Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 14 mai 2009

Indispensable portable?


De l'utilité manifeste à l'aliénation évidente

Utile , futile, intrusif...


Objet-gadget-fétiche à tout faire?
Symptôme de désocialisation?
Prothèse psychologique et fil à l'oreille?
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[LONDRES (AFP) - Les utilisateurs de téléphones portables peuvent ressentir du stress et de l'anxiété s'ils se trouvent séparés de leur téléphone portable pour une période prolongée, selon une étude britannique publiée jeudi.
90% des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête ont affirmé ne pas pouvoir s'empêcher de consulter leur téléphone au moins une fois par heure.
Quatre personnes sur cinq disent se sentir mal à l'aise si leur téléphone est hors de portée pour une période prolongée et 84% ne laissent jamais leur portable hors de vue.
Perdre son portable est pire que perdre son porte-feuille ou ses clés de maison pour 60% des personnes ayant participé au sondage. Pour une personne sur 7, être séparé de son portable se traduit par un sentiment d'anxiété.
"Les gens commencent à considérer leur téléphone portable comme un être humain car il symbolise contact, amitié et attention", a commenté le docteur David Nott, spécialiste des addictions au Priory hospital de Southampton (sud de l'Angleterre), consulté dans le cadre de cette enquête.]

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La prothèse crée le handicap:"Comme la prothèse qui remplace un membre, le téléphone est supposé réparer artificiellement les dégâts de ce monde-là, qui fait de nous les rouages de la machine à produire et à consommer en masse, à faire la queue au supermarché, au multiplexe, au télésiège, au péage d'autoroute. Sans doute les opérateurs ont-ils raison d'attribuer le succès du portable à la crainte "d'un monde potentiellement hostile" et sans doute ont-ils quelque intérêt à renforcer un peu plus cette hostilité du milieu, à chaque lancement d'un nouveau service ou d'une nouvelle norme de communication sans fil. Puis, la prothèse se substituant au membre, les machines nous privent de l'usage de nos facultés. Depuis la voiture, les citadins ne savent plus marcher pour les trajets les plus minimes (plus de la moitié des déplacements en voiture concernent des trajets de moins de 3 km), et, se plaignant de l'"épidémie" d'obésité qui les frappe, de la pollution, des morts sur la route, des guerres pour le pétrole, etc, ne songent même plus à retomber sur leurs pieds. Ils ont oublié comment on vivait sans voiture, et cet oubli est une amputation. La prothèse s'est faite handicap.
Observons les utilisateurs de téléphones mobiles : devenus incapables de se repérer dans l'espace et d'être à l'heure à un rendez-vous (parce qu'ils croient pouvoir être partout à la fois ?), incapables même d'imaginer comment faire pour retrouver quelqu'un quelque part sans portable, ils ont en outre perdu la faculté de vivre le présent.
Amputés de leur présence au monde, ils s'envoient des SMS pendant que le train traverse des paysages inconnus.Non seulement le téléguidage rend le territoire virtuel, mais le bavardage incessant au portable transforme la vie en son commentaire – partagé malgré eux par les voisins du bavard bruyant. Une extraction de la réalité qui culmine avec les fonctions appareil-photo et caméra désormais intégrées à tous les téléphones. L'important n'étant plus ce que l'on est en train de vivre, mais les images qu'on en tire. Même les chanteurs pop s'émeuvent de ces forêts de portables tendus à bout de bras par des spectateurs pressés de les mettre en boîte. "Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation."
[-Le téléphone portable, gadget de destruction massive-]
-LA_JOURNEE_ORDINAIRE_D'UN_JAPONAIS-
-«Ne pas avoir de portable est discriminant»:
"Orange lance un forfait à bas prix exclusivement destiné aux allocataires des minima sociaux. Une offre, qui au delà de son aspect évidemment marketing, pose des questions. Notamment sur l’importance du portable dans notre société aujourd’hui. «Ne pas avoir de mobile est devenu une discrimination», selon la sociologue Catherine Lejealle, auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet"...
"Quand vous travaillez en interim par exemple, il faut être joignable à tout moment pour répondre à une éventuelle offre. La réactivité est devenue une qualité indispensable. C’est aussi une question de crédibilité. Exemple type: sur un CV, on indique systématiquement aujourd'hui un numéro de portable... Pareil, dans la vie privée, pour le sites de rencontre sur Internet (Meetic et autres), la première information qu’on vous demande, c’est votre numéro de portable. Ne pas avoir de mobile est devenu un facteur discriminant...
Quand on pose la question «préférez-vous perdre votre portefeuille ou votre portable?», la grande majorité répond le portefeuille. Et cette réflexion type: «Parce que si je perds mon portable, je suis mort». Au fond le mobile devient notre mémoire intime. Plus utile encore qu’un couteau suisse, il fait tout: réveil matin, carnet d’adresses, album photo… Il sert aussi de coffre à jouets avec les nouvelles applications. Regardez dans les transports: quand les gens s’ennuient, ils tapotent sur leur portable, comme un enfant tripote son doudou. "
-Les branchés du portable:
"Dès le premier chapitre, Francis Jauréguiberry se livre à une identification minutieuse des usages du portable, régis par la spontanéité,l’impulsivité, le cocooning téléphonique– besoin d’être rassuré par une présence –jusqu’à la téléphonite, maladie aiguë qui caractériserait le branché consultant compulsivement son petit écran. Puis, au cours des deux chapitres suivants, l’auteur explore la relation au temps et à l’espace, dimension classique dans l’étude des usages. Ainsi, le portable favorise-t-il la montée, voire la contagion de l’urgence, et les critères de gestion, de rationalité et d’efficacité du monde professionnel qui en viennent à envahir la sphère privée ...le désir d’ubiquité médiatique – être ici sans être là – qui se donnerait à voir dans l’« envol du branché »
.. L’auteur y pointe une hypothèse fort intéressante : le portable est révélateur du degré d’urbanité du lieu. En d’autres termes, il sera accepté dans des lieux fonctionnels, de passage, et fortement réprouvé dans des lieux de convivialité, comme les cafés..
. Francis Jauréguiberry explore, ensuite, les usages dans le monde professionnel et, par une étude très documentée, montre comment les outils de communication mobile sont devenus des instruments de contrôle et d’affirmation du pouvoir, utilisés par la hiérarchie à destination tant des employés travaillant hors des murs de l’entreprise, que des cadres intermédiaires, servant alors de « fusibles ». Dans l’analyse, transparaît la porosité grandissante de la frontière privé/professionnel, ce qui conduit l’auteur à revendiquer le droit à la déconnexion pour certains salariés.Dans le dernier chapitre, il propose un schéma heuristique séduisant, qui met à jour l’expérience du branché, avec toujours
pour ambition de faire émerger les déterminants sociaux qui la constituent..."

-Sociologie du portable
- Une ethnographie de la telephonie mobile dans les lieux publics
-Portables: légitimation des usages
- La ligne est coupée…


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