Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

samedi 25 mai 2019

Le cas Assange (2)

Lanceur d'alerte en péril
                                     Une presse (aussi) menacée.
                                                                        Julien Assange n'est pas un journaliste, mais ses recherches ont souvent été très proches du journalisme d'investigation et il a souvent collaboré en complémentarité avec certains organes de presse. Leurs chemins se sont souvent croisés.

     Il fait plutôt partie de la cohorte des lanceurs d'alertes de toutes sortes.
  Malgré toutes les réserves qu'on peut émettre à son égard et les critiques qui ont pu être apportées (à tort ou à raison, de bonne ou mauvaise foi -on a fait beaucoup pour le discréditer dans certains milieux-), on peut considérer que son courage et son obstination ne peuvent être minimisés. Sa mise à jour des exactions de troupes américaines en Irak, pas exemple, reste dans les mémoires....
    Le voilà maintenant en danger,  sans doute extradé sous la pression politique des services de Trump, qui s'était juré d'avoir sa peau.
  Les conséquences, pas seulement pour lui, peuvent être lourdes.
     Après l'annonce de ces nouvelles " les associations de défense des libertés ont immédiatement tiré la sonnette d’alarme. « Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, le gouvernement entame une procédure criminelle contre un éditeur pour la publication d’informations véridiques. C’est une attaque directe contre le premier amendement et une escalade inouïe des attaques de l’administration Trump contre le journalisme », s’est inquiétée l’Union américaine pour les libertés civiles (en anglais American Civil Liberties Union, ACLU), une puissante association de défense des droits des citoyens.
        __  "Depuis son arrestation dans l’enceinte de l’ambassade d’Equateur à Londres, le 11 avril dernier, Julian Assange attendait de savoir à quelle sauce il allait être cuisiné, en attendant une extradition inéluctable vers les Etats-Unis, ou la Suède, qui veut l’entendre dans une affaire de viol. Après l’avoir inculpé pour un délit mineur de conspiration informatique, les autorités américaines ont déployé la grosse artillerie hier soir : le fondateur de WikiLeaks a été inculpé de dix-sept (!) chefs d’accusation au titre de l’Espionage Act.(*) Il risque cent soixante-quinze ans de prison. Quoi qu’on pense de l’urticant Australien, cette stratégie de l’administration Trump envoie un signal très inquiétant pour la liberté de la presse. C’est la première fois que ce texte centenaire est utilisé non pas contre la source directe d’une fuite, mais contre un tiers ayant publié des informations classifiées (l’acte d’accusation vise l’année 2010, celle des maxi-publications de WikiLeaks, en collaboration avec de grands médias internationaux)« Le département de la Justice vient de déclarer la guerre au journalisme », a immédiatement réagi le lanceur d’alerte Edward Snowden sur Twitter. Difficile de lui donner tort...."
      (*) En mai 2019, le comité de rédaction de Pittsburgh Post-Gazette a publié un article d’opinion plaidant en faveur d’un amendement permettant une défense d’intérêt public, car "la loi est devenue depuis un outil de répression, utilisée pour punir les dénonciateurs actes répréhensibles et criminalité commis par le gouvernement ". 
      Les réactions sont parfois vives aux USA.   (Notamment) " de la part de la Freedom of the Press Foundation, ONG de défense de la liberté de la presse, qui évoque  « un développement réellement choquant », qui dépasse le simple cadre de WikiLeaks. « Peu importe votre avis personnel sur Assange, ces nouvelles inculpations contre lui sont sans précédent, effrayantes, et un coup porté au cœur du droit fondamental à la liberté de la presse ». Son directeur exécutif, Trevor Timm, évoque même « la menace la plus significative et la plus terrifiante contre le premier amendement au XXIe siècle »....
      [WikiLeaks a mis en ligne 391 832 documents secrets sur la guerre en Irak, portant sur une période du 1erjanvier 2004 au 31 décembre 2009, et révélant, notamment, que la guerre avait fait environ 110 000 morts pour cette période, dont 66 000 civils, et indiquant que les troupes américaines auraient livré plusieurs milliers d'Irakiens à des centres de détention pratiquant la torture]
   Comment va réagir l'indomptable australien, dans les accusations qui lui sont portées?
           Le Daily Beast, un site d’information, a tout résumé en une phrase « Pour la première fois dans l’histoire moderne des États-Unis, le gouvernement a inculpé un éditeur pour avoir révélé des informations classifiées. »
  Jamais, depuis 1917, la loi sur l’espionnage (« Espionage Act »), promulguée aux États-Unis pendant la Première Guerre mondiale pour traquer les communistes, les socialistes et les pacifistes américains, alors considérés comme des traîtres à la nation, n’avait été utilisée pour criminaliser la révélation publique d’informations gouvernementales.
  Leurs sources, des lanceurs d’alerte courageux, en avaient souvent fait les frais, de façon d’ailleurs exponentielle sous les administrations Obama et Trump. Mais si les sources avaient été inquiétées, jamais la publication de ces informations n’avait été comparée à un acte d’espionnage.
   L’« Espionage Act » a toujours été considéré par les défenseurs de la liberté de la presse     américains comme une épée de Damoclès pouvant être un jour dirigée contre les médias. Mais jusqu’ici, aucune administration ne s’était aventurée à l’activer pour punir la révélation d’informations, afin d’éviter toute atteinte au sacro-saint premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté de la presse et la liberté d’expression.
    Le sort désormais réservé à Julian Assange, le fondateur contesté de WikiLeaks, installe un précédent historique. S’il y avait un doute, cette fois c’est très clair : l’administration Trump lui a déclaré la guerre. Et à travers lui, c’est bien toute la presse, américaine mais pas seulement – rappelons qu’Assange n’est pas américain, mais australien –, qui est potentiellement menacée de poursuites, si elle s’enhardit à publier des informations sensibles et secrètes touchant à la sécurité nationale.Jeudi 23 mai, le département de la justice américain a révélé que 17 nouvelles charges judiciaires pèsent sur le fondateur de WikiLeaks, arrêté le mois dernier à     Londres après six ans de confinement dans l’ambassade de l’Équateur.
     Aux termes de son acte d’inculpation révélé dans la foulée de son arrestation après plus d’un an d’instruction secrète, Assange était jusqu’ici visé par un seul chef d’inculpation, passible de cinq ans de prison, pour avoir encouragé l’ancienne militaire américaine Chelsea Manning, alors en poste en Irak, à « craquer le mot de passe d’un ordinateur du gouvernement américain classé secret défense ».    L’opération avait donné lieu à une révélation massive sur la plateforme WikiLeaks, en 2010, de câbles diplomatiques et de documents dévastateurs prouvant les exactions de l’armée américaine en Irak en en Afghanistan.
    Les charges rendues publiques par le département de la justice américaine ce jeudi sont très lourdes (lire ici l’acte d’inculpation)Au titre de la loi sur l’espionnage, Assange, que le Département de la justice refuse de considérer comme un journaliste, est accusé d’avoir sollicité, reçu, obtenu et publié des éléments relevant de la « défense nationale ». Il lui est reproché :d’avoir « encouragé de façon répétée des sources ayant accès à des informations classifiées à les voler et à les fournir à Wikileaks dans un but de révélation » d’avoir « encouragé Chelsea Manning à poursuivre son opération de vol de documents classifiés » ;d’avoir « eu pour objectif de subvertir les restrictions légales concernant les informations classifiées, et de les disséminer publiquement » d’avoir « révélé les noms de sources humaines » [du renseignement américain] ;d’avoir « créé un risque grave et imminent pour leur vie », en sachant que « la dissémination de [leurs] noms mettait ces individus en danger ».Julian Assange risque dix ans de prison pour chacune de ces charges : au total, 170 ans de détention…
   « C'est de la folie, a commenté WikiLeaks, la plateforme d’Assange. C’est la fin du journalisme touchant à la sécurité nationale, et la fin du premier amendement. »     « Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, le gouvernement a activé des charges criminelles au nom de l’“Espionage Act” contre un éditeur, à cause de la publication d’une information véridique »estime l’ACLU, la plus grande association américaine de défense des droits de l’homme  .« C’est une agression directe contre le premier amendement. Ces inculpations sont une escalade extraordinaire dans les attaques de l’administration Trump contre le    journalisme », poursuit l’association, en écho aux attaques quotidiennes du président américain contre les médias, qu’il qualifie d’« ennemis du peuple ».
   « Elles établissent un précédent dangereux qui peut être utilisé pour cibler tous les médias qui demandent des comptes aux gouvernements et publient leurs secrets. Les charges portées contre Assange sont également dangereuses pour les journalistes qui révèlent les secrets d’autres nations. Si les États-Unis peuvent poursuivre un éditeur étranger pour violation de nos lois sur le secret, rien n’empêche la Chine ou la Russie de faire la même chose. »   « Ces charges sans précédent contre Julian Assange et Wikileaks sont la menace la plus significative, et la plus terrifiante, contre le premier amendement depuis le début du XXIe siècle »s’alarme la Freedom of Press Foundation....
 « Cette administration décrit la presse comme le parti d’opposition, un ennemi du peuple. Aujourd’hui, ils utilisent la loi comme un sabre et entendent lâcher tout le pouvoir de l’État contre l’institution précisément destinée à nous protéger de tels excès », a réagi dans un communiqué Chelsea Manning, jugée et condamnée par un tribunal militaire, graciée et libérée par Obama, désormais emprisonnée car elle refuse de témoigner à nouveau devant un grand jury.
   Présentateur star de la chaîne libérale MSNBC, Chris Hayes s’inquiète, lui, d’une « attaque frontale et extrêmement dangereuse contre la presse libre ».
   Il y a un mois, lorsqu’un seul chef d’inculpation, mineur au regard des charges d’espionnage, pesait sur Assange, des défenseurs américains de la liberté d’informer s’étaient déjà inquiétés. « Quoi que l’on pense d’Assange, que l’on veuille l’appeler journaliste ou pas, l’acte d’inculpation soulève des inquiétudes plus larges pour la presse en général, car la rédaction est très générale et inclut des pratiques journalistiques quotidiennes »nous disait Caroline DeCell, juriste au Knight First Amendment Center de l’université new-yorkaise Columbia.
   Source du New York Times et du Washington Post dans l’affaire emblématique des Pentagon Papers sous l’administration Nixon, Daniel Ellsberg prévoyait comme un fait certain« une longue série » de charges. « C’est la liberté de la presse qui est en jeu, disait-il. Je pense que tout le monde devrait se rallier autour de son cas. Quoi qu’on pense de sa personne. »
    Ellsberg sait de quoi il parle. En 1973, le lanceur d’alerte, un ancien employé du think tank Rand Corporation, fut poursuivi par l’administration Nixon au nom de l’« Espionage Act », pour avoir révélé à la presse américaine les fameux Pentagon Papers, des documents confidentiels révélant le fiasco de l’intervention militaire américaine au Vietnam. Il risquait alors 115 ans de prison. Les charges à son encontre furent par la suite levées, notamment parce que l’administration Nixon avait jugé pertinent d’ordonner le cambriolage du cabinet de son psychiatreDepuis un siècle, rappelle le journaliste Jeremy Scahill, cofondateur du site d’investigation The Intercept, l’« Espionage Act » a été utilisé comme une « arme pour attaquer la liberté d’expression et les dissidents » : contre l’anarchiste Emma Goldman et le leader socialiste pacifiste Eugene Debs pendant la Première Guerre mondiale, ou encore pour punir les époux Rosenberg, condamnés (et exécutés en 1963) pour espionnage au profit de l’URSS.   Plus récemment, il a été utilisé pour traquer les lanceurs d’alerte et les sources des journalistes, rappelle Scahill.
   « Le département de la justice sous Obama a inculpé huit sources au nom de l’“Espionage Act”, explique Scahill dans la dernière livraison de son podcast, “Intercepted”Plus que tous les présidents avant lui. Parmi ces cas, Chelsea Manning, l’ancien officier de la CIA Jeffrey Sterling [accusé d’avoir divulgué au journaliste James Risen, alors au New York Times, des opérations secrètes contre le programme nucléaire iranien – ndlr], les lanceurs d’alerte de la NSA Thomas Drake et Edward Snowden. Dans certains de ces cas, ces personnes ont été condamnées à de longues peines de prisons. Dans d’autres, le gouvernement a ruiné leur vie. »
   « Trump a pris le pouvoir et a commencé à utiliser les méthodes de son prédécesseur. Il l’a surpassé en seulement deux ans. » La première cible de l’administration fut Reality Winner, une linguiste militaire travaillant pour la NSA, accusée d’avoir transmis à The Intercept des informations sur l’ingérence russe pendant la présidentielle de 2016.
  Il y eut aussi Terry Allbury, un salarié du FBI, à l’origine de révélations sur l’étendue des méthodes de surveillance du FBI.
  Et encore, au début de ce mois, l’arrestation du lanceur d’alerte Daniel Everett Hale, un salarié du département de la justice ayant transmis des documents sur les campagnes d’assassinats ciblés par drones sous la présidence Obama.  En ciblant un responsable de publication, selon des termes qui pourraient très bien, en tout cas en partie, s’appliquer à d’autres journalistes, l’inculpation d’Assange pour espionnage marque une gradation supplémentaire.
   Le New York Times s’inquiète déjà d’une « escalade dramatique de cette administration pour punir les fuites d’informations classifiées », escalade qui constitue une « attaque directe contre les protections du premier amendement pour les journalistes ».
    Il y a un mois, dans un éditorial rugueux, le Washington Post, qui a comme de multiples médias utilisé les informations publiées par WikiLeaks, avait tenu à se démarquer d’Assange, accusé d’avoir « obtenu des documents de façon non éthique »« publié des informations dans le domaine public sans vérifier leur caractère factuel ou donné aux individus une occasion de commenter », et d’avoir « trempé dans un complot d’un régime autoritaire étranger visant à nuire à un candidat à la présidence américaine, au bénéfice de son concurrent », allusion à son rôle trouble dans la présidentielle de 2016.
   Mais dès jeudi soir, le quotidien de la capitale américaine s’est inquiété des « conséquences potentielles » de ces nouvelles inculpations, « pas juste pour [Assange], mais aussi pour tous ceux qui publient des informations classifiées ».    « Elles pourraient modifier la balance, sensible aux États-Unis, entre la liberté de la presse et les secrets du gouvernement. » Les États-Unis doivent notifier d’ici au 11 juin aux autorités britanniques leurs motifs d’extradition. Assange a été condamné à 50 semaines de prison le 1er mai pour ne pas avoir respecté les conditions de sa liberté provisoire. La Suède a par ailleurs rouvert une enquête pour viol le concernant, suspendue depuis 2017. Autant de délais qui pourraient retarder sa confrontation avec la justice américaine...."
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vendredi 24 mai 2019

Curiosité et civisme journalistiques (1)

Informer
                Le travail du journaliste, le vrai, est d'abord d'enquêter.
    Sur une sujet donné, fût-il sensible, aller chercher les sources les plus fiables, les analyser, les recouper, en faire la synthèse avec toute la méthode, la prudence nécessaire, mais aussi avec l'audace qui s'impose, surtout sur des sujets jugés sensibles, voire même interdits.
    Aller au-delà de la censure sur des sujets jugés brûlants parfois, quelle que soit la puissance qui s' oppose à la diffusion de la vérité, dans un domaine ou dans un autre.
   Mettre à jour les ombres entretenues dans des domaines fondamentaux de la vie citoyenne, déceler les pratiques frauduleuses ou dangereuses de telle multinationale, par exemple. Dénoncer les activités illicites de tel responsable politique aussi. Les domaines d'investigations ne manquent pas. Seuls font défaut trop souvent, le manque de professionnalisme ou de courage, d'obstination parfois, le défaut de soutien d'une la presse qui ne remplit pas sa mission..
    Albert Londres reste un modèle à jamais. Lui qui ne voulait pas plaire aux pouvoirs ou flatter les puissants.
     Or l'nvestigation peut toujours être  menacée, comme on s'en rend compte aujourd'hui. On ne parlera pas de Malte ou la Russie, où certains ont payé de leur vie leur "curiosité", leur travail citoyen mais de notre pays où, régulièrement des pressions ou des intimidations s'exercent pour détourner certaines investigations de leur objet. 
    Même quand on est journaliste au Monde, journal très modéré et souvent jugé trop conventionnel, comme Ariane Chemin, enquêtant sur l'affaire Benalla, on peut avoir des soucis avec certains obstacles tendus, parfois subtils et insidieux.
  On conçoit que dans certains domaines, un minimum de secrets soient préservés,
    Dans le domaine politique et militaire par exemple. Mais dans certaines limites seulement. Fallait-il passer sous silence le commerce d'armes avec l'Arabie Saoudite, utilisées au Yemen?
   Le secret défense a parfois bon dos et a pu être utilisé à des fins douteuses. Les affaires sont innombrables.
   De même, dans les secrets dits d'affaires, il y a bien des choses et des pratiques qu'on ne veut pas mettre à jour, dans l'industrie comme dans la finance.
     Informer n'est pas un délit et prendre ses distances avec les pouvoirs est nécessaire. C'est un devoir pour tout organe d'information qui se respecte.
    Si la vérité journaliste est toujours à travailler, la censure demande aussi à être détectée et dénoncée. Sous toutes ses formes.
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-Assange risque 170 ans de prison aux USA...
-Journalistes en danger.
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jeudi 23 mai 2019

Pudeur

 Brefs jugements et points de vue
                                              La mort n'est rien pour nous disait Epicure. Au sens où se lamenter contre un processus  des plus naturels, faisant partie de la vie, de son fonctionnement et de son renouvellement normal, n'a pas de sens rationnel.
   Et J.Brel chantait: Mourir, la belle affaire, mais vieillir...
 La vie -toute vie- n'existe que parce qu'il y a la mort.
Que cela plaise ou non. Mieux vaut l'apprivoiser, comme le suggérait Montaigne.
        Ce qui pose problème, à nous humains, c'est surtout la mort des autres, la mort des proches.   Surtout dans des circonstances imprévues et dans des conditions parfois dramatiques.
Surtout quand l'incertitude peut demeurer longtemps entre ce que l'on considère comme la sortie de la vie et l'entrée dans l' échéance fatale. C'est un effet, parmi d'autres, du développement d'une médecine de plus en plus performante, qui repousse toujours plus loin certaines limites, autrefois inimaginables.
    Le cas Lambert, comme d'autres, démontre comment des proches peuvent être dans une incertitude  dramatique lorsque des choix cruciaux doivent intervenir autour de celui qu'on appelle encore un vivant. A tort ou à raison. L'"acharnement" peut-il encore avoir un sens dans certains cas? Il y a beaucoup de confusions sur la notion d'euthanasie.
   Tout le monde se sent concerné par l'affaire sur-médiatisée et les avis peuvent diverger sur un cas qui est mal défini, en évitant de céder à l'hystérisation, à la confusion et aux dérives idéologiques, comme on le voit tristement sous nos yeux. Quand la personne devient instrumentalisée pour des causes discutables, voilà le pire. Alors qu'on attendait discrétion et respect.
   Une mère contestée, une épouse effondrée, des medias sur la brèche, des effets de manche,  et voilà tous les ingrédients d'un feuilleton devenu malsain et indécent.
   La complexité de l'affaire est évidente. Il y en aura d'autres.
  La question se repose: faut-il continuer des soins à tout prix, surtout quand on commence à être certain que l'issue heureuse est hautement improbable, que l'acharnement est déraisonnable?
 Les textes qui tournent autour de la fin de vie sont à revoir. On continue à mal mourir en France.

____En raison de l’actualité, M6 a choisi d’avancer ce mercredi 22 mai la diffusion du documentaire “Droit de mourir, un tabou français”, un film dense consacré au droit de choisir le moment de sa mort.
___  Un avis à chaud  de Jean-Luc Romero président de l'ADMD:



[La cour d'appel de Paris a ordonné la reprise de l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert à compter du mardi 21 mai...]
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mercredi 22 mai 2019

Si vous m'appelez "docteur"...


Bernés par Bernays?

                 C'est tout un art que celui  de l'influence, de la persuasion et du conditionnement.
      Pour le meilleur ou pour le pire.
  Agir sur les esprits par toutes sortes de biais, notamment médiatiques, est devenu tellement courant et banal qu'on ne s'en rend souvent même plus compte. Dans toutes sortes de domaines.
    C'est ainsi que nous sommes, de manière non critique, conditionnés  à suivre telle injonction, à faire confiance à telle recommandation supposée bonne pour nous, parfois avec une caution présentée comme scientifique.
     La publicité use et abuse de procédés, toujours renouvelés, pour conditionner des habitudes de vie par des produits valorisés comme positifs, pour notre bien et parfois notre santé. Avec une prétendue caution scientifique et parfois l'utilisation de blouses blanches autoproclamées médicales.
    C'est ainsi que les Américains, les premiers, ont été incités à changer leurs modes de petit déjeuner et leurs habitudes alimentaires (pour leur bien) et même à se livrer aux délices de la cigarette et de boissons énergisantes, comme Coca-Cola.
   C'était l'époque où l'industrie alimentaire voulait se tailler des parts de marché en jouant sur le conditionnement des esprits. Plus tard, furent vantés aussi comme nécessaires les produits phytosanitaires, notamment le glyphosate, présentés comme salvateurs par des experts dûment rétribués. Il y avait de tels marchés, presque illimités...
    Bernays, au début du 20° siècle, fut la première personne a voir compris l'importance de la parole et de l'image pour inciter la publicité à prendre conscience de ses moyens et de son avenir, la malléabilité de l'esprit humain étant ce qu'il est. Le principe de compétence et d'autorité étant valorisé par l'apparition de la bouse blanche sur les écrans, pour faire vendre aussi bien du dentifrice que des produits alimentaires au bénéfice discutable.
   L'image incontesté du "docteur" s'impose, qui fait autorité.
Commence le règne de l'organisation systématique de l'influence, naïve puis subtile, qu'un auteur récent qualifie d'opération de lobbytomie.
    On ne parle plus de propaganda, on fait appel à des notions plus subtiles tirées du monde de la communication supposée neutre. On ne conditionne plus le consommateur, on l'informe, par le truchement de la blouse blanche, s'il le faut, en allant contre les résistances et les doutes. 
     Le bonheur du consommateur repose sur sa confiance, même s'il doit abandonner sa citoyenneté. Les relations publiques étaient nées. L'inconscient était au service du marché.  Avec une efficacité parfois redoutable.
   Une vraie fabrique du consentement.
  D'autres, moins scrupuleux que Bernays, sauront s'en inspirer pour le conditionnement des foules

[Textes et images]
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mardi 21 mai 2019

Le cas Bannon

Graine de division
                              Une météorite?
    Il a pris son bâton de pèlerin.
         Pour aller prêcher la bonne parole.
    Mais pas celle qui rassemble. Celle qui divise.
 Pour régner? Ou pour mieux faire régner les intérêts de son pays, Les pires du moment.
       Il est entré facilement dans le ventre mou d'une Europe sans consistance, qui se fractionne elle aussi. Il a juste à enfoncer le coin pour aider les tendances au repli, au surgissement des purs intérêts nationaux, souvent xénophobes.

      L'ancien militant de Tea Party, l'admirateur de Maurras, l'ex-conseiller de Trump a des repères et des références. Sous son air bonhomme et négligé, il n'est pas né de la dernière pluie.  Il sait à quoi il joue.
     A la manoeuvre, il n'est pas sûr de faire aboutir son projet. Il devient parfois gênant, voire sulfureux pour certains partis qui l'accueillent.
      Militant de l'ombre, il fait tout pour atomiser la fragile Union européenne. Une Union qui  se disloque sous nos yeux, du moins sous ses formes actuelles. Il est temps d'en reconstruire une autre.
   Il n'est heureusement pas sûr que le grand fédérateur arrive à ses fins.  Mais il aura soufflé sur les braises, au profit des plus conservateurs et réactionnaires de ses compatriotes. L'Europe unie est devenue un obstacle économique pour les intérêts à court terme de l'Oncle Sam jouant l'air du protectionnisme sans vision autre qu'électorale.
     Il se veut seulement conseiller bénévole, mais il cache bien son jeu.
  On s'interroge encore sur ses réelles motivations, mais le pèlerin de l'ombre ne se lasse pas de faire la tournée des capitales européennes. Le tremblement de terre annoncé n'aura pas lieu, mais il fait ce qu'il peut pour faire bouger les lignes...
___________"...Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, a prédit samedi 18 mai un « tremblement de terre » lors des résultats des élections européennes avec l’émergence d’un grand groupe populiste au Parlement de Strasbourg. Si Marine Le Pen a pris ses distances avec lui, son action continue de susciter l'attention. Il fut l’un des stratèges de la spectaculaire victoire de Trump en 2016, puis conseiller spécial avant d’être « remercié » en août 2017. Tenue négligée, éternelle barbe de trois jours. « Steve le débraillé », comme le surnomme Donald Trump dans ses tweets rancuniers, ne laisse pourtant rien au hasard. À 64 ans, Stephen K. Bannon (son vrai nom) cultive son image d’agitateur. 
Génie de la communication pour les uns ; dangereux complotiste pour les autres. Qui est Steve Bannon ? Proche de l’alt-right, il a déroulé les thèses de l’ultra droite raciste dans des documentaires, puis fait du site Breitbart News un brûlot nationaliste. Il s’est investi aussi dans Cambridge Analytica. Cette société d’analyses de données sera accusée, plus tard, d’avoir utilisé ses informations pour propulser Trump à la Maison-Blanche.
    Élu, le Président Donald Trump a imposé son ex-directeur de campagne comme conseiller mais ce dernier a dérapé, mis en doute les choix de son boss sur la présence américaine en Afghanistan, son attitude face à la Corée… Sept mois plus tard, il a « démissionné ».
    Puis, ses confidences sur Trump à l’écrivain Michael Wolff (Fire and Fury) lui ont coûté son poste à Breitbart, en janvier 2018. Qu’importe. Bannon le catholique poursuivra sa « défense de l’Occident judéo-chrétien » en Europe. Il y a posé des jalons dès 2014 en s’alliant au Britannique Nigel Farage, chef du parti d’extrême droite Ukip.
Hasard ? Trois mois après le lancement d’un Breitbart London, Ukip s’impose aux européennes. En 2016, au lendemain du vote sur le Brexit, Farage jubile : « Merci Bannon ! Vous nous avez aidés. Énormément. »Tricard aux États-Unis, le sulfureux Steve Bannon entend rebondir en Europe. Fin juillet 2018, dans une interview au site Daily Beast, l’idéologue a annoncé l’ouverture d’une fondation, baptisée « Le Mouvement », à Bruxelles.
     Son ambition ? Fédérer tous les partis d’extrême droite européens pour former un « super-groupe » capable de renverser l’échiquier politique aux élections de mai 2019.
Dans la revue Society, il promet de « mener une guerre culturelle » capable de déstabiliser l’ordre libéral européen.En mettant à leur disposition sa « machine de guerre » et le savoir-faire qui a, selon lui, propulsé Donald Trump à la Maison-Blanche. Ciblage électoral, réalisation de sondages, conseils en communication, élaboration des programmes de campagne, etc.
     Bannon se pose en philanthrope des extrêmes. Et joue les rabatteurs. Voilà des mois qu’il arpente l’Europe en quête de soutiens, auprès du Hongrois Viktor Orban, des ultraconservateurs du PiS polonais, des Allemands de l’AfD, comme du think thank catholique intégriste Dignitatis Humanae Institute. Invité par Marine Le Pen au Congrès du FN, en mars, il s’y est fendu d’une déclaration enflammée à… sa nièce Marion Maréchal, rencontrée dès février au grand raout des conservateurs américains, à Washington. Il prédit « un grand avenir » à cette « Jeanne d’Arc du mouvement ».
 Samedi 18 mai, Steve Bannon a affirmé être un « conseiller informel » de Marine Le Pen pour battre Emmanuel Macron. « Mon rôle est de faire des connexions, de donner des conseils généraux. Je leur ai par exemple soufflé l’idée que Macron organisait un référendum sur lui-même », souligne-t-il.
     Interrogée sur sa proximité avec Steve Bannon, Marine Le Pen a réfuté lundi 20 avril de toute collusion avec une puissance étrangère. « Nous nous sommes rapprochés de lui parce que c’est un ancien financier et nous cherchions une banque européenne pour pouvoir trouver un financement. Nous lui avons donc demandé s’il connaissait une banque européenne. Lui non plus n’a pas trouvé »a-t-elle expliqué. Steve Bannon « n’est pas un conseiller politique » du Rassemblement national, affirme Marine Le Pen.
      C’est en Italie qu’il place ses plus grands espoirs : dès mars 2018, avant même la formation du nouveau gouvernement, il est venu féliciter Matteo Salvini (Lega, extrême droite). De retour en juin, il a salué Rome comme le nouveau « centre de la politique mondiale.."
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lundi 20 mai 2019

Autodafé

Il arrive qu'on brûle les livres
                                       Ou qu'on les retire et les interdise parce que jugés dangereux pour le pouvoir.
 La liberté de l'esprit que représente l'écriture, la culture sous toutes ses formes, est toujours à préserver, à maintenir vivante.

   Certains aujourd'hui encore se vantent de ne jamais lire un livre et entretiennent la défaite de la pensée, souvent déjà bien mise à mal.
     Non sans arrière-pensées.
 Un peuple de non lecteurs indépendants est déjà un peuple soumis.
       Certains le savent bien. Voltaire déjà le disait. L'autocensure suit souvent la censure.
     Penser est toujours dangereux, pour le pouvoir qui se veut arbitraire.
       Il existe une politique du livre
              Trump et Bolsonaro et d'autres... en savent quelque chose.
     
           ..... Face à l'intelligence, la brutalité n'est pas un choix, mais un expédient. Ainsi Jair Bolsonaro, président du Brésil, multiplie-t-il les attaques contre la vie intellectuelle. Sa décision, confirmée le 26 avril, de diminuer les budgets alloués aux sciences sociales et aux humanités est l'aboutissement d'une passion pour la destruction qu'il avait, dès sa campagne, dévoilée. Cette attitude rappelle celle de Donald Trump qui, dès la fin de l'année 2017, annonçait la suppression de subventions pour des théâtres, des cours de musique, de danse, d'ateliers de lecture, etc., que l'État finançait afin que des personnes défavorisées y aient accès. Bolsonaro et Trump présentent ces réformes comme « rationnelles ». Elles sont, en fait, le seul remède à leur ignorance. Parce qu'ils ne comprennent rien à la vie de l'esprit, ils en veulent la mort....
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