Et une piqûre de rappel...
Adolf Hitler n'accède pas à la chancellerie par un putsch : il est nommé chancelier, dans la légalité républicaine définie par la Constitution de Weimar. Avec l’appui de la droite traditionnelle, Adolf Hitler est nommé chancelier par le maréchal Hindenburg. Les formes républicaines semblent respectées : cependant, dès février, à la suite de l'incendie du Reichstag, Hitler commence à mettre en place les institutions de la dictature. Comment en est-on arrivé là ? 1.- Il y eut, tout d'abord, le traumatisme que fut, pour les Allemands, le traité de Versailles qui mit fin à la Première Guerre mondiale (le Diktat). 2.- Il faut d'autre part, avoir à l'esprit le contexte de crise économique qui frappait durement le pays, depuis 1930. En effet, suite au krach boursier de Wall Street (jeudi 24 octobre 1929), le retrait des capitaux étrangers provoqua la faillite de nombreuses banques allemandes, et le chômage touchait un tiers de la population active. en Allemagne. 3.- Par ailleurs, il convient d'admettre le rôle joué par "des industriels, des banquiers, des propriétaires terriens qui gravitaient dans l'entourage d'Hindenburg et plaidaient en faveur d'Hitler. Un choix motivé aussi par la peur d'une révolution communiste. C'était l'obsession de ces gens-là à l'époque. Il y avait une angoisse civilisationnelle vis-à-vis du communisme, une peur culturelle que partageaient pleinement les nazis et les autres droites européennes. 4.- Enfin, Hitler avait des talents de démagogue et d'enfumeur. Dans ses discours public il ne parlait jamais des projets de guerre génocidaire qui le hantaient. Hitler devint même, à partir de 1933, le Friedenskanzler qui ne cessait de dire aux presses étrangères qu'en tant qu'ancien combattant des tranchées, il ne souhaitait pas renouveler l'erreur de plonger l'Europe dans un conflit généralisé. C'était ce message que les opinions publiques européennes veulent entendre. Un peu comme Poutine avant d'envahir l'Ukraine. A Munich, Adolf Hitler prit la tête du NSDAP, en 1921. Il le réorganisa pour en faire un parti de masse, recrutant des cadres, rachetant un journal, le "Völkischer Beobachter". Le parti nazi NSDAP s’assura progressivement le contrôle de la rue, par l’intermédiaire de la SA, la Sturmabteilung (« sections d'assaut ») ou SA, dirigée par Ernst Rôhm. Furent créés des Einsatzgruppen, qui allaient appréhender les syndicalistes ou les députés de gauche chez eux pour les emmener dans des caves, des hangars, des brasseries désaffectées, parfois dans des salles de cinéma, dans des centaines de lieux qui ont été des camps de concentration sauvages. Les opposants y étaient passés à tabac, parfois assassinés comme en juin 1933, lors de la semaine sanglante de Köpenick ( Köpenicker Blutwoche : une série d'exactions, arrestations, tortures et exécutions sommaires, perpétrées par les SA dans le quartier ouvrier de Kôpenik, à Berlin, à majorité fortement socialiste et communiste, ) . Non seulement le NSDAP s’installait dans le paysage politique, devenant la première force politique du pays, mais il drainait désormais une frange de plus en plus importante des jeunes élites nationalistes. Celles-ci étaient maintenant convaincues par l’efficience de la stratégie légaliste du parti. En 1922, le terme Führer (« guide ») remplaça celui de Volkskanzler, pour désigner Hitler. La conquête de l’Allemagne, ainsi, s’opère à la fois par les masses et les élites. Le glissement à droite progressif du paysage politique résulte d’un phénomène d’accoutumance et d’acclimatation des élites politiques à un mouvement qui combine désormais un caractère plébéien à une façade respectable. L’adhésion de jeunes militants issus des mondes universitaires lui apporte respectabilité, compétence administrative et capacité à gouverner. La mise au pas de la vie culturelle allemande débute. L'autodafé du 10 mai 1933 en constitue une étape symbolique. A l'appel de Goebbels, les SA (Section d'assaut) jettent dans de gigantesques brasiers les livres dont les auteurs sont jugés néfastes et dangereux à la santé morale de l'Allemagne. La production industrielle chute de 40 %, tandis que l’inflation galopante provoque un sentiment de panique permanent. Le mark ne vaut plus rien. Les coalitions gouvernementales ne parviennent pas à enrayer la montée en puissance de l’extrême droite allemande. Les nazis vont devenir progressivement les maîtres du jeu parlementaire. En 1934, Hitler abolit les libertés civiles et la liberté de la presse. Le NSDAP est le seul parti politique autorisé. Pour le nazis, les Slaves sont considérés comme des sous-hommes, ce qui n'est pas le cas des Juifs parce qu'ils n'appartiennent pas à l'espèce humaine. Le 15 septembre 1935, la loi civile du Reich et la loi « pour la protection du sang et de l’honneur allemand » interdisent les unions et les relations sexuelles entre Juifs et « non-Juifs », « génératrices de souillures ». Les Juifs sont privés de leur citoyenneté et deviennent des sujets de statut inférieur, auxquels il est même interdit de « pavoiser aux couleurs nationales allemandes. Le régime politique nazi officialisait ainsi, l'antisémitisme et le racisme avec l'idéologie mortifère d'une race supérieure exposée dans Mein Kampf et mise en application dans les camps d'extermination comme celui d'Auschwitz où périrent des millions de prisonniers, visant particulièrement les juifs, lors de la Shoah. Quatre-vingt-dix ans plus tard, ces idées nauséabondes refont surface dans le néonazisme. Le ventre de la bête est toujours fécond.