Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 16 avril 2021

Sale temps pour les chômeurs!

 Un tournant 

                    Même si des données officielles du chômage sont sujettes à discussion, méritent d'être examinées de près, parce que sous-estimées en temps normal, celles qui vont suivre la période épidémique actuelle risquent d'être d'une ampleur inédite. Ce n'est pas vers une aide accrue que vont les nouvelles dispositions, bien au contraire....La nouvelle réforme, si elle reste en l' état, non seulement"...va faire chuter les allocations des chômeurs les plus précaires, mais elle va les désinciter à accepter des jobs moins bien rémunérés..."  Selon les pronostics de certains observateurs, ces mesures de devenir une pure loterie.  Un durcissement est prévu pour l'automne.                                                                                                                     C'est bien connu, les chômeurs, dont le nombre est largement incompressibles, dans les circonstances actuelles de baisse de l'activité économique et de numérisation, de robotisation de tâches de plus en plus nombreuses et de l'organisation actuelle du travail, sont des oisifs qu'il importe de sortir de leur sort. La pensée magique est toujours de rigueur...                                                                                               ______Comme Mediapart "...l’a déjà détaillé ici, le premier volet de la réforme doit s’appliquer dès le 1er juillet, avec la mesure la plus brutale, modifiant le mode de calcul du salaire journalier de référence (SJR) qui définit le montant des allocations-chômage.      Au lieu de partir d’une moyenne des salaires perçus les jours travaillés par un salarié pendant un an, la nouvelle   règle prend également en compte des périodes d’inactivité, en remontant jusqu’à deux ans en arrière. La formule fait s’effondrer le montant des allocations-chômage.  Les intermittents de l’emploi, qui alternent activité réduite et périodes chômées, en paieront le prix fort. 1,15 million de personnes seront potentiellement concernées, la première année d’application, par la baisse des allocations à l’ouverture de droit. En moyenne, la baisse de l’indemnité journalière sera de 17 % mais pourra, dans certains cas, dépasser 40 %, selon une étude d’impact de l’Unédic qui embarrasse le gouvernement.  Dans la première version de la réforme, la baisse était encore plus drastique, comme Mediapart l’avait illustré ici. Les allocations étaient divisées par quatre dans les cas les plus extrêmes. Jugeant que cela portait « atteinte au principe d’égalité », le Conseil d’État a mouché le gouvernement et annulé, en novembre 2020, ce volet.

              Le gouvernement a donc trouvé une nouvelle formule et instauré un plafond. Toutes les périodes d’inactivité n’entreront pas dans le calcul, elles représenteront au maximum 75 % du temps en emploi. Dit autrement : le nombre de jours non travaillés pris en compte ne pourra pas dépasser 43 % de la période totale.       Problème : l’instauration de ce plafond génère toujours des inégalités. Et de taille ! Des personnes ayant eu, dans leur parcours professionnel, un arrêt maladie de plus de quinze jours, un congé maternité, paternité ou parental ou encore des périodes d’activité partielle pourraient être lésées.      La réglementation prévoit en effet de « neutraliser » toute période durant laquelle le contrat de travail a été suspendu et où les rémunérations ont été moindres ou nulles. Cela signifie que ces périodes n’entrent pas dans le calcul des allocations-chômage. Seule la rémunération habituelle, prévue dans le contrat de travail, est prise en compte.   Jusqu’ici, rien de fâcheux. Au contraire, la règle qui existait avant la réforme (comme évoqué ici par Mediapart) est censée être plus juste.  Le problème vient du nouveau mode de calcul du SJR. Conjugué à cette règle de neutralisation, il crée des effets pervers, repérés dans le projet de décret par les services de l’Unédic. Cela pénalisera, là encore, des personnes ayant eu une carrière fractionnée. Et donc, les plus précaires.  « En proportion, les jours non travaillés pourraient être plus importants que les jours travaillés, compte tenu des périodes de contrat neutralisées », prévient le gestionnaire de l’assurance-chômage, dans un document de travail, daté du 19 mars, que Mediapart a pu consulter.   Sur ce même document, l’Unédic poursuit : « Aucune disposition du projet de décret ne prévoit que les jours d’inter-contrats sont réduits à due-proportion du nombre de jours travaillés neutralisés, ce qui peut impacter à la baisse le SJR»    ____Un exemple vient ensuite étayer ces affirmations. Une femme ayant alterné travail et chômage et ayant pris un congé maternité aura un salaire journalier de référence réduit de 14 % par rapport à une personne ayant eu exactement la même trajectoire, mais sans congé maternité.   L’Unédic a donc prévenu le ministère du travail, sans aucune ambiguïté. Et a pris soin d’alerter, en particulier, sur les neutralisations liées à l’activité partielle, dont on connaît l’usage massif depuis un an      « L’appréhension de cet impact mathématique est d’autant plus importante que de nombreux allocataires ont connu et vont continuer de connaître des périodes d’activités partielles. Nous souhaitons vous alerter sur ce point, si toutefois il n’a pas d’ores-et-déjà été identifié par vos services. »....                                                    Mathieu Grégoire, sociologue et maître de conférences à l’université Paris Nanterre a décortiqué le décret et relevé, à son tour, des inégalités « disproportionnées » et inquiétantes. Il démontre que le plafond mis en œuvre dans le décret n’y change rien.       Mathieu Grégoire a récemment publié une série de billets sur son blog Mediapart pour développer ses analyses sur la réforme, accompagnées d’exemples concrets. Pour parvenir à ses conclusions, il a utilisé un simulateur de droits au chômage, mis au point avec deux autres chercheurs – Claire Vives et Jérôme Deyris – dès 2017. Trois ans de travail et 6 000 pages de programme ont été nécessaires pour élaborer cet outil.   Il leur a permis de documenter 40 ans d’évolution des droits au chômage (1979-2019). Leur rapport, publié pour la CGT en mai 2020, est disponible sur le site de l’IRES, l’institut de recherches économiques et sociales. Mediapart l’avait également évoqué ici.        « Nous sommes en mesure, grâce à ce simulateur, de calculer instantanément l’évolution des droits de 1979 à 2019 pour n’importe quel profil de salarié, du plus simple au plus complexe », écrivent les auteurs dans leur étud       Mathieu Grégoire a donc eu l’idée de s’en servir pour documenter, avec précision, les effets de la réforme d’assurance-chômage. Ses affirmations ont été recoupées avec des cas concrets, calculés par l’Unédic, à la demande de la C        Ici, il décrypte qu’un seul contrat court dans une carrière pourra avoir des effets néfastes. Il note que « dans certaines conditions, travailler pourra non pas faire “gagner plus […] mais se traduire par une perte nette de revenu. La perte de droits causée par un emploi sera très supérieure au salaire apporté par cet emploi »                   Dans cet autre billet, Mathieu Grégoire déconstruit les arguments de la ministre du travail, selon lesquels « la réforme ne réduit pas les droits car les allocations sont versées pendant plus longtemps ». Au contraire, Mathieu Grégoire démontre que les droits « sont purement et simplement réduits en permanence » pour les salariés alternant chômage et emploi.                                   Aujourd’hui, la moitié des allocataires indemnisés travaillent, chaque mois, en activité réduite. Et près de la moitié d’entre eux perçoivent, en plus de leur revenu, des allocations-chômage.     Elles peuvent en effet être versées, dans certaines conditions, pour compléter un petit salaire. Ce dispositif est censé encourager la reprise d’activité. Or, la réforme du SJR pourra considérablement amoindrir, voire annuler, cette possibilité. Ce point avait déjà été déjà identifié lors de la première version de la réforme.    Dans son analyse d’impact, l’Unédic précise d’ailleurs que 40 % des économies liées au nouveau calcul du SJR « sont liées au moindre cumul allocation revenu ».          « C’est le salaire journalier de référence qui est la colonne vertébrale du dispositif, explique Mathieu Grégoire. En modifiant profondément ce SJR, la réforme bouleverse aussi la façon dont les allocataires peuvent cumuler emploi et indemnisation un mois donné. »     Le chercheur a approfondi ce point précis. Dans un dernier billet, il relève des ruptures d’égalité profondes. Ses exemples mettent au jour des différences affolantes. À emploi égal et à salaire égal, les indemnités peuvent être, au total, jusqu’à 24 fois moins élevées ! Soit bien au-delà du seuil ayant abouti à une annulation par le Conseil d’État.        « Les inégalités de traitement ne proviennent pas que du “montant” de l’indemnité journalière de chômage mais aussi, et surtout, du “nombre d’indemnités journalières” servies par mois », détaille Mathieu Grégoire.      Ce que va percevoir, chaque mois, un demandeur d’emploi dépend en effet de deux critères : d’une part son allocation journalière, déterminée par le fameux SJR. Et d’autre part, le nombre de jours qui lui seront versés.     Pour un même nombre d’heures de travail et un même salaire, la seule répartition des périodes d’emploi dans le calendrier conduit à d’énormes différences.  Voici l’exemple de Félix et Marjorie. « Leurs emplois et leurs salaires ne différent que par leur répartition dans les 24 mois de la période de référence et par les dates de leurs contrats, détaille Mathieu Grégoire. Félix a perçu 19 000 euros d’indemnisation, sur deux années. Marjorie 800 euros, c’est-à-dire 24 fois moins. »....Le gouvernement n’a pas voulu renoncer à cette réforme. Malgré la pandémie. Malgré la crise sociale et économique. Et malgré les contestations unanimes des organisations syndicales. Même les économistes qui avaient soutenu Emmanuel Macron en 2017 n’y croient plus, comme le raconte Le Monde. Parmi eux – et c’est tout un symbole – Jean Pisani-Ferry qui avait grandement nourri le programme économique du candidat Macron.    Avec cette nouvelle séquence de confinement national qui s’ouvre, pour au moins trois semaines, le service après-vente de la réforme s’annonce compliqué pour l’exécutif. L’entrée est vigueur est dans à peine trois mois. Comment, dans le contexte actuel, justifier une baisse des droits pour les plus précaires ?  Récemment, Bruno Le Maire a tenté sur France Info de décrédibiliser les études d’impact de l’Unédic. Puis de promouvoir la réforme comme outil de « lutte contre la précarité organisée » grâce au bonus-malus sur les contrats courts. Le ministre de l’économie a omis de préciser que cette mesure ne s’appliquera pas avant l’automne 2022. Soit quelques mois après la présidentielle, ce qui la rend très hypothétique.       Les intermittents de l’emploi, eux, ne comptent pas rendre les armes. L’abrogation de la réforme fait toujours partie des revendications portées dans les lieux de culture occupés, partout en France. Quelques occupations ponctuelles d’agences Pôle emploi ou d’une direction régionale de l’opérateur comme ici à Lyon commencent d’ailleurs à essaimer..."        __________________________________

jeudi 15 avril 2021

Histoire de femmes

-Femmes d'exception

 Quand les femmes s'y mettent

                 [Extraits]

__ Une belle et simple syhthèse.

      Il n'y a pas de nature féminine, au sens d'un destin génétiquement programmé (Par ex, pendant la préhistoire)

   L'ordre masculin n'a pas toujours été dominant.


. Le tournant de la grande guerre et les promesses non tenues

         Dès le début de la guerre de 14, la mobilisation soudaine et massive des hommes fit que les femmes se retrouvèrent en première ligne pour assumer, dans les campagnes comme dans les villes, l'essentiel des tâches qui leur était dévolues. La propagande joua un rôle massif dans cette mutation provisoire imposée par les circonstances cruelles. Les effets furent ambigüs: d'une part, les femmes purent se sentir investies de nouveaux pouvoirs, essentiellement économiques mais, d'autre part, elles furent confrontées à des tâches d'une grande pénibilité et les bénéfices partiels de l'émancipation forcée ne se firent sentir que beaucoup plus tard, comme le droit de vote, par exemple. Sauf dans l'Europe du Nord, plus en pointe, plus tôt.                                                                                  _______________"...Si les femmes ont toujours travaillé, en tout cas à la campagne et dans les milieux populaires, le premier conflit mondial constitue néanmoins un moment particulier dans l’histoire du travail féminin : entre 1914 et 1918 en effet, les femmes ont remplacé « sur le champ du travail » les hommes partis combattre sur le front. Elles ont investi des domaines jusque-là majoritairement, voire exclusivement masculins, notamment les industries d’armement qui voient alors apparaître la célèbre figure de la munitionnette.     Ces remplaçantes fascinent tout autant qu’elles inquiètent : si cette main-d’œuvre féminine contribue au bon fonctionnement de l’arrière et se révèle donc indispensable à l’effort de guerre, ne faut-il pas avoir peur de l’inversion des rôles sexués qui semble s’opérer à la faveur de ce remplacement ? Cette crainte se renforce au cours des grandes grèves féminines du printemps 1917 : en cessant de fabriquer des obus, c’est tout le destin du pays que les ouvrières tiennent entre leurs mains.

Catherine Valenti

Affiche publiée en 1917 : le ramassage des pommes de terre dans le département de l'Oise. En agrandissement, des ouvrières peignent des obus de 75 mm dans un atelier de la fabrique, 31 mai 1917, Fort d’Aubervilliers, Seine-Saint-Denis, Ministère des Armées.

Femmes au travail pendant la guerre : des remplaçantes

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Rien qu'en France, plus de 3,7 millions d’hommes vont être appelés sous les drapeaux dès ce premier mois de guerre, désorganisant totalement l’économie : avec les nombreuses fermetures d’ateliers et de boutiques, ce sont 60% des emplois qui disparaissent du jour au lendemain.  La situation dans les campagnes est tout aussi critique, car les hommes sont mobilisés juste au début des moissons, moment le plus crucial de l’année dans cette France de petits exploitants agricoles, où 56% de la population est encore rurale en 1914, et où l’agriculture reste la principale activité économique.

Femmes aux champs en Auvergne pendant la Grande Guerre, carte postale. En agrandissement, femmes s'occupant des labours, Paris, BnF, Gallica.

       Dès le 6 août 1914, deux jours seulement après que le président de la République Raymond Poincaré a enjoint les Français à mettre leurs divisions de côté pour se rassembler dans une « Union sacrée » indispensable à la victoire future, le président du Conseil René Viviani lance un appel solennel aux femmes françaises, les invitant à « remplacer sur le champ du travail ceux qui sont partis sur le champ de bataille ».

Appel aux Femmes Françaises lancé par le gouvernement de René Viviani le 6 août 1914 afin de mobiliser les femmes des campagnes pour assurer les moissons et les vendanges.Ce faisant, Viviani inaugure dès les premiers jours du conflit la mobilisation des femmes, parallèle à celle des hommes, différente par sa nature mais tout aussi nécessaire à l’effort de guerre. L’appel de Viviani s’adresse d’abord et avant tout aux paysannes : les hommes ayant massivement rejoint le front dès le 3 août, c’est aux femmes qu’il appartient de mener à bien la tâche cruciale de la moisson.  « Le départ pour l’armée de tous ceux qui peuvent porter les armes laisse les travaux des champs interrompus », s’inquiète Viviani ; la moisson est inachevée, alors que déjà se profile le temps des vendanges. Même si la guerre est censée être courte – on pense alors qu’elle durera quelques semaines tout au plus –, il faut rassurer les hommes partis combattre : « Préparez-vous à leur montrer demain la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! »    Répondant à l’appel du président du Conseil, les paysannes s’attellent dès le début du mois d’août 1914 aux corvées traditionnellement dévolues aux hommes, sortant ainsi de leur « domaine réservé », celui de la ferme et de tout ce qui s’y attache : entretien de la maison, nourriture des hommes et des animaux de basse-cour.     Le labeur des paysannes est rendu d’autant plus difficile que les animaux ont été réquisitionnés au même titre que les hommes : les quelques photos d’époque qui témoignent de cette moisson si particulière de l’été 1914 montrent ainsi des femmes directement attelées à la charrue, remplaçant non seulement les hommes, mais aussi les animaux de trait.

Les moissons sans animaux, cartes postales.

        Les premières lettres des soldats font état de leur inquiétude : les femmes sauront-elles mener à bien ces lourds travaux qui nécessitent de la force physique dont elles sont en théorie dépourvue ? Les femmes s’y attellent sans regimber, conscientes que leur investissement participe de l’effort patriotique : René Viviani n’a-t-il pas affirmé qu’en ces heures graves où la patrie est menacée, il n’y a pas « de labeur infime », et que « tout est grand qui sert le pays » ?

La Française en temps de guerre, affiche de G. Capon, Washington, Library of Congress. En agrandissement, conductrice de tramway à Toulouse en 1914-1918, Paris, BnF.Mais l’absence des hommes ne se fait pas seulement sentir à la campagne : c’est aussi tout le secteur du commerce et des services qui pâtit de la mobilisation masculine. Tout comme les paysannes, les femmes de petits commerçants et artisans prennent elles aussi le relais de leurs maris, s’initiant à des missions autres que celles qui leur étaient habituellement dévolues – essentiellement la vente, éventuellement la comptabilité – pour faire tourner la petite entreprise familiale.     À l’arrière, de façon générale, les emplois désertés par les hommes, bien malgré eux, sont progressivement investis par les femmes, qui deviennent ainsi factrices, livreuses, gardes-champêtres, boulangères – fabricant le pain et ne se contentant plus de le vendre – ou encore conductrices de tramways : dans un article du 14 mai 1916, Le Figaro, évoquant « la conduite par des femmes de nos tramways parisiens », s’extasie devant « la souplesse avec laquelle nos femmes françaises s’ingénient à suppléer à la main-d’œuvre masculine si atteinte par les nécessités de la guerre ».

Le rôle des femmes pendant la Grande Guerre, Carte postale de 1915. Agrandissement : Le 1er juin 1917, dans le 10ème arrondissement de Paris, les premières factrices sortent du bureau de poste pour aller distribuer le courrier, Paris, BnF, Gallica.

Dans l’enseignement, les institutrices remplacent les instituteurs, dont la moitié sont mobilisés, tandis que pour la première fois, des femmes vont professer dans des lycées de garçons.

Le petit Journal illusré, 26 novembre 1916. En agrandissement, Mesure des obus, dessin de Tony Minartz, 1916, musée de Reims.Il est un domaine cependant où cette inversion des rôles traditionnels est perçue comme une véritable révolution : celui des industries d’armement. Les femmes françaises n’ont pas tout de suite été sollicitées pour venir travailler dans les usines de guerre : dans les premiers mois de conflit, on espère encore que la guerre sera courte et que l’industrie française produira suffisamment de canons et d’obus pour venir facilement à bout de l’ennemi.

C’est quand la guerre s’installe dans la durée, à partir de fin de 1914 et du début de l’année 1915, que se fait jour la nécessité de mobiliser toute l’économie et de faire tourner à plein régime les usines de métallurgie et d’armement. Le recours aux femmes n’est pas immédiat toutefois, car il implique une transgression des genres : il y a traditionnellement dans l’industrie des secteurs « masculins » – justement la métallurgie et l’armement – et des secteurs « féminins » tels le textile ou l’agro-alimentaire.   Dans un premier temps, des ouvriers donc sont mobilisés « sur place », secondés par des travailleurs coloniaux – en particulier des Indochinois, considérés comme peu aptes au combat et donc employés à l’arrière plutôt qu’au front. Mais cela ne suffit pas ; aussi en 1915 paraissent les premières circulaires ministérielles incitant les industriels à recourir à de la main-d’œuvre féminine : ainsi est née la « munitionnette ».

La fabrication de masques à gaz Michelin (1915), bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole.

Indispensable à l’effort de guerre, le travail des munitionnettes est particulièrement pénible, ainsi que le soulignent alors nombre d’observateurs. L’ouvrière qui travaille dans les usines d’armement étant une figure nouvelle, elle intrigue et suscite la curiosité, et de nombreux reportages lui sont consacrés.   La munitionnette est donc une manière d’héroïne – le général Joffre lui-même n’a-t-il pas déclaré dès 1915 que « si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre » ? Mais si on admire en général ces ouvrières, on a pu aussi en avoir peur, notamment au moment des grandes grèves de mai-juin 1917.

Chaque jour, soulever 5 000 fois 7 kilos

Entre novembre 1917 et janvier 1918, la journaliste féministe Marcelle Capy se fait embaucher anonymement dans une usine d’armement, et en ramène un reportage paru dans le magazine La Voix des femmes où elle raconte le quotidien des munitionnettes :
Munitionnettes fabricant des obus, Le travail des femmes autrefois, Roger Colombier, éd. l'Harmattan, 2012.« L'ouvrière, toujours debout, saisit l'obus, le porte sur l'appareil dont elle soulève la partie supérieure. L'engin en place, elle abaisse cette partie, vérifie les dimensions (c'est le but de l'opération), relève la cloche, prend l'obus et le dépose à gauche. Chaque obus pèse 7 kg. En temps de production normale, 2 500 obus passent en 11 heures entre ses mains. Comme elle doit soulever deux fois chaque engin, elle soupèse en un jour 35 000 kg. Au bout de ¾ d'heure, je me suis avouée vaincue. J'ai vu ma compagne toute frêle, toute jeune, toute gentille dans son grand tablier noir, poursuivre sa besogne. Elle est à la cloche depuis un an. 900 000 obus sont passés entre ses doigts. Elle a donc soulevé un fardeau de 7 millions de kilos. Arrivée fraîche et forte à l'usine, elle a perdu ses belles couleurs et n'est plus qu'une mince fillette épuisée. Je la regarde avec stupeur et ces mots résonnent dans ma tête : 35 000 kg. »

Munitionnettes fabricant des obus, Le travail des femmes autrefois, Roger Colombier, éd. l'Harmattan, 2012.

Ouvrières en grève : le tournant de 1917

Certains contemporains n’ont pas manqué de s’effrayer de l’apparente féminisation de l’arrière, voire de l’inversion des rôles sexués dont elle paraissait témoigner. Le travail féminin, et notamment le remplacement des hommes dans certains secteurs qui n’étaient pas ou peu féminisés avant la guerre, est donc un facteur d’angoisse. Aussi cherche-t-on à tout prix à se rassurer, et la presse en particulier s’efforce de minimiser le bouleversement que constitue la figure de l’ouvrière employée en usine de guerre.

Les munitionnettes à la Une de l'Excelsior.Le terme même de « munitionnette », inventé pendant le conflit, est un mot qui se veut rassurant, avec son suffixe diminutif qui renvoie à la féminité. La façon dont les journaux de l’époque décrivent ces ouvrières d’un genre particulier est également significative : les munitionnettes « tricotent des munitions », elles « enfilent les obus comme des perles », etc. : ce sont là autant de métaphores qui renvoient les femmes à leurs activités traditionnelles, comme les travaux de couture, ou à leurs attributs spécifiques, avec l’assimilation des armes à des bijoux.   Conscientes de leur importance stratégique dans l’effort de guerre, les munitionnettes se sentent en position de force pour faire valoir leurs droits, face à des patrons qui souvent déduisent de leurs salaires les coûts engagés pour adapter les usines à la production massive d’obus et de munitions.  Si des mouvements de mauvaise humeur se manifestent de façon sporadique au cours de l’hiver 1916-1917, c’est au printemps 1917 qu’éclate un mouvement social de grande ampleur, mené principalement par des femmes. Celles-ci, en première ligne, ont sans doute moins à perdre que leurs homologues masculins. Les hommes qui travaillent dans les usines de guerre sont en effet des « affectés spéciaux », ouvriers mobilisés sur place qui échappent ainsi à l’enfer des tranchées : plus souvent qu’à leur tour qualifiés d’embusqués, ils ont tout intérêt à rester discrets.  Les grèves de la première moitié de l’année 1917 sont ainsi surprenantes à plus d’un titre : essentiellement féminines, elles n’ont absolument pas été anticipées par les syndicats, traditionnellement peu enclins à soutenir les revendications portées par les femmes ouvrières, ces dernières étant par ailleurs beaucoup moins syndiquées que les hommes.

Les Midinettes : Une du journal Les Hommes du jour, 26 mai 1917. En agrandissement, la une Sur le Vif, 2 juin 1917.De plus, la CGT, principal syndicat français, s’est ralliée en 1914 à l’Union sacrée, et son secrétaire général Léon Jouhaux travaille en bonne entente avec le ministre de l’Intérieur Louis-Jean Malvy afin de maintenir la paix sociale tant que durera la guerre.     Gouvernement et syndicats sont donc pris au dépourvu par ces grèves de femmes, qui surgissent dans un contexte bien particulier, celui de la flambée des prix qui se produit au printemps 1917 : la « vie chère » devient la principale préoccupation des classes populaires, et en particulier des femmes qui en tant que mères de famille sont concernées au premier chef par l’augmentation du prix des produits de première nécessité.   Le mouvement social qui éclate au mois de mai 1917 est donc totalement spontané et n’a été précédé par aucun signe avant-coureur : aussi n’a-t-il pas été possible de le désamorcer en amont, comme cela avait été le cas jusque-là.  Les grèves toutefois ne débutent pas dans le milieu des munitionnettes, mais dans celui des « midinettes », ces ouvrières de la couture qui peinent à subsister avec leur maigre salaire : les petites apprenties couturières gagnent à peine un franc par jour, ce qui en 1917 leur offre seulement la possibilité d’acheter un litre de lait ; les ouvrières plus aguerries ne sont guère mieux loties, le salaire des plus anciennes culminant à 5 francs par jour à peine....". (Merci à Hérodote. net-réservé aux abonnés)    _________________

mercredi 14 avril 2021

Fin d'un tabou?

 Abroger les 3%...

                          Depuis le temps qu'on en parle..Les règles budgétaires vont et viennent, en fonction des nécessités économiques nouvelles. Ce qui n'était d'abord qu'une demande de certains économistes est devenu un requête officielle de M. Macron, avant l'accès à la présidence de l'Union. On comprend que les nécessités économiques du moment. imposent encore plus qu'avant de passer outre une mesure dont le caractère arbitraire avait déjà été souvent souligné. La pertinence de cette mesure, née d'exigences allemandes de rigueur, avait déjà été largement critiquée. Les marchés financiers avaient imposé indirectement leurs exigences.  La ligne bleue des 3%, comme celle des Vosges à une époque,  n'est plus une rêve, nous dit-on à Bercy. Elle est enfin surmontée.

Hollande en rêvait, Macron l'a fait  Et après?
   Mais quelle est cette frontière chiffrée si magique? Comme si le déficit public était toujours une aberration, comme si la dette était par définition une monstruosité. Il y a dette et dette, on le sait.
   Mais d'où vient ce fameux 3 %, longtemps réputé frontière infranchissable?
   Une décision purement arbitraire l'a mis en place dans le contexte d'exigences bruxelloises. 
  Le chiffre est né sur un coin de table par une opération comptable du dimanche: 
«... C'était un soir de mai 1981. Pierre Bilger, le directeur du Budget de l'époque, nous a convoqués avec Roland de Villepin (NDLR : cousin de Dominique). Il nous a dit : Mitterrand veut qu'on lui fournisse rapidement une règle facile, qui sonne économiste et puisse être opposée aux ministres qui défilaient dans son bureau pour lui réclamer de l'argent. »
Dans son bureau du Louvre, siège à l'époque du ministère des Finances, ce jeune diplômé de l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration se gratte la tête. « On avait besoin de quelque chose de simple », raconte-t-il. Ils choisissent le produit intérieur brut, le PIB, parce qu'en « économie, tout le monde se réfère au PIB ...Va donc aussi pour un chiffre de déficit entier, sans virgule? « On allait vers les 100 milliards de francs de déficit, ça représentait plus de 2% de déficit. 1%? On a éliminé ce chiffre, impossible à atteindre. 2% ? Cela nous mettait trop sous pression. 3%? C'est un bon chiffre,...

     Une invention 100%... française.... comme l'a raconté son initiateur.
           Et voilà comment un dogme est né, dans le contexte d'une rigueur assumée, la notion de déficit, très relative, n'étant pas interrogée.
  Notre Président s'inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs, les yeux tournés vers les énormes excédents commerciaux allemands, qui n'arrangent rien aux affaires de ses partenaires.
     La politique du rabot sans grande imagination continue son oeuvre, surtout au détriment des dépenses sociales.  En langage macronien, on parle désormais de « refroidissement de crédits », qui rappellent furieusement l’« ancien monde » décrié par le chef de l’Etat et sa jeune garde. rendant d’autant plus périlleux l’exercice d’équilibriste que s’est fixé le gouvernement pour 2018 : atteindre un déficit public de 2,7 %, tout en baissant les impôts de plus de 10 milliards d’euros.".
   Bref, ce fameux 3% a été et reste une source de confusion: ...En 2015, un rapport du Fonds monétaire international (FMI) soulignait « l’incohérence » de ces normes chiffrées dans un contexte où la croissance est à moins de 2 % et où l’inflation est proche de 0 %.

Mais les critiques portent également sur la pertinence de ces normes chiffrées. Le chiffre de 60 % ne laisse rien présager de la soutenabilité de la dette (capacité à la rembourser ), qui dépend de nombreux facteurs : taux de croissance, taux d’intérêt, nationalité des détenteurs… En 2010, la Grèce a presque fait faillite avec une dette de près de 150 % du PIB, quand le Japon a une dette à 250 % du PIB qui n’inquiète pas, notamment parce qu’elle est détenue par des Japonais.
De même, le chiffre de 3 % ne dit rien, en lui-même, de la « structure » du déficit : il ne permet pas de savoir si le déséquilibre des finances publiques est dû à des investissements à long terme ou à des dépenses de fonctionnement de l’Etat non couvertes par les recettes

        Bref, une invention, gravée dans le marbre des critères de Maastricht, qui n'a aucun sens. Si c'est le Figaro qui le dit... 
    Il serait nécessaire de repenser le problème de la dette et de la relativiser: ...Le taux d’endettement de la France se situe dans la moyenne européenne : 91% du PIB dans la zone euro. Aux États-Unis, la dette dépasse les 100% du PIB. Elle s’élève même à 250% au Japon...Cela, c'était avant la crise sanitaire, qui risque de changer la donne peut-être en profondeur.

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mardi 13 avril 2021

Covid et inégalités

Tous égaux devant la covid? (notes de lecture)

     Pas vraiment. Même si les virus sont aveugles  Quelle que soit l'épidémie et l'époque. Les organismes fragilisés par la sous-nutrition, notamment due à la guerre, ont été les plus réceptifs au virus de la grippe espagnole et la mortalité a été plus grande dans les classes populaires, où l'hygiène était aléatoire et où la promiscuité était plus grande. Cela se comprend facilement. Malheureusement les plus démunis constituent la plus grande part de ceux qui sont touchés encore aujourd'hui. Moindre information et moins d'accès à une médecine de qualité et dans des délais raisonnables, soins trop tardifs, logements exigüs, moins de possibilités de mouvement et de distanciation, alimentation moins variée, etc...   Ce n'est pas seulement dans le 93 qu'on peut le constater proportionnellement, on le voit clairement au Brésil, où la mortalité est plus grande dans les favelas surpeuplées des grandes villes. Et le pire est à venir...


                    La covid est un révélateur des inégalités, mais en est aussi un accélérateur dans de nombreux cas, aujourd'hui et demain. Déjà dans le cas des pestes qui se succédaient en Europe, on attribuait la diffusion de la contagion aux mauvaises conditions de vie, même si des croyances qui ne sont plus aujourd'hui d'actualité avait pignon sur rue ( 'la théorie des "corps putrides"). "Fuir quelqu'un comme la peste" est une expression qui est restée.           __Mais dans les foyers les plus défavorisés, les enfants sont particulièrement exposés, aujourd'hui comme demain. Les bilans sont parfois difficiles à faire, mais il y a des tendances, dont l'analyse n'est pas terminée. Mais il est clair que "...le virus frappe d'abord les plus mal logés et les plus précaires. Les personnes qui habitent un logement exigu ou surpeuplé sont 2,5 fois plus nombreuses à avoir contracté le Covid-19 indique cette étude. "Il y a des facteurs structurels qui expliquent l'exposition au virus, en particulier le logement exigu et la densité de la commune de résidence" explique la sociologue Nathalie Bajos, directrice de recherches à l'Inserm, invitée de france-info vendredi 9 octobre. Elle démontre "un effet cumulatif des inégalités".                                                                        Plus d'une personne sur 10 a vécu le confinement dans un petit espace. Cela a concerné 20% des professions dites essentielles pendant cette période, personnel de nettoyage, aide à domicile, ouvriers du bâtiment ou caissières. Toujours selon l'enquête de l'Inserm, la plupart des personnes qui vivent dans un logement surpeuplé habitent aussi dans des villes très denses, ce qui multiplie les risques d'être contaminé..."     __Et ces inégalités, qui sont mondiales, affectent directement ou indirectement les pays qui se disent favorisés ou relativement à l'écart de la transmission du virus. Fermer les frontières n'a jamais été une solution. Une mondialisation équitable pourrait être la seule voie de salut, mais il y a loin des constats et des souhaits à la réalité injustement vécue...   _________________

lundi 12 avril 2021

Chine: puissance navale réinventée

 Après quelques siècles d'absence maritime...

        En quelques décennies, non pas un retour au passé mais une nouvelle orientation. 

                C'est moins un projet purement commercial qu'un besoin géopolitique de contrôle du Pacifique et la nécessité d'assurer les nouvelles routes de la soie.   La Chine est en passe d'affirmer son hégémonie maritime dans le Pacifique Sud et ses immenses porte-conteneurs sillonnent toutes les mers. Certains s' inquiètent de la voir mettre les bouchées doubles là où ils s'étaient octroyé des droits absolus, les USA en tête.

       Certains diront que le nouvel empire oriental a besoin d'assurer la sécurité de ses approvisionnements, dans un espace où des menaces de toutes natures peuvent toujours intervenir, au coeur de ses échanges vitaux.
   Mais ce n'est , toutes choses égales par ailleurs, qu'un retour à un passé plus ou moins lointain, quand la flotte de l'Empire du Milieu s'aventurait très loin de ses ports d'attache, bien en avance sur les puissances de l'Ouest, comme Venise, qui devront beaucoup à leur partenaire chinois, qui n'a d'ailleurs jamais agressé un quelconque pays et a surtout passé beaucoup de temps à se défendre.
    Si tu veux t'enrichir, construit une route, dit un ancien proverbe chinois
  Et les routes maritimes sont tout aussi importantes que les autres. 
  Retour à la puissance navale  d'antan, bien avant de la dynastie des Ming, donc. Et à quelle vitesse!
  Les impressionnants bateaux de Zheng He faisaient un négoce florissant, sur de longues distancesbien avant les Portugais, à la suite d'une longue tradition, surtout depuis la dynastie Song.
  Ils anticipaient sur la circumnavigation, a-t-on dit, non sans quelques exagérations.
Les inventeurs de la boussole poussèrent tout de même assez loin leurs expéditions, jusqu'aux confins du monde arabe et des Philippines.   
Avec des types de bateaux étonnants (jusqu'au au 19°siècle), des jonques originales.Puis ce fut le renoncement à la puissance navale, pour parer aux dangers venus du Nord, avant que beaucoup plus tard, la Chine se replie sur elle-même et perde en efficacité sur les puissances industrielles montantes de l' Ouest.    Pour des raisons que l'on cherche toujours à élucider.                                 Aujourd'hui, la marine chinoise sillonne de nouveau les océans. Un développement spectaculaire, qui n'a pas fini de nous surprendre et d'inquiéter l'oncle Sam, parfois source de tensions. A la mesure de la puissance économique du pays. L'équivalent de la marine française construit en quatre ans.  Pour le meilleur et pour le pire l'empire?..  - La Chine et la mer (2) deviennent consubstantielles.  
Mais la Chine à la fois fascine et inquiète.

                         "....La Chine était déjà engagée dans une frénésie de construction navale comme le monde en a rarement vu. En 2015, Xi avait entrepris un gigantesque projet visant à faire de l’Armée Populaire de Libération (APL) une force de combat de classe mondiale, l’égale de l’armée américaine. Sur son ordre, des investissements dans les chantiers navals et la technologie se poursuivent à un rythme soutenu aujourd’hui.   Sur au moins un point, le plan de Xi a fonctionné. À un moment donné entre 2015 et aujourd’hui, la Chine a constitué la plus grande force navale du monde. Et maintenant, elle s’efforce d’en faire une force redoutable bien au-delà de ses côtes.   En 2015, la marine de l’Armée populaire de libération (MAPL) comptait 255 navires de guerre, selon l’Office of Naval Intelligence (ONI) américain. À la fin de 2020, elle en disposera de 360, soit au moins 60 de plus que l’US Navy, selon une prévision de l’ONI. Dans quatre ans, la MAPL disposera de 400 navires de combat, selon les prévisions de l’ONI. Remontez jusqu’en 2000, et les chiffres sont encore plus frappants.    « La force de combat de la marine chinoise a plus que triplé en seulement deux décennies », peut-on lire dans un rapport publié en décembre par les dirigeants de la marine, des Marines et des garde-côtes américains.    Commandant déjà la plus grande force navale du monde, la République populaire de Chine est en train de construire à une vitesse alarmante des bâtiments modernes de combat de surface, des sous-marins, des porte-avions, des avions de chasse, des navires d’assaut amphibies, des sous-marins lanceurs de missiles nucléaires balistiques, d’immenses patrouilleurs garde-côtes et des brise-glace polaires.»    Certains de ces navires seront équivalents ou supérieurs à tout ce que les États-Unis ou d’autres puissances navales peuvent mettre sur l’eau.    « La MAPL ne reçoit pas de l’industrie chinoise de la construction navale des navires de pacotille, mais des navires de plus en plus sophistiqués et performants », a écrit Andrew Erickson, professeur à l’Institut d’études maritimes chinoises de l’US Naval War College, dans un article publié en févrierEn 2018, en termes de tonnes brutes, la Chine détenait 40 % du marché mondial de la construction navale, selon les chiffres des Nations unies cités par le China Power Project du Center for Strategic and International Studies, loin devant la Corée du Sud, qui est au second rang avec 25 %.                                                              Dans une perspective historique, les chiffres de la construction navale chinoise sont vertigineux : réduisant même à l’état de petit poucet les efforts des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. La Chine a construit plus de navires en un an de paix (2019) que les États-Unis en quatre ans de guerre (1941-1945).    « Pendant le programme d’urgence de construction navale de la Seconde Guerre mondiale, qui a soutenu des armées gigantesques et mécanisées sur deux théâtres de guerre à des milliers de kilomètres de chez elles, la production de la construction navale américaine a atteint un pic de 18,5 millions de tonnes par an, et les États-Unis ont terminé la guerre avec une flotte marchande qui pesait 39 millions de tonnes », a déclaré Thomas Shugart, chargé de mission au Center for a New American Security et ancien capitaine de la marine américaine, dans un témoignage devant le Congrès le mois dernier.     « En 2019, en temps de paix, la Chine a construit plus de 23 millions de tonnes de navires, et la flotte marchande de la Chine […] totalise plus de 300 millions de tonnes », a déclaré Shugart.          Les entreprises d’État chinoises qui produisent des navires commerciaux sont également les moteurs de son renforcement naval. « En cas de conflit, la capacité industrielle démesurée de la République Populaire de Chine, en comptant les chantiers navals commerciaux supplémentaires, pourrait rapidement être orientée vers la production et la réparation militaires, ce qui augmenterait d’autant la capacité de la Chine à générer de nouvelles forces militaires », écrivait l’an dernier Erickson, du US Naval War College.                L’infrastructure en place, la main-d’œuvre impliquée et la technologie employée dans ces chantiers navals commerciaux sont transposables à la production de navires de guerre en quantité.      C’est quelque chose que la Chine fait très bien. « Entre 2014 et 2018, la Chine a lancé plus de sous-marins, de navires de guerre, de navires amphibies et de navires auxiliaires que le nombre de navires actuellement en service dans les marines individuelles de l’Allemagne, de l’Inde, de l’Espagne et du Royaume-Uni », selon le China Power Project.   « Au rythme où la Chine construit des navires de guerre et avec les capacités de ces nouveaux navires, je dirais qu’elle est déjà passée de ce qui n’était qu’une marine de défense côtière à ce qui est probablement la marine la plus puissante de sa région, ayant une portée mondiale, et qu’elle est en passe de construire une marine capable de déployer une puissance de classe mondiale si elle continue de se développer comme elle l’a fait », a déclaré Shugart à CNN...."         _______________________________