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vendredi 13 juin 2008

Durée du travail en question

"Des normes de rentabilité excessives conduisent les chefs d'entreprise à être les premiers agents d'une mondialisation sans frontières...De leur adoption découle un sous-investissement ennemi du plein- emploi , une nouvelle forme d'économie de rente...qui ne pense qu'à baisser ses coûts de production et oublie d'investir pour avoir davantage à distribuer." (J.Peyrelevade)_______________________

Durée du travail, réalité et idéologie

« Nos débats idéologiques hexagonaux entre les « 35h », d’un côté et le « travailler plus pour gagner plus », de l’autre ne sont pas à la hauteur. C’est à une véritable question de civilisation que nous sommes confrontés. Le travail, comme activité et « valeur » dominantes, n’a jamais été aussi efficace pour produire de la richesse au bénéfice de quelques-uns. Le travail, comme ressource, n’a jamais été aussi peu efficace pour fournir les moyens de la « (sur)vie » au plus grand nombre. » L’étude des quantités réelles de travail utilisées dans le monde développé révèle le non dit majeur de l’époque. Le développement considérable des sciences et des techniques, l’arrivée sur un marché globalisé de centaines de millions de nouveaux travailleurs aux salaires faibles, rendent structurellement le travail moins nécessaire, moins rémunérateur et conduisent ainsi à l’appauvrissement, alors même que les quantités produites n’ont jamais été aussi importantes.

par Thierry Ternisien d’Ouville, 12 juin 2008

« Pour la première fois, l’innovation de procédés (portant sur les structures d’organisation, de production et de distribution) va plus vite que l’innovation de produits ; la quantité de travail rendu superflu est supérieure à la quantité de travail créé par l’extension des marchés. »

Si cette conviction d’André Gorz se vérifiait, persister à faire du travail le centre de gravité de notre société pourrait s’avérer un choix condamné à terme. A travers l’emploi, et particulièrement l’emploi salarié, le travail est en effet la forme dominante, voire unique dans beaucoup de pays, de distribution des ressources monétaires de plus en plus indispensables à la (sur)vie dans un monde où toutes les formes d’autonomie individuelles et collectives sont progressivement annihilées.

Qu’en est-il ? Pouvons-nous déceler dès maintenant des signes de diminution du volume de travail nécessaire et disponible dans nos sociétés ? Pierre Larrouturou fournit dans son « Livre noir du libéralisme » [1] quelques exemples qui semblent aller dans ce sens. Avec d’abord les Etats-Unis dont beaucoup vantent les faibles taux de chômage attribués à des marchés du travail efficaces parce que libérés de toute entrave administrative.

(JPG) « Si l’on en croit les chiffres donnés par la Maison-Blanche, les Etats-Unis sont très loin du « plein emploi ». La durée moyenne du travail est en effet tombée à 33,7 heures. Le chiffre qui est toujours cité (« Aux États-Unis, on travaille 40 heures par semaine ») ne correspond en fait qu’à l’emploi industriel. Mais, si l’on intègre l’ensemble des emplois, tous secteurs confondus, on constate que la durée moyenne n’a cessé de diminuer depuis 40 ans et qu’elle n’est plus que de 33,7 heures. Et, si la durée moyenne n’est que de 33,7 heures, alors que ceux qui ont un "bon travail" sont à 41 heures, c’est que des millions d’Américains travaillent moins de 25 heures par semaine. »

Cette baisse de la durée du travail n’a pas été organisée par des négociations collectives ou par la loi. C’est le marché seul qui a réparti le travail entre, d’un côté, ceux qui ont encore un bon emploi, à 40 heures par semaine, et, de l’autre côté, des millions d’hommes et de femmes qui n’ont que de petits emplois avec des petits revenus. Cette répartition du travail provoque évidemment un partage des revenus de plus en plus inégalitaire. Seuls les 5 % les plus riches ont vu leurs revenus augmenter sur les cinq dernières années. Les autres 95 % ont vu leur revenu stagner ou franchement décliner..."

-Pierre Larrouturou : Le livre noir du libéralisme
-Travailler moins pour vivre mieux : pour un Nouveau Contrat Social
-Critique de "l’avenir du travail"
-Avenir du travail en Europe(Objet application/pdf)
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-Hannah Arendt et le travail
-Comprendre, agir et penser avec Hannah Arendt
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-Salariat : à l'américaine ?
-Libéralisme de courte vue...

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