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mardi 21 avril 2026

Les va-t'en guerre

 

                     «Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement.»

«Je hais violemment l’héroïsme sur ordre, la violence gratuite et le nationalisme débile. La guerre est la chose la plus méprisable.»

«Rien ne mettra fin à la guerre à moins que les peuples eux-mêmes refusent d’entrer en guerre.»

Albert Einstein, mathématicien, physicien, scientifique (1879 – 1955)

     La folie se poursuit....                                             ________________

Cohérence et préjugés

  Avoir besoin d'ennemi(s)

C'est une sphère particulière, celle de Z, qui a sa logique propre ou ses errements particuliers. Même s'il n'est pas le seul. Sur ses options spécifiques, ses obsessions personnelles, ses ignorances assumées, ses sources d'inspiration particulières.
Il y a une certaine cohérence dans ses préjugés . Malgré les paradoxes et les aveuglements ___ Point de vue:
Prenons un homme. Éric Zemmour. Polémiste français, candidat à la présidentielle 2022, condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine raciale. Il "n'aime pas les Arabes", il l'a dit, écrit, redit. Il "n'aime pas les musulmans". Il considère les personnes LGBT comme une menace pour l'ordre naturel des choses. Il pense que les femmes ont abandonné leur rôle fondamental en cherchant l'indépendance. Il voit dans l'assistanat social une gangrène qui détruit le mérite et le travail. Et il pense que les Juifs, dont il est lui-même issu, ont intérêt à s'assimiler complètement ou à partir en Israël.

Des cibles très différentes. Un discours parfaitement cohérent.
Ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas non plus le fruit d'une mauvaise journée ou d'un tempérament difficile. C'est un système, et ce système a une logique interne très solide que l'on peut analyser, comprendre, et, peut-être, commencer à défaire.
1. La même personne, des cibles différentes.
Les chercheurs l'observent depuis les années 1950. Theodor Adorno et son équipe ont été parmi les premiers à le documenter sérieusement dans La Personnalité Autoritaire : les préjugés envers des groupes distincts ne se distribuent pas au hasard dans une population, ils se regroupent. Celui qui exprime des préjugés forts contre les immigrés a statistiquement beaucoup plus de chances d'en exprimer aussi contre les personnes LGBT, contre les femmes qui "prennent trop de place", contre les Juifs, contre les Noirs, contre les précaires, non pas parce que ces groupes se ressemblent ou représentent les mêmes "problèmes", mais parce que quelque chose de plus profond les relie, du côté de celui qui rejette et non du côté de ceux qui sont rejetés.
Zemmour en est l'illustration parfaite et documentée. Chaque groupe qu'il cible est différent. Chaque argument qu'il avance est distinct. Mais si on prend du recul, le schéma est toujours le même : une France éternelle, naturelle, légitime, menacée par des forces qui lui sont étrangères ou contraires. Les Arabes qui ne s'intègrent pas. Les LGBT qui "déconstruisent" la famille. Les féministes qui affaiblissent les hommes. Les assistés qui vivent du labeur des autres. Ce n'est pas une liste de problèmes distincts. C'est une seule et même peur habillée différemment.
Le sujet réel, ce ne sont jamais les cibles. C'est une vision du monde qui a besoin d'ennemis pour exister.
2. Ce que ces préjugés ont en commun.
Pour comprendre pourquoi ils vont ensemble, il faut regarder leur architecture commune. Tous ces préjugés partagent la même structure de base : il existe un ordre naturel, légitime et normal, cet ordre est menacé par des groupes qui ne sont pas "à leur place", et la réaction défensive est donc justifiée, voire nécessaire. Peu importe la cible, le schéma ne change jamais.
Chez Zemmour, cet ordre s'appelle "la France de toujours", "la civilisation", "le modèle républicain". Mais la mécanique est identique chez n'importe qui qui tient le même type de discours dans une salle de pause ou dans les commentaires d'un article : un "nous" normal et légitime, un "eux" menaçant ou parasite, une hiérarchie à défendre. Ce cadre cognitif précède les cibles. Il les cherche et les trouve, et c'est pourquoi la même personne peut cumuler des dizaines de préjugés sans jamais se sentir contradictoire. Pour elle, pour lui, ce n'est pas de la haine tous azimuts, c'est de la lucidité, c'est "voir les choses telles qu'elles sont".
3. Le préjugé de classe : le ciment des autres.
Il y a une dimension du discours de Zemmour qu'on analyse moins souvent sous cet angle mais qui est centrale : le mépris des précaires et des "assistés". "La culture de l'excuse." "L'assistanat qui détruit le mérite." "Ceux qui préfèrent les allocations au travail." Cette conviction, que la hiérarchie sociale reflète fidèlement le mérite individuel, n'est pas un préjugé parmi d'autres. C'est le socle sur lequel tous les autres reposent.
Elle légitime en effet l'idée fondamentale qu'il existe des gens qui méritent leur place et des gens qui ne la méritent pas, des gens qui produisent et des gens qui consomment sans contrepartie, des gens qui respectent les règles et des gens qui en abusent. Une fois ce cadre posé, toutes les autres cibles s'y insèrent naturellement : l'immigré vient profiter d'un système qu'il n'a pas construit, la femme indépendante refuse les responsabilités qui lui reviennent, la personne LGBT revendique des droits spéciaux qu'elle n'a pas mérités.
Le préjugé de classe fabrique ainsi une grille de lecture universelle, qui mérite, qui ne mérite pas, qui est légitime, qui ne l'est pas, et les autres préjugés n'ont plus qu'à s'y brancher. C'est en ce sens qu'il est le ciment : pas forcément le plus bruyant dans le discours public, mais le plus structurant de tous.
4. Pourquoi les preuves ne changent rien.
C'est ici que la réalité devient encore plus intéressante, et plus dérangeante. Zemmour a été contredit des milliers de fois. Par des historiens, des démographes, des sociologues, des journalistes. Ses chiffres ont été démontrés faux. Ses raccourcis historiques ont été démontés point par point. Et pourtant, son audience n'a pas fondu. Ses partisans ne l'ont pas abandonné. Pourquoi ?
Parce qu'un préjugé bien construit est immunisé contre les preuves contraires, et ce n'est pas parce que ceux qui le partagent sont stupides. C'est parce que le système produit activement ses propres réponses aux objections. On lui montre que l'immigration est un moteur économique documenté, réponse : "Les études sont commandées par des lobbys." On lui cite des exemples d'intégration réussie, réponse : "Ce sont des exceptions." On lui montre qu'il se contredit lui-même sur tel ou tel point, réponse : "Vous faites du fact-checking pour éviter de parler du fond."
Ce phénomène, que les psychologues cognitifs appellent la falsification sélective ou plus communément le biais de confirmation, va bien au-delà du simple fait de retenir ce qui confirme et rejeter ce qui contredit : le système se referme sur lui-même, il intègre les attaques comme des preuves supplémentaires de sa propre légitimité. Plus on le contredit, plus ses défenseurs se sentent persécutés, et donc confirmés. C'est un mécanisme redoutablement efficace.
5. Le double niveau de cohérence.
Ce qui rend le cas Zemmour particulièrement instructif, c'est qu'il illustre les deux niveaux de cohérence à l'œuvre simultanément. Au premier niveau, chaque préjugé pris individuellement est cohérent avec lui-même, il a ses propres arguments, ses propres exemples, ses propres exceptions gérées, et il résiste aux preuves contraires comme une huître à laquelle on ne peut pas arracher les deux valves. Au second niveau, tous ces préjugés se renforcent mutuellement parce qu'ils reposent sur la même architecture, le même "nous" à défendre et le même "eux" à contenir, formant un réseau dans lequel toucher l'un fragilise les autres et défendre l'un renforce les autres.
C'est ce second niveau qui explique pourquoi les préjugés voyagent en groupe. Et c'est aussi ce qui rend le personnage de Zemmour si difficile à "réfuter" en débat : on ne peut pas démonter chaque brique séparément, parce que le problème n'est pas dans les briques, il est dans la structure.
6. La dimension ironique : il appartient aux groupes qu'il cible.
Il faut s'arrêter un instant sur quelque chose que le cas Zemmour illustre de façon presque unique. Cet homme est d'origine algérienne et juive. Il appartient donc partiellement aux groupes qu'il cible ou qu'il a ciblés dans son discours. Et pourtant le système fonctionne parfaitement, sans contradiction perçue de sa part.
Cela montre quelque chose d'essentiel : le système de préjugés n'est pas une affaire personnelle ou identitaire au sens simple du terme. Ce n'est pas "je déteste ce que je suis". C'est un cadre cognitif qui s'impose à l'individu indépendamment de son histoire, et qui lui permet de se positionner du côté du "nous légitime" quelles que soient ses origines, à condition de rejeter avec suffisamment de force tout ce qui pourrait le rattacher au "eux". C'est ce que les psychologues appellent parfois l'identification à l'agresseur : on rejette en bloc ce qui nous rattache au groupe stigmatisé pour rejoindre symboliquement le groupe dominant.
7. Ce qui change vraiment les préjugés.
On a beaucoup parlé de ce qui ne fonctionne pas. Alors qu'est-ce qui fonctionne réellement ? La recherche en psychologie sociale pointe depuis des décennies vers une réponse relativement stable : le contact. Mais pas n'importe quel contact, un contact réel, durable, dans des conditions d'égalité, avec des objectifs communs, et non une interaction de surface ou une simple coexistence passive dans un même espace.
Une vraie relation. Un collègue. Un voisin. Une amitié. Quelque chose qui ne rentre plus dans la case, qu'on ne peut plus neutraliser avec "oui mais lui c'est différent", parce que cette personne est devenue trop réelle, trop présente, trop humaine pour être réduite à une catégorie. C'est lent, difficile à organiser à l'échelle sociale, et ça ne fonctionne pas pour tout le monde ni dans toutes les conditions, mais c'est ça qui crée les vraies ruptures dans les systèmes de préjugés, pas un débat télévisé, pas un fact-check, pas une condamnation judiciaire. Une personne, une situation, une réalité qu'on ne peut plus évacuer.
Il faut être clair sur un point : ce travail n'appartient pas aux groupes ciblés. Ce n'est pas aux victimes des préjugés de prouver leur humanité, de se rendre accessibles, de faire le premier pas. Le contact dont on parle ici est une responsabilité collective et politique, celle des institutions, des employeurs, des politiques publiques qui organisent ou séparent les gens. Quand la société crée des conditions d'égalité réelle, le contact fait son travail. Quand elle ne les crée pas, la charge retombe toujours sur les mêmes.
8. Ce que ça change pour nous.
Zemmour est une figure publique extrême, et il serait commode de penser que ce dont on parle ici ne concerne que lui et ses semblables. Mais le mécanisme qu'il illustre à grande échelle est le même qui opère dans les conversations de famille, dans les commentaires Facebook, dans les salles de pause. La structure est identique, seul le volume varie.
Comprendre que les préjugés forment un système cohérent n'est pas une invitation au fatalisme, mais une invitation à être plus lucide sur ce qu'on combat et comment on le combat. Corriger un préjugé factuel sans s'attaquer à la structure qui le produit, c'est boucher un trou dans une passoire. Ce qui a du sens, c'est de comprendre la fonction que remplissent ces préjugés dans la vie de ceux qui les portent : ils donnent un ordre au monde, désignent des responsables, fournissent une identité collective solide, un "nous" clair face à des "eux" qui menacent, qui profitent, qui dérangent. La prochaine fois, cherchez le cadre. C'est là que tout se tient, et c'est là que tout peut se défaire. [ Souligné par moi] ________________

lundi 20 avril 2026

" Oubli" tragique

         Le Soudan, loin des coeurs et des aides


                               Dans  l'indifférence générale         _____

OTAN en question

 Une organisation de défense à re(penser)fonder

    D'un outil politico-militaire au service des intérêts US à une reconfiguration européenne  autonome et efficace dans le contexte géopolitique d'aujourd'hui.                                                                                                                                                                JD Vance, avec cynisme, n'a pas fait dans la dentelle à Munich, en s'adressant à toute l'Europe et ses "passagers clandestins"   "...U: n an plus tard, les déconvenues américaines autour de la circulation dans le détroit d’Ormuz, à l’entrée du Golfe arabo-persique, conséquence de la guerre lancée contre l’Iran, ainsi que le refus des principales nations européennes de prêter leur concours à l’US Navy pour en reprendre le contrôle, n’ont pas incité Washington à plus de complaisance..."     Il n'y a plus rien à attendre de l'Oncle Sam qui se retire sur son pré carré, ayant d'autres relations avec ce qui n'est plus un ennemi. Moscou est souvent accommodant et vice versa...La question du désengagement se pose aujourd'hui de manière aigüe, même si elle a toujours été latente ou affichée. La tutelle militaire d'une puissance qui trouvait dans l'Alliance l'occasion de jouer de son influence écrasante et de faire surtout des affaires est bel et bien remise en question, si on veut une Europe unie au moins sur un point: garantir son indépendance face notamment aux menaces venant de Moscou, qui cache de moins en moins son jeu, objectivement en phase avec Trump sur ce point. Sa dernière attaque verbale a été très claire, malgré les incertitudes: ... il a qualifié l'alliance de "tigre de papier", est intervenue après que les pays de l'OTAN U qui n'ont pas répondu à ses appels à constituer une force navale pour aider à rouvrir le détroit d'Ormuz, bloqué par Téhéran. "Je dirais qu'il n'est plus possible de reconsidérer la question", a-t-il déclaré dans une interview accordée au journal britannique The Telegraph. "Je n'ai jamais été influencé par l'OTAN. J'ai toujours su qu'il s'agissait d'un tigre de papier, et [le président russe Vladimir] Poutine le sait aussi, soit dit en passant..."                                                                        Comme De Gaulle qui ne croyait guère en l'efficacité du "machin", certains doutent de sa pérennité. Malgré les certitudes ou espoirs de Rutte.


   Mais M. Trump menace de quitter l’OTAN, ou de vider l’article 5 de sa substance, et beaucoup feignent d’y voir une dérive personnelle. L’essentiel est ailleurs. La séquence ouverte dans le détroit d’Ormuz le montre brutalement. Washington lance une guerre contre l’Iran, exige un alignement et découvre que les Européens refusent de suivre. La mécanique se grippe. Ce que M. Trump dit tout haut, c’est ce que la structure contenait depuis l’origine : la garantie américaine vaut tant qu’elle sert la puissance américaine. Le reste relève de la littérature stratégique. L’Europe se retrouve nue au moment précis où elle parle le plus de réarmement, de souveraineté et de sursaut historique. Elle a confondu puissance et équipement. Elle s’est réarmée sans se doter d’une volonté propre. Or une dépendance mieux financée reste une dépendance. Et une alliance dirigée par un protecteur qui se vit en créancier finit toujours par présenter la facture.

« L’OTAN est en voie de décomposition », selon Philippe Leymarie. ________

dimanche 19 avril 2026

Penser

     Ce devrait être souvent...

    Comme aurait dit Montaigne                                                                                                                                            Mais pas Trump... 😉  ______________


Petit billet du dimanche

 __ Fractures

__ Conflits

__ Fiasco

__ Haine

__ Casseroles

__ Sulfureux

__ Respectabilité?

__Inhumanité

__ Vers un Runet?

__ Recomposition                        

__ Options RN

__ Silence médical

__ Méthode Bolloré

__Voies alternatives?

__ De Gaza au Liban

__ Californie et pétrole

__ Démendance et éthique

__ Illibéralisme israëlien

        _________Libres propos: Israël: un danger pour tous les Juifs? ____

samedi 18 avril 2026

Triomphalisme en berne

    A Moscou

                     Préoccupations

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La guerre comme ciment social

            Ambiguïtés de la guerre

                         La guerre, le plus souvent honnie dans les discours officiels, reste encore un instrument de domination à usage externe (comme les aventures internationales trumpiennes le montrent encore, devenant des occasions d'affaires fructueuses), a aussi une fonction moins évoquée, celle de renforcer l'unité d'un pays, de servir en quelque sorte de ciment social, du moins pour un temps. On le voit dans l'histoire: la propagande guerrière favorise l'union, l'effacement des oppositions, de l'"union sacrée" de 1914 à la disparition des oppositions au sein de la Russie en guerre en Ukraine, une intense propagande aidant. C'est ce qu'on a pu appeler la fabrication de l'ennemi.       Quand un pays est divisé, une "bonne guerre" peut lui redonner pour un temps un semblant d'unité.


                                                                                                                                        Le bellicisme, à plus forte raison, tend à renforcer le ciment social, surtout dans les périodes de crise et de peur, où les instances démocratiques ne fonctionnent plus. C'est bien aujourd'hui le cas en Israël, où quelques voix se font encore entendre pour dénoncer une aventure guerrière sans limites  assignées, sinon une extension territoriale? C'est le cas d'une presse devenue très minoritaire et de l'un de ses journalistes, Gideon Levy, analysant l'aventure sans fin du projet guerrier et expansionniste de L'extrême droite du Likoud et des groupes extrêmistes:                                                                                                                                                             "....Le prix que la guerre exige de la société israélienne est énorme, même s’il est encore difficile à évaluer. Il faudra sans doute plusieurs années pour mesurer l’étendue des dégâts causés par l’affrontement avec l’Iran et par l’intervention militaire à Gaza. Cela concerne l’économie, la sécurité, la position internationale d’Israël et le sort de ses habitants, sans parler bien sûr du sang versé, des destructions à grande échelle et des angoisses qui nous tourmenteront de nombreuses années encore. Les défaillances d’entreprises se multiplient, et le système éducatif est complètement paralysé. Les gens s’effondrent mentalement. Ce pays qui se considère comme normal vit depuis deux ans et demi dans des conditions qui ne le sont pas. Chaque Israélien a payé le prix pour cela et continuera à le payer d’une manière ou d’une autre.                                                                                                                                           Aux yeux de la majorité de la population, ce qui s’est passé à Gaza avait une justification absolue : les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 (1). Pour nombre d’Israéliens, leur armée avait non seulement le droit, mais aussi l’obligation, de mener une guerre d’extermination. La société en a donc accepté le coût assez facilement, y compris sur le plan moral. Les médias n’ont montré presque aucune atrocité perpétrée dans l’enclave palestinienne, et le pays dispose d’un argument imparable pour balayer l’indignation venue d’ailleurs : le monde est antisémite, il déteste Israël.                                                              Tous les partis juifs et sionistes de la Knesset ont soutenu et soutiennent encore la guerre à Gaza. Une société plus saine aurait su poser des questions précises sur sa conduite, sur les lignes rouges franchies et sur les crimes commis. Il n’y a pas davantage de débats sur les résultats du conflit. Pour tous, ce fut une guerre couronnée de succès. C’est ce qu’affirment les médias, ce que le premier ministre Benyamin Netanyahou répète sans cesse. La libération de tous les otages, vivants ou morts, a suffi pour qu’on qualifie de succès le massacre de 70 000 personnes et la destruction quasi totale d’une terre où vivent deux millions de Gazaouis. La société n’a aucun regret et, si les Israéliens pouvaient remonter le temps, ils effectueraient probablement une guerre encore plus barbare (2). Le fait que le Hamas existe toujours, qu’il n’a pas été désarmé et qu’Israël n’est guère plus en sécurité aujourd’hui qu’au début du conflit aurait dû conduire davantage d’Israéliens à réfléchir aux limites de la puissance et de la supériorité militaires. Il n’en a rien été.

Cinq mois après le cessez-le-feu, Israël occupe toujours une partie importante de la bande de Gaza, et le Hamas contrôle le reste. Aucune solution sérieuse ne se dessine pour « l’après ». Il est difficile de considérer tout cela comme une réussite stratégique à long terme. L’enclave dévastée demeurera un foyer de troubles politiques, sociaux et, plus tard, militaires, qu’Israël continuera de contrôler en recourant uniquement à la violence et à une force armée sans limite.                                                                                                                                     C’est dans ce contexte qu’a débuté la guerre contre l’Iran. Les attaques du 7 octobre ont conduit Israël à la conclusion qu’il devait renforcer son emprise militaire sur la région. L’idée de renverser les dirigeants iraniens a toujours obsédé M. Netanyahou. Mais comment expliquer que la société, épuisée par deux années et demie de conflits — à Gaza, au Liban et contre les houthistes au Yémen —, puisse accepter de vivre d’autres épreuves tout aussi éprouvantes ? Un chef de gouvernement que la moitié au moins de la population déteste et méprise plus que n’importe lequel de ses prédécesseurs — et dont une partie exige depuis des années la destitution — réussit à entraîner le pays dans une nouvelle aventure militaire, plus dangereuse que les précédentes, avec une facilité déconcertante.

Les Israéliens juifs soutiennent à 93 % une action militaire contre l’Iran (63 % des citoyens arabes y sont opposés) (3). Aucune société démocratique ne peut trouver en son sein une telle majorité sur une question aussi importante. Cela contredit l’idée même de pluralisme dans une société libre. C’est un chiffre effrayant qui nous en apprend beaucoup sur l’état d’esprit en Israël, mais guère surprenant.   Certes, les guerres recueillent toujours un soutien fort au moment de leur déclenchement, surtout quand des dirigeants ennemis sont éliminés. Les objectifs affichés, répétés à l’envi, encouragent aussi l’adhésion : l’élimination de la menace iranienne, du risque nucléaire et des missiles balistiques. Néanmoins, aucun de ces objectifs ne semble près d’être atteint — pas plus celui d’un changement de régime que la suppression de la menace nucléaire. Pourtant, après deux semaines vécues dans une absurde réalité, faite de menaces et de confinements, aucune ébauche de remise en question de cette guerre n’émerge dans le discours public.

Ceux qui n’ont pas cessé de manifester ces dernières années contre le gouvernement Netanyahou le plébiscitent docilement dès qu’il s’agit de guerre (4). Les pilotes qui menaçaient de refuser de servir dans l’armée de l’air partent joyeusement en mission de bombardements à des milliers de kilomètres de leur pays, sans aucune hésitation. À notre connaissance, aucun pilote n’a refusé de voler, aucun technicien n’a refusé d’armer les avions. Un chœur unanime se fait entendre en soutien à une guerre dont personne ne sait comment elle finira. Lorsque le gouvernement libanais fait savoir qu’il est prêt à mener des négociations avec son homologue israélien, ce dernier rejette grossièrement l’offre (5). Il fut un temps en Israël où la paix avec le Liban ou tout autre pays arabe était un rêve. Aujourd’hui, on ne parle plus que des F-35, israéliens et américains, et tout le monde est d’accord là-dessus. C’est un cauchemar. L’ancien mot d’ordre caractéristique de conflits passés fait son retour : « Silence, tirez ! ».      Masquer ses faiblesses et ses fractures, détourner l’attention                                                                                                                           Le peuple israélien prétend ne rien oublier, mais il a la mémoire courte. Au début de l’été 2025, on lui a annoncé que la menace balistique iranienne était éradiquée (6). Huit mois plus tard, voilà que des missiles s’abattent sur Israël. On avait également affirmé que l’armée avait détruit le programme nucléaire iranien et ses autres capacités militaires, et soudain une nouvelle guerre est entamée pour détruire ce programme… En 2025, M. Netanyahou a répété à plusieurs reprises qu’Israël avait vaincu le Hezbollah et qu’il ne restait presque plus rien de cette organisation. Et voilà qu’elle est de retour avec des tirs incessants sur le nord et le centre du pays.            Pourquoi la société israélienne, si dynamique, alerte, bruyante, opiniâtre et puissante, se tait-elle face à la guerre ? Pourquoi s’unit-elle si complètement face au danger, réel ou imaginaire ? La réponse se trouve peut-être dans la formulation même de la question. Israël a besoin de guerres. Ce n’est pas seulement l’ethos dominant de son récit national, c’est aussi une nécessité existentielle. La guerre permet à une société divisée et désunie — sur les plans politique, social, religieux et national — de s’unir, de masquer ses faiblesses et ses fractures, de détourner l’attention d’autres problèmes, tels que la honte de l’occupation de la terre d’un autre peuple — les Palestiniens —, qui semble ne jamais devoir finir.        L’idée qu’il n’y a pas d’autre voie que la guerre au Proche-Orient, que seules les armes doivent parler, est pourtant extrêmement dangereuse. N’ayant rien appris, Israël se rue à nouveau dans le piège libanais. La seule issue à ce cercle vicieux relèverait d’un examen de conscience approfondi. Mais il n’y a personne pour le mener. Et même s’il y avait quelqu’un, il n’aurait aucune chance : le système s’empresserait de le   délégitimer. Silence, on tire…  (Traduit de l’anglais par Akram Belkaïd.) _____________

vendredi 17 avril 2026

Bonnes lectures

 Vous avez dit liberté d'expression ?...

       Pour une défense de la démocratie culturelle

                                  _________________________

Croisade idéologique

 Dans l'édition 

                                    Contre l'entreprise idéologique et le coup de force de Vincent Bolloré,  la colère gronde dans le monde des écrivains contre la mise au pas indirecte de la pensée et de la création. De grands auteurs prennent leur distance avec le patron se croyant tout-puissant de la galaxie au service du RN, à l'appêtit sans mesure, à sa croisade culturelle.. Un courage collectif et une offensive déterminée. C'est comme une déclaration de guerre:     



                                                                                                                                                                          

L’onde             "...L'onde de choc provoquée par le limogeage d’Olivier Nora, emblématique patron de Grasset, n’en finit plus de se propager dans le milieu de l’édition. Jeudi 16 avril, plus d’une centaine d’auteurs et autrices (parmi lesquel·les Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Philippe Grimbert, Delphine Horvilleur ou encore Frédéric Beigbeder ) ont annoncé dans un texte collectif leur départ de la célèbre maison de la rue des Saints-Pères.                À leurs yeux, le « licenciement » du patron de Grasset marque une « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et [à] la liberté de création ». « Une fois de plus, Vincent Bolloré dit “je suis chez moi et je fais ce que je veux”, au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent, écrivent-ils. Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient sa propriété. »     Très différent·es les un·es des autres, ces auteurs et autrices se sont rapidement organisé·es, via une boucle WhatsApp, pour aboutir à une position commune. Ce qui a donné des « débats logiquement un peu houleux vu la grande variété des signataires », raconte l’un d’entre eux à Mediapart. « Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias », affirment-ils.....nous sommes en guerre. Il faut arrêter de parler de bataille culturelle, d’abord parce que c’est très désobligeant envers Gramsci, mais surtout parce que c’est une euphémisation de ce qu’il se passe. Ce n’est pas une bataille, c’est une guerre industrielle, médiatique, politique. Bolloré déclare la guerre à tout ce qui ne lui ressemble pas.                                 Il a tout à fait le droit de publier ce qu’il veut, mais ce qui ne va pas, c’est quand il commence à décapiter tout ce qui lui déplaît. Face à cela, chacun réagit comme il peut. Il m’a semblé que réagir symboliquement pouvait mettre un petit élément dans le débat.            Je n’ai pas reçu ce texte, parce que je ne dois pas faire partie du monde germanopratin, et ce n’est pas pour me déplaire. Je le trouve bien, il y a des gens courageux qui l’ont signé, courageux parce qu’ils ont des enjeux économiques assez considérables, mais ce qui me gêne un peu dans cette démarche c’est le côté « les auteurs font bloc ». Je crains que cela renforce l’idée que l’extrême droite peut avoir du monde de la culture, qui serait univoque, symbole d’une pensée unique, d’un entre-soi.    Le texte est signé par des personnes très différentes, et c’est l’une des leçons que je retiens de la résistance à laquelle a appartenu ma grand-mère, Françoise d’Eaubonne. Dans ses écrits, elle raconte fort bien que, dans son maquis, il y avait des communistes, mais aussi des royalistes, des légalistes, des gaullistes, des chrétiens, des laïcs… Quand on entre en résistance – je ne compare évidemment pas les époques, mais il y a quand même quelque chose qui est en train de se jouer de cet ordre-là –, ce n’est pas le moment de demander ses papiers aux uns ou aux autres. Ce ne serait pas à la hauteur de la situation. On fait front.                                                            On parle beaucoup des auteurs et autrices de Grasset, mais un peu moins des salarié·es de la maison, pourtant très impacté·es par la situation… Absolument. Les gens sont abasourdis en interne. Comme beaucoup, je pense à tous ceux qui sont aujourd’hui sacrifiés chez Grasset et qui ne seront pas courtisés. C’était justement l’une des raisons pour lesquelles j’avais du mal à partir. Parce que toutes ces personnes-là, des éditeurs aux correcteurs et correctrices, en passant par les magasiniers, les fabricants, les services commerciaux, aucune n’avait choisi d’être achetée par Bolloré. Aucune. Et donc, je trouvais ça dégueulasse de partir et de les abandonner à leur sort.    Pour le moment, les politiques sont absolument en dessous de tout sur la question de la concentration des médias et de l’édition.                                                                  Mais les choses sont tout à fait différentes avec le limogeage de Nora, puisque la guerre est désormais déclarée. Il n’y a malheureusement plus rien à sauver, il faut réajuster la stratégie. La férocité du capitalisme, qui s’applique dans la grande distribution et dans l’industrie depuis toujours, arrive dans le monde médiatique et littéraire. Ce qui m’étonne, c’est que ce monde réagisse si peu alors qu’il est touché par la même brutalité, les mêmes plans sociaux dont on parle depuis quarante ans. C’est comme s’il n’y avait pas de leçons qui avaient été tirées.                                                     Est-ce que le limogeage d’Olivier Nora prouve définitivement que l’idée de lutter en interne est vaine ? Vous avez raison, c’est probablement vain. Après, on parlait à l’instant des salariés de Grasset, et il faut souligner qu’il y a des gens qui ont la possibilité d’être plus libres que d’autres, de gagner leur liberté plus facilement. C’est le cas des auteurs et des autrices, mais pas de tout le monde. Donc, ce serait cruel de dire aux gens qui sont là-dedans : vous êtes condamnés, rien de ce que vous allez pouvoir faire ne servira à quelque chose. Grasset était encore un pôle de résistance et il vient de tomber. Il faut voir comment on peut réagir à l’extérieur sans pour autant jeter les gens qui sont dans la merde à l’intérieur..." (Merci à Ellen Salvi)          __________