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__ Un rapport discuté et discutable: Libre propos: Rapport Alloncle: une victoire de l'extrême droite contre l'audiovisuel public "Après six mois de travaux houleux, de polémiques en cascade et de méthodes ouvertement décriées par une large partie de l'hémicycle, le rapport de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public sera bel et bien rendu public. Les 30 députés qui composent la commission ont voté ce lundi 27 avril en faveur de sa publication, prévue le 4 mai prochain. Une décision qui marque une étape inquiétante dans la guerre déclarée par la droite et l'extrême droite contre le service public de l'information. Tout commence à l'automne 2025. Le site d'extrême droite L'Incorrect publie des extraits d'une conversation filmée à leur insu, dans un restaurant, entre les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen et des responsables du Parti socialiste, au cours de laquelle il est notamment question de Rachida Dati. Éric Ciotti, président de l'UDR, s'empare aussitôt de l'affaire et utilise son droit de tirage annuel pour réclamer la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la "neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public". Les travaux débutent le 25 novembre 2025, présidés par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), avec Charles Alloncle, député UDR de l'Hérault et allié revendiqué du Rassemblement national, comme rapporteur. En six mois, 238 personnalités ont été auditionnées lors de 67 séances, dont Vincent Bolloré, Delphine Ernotte (présidente de France Télévisions), Sibyle Veil (Radio France), Léa Salamé, Xavier Niel ou encore Nagui. Plus de 200 heures d'échanges ont été retransmises en direct. Une commission extrêmement médiatisée, mais dont la méthode a rapidement transformé un exercice de contrôle parlementaire en spectacle d'intimidation. Dès décembre 2025, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avait rappelé Charles Alloncle à l'ordre par courrier, évoquant des incidents d'une "fréquence et d'une ampleur inédites". Rédigé par Alloncle, ce document de près de 400 pages concentre quelque 80 propositions dont certaines, si elles venaient à être appliquées, constitueraient une attaque frontale contre l'audiovisuel public français. Parmi les mesures les plus emblématiques : la suppression de France 4 et France TV Slash, les chaînes dédiées aux jeunes publics, au prétexte de "redéployer les moyens" vers des offres numériques sur France.tv et les réseaux sociaux. France 2 et France 5 seraient fusionnées en une unique chaîne généraliste, tandis que franceinfo et France 24 disparaîtraient également en tant qu'entités autonomes pour être fondues dans une seule structure. Côté radio, le Mouv', l'antenne hip-hop de Radio France, serait tout simplement supprimée. Un milliard d'euros d'économies ainsi généré ne serait pas réinvesti dans l'audiovisuel public ni dans la culture : il servirait au désendettement de l'État et à l'entretien du patrimoine national. Un tour de passe-passe budgétaire qui dit tout du mépris dans lequel ces propositions tiennent la mission de service public. Mais le clou du cercueil, c'est la proposition de remettre entre les mains de l'Élysée la nomination des dirigeants de France Télévisions et de Radio France, après simple avis des commissions des affaires culturelles et de l'Arcom. Un recul historique que des élus du bloc central eux-mêmes ont résumé en une formule sans appel : un "retour à l'ORTF". Autrement dit, un audiovisuel public mis au pas du pouvoir politique. Alloncle préconise également d'imposer à l'ensemble des personnels de l'audiovisuel public une stricte neutralité dans leur expression publique, y compris en dehors de leurs fonctions, avec un devoir de réserve renforcé pour les figures de premier plan. Une exigence asymétrique jamais réclamée aux médias privés qui, eux, peuvent ouvertement épouser les thèses du camp conservateur. Ce qui a particulièrement choqué les élus de gauche, et même une partie du centre, c'est bien moins le contenu du rapport que la méthode. Au fil des mois d'auditions, la commission s'est progressivement transformée, selon les mots de plusieurs observateurs, en véritable tribunal de l'audiovisuel public. Séquences virales, confrontations brutales, insinuations, accusations ad hominem : ce qui aurait dû être un travail d'investigation rigoureux est devenu un spectacle de mise en cause systématique des journalistes, animateurs et dirigeants du service public. Lors de son audition, Nagui a accusé Alloncle d'avoir déclenché une campagne de cyberharcèlement à son encontre après avoir été présenté comme la personne qui s'est le plus enrichie sur l'argent public au cours des dix dernières années. La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, a de son côté dénoncé lors de la dernière audition du 8 avril une montagne d'accusations infondées et outrancières, pointant des chiffres factuellement faux répétés par le rapporteur. La lecture du rapport lui-même, consultée à huis clos les 23 et 24 avril dans une petite salle du Palais-Bourbon sous surveillance d'un administrateur, n'a fait que confirmer les pires craintes. La députée socialiste Ayda Hadizadeh a dénoncé des attaques ad hominem, des insinuations, des diffamations et des mensonges, qualifiant la démarche de dérive trumpiste. Boris Vallaud, chef de file des députés PS, a dénoncé un document à charge, truffé de mensonges et de partis pris. Les élus écologistes, par la voix de Sophie Taillé-Polian, ont estimé qu'Alloncle avait créé un précédent détestable en dévoyant ce qu'est une commission parlementaire. Un député, sans donner son nom, a posé la question qui résume tout : l'Assemblée nationale peut-elle cautionner qu'un rapport parlementaire repose sur des méthodes de calomnie et d'insinuation ? Les insoumis, par la voix d'Aurélien Saintoul et de Nadège Abomangoli, avaient annoncé voter contre sans ambiguïté, qualifiant le texte de mensonger, partial et contradictoire, et estimant qu'une enquête établit des faits, elle ne juge pas des opinions des uns et des autre. L'affaire aurait dû s'arrêter là si une révélation du Monde n'était venue ajouter une couche de scandale supplémentaire : la direction des affaires institutionnelles de Lagardère News, propriétaire du JDD et du JDNews, a transmis à des membres de la commission des questions à poser lors des auditions, notamment à Delphine Ernotte et à Sibyle Veil, deux dirigeantes ayant précédemment critiqué publiquement CNews, Europe 1 et le JDD, toutes propriétés du groupe Bolloré. Des questions sur mesure, destinées à orienter les travaux dans le sens des intérêts d'un groupe de presse privé directement concurrent de l'audiovisuel public. Radio France a réclamé que toute la lumière soit faite sur ces collusions éventue. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a lui-même reconnu que des éléments concordants accréditent des tentatives d'ingérence inédites. Face à cela, Alloncle a balayé la question d'un revers de main : le lobbying, c'est vieux comme l'Assemblée. La normalisation de la corruption des processus démocratiques, en une phrase. Il faut également noter qu'Alloncle a accordé une interview fleuve au JDNews, l'un des médias de l'empire Bolloré, la veille même de la mise à disposition du rapport à ses collègues, pour y présenter ses soi-disant révélations. Le même réseau médiatique qui, depuis des mois, mène une campagne systématique contre France Télévisions et Radio France. Les connexions entre ce rapport et les intérêts de la presse privée conservatrice n'ont donc rien d'accidentel. Face à cette situation, les groupes de gauche n'avaient pas exactement la même approche tactique, mais partageaient la même analyse. Les socialistes avaient proposé un vote en deux temps : un premier sur la publication du rapport en tant que tel, un second sur les préconisations publiées au seul nom d'Alloncle et non au nom de la commission entière. Une manière d'éviter que le sceau de l'Assemblée nationale ne soit apposé sur ce que Boris Vallaud a qualifié de pamphlet idéologique. Les insoumis avaient opté pour une position plus tranchée : non à la publication, point final. Non par opposition au principe de transparence, mais parce que laisser diffuser un tel texte sous l'autorité de l'institution parlementaire lui conférerait une légitimité qu'il ne mérite pas. Les écologistes ont suivi la même ligne. Du côté de Renaissance et du MoDem, l'abstention a été choisie, une façon de ne pas prendre de risque politique sans pour autant assumer publiquement un soutien à ce texte problématique. La droite, après quelques jours d'hésitation, a finalement voté pour, Laurent Wauquiez l'ayant confirmé par tweet quelques heures avant le scrutin. L'extrême droite, elle, n'a jamais eu le moindre doute. C'est donc la coalition droite-extrême droite qui a imposé la publication, avec les abstentions centristes en appoint. Le résultat est sans surprise, mais il n'en est pas moins grave. Il serait naïf de réduire cette affaire à un simple débat sur les mérites ou les défauts de l'audiovisuel public français. Ce qui se joue ici, c'est une offensive coordonnée et méthodique contre l'un des derniers espaces médiatiques qui échappe au contrôle des grands groupes privés et de leurs actionnaires milliardaires. France Télévisions, Radio France, franceinfo : ces structures ne sont pas parfaites, loin s'en faut. Mais elles représentent une alternative concrète à la mainmise de Bolloré et Lagardère sur l'information. Le rapport Alloncle, s'il venait à alimenter une proposition de loi, constituerait un arsenal législatif au service de cette offensive. L'hypothèse d'une inscription à l'ordre du jour de la niche parlementaire de l'UDR le 25 juin prochain est évoquée dans l'entourage d'Éric Ciotti, même si rien n'est encore arrêté. Avec pour horizon une information publique mise sous tutelle présidentielle, appauvrie, muselée et finalement inutile. " (Sources : Libération, AFP, franceinfo, LCP)
__Les digues sauteraient-elles? À un an de l’élection présidentielle, il y a des symboles qui prennent soudain davantage de poids. Le déjeuner entre Jordan Bardella et le Medef rend nostalgique du temps où les élites économiques snobaient le parti lepéniste, où leur cheffe Laurence Parisot s’opposait même frontalement à Marine Le Pen. Mais voilà, comme il courtise autant les patrons que les princesses, le RN est devenu présidentiable et, de fait, fréquentable. Quand bien même les retours de ces réunions sont parfois cinglantes, « le fait qu’ils disent que l’on n’est pas le grand Satan est déjà un progrès », a noté le député nordiste Jean-Philippe Tanguy au Monde. Tant pis si même les trumpistes américains, qui ont reçu Bardella et Le Pen en grandes pompes en décembre dernier, ont été consternés par leurs propositions économiques, comme le soulignait Reuters. Il y a aussi des symboles, moins discutés sur les plateaux télés, qui disent beaucoup de la perméabilité politique vis-à-vis de l’extrême droite. Depuis les élections municipales où le mouvement lepéniste a gagné des dizaines de villes, les digues locales sautent. Au conseil départemental du Tarn-et-Garonne, le RN s’est associé au candidat de la droite pour évincer le PS dans une coalition transpartisane. Il est désormais dans les vice-présidences. À Besançon (25), c’est un lepéniste au profil Facebook caché ordurier élu pour la première fois vice-président de la métropole, qui rassemble 67 communes. Ces symboles effraient mais montrent également la politique de ce parti – dont les maires augmentent immédiatement leurs salaires à La Flèche, Montargis, Moissac ou Perpignan – et qui visent d’abord les plus précaires. Au moins, c’en est fini de l’argumentaire électoral, « on n'a jamais essayé ». Au contraire, nous sommes en plein dedans. [ Christophe-Cécil Garnier_ StreetPress.com] ________________