Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mercredi 29 juillet 2009

Russie: menace démographique?

La vodka n'explique pas tout...





-Un déclin démographique qui pose problème-
_________Des chiffres qui peuvent inquiéter______
____Une démographie problématique___

>Où va la RUSSIE ?
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Vivre et mourir en Russie - AgoraVox:

"La Russie irait mal, elle serait sur la pente descendante et tous les efforts faits actuellement pour la transformer en un géant économique moderne seraient menacés par la régression démographique. Presque partout ailleurs dans le monde, c’est le phénomène inverse qui menace. La surnatalité absorbe la croissance de l’Afrique même dans les pays qui arrivent encore à croître comme l’Ouganda ou le Ghana. L’Inde et la Chine malgré leurs efforts ne sont pas à l’abri d’un redémarrage de la croissance de la population avec des hommes surnuméraires condamnés au célibat et à l’onanisme. Le Bangladesh, le Nigeria, l’Egypte deviennent des fourmilières. La Russie se singularise par une décroissance démographique et un surplus de femmes. Catastrophe annoncée, pas si sûr.
Si l’on se réfère à l’article de Marie Jégo, la nouvelle prospérité russe risque d’être mise à mal à terme par le déclin de la population. L’article du quotidien le Monde est sobre et possède le mérite de ne pas tomber dans le sensationnel. Le phénomène est plus ancien cependant, mais il est souvent de bon ton de critiquer dans la presse la Russie en décrivant le pays actuel sous son aspect le plus noir et de faire état de la mafia, de la violence et de l’atavisme un leitmotiv capable d’expliquer tous les malheurs de la Russie. Ces critiques sont hélas souvent plus proche du fantasme que de la réalité. La population baisse en Russie, c’est un fait, l’espérance de vie des hommes est au plus bas, mais le pays est-il au bord de la catastrophe inéluctable, rien n’est moins sûr.
Certes, « il existe un solde négatif et une baisse durable de la population, passée de 148,9 millions d’habitants au début de 1993, à 141,9 millions en avril 2009, selon le comité d’Etat aux statistiques (Rosstat) ». Mais essayons d’analyser cette situation.
Selon l’Article du Monde :
L’alcool serait à l’origine de 500.000 décès par an !
Non sans humour (ou alors il est involontaire), le porte-parole de la Chambre civique déclarait que l’"épidémie d’alcoolisme a débouché sur le fait que la mortalité des hommes en liberté est trois fois supérieure à celle des hommes de la même tranche d’âge qui sont en prison". De là à mettre en tôle tous les hommes pour qu’ils arrêtent de s’en prendre une, de tôle, il n’y a qu’un pas. Mais si une Bachelot russe décidait subitement de l’incarcération de tous les grands buveurs (majeurs comme mineurs) comme mesure de santé publique, les « droits de l’hommistes » et même les Verts du monde occidental crieraient à l’infamie et à l’atteinte aux libertés. La prison n’est donc pas la solution idéale au sevrage, ni en Russie, ni ailleurs.
L’alcool serait aussi à l’origine de la criminalité et du suicide, (80% des meurtriers seraient ivres et 40% des suicidaires). Mais l’alcool est-il une cause de crime ou de suicide ou bien les assassins et les suicidaires se donnent-ils le courage du passage à l’acte en buvant ? Les deux options sont valables et ne sont point contradictoires. Car il est des hommes qui n’auraient jamais été violents s’ils étaient restés à jeun, mais d’autres qui boivent sans se bagarrer. Et puis, la société russe accepte beaucoup plus la violence et la force physique comme moyen d’expression naturelle des conflits entre individus, du moins beaucoup plus que les Européens d’aujourd’hui, qu’ils soient scandinaves ou latins. Les politiciens russes, qu’ils soient sobres ou quelquefois bourrés, cela arrive de temps en temps à la Douma, n’hésitent pas à faire le coup de poing dans l’hémicycle sans que cela choque particulièrement les Russes.
La vodka n’explique pas tout !
Le déficit natalité/mortalité :
La natalité européenne est faible, tant en Russie qu’en Espagne, Italie ou Allemagne. Elle est de 1.4 par femme en Russie, ce qui met ce pays dans la moyenne basse européenne. Seule la France possède depuis peu un regain démographique et une relativement importante natalité (au début surtout d’origine immigrée, la natalité gagne de plus en plus la population de souche en France depuis une dizaine d’années). Ce qui caractérise la Russie, c’est la forte mortalité, en particulier celle des hommes. Si l’on en croit l’article du Monde,"Un homme sur trois meurt entre 20 et 60 ans. Si nous ne venons pas à bout de ce problème, la population va décroître encore plus vite". L’homme jeune est donc une denrée rare, ce qui entraîne des veuves et des célibataires en surnombre.
Encore, selon l’article, "Les enjeux de la crise démographique en Russie" qui a été publiée, en juin, Les hommes russes ont aujourd’hui une espérance de vie de 61,4 ans (73 ans pour les femmes) alors qu’elle était de 63,8 ans dans les années 1960 (75 ans dans les pays développés).58.8 ans. Le jeune adulte russe serait donc une espèce en voie de disparition. On peut se demander pourquoi. La population russe décline, et pourtant le gouvernement fait tout pour inciter les Russes à avoir des enfants : prime à la naissance du deuxième enfant de plus de 7000 euros, allocations familiales doublées. Mais ce que font timidement les mères, les hommes le gaspillent en ayant le mauvais goût de mourir jeunes. Et puis, l’argent ne fait pas tout en la matière. Les Japonais ont bien plus de moyens, mais ne font pas d’enfants. Ils ont par contre un record de vieillards et de centenaires qui pèsent de plus en plus sur l’économie du pays. Et ils ont en commun avec les Russes une défiance envers l’émigration. ...
De quoi meurent donc les hommes en Russie ? D’alcoolisme, de tabagisme, d’une alimentation inadaptée dit l’article. Cela est vrai dans une certaine proportion, mais il faut aussi prendre en compte une plus grande prise de risque au quotidien. Risque qui est quasiment éradiqué en occident au nom du principe de précaution, du fait de lois répressives sur l’alcool, le tabac, la sécurité routière. Et aussi, il ne faut pas le nier la dévirilisation de la société occidentale ne permet plus les audaces des Russes. Cette mode n’a pas encore atteint la Russie, la conduite sportive, les excès de vitesses, les bagarres, les comportements téméraires, le sentiment qu’il ne faut pas prendre trop de précautions interviennent aussi dans la mortalité. Un sociologue russe disait d’ailleurs il y a quelques années que l’homme russe vis-à-vis du danger se comportait souvent encore adulte comme un adolescent ou un militaire. Se faire tuer dans une rixe par inadvertance lors d’une fête n’entraîne que rarement une vive réprobation, sauf si des Caucasiens y sont mêlés, entre Russes, cela est presque naturel. On ne parle pas de roulette russe pour rien, ce « sport » n’aurait jamais pu être conçu en Suisse.
L’Union Soviétique regorgeait de médecins et de centres de santé. Il y aurait beaucoup à dire sur la qualité et l’efficience des ces soins, mais la médecine russe existait bel et bien ainsi que les services sociaux et du temps du communisme, l’accès aux soins était une réalité. Et puis, il existait une médecine de pointe et des scientifiques de renom international. Aujourd’hui, la médecine n’a pas disparue du paysage russe, mais l’entrée du pays dans le modèle libéral fait que l’accès aux soins n’est pas identique pour tous. Certains services sont devenus obsolètes et inadaptés et certains Russes n’ont plus les moyens d’accéder aux médicaments et aux soins.
La correspondante du Monde reconnaît que : « Contrairement à une idée reçue, cette crise démographique n’a pas débuté avec la difficile transition économique et politique des années 1990. "Le pays ne participe plus à la baisse générale de la mortalité depuis plus de quarante ans",… ».
Le système médical soviétique n’était pas idéal, il s’est effrité au fil des ans, il a vu arriver un nouveau déclin sanitaire, mais il n’était pas non plus catastrophique. Le communisme soignait imparfaitement tout le monde, le nouveau régime par excès de privatisation, ne permet qu’à certains d’avoir accès aux soins.
D’autres phénomènes participent aussi à l’augmentation de la mortalité. En Russie, le Sida est d’apparition plus tardive qu’en Occident, mais il fait désormais des ravages comme dans les prisons, où il est souvent associé à la tuberculose multi résistante.
La toxicomanie aux drogues dures injectables peut aussi expliquer une surmortalité chez les jeunes (overdoses, septicémies et Sida).
Sans compter le nombre élevé de handicapés, environ 13 millions, souvent des victimes d’accidents domestiques ou de la route.
Il n’est pas certain que le déficit en hommes puisse être compensé par l’émigration étrangère. Contrairement aux idées reçues, la Russie accueille déjà sur son territoire de nombreux étrangers dont une majorité vient des anciennes républiques de l’Union Soviétique, devenues indépendantes. En 2008, la Russie comptait quelques 10 millions d’émigrés. Cela fait au bas mot, 7% de la population du pays, ce qui est loin d’être négligeable.
Selon le Monde : « L’hostilité tenace de la population à l’égard des migrants et l’absence de consensus sur ce sujet font obstacle ».
La venue de migrants Chinois, il en arrive de fait plusieurs milliers chaque année en Extrême-Orient russe, ou Indiens (ils ne viennent pas encore), deux pays présentant un déficit en femmes, n’est non plus une solution au problème démographique, avant tout pour des raisons culturelles et d’acceptation par l’immense majorité de la population russe.
L’église orthodoxe envisage même d’évangéliser les Chinois pour mieux les intégrer, mais le résultat pour l’instant est mince. Dionissi Pozdniaïev, chargé des communautés orthodoxes de Chine, déclarait en 2006, « J’estime que l’attitude envers les Chinois s’améliorera en Russie s’ils acceptent la religion orthodoxe et s’ils en parlent ouvertement. Il serait effectivement souhaitable d’éviter la création de communautés purement chinoises sur le territoire de la Russie, car l’Eglise se forme selon le principe territorial, et non pas ethnique ».
L’exemple de Khabarovsk, (cf. l’article du Figaro du 20 mai 2009, de Fabrice Nodé-Langlois) n’incite pas à voir l’immigration chinoise comme une solution au déficit en hommes en Russie et au déclin démographique. Cet autre article du Monde confirme cette impression.
La robotisation poussée à l’extrême au Japon permet de pallier le déficit des naissances. Mais la Russie ne peut hélas espérer le même résultat que les nippons. D’abord du fait de l’immensité du territoire et des faibles densités de population. D’autre part, les Japonais ont un excès de vieillards, ce que n’ont pas les Russes. La technologie russe est capable d’automatiser certaines activités et remplacer la main d’œuvre subalterne, mais elle ne peut l’obtenir aussi rapidement que son voisin oriental.
L’exportation de femmes russes :
Sur Internet et via des agences matrimoniales spécialisées, de nombreuses femmes russes se disent prêtes à quitter leur pays en vue d’accéder à de meilleures conditions d’existence en Europe occidentale, au Canada ou aux Etats-Unis. Cette pratique n’améliore en rien la situation démographique russe, car les partantes iront faire leurs enfants dans les pays d’où viennent ceux qui les ont choisies sur catalogues. Il serait plus judicieux de faire venir ces occidentaux en Russie, faciliter leur installation et leurs investissements par un système de primes et de prêts s’ils résident en Russie, et y travaillent avec des avantages fiscaux. L’intérêt serait double. D’abord un regain de natalité d’enfants vivant en Russie, donc parlant russe et en acquérant la culture et deuxièmement une diminution du nombre de femmes célibataires, sans pour autant pénaliser les hommes du pays qui ne sont pas assez nombreux. Enfin, les femmes russes connues pour leur caractère entier n’ayant pas la réputation de se laisser marcher sur les pieds et les occidentaux actuels venant de pays où la société se dévirilise de plus en plus, les nouveaux époux arrivant n’auraient ni la force ni l’audace d’imposer leur langue, leur culture et leur religion à leurs épouses et à leurs enfants. Cela conviendrait mieux aux aspirations de la population russe qui craint plus la perte identitaire que le métissage.
Le fossé démographique se creuserait donc dramatiquement de 700.000 chaque année, selon Vladimir Koulakov de l’Académie des sciences de Russie, même si les experts du Kremlin minimisent ce chiffre. En plus de la surmortalité masculine, la stérilité serait importante et l’avortement, bien que moins pratiqué que du temps soviétique serait encore non négligeable. Le niveau de vie s’accroît proportionnellement plus qu’en Occident, la crise actuelle est trop récente pour influer. Un nombre croissant de Russes vit mieux qu’avant, les vieux sont nettement moins bien lotis et les retraites sont faibles, mais si leurs conditions d’existences sont peu enviables, elles n’interfèrent pas sur la natalité. Les plus de soixante ans n’ont du fait de leur âge qu’un nombre négligeable d’enfants. Le problème vient des plus jeunes ayant une faible natalité probablement par choix. La liberté individuelle a donc un prix, celui de l’espérance de vie ! Et puis, partout sur la planète, l’accès à la consommation et au luxe diminue les ardeurs reproductives. L’enfant est un luxe pour le très riche et une catastrophe pour le pauvre qui vient de sortir de la misère.
Paradoxe apparent les Russes ne veulent pas beaucoup d’enfants, continuent à boire, à fumer, à prendre des risques dans leur vie quotidienne et ils n’en perdent pas pour autant la joie de vivre et une incroyable résistance à l’adversité. Les anciens parleront de l’âme russe romantique et fantasque, les psychologues qui nous pourrissent la vie en Europe utiliseront le terme de résilience.
La Russie en a vu d’autres depuis Ivan et Pierre le Grand, sans même parler de Staline. Elle saura s’adapter d’une façon ou d’une autre. Et puis de gens qui veulent coûte que coûte préserver leur mode de vie tout en faisant la fête ne peuvent être foncièrement mauvais..."(G.Yang)


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