Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 17 juillet 2009

Déclassement social


Ascenseur social en panne

Mythe ou réalité?

-"A la fin des années 60, 70% des bacheliers accédaient à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire, contre 22% aujourd’hui. Et depuis 2002, la part des postes non qualifiés dans l’emploi des diplômes du supérieur long a fortement augmenté, seuls les élèves issus des grandes écoles étant encore presque assurés d’occuper un emploi de cadre.
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Depuis le début des années 80, l’accès aux positions supérieures est devenu « plus inégal » et l’avantage relatif des enfants de cadre — ceux que le sociologue Pierre Bourdieu appelait « les Héritiers » — sur ceux de milieu modeste s’est « plutôt accentué », comme le montrent les études du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq) citées dans le rapport."

-Le déclassement n’épargne plus les diplômés. À la fin des années 60, 70 % des bacheliers accédaient à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire, contre 22 % aujourd’hui. Et depuis 2002, la part des postes non qualifiés dans l’emploi des diplômes du supérieur long a fortement augmenté, seuls les élèves issus des grandes écoles étant encore assurés d’occuper un emploi de cadre. Côté vacances, le déclassement touche surtout les jeunes. Ce sont aujourd’hui les seniors qui disposent du temps et des moyens financiers pour prendre des congés.Les dépenses contraintes explosentLes dépenses contraintes (logement, électricité, eau, gaz, combustibles) affectent surtout les catégories modestes et représentent 46 % de leurs dépenses, contre 22 % en 1979.

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-L’ascenseur social français marche à l’envers | Mediapart:
" «En France, l'ascenseur social est bloqué. Ou s'il marche, c'est seulement à rebours» ; «Nos enfants auront un avenir plus sombre que le nôtre»... C'est un grand classique du débat politique français: à chaque campagne électorale, ces mêmes propos reviennent. Phrases lapidaires, rarement étayées par des chiffres. C'est la raison pour laquelle le rapport publié le 9 juillet par le Centre d'analyse stratégique (l'organisme qui a succédé en 2006 au Commissariat général du Plan et qui dépend de Matignon) est assurément le bienvenu. Car ce document (que l'on peut télécharger ici dans sa version intégrale) met de l'ordre dans une controverse qui est souvent embrouillée. Et il le fait sans précaution diplomatique puisque toute sa démonstration est articulée autour d'un constat choc: «22 % à 25 % des trentenaires et des quadragénaires se retrouveraient aujourd'hui plus bas dans l'échelle sociale que ne l'étaient leurs parents, contre environ 18% au début des années 1980.»Les auteurs de l'étude soulignent, certes, que ce concept de «déclassement» est à manier avec la plus extrême prudence, car il n'est pas univoque. «Classiquement, expliquent-ils, la sociologie désigne ainsi l'incapacité de l'individu à maintenir la position héritée de ses parents. Pour autant, le déclassement n'est pas uniquement cette difficulté, voire cette souffrance, pour un individu de quitter son milieu social d'origine pour descendre dans l'échelle des positions sociales. Au déclassement social peut s'ajouter un déclassement/déqualification, par décalage entre le niveau de qualification requis dans l'emploi et le niveau d'études de celui qui l'occupe. Le déclassement peut être générationnel. Il peut avoir des dimensions territoriales. Au-delà des définitions et des informations objectives, ce qui importe, ce sont aussi les sentiments, les opinions, les craintes. À cet égard, les Français se distinguent par une appréhension élevée de la pauvreté et de l'exclusion (formes extrêmes du déclassement). Ils se singularisent, toujours sur le plan de la subjectivité, par des angoisses prononcées face à l'avenir.»
En clair, le déclassement est multiforme. Et si on veut tenter de le mesurer, il faut tout autant apprécier les situations réelles que les situations vécues ou ressenties. Car, en la matière, il n'y a pas que les phénomènes objectifs qui comptent (le niveau de vie, par exemple); il y a tout autant les phénomènes plus subjectifs (la qualité de vie, pour poursuivre avec le même exemple).Ces remarques de méthode étant posées, l'étude en vient au fond. D'abord pour faire un premier constat: «Avec 40% d'une classe d'âge, les situations d'ascension sociale demeurent majoritaires. Le déclassement, terme par lequel on désigne classiquement les enfants qui se retrouvent plus bas que leurs parents dans l'échelle sociale, est donc une réalité complexe et minoritaire du point de vue quantitatif.»
Une réalité minoritaire mais malgré tout spectaculaire.
S'inspirant de l'ouvrage de référence sur le sujet, celui de Camille Peugny (Le Déclassement, Grasset, janvier 2009), l'étude avance donc cette statistique choc : près du quart des trentenaires et des quarantenaires se retrouveraient aujourd'hui dans une situation sociale moins favorable que celle de leurs parents, contre un taux, donc, de 18% au début des années 1980. Soit «entre 3,5 et 7 points de plus en vingt ans». Explication du rapport: «Les générations nées après 1960, bien que présentant un niveau de formation sans précédent, seraient exposées, sur une période de presque trente ans et du haut en bas de la structure sociale, à une dégradation des perspectives de mobilités sociales. Si les trajectoires courtes de mobilités ascendantes sont fréquentes, les trajectoires fortement ascendantes sont moins nombreuses, les relations d'emploi plus instables et les trajectoires descendantes plus répandues.»...
De cet ascenseur social qui fonctionne dans le mauvais sens, l'étude donne donc de très nombreux exemples. «Alors qu'à la fin des années 1960, dit le rapport, 70% des bacheliers accédaient à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire, seuls 22% d'entre eux peuvent désormais espérer occuper un emploi relevant au mieux de la seconde catégorie. Ils forment le groupe le plus exposé au déclassement – tant salarial que socioprofessionnel (...) Mais la particularité du déclassement contemporain est de ne plus épargner les diplômés. Le "succès" récent de la figure de l'"intello précaire" dans le débat public a bien résumé une situation depuis confirmée par différentes statistiques. Par exemple, depuis 2002, la part des postes non qualifiés dans l'emploi des diplômés du supérieur long a fortement augmenté.»...

L'étude fait donc valoir que les Français vivent souvent d'autant plus mal leur situation qu'ils ont le sentiment d'un creusement des inégalités. «Une source possible de ressentiment, décrypte le rapport, est la comparaison sociale avec les ménages plus favorisés. Au cours des dix dernières années, les revenus ont stagné pour 90% des Français (fractile P0-90). Cependant, les hauts revenus (au sens des foyers les plus riches circonscrits comme les "top 10 %", "1 %" ou "0,1 %" de la population) ont progressé en valeur réelle de 10% à 70% entre 1998 et 2006. Si la forte croissance des revenus du patrimoine est en partie responsable de ces évolutions, le fait nouveau est la très rapide augmentation des inégalités salariales (working rich et top managers).»-Le ressentiment de certaines couches sociales est d'autant plus fort que beaucoup ont le sentiment d'être contraints de plus en plus à des restrictions. Explication de l'étude: «Ces restrictions, relatives, se traduisent par des exemples concrets. Une enquête récente du CREDOC révèle que, au niveau du revenu médian, soit environ 1.500 euros après imposition, 50 % n'ont pas accès à internet à domicile, 48% ne partent pas en vacances, 40% n'ont pas de produit d'épargne liquide de type livret, 37% ne vont jamais au cinéma, 34% n'ont pas de voiture. 72% des classes moyennes inférieures déclarent devoir s'imposer régulièrement des restrictions sur certains postes de leur budget, alors qu'elles n'étaient "que" 64% dans ce cas en 1980; chez les catégories plus modestes, le sentiment de restrictions est passé de 71% à 80%. Ces restrictions revêtent également une dimension intergénérationnelle. Pour prendre l'exemple symbolique des vacances, les jeunes générations prennent moins de jours de vacances que les générations précédentes au même âge. Ce sont aujourd'hui les seniors qui disposent du temps et des moyens financiers pour prendre des congés.»


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