les « Routes de la Soie » soulèvent déjà quelques interrogations qui font figure de ce que la communauté du renseignement qualifie de « signaux faibles »14. Accusé d’entraîner l’Afrique dans « le piège de la dette », le ministre chinois des Affaires étrangères s’en défend (Forum de la coopération sino-africaine, 25 juin 2019), mettant en avant que Pékin soutient prioritairement des projets de développement durable sur ce continent. Ces propos reprennent mot pour mot ceux du président Xi Jinping15 lors du sommet Chine-Afrique en décembre 201816. Le chef de la diplomatie chinoise répondait indirectement aux critiques formulées récemment par le secrétaire d’État adjoint américain pour l’Afrique accusant Pékin de visées anticolonialistes et de mettre à genoux certains pays africains. Il se montrait disposé à faire un geste pour échapper aux critiques américaines. De là à ce que ces critiques soient reprises par certains gouvernements africains financièrement aux abois sous la pression du FMI, il n’y a qu’un pas. Qui sait, un sentiment antichinois pourrait progressivement se développer et prendre des formes diverses, y compris en Occident17 ! La câlinothérapie ne s’avère pas toujours suffisante pour calmer les inquiétudes grandissantes des investisseurs18.
       Dans ce domaine, l’imagination n’a pas de limites. Telle est la dure réalité de la guerre dite asymétrique, la réponse du faible au fort. On pourrait penser à quelques expulsions de nationaux chinois, d’enlèvements de ressortissants chinois avec libération conditionnée par le versement de coquettes rançons, d’assassinats ciblés (ce que les hommes de la force « Barkhane » connaissent parfaitement), de tueries à plus grande échelle, de nationalisations des biens chinois sans contrepartie… Dans ce domaine l’imagination n’a pas de limites. Le pire est toujours possible. L’Histoire des décennies passées est très instructive pour celui qui accepte d’en tirer les leçons même si comparaison n’est pas toujours raison. Il s’agit bien évidemment d’hypothèses extrêmes qui pourraient ne jamais survenir comme elles le pourraient aussi bien. La politique n’est-elle pas l’art de se préparer au pire et non d’attendre les bras croisés qu’il se produise ? Surtout lorsque le différend sino-américain n’a jamais été aussi profond, monopolisant une partie des débats du récent G20 d’Osaka (28-29 juin 2019)19 et que la situation à Hongkong commence à lasser Pékin qui estime que la parenthèse/plaisanterie démocratique n’a que trop durer (la Chine accuse les États-Unis de « saper la stabilité »)20. Gustave Flaubert nous donne un judicieux conseil : « Médite donc plus avant d’écrire et attache-toi au mot ». Or, de nos jours, sous la pression du temps, de l’immédiateté de la réaction, nous avons trop tendance à perdre le sens précis des mots. Car, comme nous le rappelle Albert Camus : « mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » ! Accepterons-nous de bien les nommer, contrairement à l’habitude ?
      L’angélisme est une plaie en ces temps conflictuels. Le futurible, c’est la part du futur que l’homme possède le pouvoir de créer. Et c’est bien de cela dont il s’agit aujourd’hui pour une Chine qui apparait comme une magistrale stratège de l’ambiguïté. « Elle est passé maître dans l’art de … dérouter »21. Pour la Chine laborieuse, la difficulté de l’effort – celui de la mise en place de son projet de « Routes de la Soie » – est le signe qu’il en vaut la peine à la condition expresse qu’il soit payé de retour. La Chine affiche clairement ses ambitions22 et ambitions il y a23. Les Chinois négligent ni la dimension diachronique, ni la dimension synchronique dans leur approche de l’Histoire. Il faut le leur reconnaitre volontiers cette immense qualité. Pour ce qui les concerne, les pays d’accueil des projets d’infrastructure des « Routes de la Soie » ne devraient pas perdre de vue que les puissants n’accordent leurs faveurs et leur amitié protectrice qu’en échange de la servitude. Et quel prix sont-ils disposés à supporter en échange de cette servitude volontaire (« L’homme est une prison où l’esprit reste libre », Victor Hugo) ?
      « Regarde au loin ». Tel est le conseil que nous prodigue le philosophe Alain. Là est la question fondamentale que ne manquera pas de soulever dans les années à venir le projet ambitieux chinois. Souvenons-nous que les mots – abstraits par essence – restent toujours moins parlants que les impressions de terrain – concrètes par nature-, telle est la réalité de notre monde. « L’enfer, c’est là où il n’y a pas de pourquoi » (Primo Levi, 1947). Et c’est bien la question du pourquoi qui est au centre le problématique des « Routes de la Soie ». Où vont-elles conduire la Chine et les nombreux récipiendaires de ses mannes dans les années à venir ? Les antagonismes l’emporteront-ils sur les connivences ? Certains signaux ténus sont parfois plus éclairants que la lumière vive. Ce qui nous rappelle, « qu’au fond, l’essence de la diplomatie, c’est la compréhension de l’autre »24. Les Chinois ne devraient pas oublier que dans la vie internationale, le cauchemar peut souvent faire place au rêve et cela plus vite qu’on peut l’imaginer !  [Guillaume Berlat]
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