Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 30 juillet 2010

Italie: risques de fractures

Austérité et menaces pour le sud défavorisé

Désendetter l'Etat pour endetter ses régions



"Au-delà du fossé entre Nord et Sud, l'Italie expérimente une tendance de fond, commune à une bonne partie de l'Europe, résumée par l'économiste Maurizio Franzini: «Ce plan d'austérité risque de transférer, au niveau local, la plus grande partie du problème auquel il est censé s'attaquer au niveau national...» En lieu d'une réforme structurelle, une opération de camouflage, consistant à désendetter l'Etat pour mieux endetter ses régions. Au bout du compte, l'ampleur de la dette ne s'est pas résorbée. " (L.Lamant)
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La crise met à mal les finances régionales et municipales dans les pays les plus touchés.
Les transferts du centre à la périphérie ne se font plus qu'au compte-goutte: des choix politiques parfois lourds de conséquences et de risques futurs.
Aux Etats-Unis, la Californie, dans le cadre d'une sorte de banqueroute d'Etat, est objectivement en faillite, la ville de New-York licencie un grand nombre de fonctionnaires, enseignants compris.
___En Europe, dans les pays les plus menacés, les finances locales déclinent rapidement, mettant en danger les régions les plus pauvres, sommées de se débrouiller seules
________C'est surtout visible dans l'Italie berlusconisée , dans le cadre du plan général de rigueur, où s'accentuent des fractures anciennes (l'essentiel de la pauvreté se concentre dans le sud du pays), certaines régions étant déjà piégées par des montages financiers aventureux.
Elles supportent l'essentiel des restrictions budgétaires.
La Ligue du Nord, prônant le "fédéralisme fiscal", met de l'huile sur le feu, en misant sur l'éclatement du pays.
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"...L'avalanche des plans d'austérité annoncés en Europe ne menace pas seulement la reprise de l'économie mondiale. Elle risque aussi de plomber les finances de régions déjà exsangues, qui pourraient bien ne pas s'en remettre. En Italie, l'austérité voulue par les autorités centrales condamne à la quasi-banqueroute certaines régions du sud du pays.
Rome a promis, le 25 mai, d'économiser 24 milliards d'euros en 2011 et 2012. L'objectif est de ramener le déficit public à 2,7% du Produit intérieur brut (PIB) au 1er janvier 2013, contre 5% cette année. Comme ailleurs en Europe, la fonction publique va devoir se serrer la ceinture. Les embauches sont gelées. Les salaires des hauts fonctionnaires seront réduits de 5 à 10%.
Mais ce sont les 20 régions de la Péninsule qui contribueront au plus gros de la diète: 15 milliards de coupes sont prévus dans les transferts aux collectivités locales, soit 60% de l'ensemble du plan d'austérité. «Pour beaucoup de régions, ces transferts représentent une partie gigantesque de leur budget», s'inquiète Maurizio Franzini, professeur d'économie politique à l'université Sapienza de Rome.
C'est sans doute le principal risque du plan d'austérité dévoilé par Silvio Berlusconi: aggraver un peu plus le fossé entre le Nord, riche et industriel, et le Sud, pauvre et assisté, qui plombe l'Italie. «La crise économique concerne tout le pays, mais elle va frapper bien plus fort le Sud», prévoit Alfio Mastropaolo, professeur de sciences politiques à l'université de Turin. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Mezzogiorno, qui concentre le tiers de la population, mais 16% seulement des emplois industriels du pays, est à la traîne. A l'écart de l'expansion industrielle d'après-guerre, il n'assure qu'un peu plus de 10% des exportations nationales.
______Depuis 1950, date de la création d'une Caisse pour le Mezzogiorno (dissoute en 1993, remplacée par des «agences autonomes»), Rome soutient massivement le développement du Sud. Mais ces volumes d'aide, en partie détournés à des fins clientélistes ou mafieuses au fil des ans, n'ont pas permis aux régions les plus pauvres de décoller.
Les mesures qui viennent d'être annoncées effacent en partie ces aides. Ce qui pénalise donc surtout le Mezzogiorno. D'après les chiffres de l'Institut de la statistique italienne, compilés par l'économiste Massimo Bordignon, le plan d'austérité pèsera de manière très inégale selon les régions, en matière de restrictions des dépenses publiques (hors santé), en 2012: 69 euros en moins pour un habitant de la Vénétie, au Nord, contre une perte de 182 euros dans la région de Basilicate, tout au Sud, ou encore de 103 euros dans les Pouilles.
Dès lors, deux options existent. Soit les régions les plus touchées par le plan consentent à tailler dans leurs services publics, à commencer par la gestion de la santé, dont elles ont la charge. Soit elles laissent filer leurs comptes, déjà au rouge, en pariant sur la clémence des autorités nationales.
Les dettes des collectivités ont dépassé les 100 milliards d'euros en 2009, selon la Banque d'Italie. D'après un classement de l'agence britannique CMA, relayé fin mai par le Financial Times, la Sicile pointe au neuvième rang des émetteurs de dette publique les plus susceptibles de faire banqueroute dans le monde, devant le Portugal, pourtant désigné comme l'une des prochaines bombes à retardement en Europe. Les marges de manœuvre budgétaires sont donc infimes....
_______Une banqueroute de la Sicile, ou de la Calabre? Le scénario est peu probable, relativise l'économiste Jacques Le Cacheux, de l'OFCE: «Tant que l'union politique se maintient en Italie, il n'y a aucun risque. Mais si les régions gagnent en autonomie dans les mois à venir, elles se retrouveront plus exposées au risque de défaut de paiement.» Ce ne serait pas pour déplaire à tout le monde. La Ligue du Nord, présente au sein du gouvernement Berlusconi depuis 2008, a fait du «fédéralisme fiscal» l'un de ses mots d'ordre. Le parti d'Umberto Bossi, fatigué de «payer» pour le développement du sud de l'Italie, compte bien profiter du plan d'austérité pour accélérer le mouvement vers plus d'autonomie financière au niveau des régions..." (L.Lamant)

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