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dimanche 22 février 2026

Il a (presque) tout dit

Après le drame 

         Et les réactions et manifestations inquiétantes, la confusion des esprits et les réactions à amalgames manichéennes, peu de voix savent prendre la bonne distance et faire une analyse vraiment républicaine.  Quoi qu'on pense de l'homme, de ses engagements politiques passés et de ses ambitions futures, on ne peut sur ce point lui attribuer une ambigüité quelconque...A chacun de juger, en sortant des dérives en cours. Mais une mise en garde n'est pas un programme d'action....   Le mérite de la clarté.


                                                                                                                                                                                         "Je suis conscient des risques que je prends à m’exprimer dans une période de si grande polarisation, d’émotion et de passion politique, mais l’esprit de responsabilité exige l’engagement et la clarté. On criera parce que je compare l’extrême droite d’aujourd’hui à celle d’hier. Je ne dis pas qu’elle est la même. Je dis qu’il y a des filiations qui ne permettent pas de les distinguer radicalement. On criera que je me gauchise et défends LFI. Je le redis : je n’ai aucune affinité, ni aucun lien avec LFI. On criera que je fais la leçon à la gauche et que je me droitise. Qu’on crie. Je crois à la nécessité de dire certaines vérités, même quand elles nous dérangent. Parce que je ressens douloureusement le fait que l’obscurcissement de ces vérités permet de maintenir l’illusion d’une vie démocratique normale quand elle ne l’est déjà plus et risque de basculer. Et parce qu’à cet instant précis, l’enjeu n’est pas de gagner une séquence médiatique : l’enjeu est d’empêcher que la France, par fatigue, par calcul, par aveuglement, ne se réveille un jour en découvrant qu’elle a sanctuarisé le danger qu’elle prétendait conjurer. ____ Quand le réel est compliqué, il faut prendre le temps de la réflexion, de la nuance, de la perspective. L’affaire Quentin Deranque nous place face à une telle obligation. Celle de l’inconfort et de la vigilance. _______ D’abord, il faut le dire sans détour : nous devons dénoncer toutes les violences, quelles qu’elles soient, et les dénoncer sans exception. Nous devons condamner la violence politique, toute violence politique, parce qu’elle n’a pas sa place dans une démocratie. Sans exception. Une démocratie commence là où la force recule, là où la parole remplace le coup, là où l’adversaire demeure un citoyen. Et quand la violence surgit, quand elle s’organise, quand elle se justifie, elle ne frappe pas seulement des individus, elle atteint l’idée même de République. Nous devons aussi mesurer l’importance du moment où nous nous trouvons. C’est pour la France le « moment Charlie Kirk » qu’a vécu l’Amérique trumpienne il y a quelques mois avec l’assassinat de Charlie Kirk par un meurtrier se revendiquant de l’antifascisme. C’est un moment qui vise à la délégitimation d’une partie du spectre politique et à la victimisation de l’extrême droite triomphante. L’enjeu, c’est celui d’une prise de pouvoir sur les esprits, d’une prise de pouvoir sur les rues. Alors soyons vigilants. Ne cédons pas le terrain à l’extrême droite. Nous approchons, j’en suis convaincu, d’un point de non-retour. Quelque chose commence à nous échapper. Il y a un certain confort à rejeter dos à dos toutes les violences, une conviction de se prémunir de tout risque d’avoir tort. Mais cela nous rapproche-t-il vraiment de la vérité ? On ne peut pas jouer avec la démocratie. Il y a quelque chose de troublant à voir tout le paysage politique, de la gauche de la gauche à la droite en passant par la gauche, chercher à tirer parti de la situation. L’extrême droite en est la seule gagnante. Il est des moments où les calculs personnels doivent céder à la défense de l’essentiel : la démocratie. Ensuite, il faut regarder en face ce qui, dans la stratégie et dans les réactions de LFI, nourrit le feu au lieu de l’éteindre, sans jamais confondre responsabilité politique et responsabilité pénale. La justice établira les faits, les rôles, les actes, et les responsabilités individuelles. Mais la politique, elle, répond d’un climat : celui des mots, des postures, des ambiguïtés, des proximités tolérées, de la tentation de l’affrontement permanent. Dans une France divisée, fragilisée, travaillée par les peurs et les colères, jouer sans cesse sur la rupture, sur la ligne de front, sur la dramatisation, c’est prendre le risque de créer les conditions où des acteurs se sentiront autorisés à passer du verbe au geste. Et ce risque, quel que soit le camp, n’est pas théorique : il est désormais devant nous. Je ne parle pas ici au nom d’un camp, je parle au nom d’une certaine idée de la République. Je refuse toute querelle de chapelle, tout règlement de comptes partisan, mais j’affirme en ce moment si grave une exigence de responsabilité nationale de la part de toutes les formations politiques et de tous les responsables politiques.

La France Insoumise a aujourd’hui une responsabilité particulière : celle de ne pas surenchérir et de ne pas stériliser, dans une posture défensive et belliqueuse, une partie de l’électorat. La radicalité, lorsqu’elle devient un style, finit par devenir une mécanique. Et cette mécanique, tôt ou tard, échappe à ceux qui prétendent la conduire. Cela suppose pour LFI de clarifier ses positions, de tenir ses rangs, de rompre avec toute ambiguïté, et de faire prévaloir le débat sur la mise en tension permanente. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Cela suppose aussi d’accepter l’inconfort : reconnaître qu’on a pu alimenter la tension, même sans vouloir la violence. Je le dis avec force, parce que le basculement est possible. Il faut le dire sans détour : LFI fait tout autant le jeu du RN en s’arc-boutant sur sa rhétorique que certains responsables de gauche en acceptant de renvoyer dos à dos les violences. J’assume de déployer une leçon historique qui ne vaut pas comparaison : en 1933, sans l’intransigeance du parti communiste allemand, aveuglé par sa stratégie « classe contre classe » qui minimisait le risque fasciste, sans doute le parti national-socialiste n’aurait pas pu arriver au pouvoir. C’est la peur du bolchévisme qui a poussé assez de modérés à se rallier, par réflexe, à ceux qui se présentaient comme le seul rempart. Eviter le piège, cela suppose aujourd’hui pour LFI de tracer des limites nettes, de récuser toute complaisance pour la violence, et de choisir la force du débat plutôt que la logique du choc. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Je le dis avec force, parce que l’heure est grave
Mais c’est ici que la vigilance doit être la plus haute : condamner la violence et critiquer LFI ne doivent pas nous conduire à la faute politique majeure, celle de renvoyer dos à dos toutes les radicalités comme si elles étaient de même nature, de même force, de même danger. Il y a en effet deux fausses idées, deux idées dangereuses, qui piègent ce débat.La première, c’est celle de la symétrie des violences de la gauche et de la droite. Plongez dans l’Histoire, dans l’agitation de la France de la IIIe République au moment de l’affaire Dreyfus et de la montée des ligues. Dans la France des années 30 et de la menace des ligues. Dans l’Allemagne de Weimar, dans l’Amérique du Sud des années 60 à 80 : l’asymétrie de la violence politique a été centrale pour imposer un pouvoir autoritaire et brutal. Le champ démocratique est un plan incliné. L’extrême droite prend le pouvoir sur fond de désordre et de violences de rue. L’extrême gauche, historiquement, sur fond d’effondrement de l’État et de défaite militaire. Les communistes des années 30 n’étaient pas des enfants de chœur, mais les renvoyer dos à dos avec les nervis fascistes, avec près d’un siècle de recul, nous semblerait fautif. ___________ Le parti social-démocrate allemand, grande force républicaine de gauche à l’époque, a eu sa part de responsabilité dans la montée du nazisme, en maintenant l’illusion d’une posture d’équivalence qui a conduit à son propre écrasement. Aujourd’hui, entendre en France des responsables du centre gauche saisir l’opportunité de régler leurs comptes et de se débarrasser d’adversaires encombrants pour s’imposer dans les sondages me paraît une faiblesse politique et une facilité d’estrade. Quant à la droite qui y voit l’occasion d’un apaisement de façade pour pouvoir s’allier à l’extrême droite sans faire de cauchemars la nuit, je ne reconnais plus rien en elle de la vigilance chiraquienne. Et qu’on se comprenne : ce tir croisé sur LFI, par calcul, par repositionnement, par opportunisme, a un effet mécanique. Il détourne l’attention du danger principal et contribue à normaliser l’extrême droite en la dispensant d’être interrogée comme elle devrait l’être. ________ Cette illusion de la symétrie, c’est une illusion numérique. Les groupuscules violents d’extrême droite sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux à travers tout le territoire et ils augmentent en nombre chaque jour. Même en termes de victimes, macabre décompte, l’extrême gauche a fait une victime ces cinq dernières années, les militants d’extrême droite en ont fait onze, essentiellement des victimes ciblées sur des bases religieuses et raciales, des motifs profondément politiques. Depuis 1986, rappelle l’historien Nicolas Lebourg, 59 morts sont attribués à l’ultra-droite, contre six à l’ultra-gauche. C’est le retour des ligues. C’est un magma de groupuscules qui tissent un réseau de lieux, d’affinités, de thèmes. ___ C’est une illusion sur les formes de la violence. L’extrême droite, depuis deux siècles, vise à maîtriser la rue pour imposer la violence comme politique. L’extrême gauche veut imposer une politique par la violence. Quelle différence cela fait ? Quand la gauche est violente, elle effraie et elle nuit à la politique qu’elle veut mettre en œuvre. Quand la droite est violente, elle commence déjà à mettre en œuvre sa politique. Et même quand elle perd, elle gagne en montrant l’horreur du désordre et donc la nécessité d’un ordre à tout prix, d’un ordre au prix de la violence. __ C’est une illusion sur les probabilités des risques. Le pays risque-t-il aujourd’hui de basculer dans un régime de gauche radicale ? Rien n’étaye cette idée. LFI stagne dans les sondages autour de 10 à 15%. L’extrême droite est, elle, à 35 ou 40 %, et tous les sondages la donnent gagnante à l’élection présidentielle de 2027, ce que tout le monde essaye d’oublier pour maintenir la fiction d’une vie politique normale. Aux États-Unis, on voit bien que le risque mortel peut venir moins de groupuscules marginaux que d’une administration Trump qui théorise le mépris du droit et le recours à la violence. Aujourd’hui, la diabolisation de LFI, par des amalgames qu’elle a rendus elle-même possibles en raison d’erreurs voire de fautes stratégiques manifestes, n’a qu’un sens : légitimer une prise de pouvoir identitaire et justifier les ralliements de plus en plus nombreux. Jordan Bardella a ainsi appelé, par une inversion du stigmate, à un « front commun » contre LFI. Faut-il vraiment oublier qu’en 1933, le parti national-socialiste prenait prétexte de l’incendie du Reichstag attribué à Van der Lubbe pour interdire le parti communiste et de nombreuses organisations de l’opposition de gauche et engager la mise au pas de l’Allemagne ? _____ La deuxième fausse idée, c’est celle de la normalisation de l’extrême droite, considérée désormais comme une part légitime du débat politique. C’est qu’on oublie facilement que l’extrême droite n’est pas un choix comme un autre dans une démocratie, parce que souvent il n’y a pas de retour en arrière. Aucun régime de gauche radicale n’a été élu en Europe qui n’ait rendu les clés du pouvoir par les urnes. En revanche, de nombreux régimes d’extrême droite ont accédé au pouvoir par les urnes, du moins légalement, sans le rendre : Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie. Ce n’est pas toujours le cas, mais c’est suffisamment souvent le cas pour que ce soit un risque mortel qu’on ne peut prendre. Normalisation des engagements politiques de la jeunesse nationaliste ? Les choses n’ont pas tant changé. Au lendemain d’une manifestation d’hommage à Quentin Deranque à Paris, les manifestants ont laissé sur les murs une traînée de croix gammées. Quel parti accumule les condamnations de ses membres pour antisémitisme et pour racisme ? Le Rassemblement national, de manière récurrente. Ne nous laissons pas égarer par des façades repeintes. ________________Quels sont les risques aujourd’hui ? Ils sont doubles. C’est d’abord l’installation d’une culture de guerre civile dans laquelle les violences des uns justifieraient sans fin les représailles des autres, écrasant entre elles un centre soucieux d’apaisement et de dialogue jusqu’à ne laisser qu’un face-à-face des radicalités. C’est ensuite la complicité tacite de toutes les forces politiques à la prise de pouvoir par l’extrême droite. C’est là le nœud : à force de concentrer les coups sur LFI, par tactique, par confort, par calcul, on crée un corridor de respectabilité pour le RN. On lui offre ce dont il a toujours rêvé : l’apparence de la normalité, le privilège d’être la réponse au désordre qu’il prospère à entretenir. __________Ce moment exige une résolution : ne rien céder à la violence, ne rien céder aux calculs, ne rien céder aux facilités de la symétrie. La République ne se sauvera ni par les postures, ni par les anathèmes, ni par l’ivresse des camps. Elle se sauvera par la clarté des mots, la fermeté du droit, la responsabilité des partis, et le refus de sanctuariser l’extrême droite sous prétexte de combattre ses adversaires. L’heure n’est pas à se compter, elle est à se tenir. Et si la France veut éviter le point de non-retour, elle doit retrouver ce qui fait sa force quand tout vacille : la dignité du débat, l’autorité de l’État, et l’esprit de République ". ___ Un mort de trop ____________________

Petit billet du dimanche

 _ Sursaut?

__ Euro-avancée?

__ Euthanasie?

__ Vers la fin?

__ Démantèlement

__ Tik tok partout

__ Musée escamoté

__ Cercle vicieux

__ Notre ami Orban

__ Fiction inquiétante

__ Inégalités indiennes

__ Espagne: un modèle?

__ Pesticides en question                   

__ Les "oublis" de Marion

__ Propreté- alibi?

__ IA et productivité

         __  Dans l'enfer >>

__ IA: inquiétude éditoriale

                                            ______ Soudan: conflit par procuration. La détresse. _____

samedi 21 février 2026

Derrière le cul des vaches

      Là se joue en partie l'image présidentielle

                      Comme le disait Chirac.      Là où les vaches tiennent salon

                                       Un peu comme les anciens comices agicoles

                                                      Sur fond de colères paysannes amplifiées

                           La vache! Où sont passées les vaches?😟


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Board of Peace

Quand Demolition Man devient grand pacificateur

           Qui l'eût cru? L'ère des aventures guerrières à la Bush, c'est fini. Voici venu le temp du repli de l'Amérique sur elle-même. De la Terre de feu au Groënland, c'est (re) devenu un domaine réservé, doctrine Monrë oblige. Le multiculturalisme, c'est fini.  Chacun chez soi. Voici venue l'heure des empires!                                                             L'artisan de la paix mondiale, qui attend son prix Nobel, oeuvre à reconstruire Gaza pour en faire une attraction touristique de première grandeur. L'ONU, c'est fini!  Donald remplacera l'institution internationale désuète avec efficacité. Mais l'histrion de la Maison Blanche n'en est pas à une contradiction près: "...Car malgré “les déclarations tonitruantes” de Donald Trump, “la paix reste loin à Gaza”, renchérit Le Soir. “Depuis la trêve, en octobre, plus de 600 Palestiniens ont été tués dans des frappes ou des tirs israéliens. L’armée n’a montré aucun signe tangible de retrait de la ‘ligne jaune’, tandis que le Hamas a repris le contrôle des zones évacuées, sans intention de désarmement”, constate le quotidien belge.  Pour Ha’Aretz, “tout aussi insignifiant semblait être le fait que Trump ait convoqué une réunion de dirigeants mondiaux alors que les États-Unis déployaient massivement des moyens militaires au Moyen-Orient à un rythme sans précédent, alors qu’une guerre contre l’Iran pourrait éclater d’ici quelques jours..."                 Comme d'habitude, il a fait du "trés bon travail", selon ses modestes expressions   Il suffit de lire son hilarant discours... Burlesque et inquiétant. Tout finira bien, il l'assure, c'est surtout une affaire de business...as usual.   Un paradis sur terre, où seront joints l'utile et l'agréable...                                                                                                                                                       Alleluia!  God bless America!


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vendredi 20 février 2026

Le prisonnier de la courone

    Un destin à la Charles 1er ?

                    Dans le cadre des échanges franco-britanniques, la France peut toujours aider...gracieusement!    

                      On a ce qu'il faut

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Larges horizons

 

__ Un RN courtisé en haut lieu                                                                                                                                                                          Voir pour approfondissements la récente étude de Marlène Banquet. Surtout les derniers chapitres.        Un certain flirt .

__ Une spirale dangereuse

                                     Drame et intrumentalisation

__ Fin de vie

                         Un débat de fond toujours reportéPoint de vue

__ L'homme et l'animal     

                                          Autopsie d'une rupture.      Un anthropomorphisme courant au MA

__  Cisjordanie

                                       Réactions en cours.    Une entreprise coloniale

__ Une réforme détricotée

                                               Un manque à gagner significatif.  Des faveurs décryptées. C'était connu.

__ Hôpitaux en péril

                         On attend encore les changements.  Et les Ehpads?...

__ Le corps et ses fonctions

                                        Qu'est-ce qui n'est pas fonctionnel?

__ Néo-gaullisme d'outre- Rhin

                                              Merz persiste et signe

__ Fin de de vie

                            Des questions mal posées.  Revenir aux fondamentaux

__ Retour à Münich

                                 Après la stupeur du discours de Vance

                                        Changement de ton?  En apparence seulement. Belles paroles...                                                                            Il y a tout juste un an, à la Conférence de Munich sur la sécurité, les Européens vacillaient sous le choc des déclarations de J.D. Vance, leur expliquant que la menace la plus inquiétante pour l’Europe n’était « ni la Russie, ni la Chine, ni aucun autre acteur extérieur », mais l’éloignement de ses « valeurs les plus fondamentales », et leur intimant de « mettre les bouchées doubles pour parvenir à assurer [eux-mêmes leur] défense ». Depuis, le faux-semblant des négociations avec un Poutine moins enclin que jamais à la paix s’est poursuivi, une stratégie de sécurité nationale explicitement hostile à l’Europe a été publiée, et des menaces d’invasion du Groenland ont été très loin. Alors que s’ouvre aujourd’hui la 62e édition de la conférence de Munich, l’Europe s’est-elle enfin réveillée ?  Des pas décisifs ont été franchis en un an. Parmi eux, le lancement d’un programme d’aide à l’industrie de défense (EDIP) doté d’une enveloppe initiale de 1,5 milliard d’euros pour favoriser le lancement de projets communs, ou le vote d’un prêt de 90 milliards d’euros accordé à l’Ukraine par l’Union. Conscients d’une situation historique inédite où le continent est pris en étau entre la Russie, les États-Unis et la Chine, les dirigeants européens cherchent à nouer de nouveaux partenariats, avec l’Amérique latine, l’Afrique du Sud ou l’Inde. Mais les désaccords persistants entre États-membres, qui s’expriment publiquement sur des sujets aussi cruciaux que...Lire la suite     


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jeudi 19 février 2026

L'invention des martyrs

  Dangereuse dérive

Instrumentalisation L'histoire nous l'apprend: _____________________________ Une même stratégie fasciste depuis les années 1930: créer des martyrs pour faire oublier sa propre violence et justifier l'anéantissement de ses opposant·es –
Quelques chiffres d'abord : entre 1986 et 2021 en France, sur 53 «meurtres à caractère idéologique» recensés, 90% ont été commis par l’extrême droite. Une statistique de la chercheuse Isabelle Sommier, qui n'est jamais rappelée dans le débat public. Si l'on remonte encore quelques années plus tôt, l'extrême droite a commis beaucoup plus de meurtres : elle a créé des organisations terroristes dans les années 1950 et 1960 comme la Main Rouge ou l'OAS qui exécutaient des anticolonialistes par dizaines. Elle a commis de nombreux assassinats de maghrébins, notamment dans le sud de la France, et tué des militant·es révolutionnaires, entre autres. Aux USA, les crimes dits «extrémistes» sont encore plus nombreux, mais la proportion est sensiblement la même : 93% sont le fait de l'extrême droite. À l'inverse, la mort de Quentin Deranque à Lyon le 14 février 2026 est le premier décès d'un militant d’extrême-droite lors d'une confrontation politique depuis 1945. Pourtant, il y a plus d’indignation et de bruit médiatique pour lui qu’il n'y en a jamais eu pour toutes les victimes de l'extrême droite. Les «martyrs» fascistes sont rarissimes, mais ils ont une importance décisive pour ce camp. L'extrême droite produit un puissant imaginaire autour de ses défunts, qui lui sert à asseoir son pouvoir, à se poser en victime, et à commettre des violences infiniment plus grandes contre ses ennemis. On vous explique.
Horst Wessel: En janvier 1930 à Berlin, une rixe éclate entre un militant nazi membre des SA nommé Horst Wessel, et des militants du parti communiste allemand, sur fond de rivalités crapuleuses. Il ne s'agit même pas d'une vraie bagarre politique, mais d'un règlement de compte sur fond de proxénétisme et d'argent. Toujours est il que Wessel se fait tirer dessus, et meurt un mois plus tard à l’hôpital. Comme Quentin Deranque, il avait presque 23 ans. Le défunt était un nazi de la première heure, un SA très actif, engagé dans la «conquête de Berlin» par le NSDAP. Une conquête qui passait par des bagarres de rue et des actes de terreur. En 1930, cela fait plus d'une décennie que les nazis sèment la violence et la terreur dans toute l'Allemagne, provoquent des rixes, paradent en uniformes avec des armes, attaquent les locaux socialistes et communistes, causent des mutilations et des morts régulières. C'est eux qui organisent une violence paramilitaire en Allemagne, mais ils comprennent parfaitement l'utilité politique d'avoir un martyr.
Le parti nazi se précipite sur la mort de Wessel et le transforme en héros innocent. Mieux, il va faire de la mort de son jeune militant un mythe fondateur. Des funérailles massives sont organisées pour le SA. Un chant, le Horst-Wessel-Lied, est composé, il devient l'hymne officiel du parti nazi puis l'hymne national allemand une fois Hitler au pouvoir. Le parti communiste allemand est réprimé, puis sera interdit. Ce SA mort dans une altercation triviale devient la figure absolue du martyr du communisme et de la gauche dans l'imaginaire de la période nazie. Ce décès devient un prétexte pour commettre des violences de masse contre tous les opposant·es à Hitler.

Charlie Kirk: Aux USA, le trumpisme a obtenu son Horst Wessel il y a quelques mois. Le 10 septembre dernier lors d’une conférence sur un campus de l’Utah, l'influenceur d’extrême droite Charlie Kirk a été abattu par balle par un individu aux motivations floues, lui-même issu d'une famille d'extrême droite.
Aux USA, des fusillades de masse ont lieu presque tous les jours, et des assassinats politiques de figures Démocrates ou des militant·es de gauche sont réguliers, sans provoquer de réaction d'ampleur. Mais ici, l'occasion est trop belle. Trump et sa clique vont récupérer le cadavre de Charlie Kirk et l'ériger au rang de héros national, voire même de nouveau Saint religieux. Le 21 septembre dans l’Arizona, les trumpistes remplissent un stade à ras bord avec des portraits immenses de Charlie Kirk, dans le cadre d'une énorme commémoration en son honneur. Lors de cette fête lugubre, pétrie de fanatisme religieux, avec une grande croix en bois, l’un des idéologues du trumpisme, Stephen Miller, reprend carrément des pans entiers d’un discours de Joseph Goebbels. Et le secrétaire d’État à la Défense martèle : «Ce n’est pas une guerre politique ni une guerre culturelle, mais une guerre spirituelle». Le 22 septembre, l'antifascisme, la «mouvance antifa» comme ils l’appellent, est classée comme organisation terroriste, ce qui permet de renforcer la répression et les violences policières contre les opposant·es à Trump. C'est ainsi que Renee Good, mère de famille tuée par ICE en janvier, et Alex Pretti, exécuté en pleine rue, sont qualifié·es de «terroristes antifas» pour justifier leur mort.
Sébastien Deyzieux: En France, l'extrême droite a bien du mal à obtenir sa figure de martyr. Il faut dire que les derniers membres de cette mouvance qui ont été exécutés l'ont été par la Résistance antifasciste ou à la Libération, pour avoir collaboré avec les nazis et commis des crimes contre l'humanité. C'est un héritage difficile à assumer politiquement, bien que certaines franges néofascistes continuent à commémorer Pétain et ses sbires. En 1994, un militant néo-nazi décède accidentellement à Paris, en marge d'une manifestation nationaliste. Poursuivi par la police, il était tombé d'un toit. Enfin, les fascistes français obtenaient un martyr «présentable», qui peut être décrit comme une victime de l’État. La mort de Deyzieux se transforme, au fil des années, en événement majeur de l'extrême droite radicale française mais aussi européenne. C'est devenu un prétexte pour organiser un défilé paramilitaire en plein Paris.
Quentin Deranque
Viennent enfin les événement de Lyon. Sur Cnews, l'éditorialiste Kévin Bossuet déclare, foi de joie : «Quentin était notre Charlie Kirk à nous». Dans divers médias, on appelle à classer l'antifascisme comme «terroriste» et à dissoudre la France Insoumise, qui n'a rien à voir avec les faits. Même méthode. Les sphères réactionnaires qui ont justifié les morts aux mains de la police, les répressions les plus sanglantes et gardé le silence sur les violences racistes, ont maintenant leur Horst Wessel ou leur Charlie Kirk français. Un martyr dont ils cherchent d'ailleurs à cacher les idées, mais aussi la photo et l'identité, pour mieux surfer sur une image inventée de «jeune chrétien tué par les antifas». Et ainsi justifier leurs propres violences, et leur propre répression... ____________________________________

Varia

 __ Entre-soi

__ Poison

__ Les géants

__ Trous noirs

    __ Grosse fatigue?   >>                    

__ Nuages pollués

__ Nouvelle Pologne

__ Lithium: danger

__ Brebis galeuses

__ Avril en février

__ Turbo-poulets

__ Procès symbolique

__ Bel Horizon: vraiment?

__ Séduction tous azimuths

__ Les dires de Etienne

__ Soft Power US en déclin

                                    _____  Richesse et démocratie __________________

mercredi 18 février 2026

Lire

    Ou ne pas lire...

                   That is the Question...


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Actualité d'Orwell

 Le retour

        Rarement, Orwell n'aura été lu autant qu'aujourd'hui, à l'heure où l'arbitraire s'est installé à la Maison Blanche, qu'en Europe un glissement vers l'extrême droite s'installe ou est en voie de le faire. Il faut dire que l'écrivain anglais a vécu ce qu'il décrit sour forme de fiction, de dystopie,  où le pouvoir politique s'impose hors de toute norme démocratique, prend les commandes de la pensée, du langage lui-même, en vue d'une obéissance sans critiques, d'une soumission acceptée. Pas seulement à Moscou ou à Pékin. Le totalitarisme, sous ses forme variées se trouve au coeur d'un ouvrage dont on redécouvre aujourd'hui l'actualité brûlante. Engagé contre le franquisme dans la guerre d'Espagne, ayant choisi clairement on camp, l'auteur est parfois instrumentalisé par des courants ou des personnes qui le lisent à contre-sens, trahissant ses propos et l'esprit de ses écrits.  ___  Le meilleur des mondes de Huxley mérite d'être lu en parallèle. ___


          Orwell est encore repris et adapté dans le monde du spectacle, notamment la petite oeuvre symboloqie   appelée  La ferme des animaux                                      __ "...Quand Raoul Peck, le réalisateur d’I Am Not Your Negro (2016), se voit ouvrir, au début des années 2020, les portes de l’œuvre entière de George Orwell pour la réalisation d’un documentaire, il écrit trois courtes phrases en introduction de sa note d’intention pour les diffuseurs : « Il a tout vu, tout prédit, nous a tous avertis. » Comme nombre d’intellectuels avant lui, le cinéaste est frappé par la clarté et l’évidence de la pensée de l’écrivain anglais. « Il nous parle avec force, explique-t-il, car il a fourni l’analyse la plus claire de la structure du totalitarisme et de ses mécanismes. Il en décrypte les signes, en détaille les instruments, et met au jour un mode d’emploi suivi par de nombreux régimes. » Le réalisateur haïtien, qui a grandi aussi au Congo et en France et a fait l’expérience des régimes tyranniques et du double langage des sociétés impérialistes, s’embarque tout entier dans l’aventure malgré les réserves amusées de son grand ami l’écrivain américain Russell Banks (« Bon courage ! ») qui sait quelles réactions enfiévrées suscite Orwell, à gauche comme à droite. Il se trouve d’autant plus excité par le défi qu’il ne peut que constater la méconnaissance de l’œuvre, telle que l’expose l’essayiste Simon Leys : « Quand les Français lisent [Orwell], c’est généralement dans une optique digne du Reader’s Digest. Son œuvre est réduite au seul 1984 privé de son contexte, arbitrairement réduit aux dimensions d’une machine de guerre anticommuniste. On ignore trop souvent que c’est au nom du socialisme qu’il a mené sa lutte antitotalitaire. »...                                                                        ___ "Orwellien: un concept ambigü, entré dans le langage courant pour qualifier toute restriction de liberté. " Au point que même la droite extrême l'oppose à ses contradicteurs. Un comble..." (voir l'Esprit du totalitarisme de JJ Rosat)    ____________________