En externe
Y a-t-il encore quelque chose à détruire? ______
CARNET DE BORD D'UN PASSEUR FATIGUE MAIS EVEILLE...QUI NE VEUT PAS MOURIR (TROP) IDIOT. _____________________________________________________ " Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile." [Thucydide]--------------------- " Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti " [A.Camus] Pâques 2025: Un million de visites...Merci à vous fidèles lecteurs ou consultants d'un jour!
Capacité d'attention en péril
Cette faculté nécessaire, précieuse, mais qui peut être rare ou menacée, qui nous lie aux choses, aux événements, aux autres, à nous-mêmes. Liée à une conscience qui se travaille, mais qui peut d'atrophier. Vivre plus conscient, c'est ne pas passer à côté de l'essentiel, autant que faire se peut. Or, elle est de plus en plus détournée, captée pas les Gafam, investie par des activités non essentielles, voire toxiques, provoquant une sorte de "fracturation des esprits". Une déconnection déjà bien décrite, qui ne concerne pas seulement l'enfance. "...un phénomène qui dépasse la simple distraction numérique. Ils lui donnent un nom emprunté à l'industrie pétrolière : la fracturation humaine. Comme la fracturation hydraulique injecte des liquides sous haute pression pour briser la roche et en extraire les hydrocarbures, les grandes plateformes numériques brisent, selon eux, « la structure architecturale profonde de notre vie mentale » pour en tirer profit. « Ils pompent dans nos visages du contenu de basse qualité pour briser la structure profonde de notre vie mentale, sociale, démocratique », résume Graham Burnett, historien des sciences à Princeton. Ce modèle économique — l'économie de l'attention — ne se contente pas de capter nos regards : il les fragmente, isole les individus et polarise les sociétés. Un ancien cadre de Facebook, cité durant l'émission, l'admettait lui-même sans détour : « Nous avons créé des outils qui ont complètement altéré le tissu social. »
Notre degré d'attention s'est émoussé d'autant plus que nous sommes sans cesse sollicités, au niveau de la consommation matérielle et informationnelle, par une logique quasi imparable de séduction,de détournement d'attention, de vitesse obligée, de stress, voire de décervelage. Nous y pensons et nous oublions...Cela se vérifie dans les salles de classe où la captation d'attention devient de jour en jour plus problématique et dans la société en général, où le repli sur soi, sur les seuls problèmes domestiques, tend à devenir la norme, où l'homme finit par devenir un atome centré sur lui-même et ses propres jouissances et souffrances. __IL existe une économie politique de l'attention qui fait partie d'une citoyenneté exigeante. Un esprit non inséré consciemment dans la sphère publique peut-il avoir de bons instruments d'analyse et des capacités d'action et de réaction à la hauteur des événements qu'il vit?... "En politique, ce qu'il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre, c'est ce qui se passe sous nos yeux" [A.de Tocqueville] ___ « L’économie politique de l’attention » qui est à construire exige une activité critique collective qui doit viser avant tout à empêcher toute forme de captivité irrémédiable. La nécessité de ralentir les processus de décision comme les mécanismes de circulation constitue un objectif général qui entre en résonance avec la critique de la vitesse de Virilio, même si elle part de présupposés différents. Chacun aura remarqué à ce sujet que toute activité qui relève du care au sens traditionnel de soin ou d’assistance est plutôt considérée socialement comme une perte de temps parce qu’elle prend le temps et qu’elle prend le risque de le perdre et ce faisant d’opérer selon un principe de bien-veillance. A l’inverse, le modèle de la performance de l’économie financière a poussé à ses limites celui de la productivité capitaliste puisque cette « nouvelle économie » (et il n’y en a pas d’autre que financière) fonde ses mécanismes de profit sur cette vitesse de circulation, sur l’accélération générale des échanges, favorisés par le numérique en réseau et par la réduction de tous les phénomènes à un statut de données traduites en bits. Le modèle attentionnel de l’alerte qui génère ce stress généralisé (Sloterdijk) est parfaitement réalisé dans les desks des courtiers qui jouissent de cette accélération et de la désorientation que cela crée pour les non experts qui perdent leur mise pour cette seule raison..."[Merci à Dominique Boullier_Mediapart] _____________