Des lendemains qui ne chanteront pas? L'austérité annoncée comme inéluctable n'est-elle pas un piège? Face à une dette d'ampleur, présentée comme galopante, se serrer collectivement la ceinture pendant des années n'aurait-il comme seule conséquence que de nous appauvrir collectivement davantage, faute de pouvoir investir pour l'avenir. Sachant que les dévaluations de papa ne peuvent plus être d'actualité au coeur du système monétaire actuel, des marchés mondialisés encadrés par les agences de notation. Et nous ne sommes pas le Japon. Pris à la gorge, notre monnaie n'étant plus souveraine, ne sommes-nous dans un terrible cercle vicieux , qui ne manquerait pas d'affecter nos partenaires européens, même si nous ne somme pas les seuls endettés....Que faire? Sommes- nous dans un cercle vicieux? Dans une impasse paraissant insoluble pour l'instant, aux conséquences qui nous dépassent?
__ Ce point de vue peut aider à comprendre une partie du problème; L'austérité massive ne peut être la solution. C'est même un piège: " Derrière le discours de panique sur la dette et les taux d’intérêt, il y a un programme politique : mettre en œuvre un ajustement budgétaire violent portant d’abord sur les dépenses sociales. Une recette qui aura pour conséquence de provoquer une catastrophe économique et sociale....Derrière le discours de panique sur la dette et les taux d’intérêt, il y a un programme politique : mettre en œuvre un ajustement budgétaire violent portant d’abord sur les dépenses sociales. Une recette qui aura pour conséquence de provoquer une catastrophe économique et sociale.... Mais cette panique construite vise aussi à clore un débat essentiel. L’austérité massive serait la seule voie. On parle sur les marchés de la nécessité pour la France d’arriver à un excédent budgétaire primaire, hors service de la dette, de 2 % du PIB, ce qui supposerait un ajustement de pas moins de 5 points de PIB (produit intérieur brut). Une demande considérable qui n’est pas sans rappeler ce qui a été exigé de nombreux pays du Sud dans les années 2010. Or la focalisation terrifiée sur la question budgétaire passe entièrement sous silence les effets d’une telle politique sur l’économie française. D’ailleurs, ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux est une forme de répétition de l’automne 2010, lorsque l’obsession de la dette et du déficit conduisait à ne tracer qu’une seule route : celle de la consolidation budgétaire à tout prix. Le prix de cette obsession est cependant élevé. L’idée dominante du moment, c’est finalement que l’austérité permettrait de « sauver » la France et de lui donner les conditions d’une économie saine. Une fois les dépenses sociales réduites et les retraites réformées, l’économie française, pleine de confiance, pourrait rebondir.Cette vision naïve semble soudainement ressortir des poubelles de l’histoire. Comme voici seize ans, les « experts » divers, économistes, éditorialistes, chefs d’entreprise, hommes et femmes politiques, appellent à détruire l’État social en minimisant les effets de cette méthode sur la croissance. À l’époque déjà, l’austérité était la seule solution possible ; elle annonçait aussi des lendemains qui chantent. Dans le quotidien italien La Repubblica le 16 juin 2010, le président de la Banque centrale européenne (BCE) d’alors, Jean-Claude Trichet, affirmait avec le plus grand sérieux : « Tout ce qui aide à augmenter la confiance des ménages, des entreprises et des investisseurs quant à la soutenabilité des finances publiques est bon pour la consolidation de la croissance et les créations d’emplois. » Et de conclure : « Je suis fermement persuadé que […] des politiques qui soutiennent la confiance vont favoriser la reprise économique et non pas l’empêcher. » C’était la théorie de « l’austérité expansive » portée par l’économiste italien Alberto Alesina (1957-2020) : en réduisant le déficit par la baisse des dépenses sociales, on aidait à relancer la croissance. C’est cette vision qui revient, souvent sans le dire, à l’ordre du jour. Puisque ces méthodes sont proposées pour la France, il faut revenir sur les dégâts qu’elles ont causés dans leur application à l’ensemble de la zone euro à partir de 2010. Le PIB réel de la zone euro s’est contracté pendant un an et demi, de septembre 2011 à mars 2013. Déjà affaiblie par la crise financière des subprimes, elle n’a ainsi retrouvé son niveau de PIB de début 2008 que sept ans plus tard. Soit quatre ans de plus que les États-Unis. Cette période est d’ailleurs celle où l’écart de croissance avec les États-Unis commence à se creuser de façon vertigineuse. Entre le premier trimestre de 2010 et le dernier de 2019, le PIB états-unien a progressé de 26,6 %, contre 14,5 % pour la zone euro. C’est la moitié de l’écart actuel entre les deux régions. Pour les pays les plus frappés par l’austérité expansive, le bilan est encore plus désastreux. Selon la Banque mondiale, l’Espagne et le Portugal ont mis respectivement douze et neuf ans à rattraper leur niveau de PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat de 2008. En Italie, il aura fallu dix-sept ans. En Grèce, en 2025, le niveau du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat était encore inférieur de 8,4 % par rapport à celui de 2007. Il est important de comprendre que de tels phénomènes sont fort rares en régime capitaliste et relèvent principalement de chocs aussi violents qu’une guerre ou un effondrement politique comme celui de l’URSS. Il semble difficile de nier la violence de l’ajustement budgétaire sur les populations et l’outil productif. Ces désastres purement économiques se sont accompagnés de ravages sociaux, comme la baisse générale des salaires. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), entre 2010 et 2025, les salaires moyens réels ont reculé de 3,1 % en Espagne, et de 28,9 % en Grèce entre 2009 et 2025. La pauvreté reste aussi extrêmement élevée : en Espagne, la part de la population en risque de pauvreté est, selon Eurostat, de 25,7 %, et de 27,5 % en Grèce. Mais il faut aussi garder à l’esprit les conséquences humaines et environnementales de l’austérité. Une étude de la London School of Economics (LSE) publiée en juin 2024, qui se concentre sur le cas britannique, c’est-à-dire sur celui qui avait été salué comme un modèle par le dernier ouvrage d’Alberto Alesina, Austerity (Princeton University Press, 2019, non traduit), est sans appel. Entre 2010 et 2019, l’espérance de vie a reculé de 2,5 à 5 mois par an au Royaume-Uni, soit une baisse de 3 ans. Son poids dans le bilan de l’ensemble des morts de cette décennie est estimé à environ 3 % par les chercheurs, qui considèrent que la première cause relève des coupes dans les dépenses sociales..... .... Dans les théories classiques, l’austérité joue alors le rôle d’une « purge » : elle permet de réduire les déséquilibres en ramenant la demande à un niveau compatible avec l’offre. La balance des paiements en fort déficit est ramenée à l’équilibre.... Bien sûr, cet effet peut être caché derrière des phénomènes particuliers comme, par exemple, l’importance des flux de capitaux en Irlande ou la forte reprise du tourisme dans les pays du sud de l’Europe après la pandémie. À un certain moment, les destructions causées par l’austérité et la faiblesse des salaires peuvent aussi provoquer un rebond mécanique du PIB, parce qu’il faut bien finir par reconstruire et que le travail bon marché peut attirer des investissements. Mais ces reprises sur lesquelles les uns et les autres ont beaucoup glosé concernant l’Europe du Sud ces dernières années (et dont le récit a permis le retour d’un discours positif sur l’austérité) ne doivent pas faire illusion. Dans ces mêmes pays, on constate que ces économies sont toujours aussi faiblement productives. Ainsi, dans le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur le Portugal, présenté comme le modèle de la réussite des politiques d’austérité, on lit que « la croissance de la productivité devrait rester plus faible que [dans] la plupart des pays de la zone euro [où elle est déjà très faible – ndlr] en raison d’un investissement insuffisant et d’un environnement des affaires contraignant »..... la France connaît déjà une logique austéritaire qui est dissimulée par le montant extravagant des aides aux entreprises. Depuis 2017, le gouvernement macroniste fait pression sur les dépenses sociales pour faire place à ses aides au capital. Le problème est que ces dernières ne produisent pas de croissance et que la réduction des autres dépenses pèse sur la demande. .... La France n’est donc pas peuplée de cigales insouciantes abreuvées à « l’argent magique ». C’est même l’inverse : les Français et les Françaises subissent déjà les effets de l’austérité et craignent pour leur avenir. En revanche, le capital national, lui, est, effectivement, biberonné à l’argent public et le discours sur la dette n’a d’autre fonction que capter une part toujours plus importante de la valeur créée. La bataille pour le contrôle du budget de l’État devient alors une lutte de classes. L’austérité ne peut pas apporter de réponses aux problèmes structurels de la France, notamment la faiblesse de ses gains de productivité et de son outil productif. Mais les élites économiques françaises semblent prêtes à prendre le risque de détruire encore davantage l’économie et le niveau de vie du pays pour maintenir et renforcer la domination du capital et sa prédation sur la société. C’est de cet aveuglement que naissent les plus grands désastres..." [Souligné par moi. Merci à Romaric Godin] ________________










