Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

samedi 13 novembre 2010

Loup, y es-tu?

Parler du loup, c'est(aussi)parler de l'homme

Le loup est un révélateur de notre propre histoire.
Ses représentations renvoient à des modes de vie, de pensée, de rapports établis entre civilisation et sauvagerie, nature et culture...


L'homme: un loup pour l'homme ou un loup pour le loup?



Le loup a été longtemps diabolisé, associé au danger, au mal, à la perversité.
Quasiment idéalisé aujourd'hui, préservé, devenu rare, reclus loin des espaces habités, l'image du loup a bien changé. Il fascine encore, mais n'inspire plus la crainte, même s'il hante encore l'imagination.
Depuis Ysengrin jusqu'au loup du Mercantour d'aujourd'hui
_Loup: le mal aimé, dont on retrouve les traces à travers les légendes , les contes et les fables (Le loup et l'agneau, le petit
chaperon rouge,etc...)
Mais la mauvaise réputation du loup s'atténue avec le temps
L'histoire du loup en France met en évidence des modes de vie et des rapports sociaux disparus, un ruralité qui s'est éloignée
Le loup à travers la mythologie et l'histoire: une riche matière à réflexion, montrant parfois des rapports ambigüs ( mythe et réalité des "enfant-loups", réels ou fantasmés,loup garou, etc...)
__Hélène et ses loups: symbole d'une réconciliation rêvée
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Le loup; révélateur de l'histoire des hommes et de l'histoire de la ruralité

"...Depuis que le prédateur est passé du statut d’animal nuisible à celui d’ani­mal protégé, un tri s’est opéré dans son identité. La prise de conscience des avantages de la biodiversité a contribué à rel
ativiser l’image négative du passé, jusqu’à la remettre en cause. Emblème de la place du « sauvage » dans notre environnement, Canis lupus n’incarne plus la férocité mais la qualité de notre richesse écologique. Car l’ampleur de l’investissement sym­bolique dont l’animal a toujours été l’objet prédispose aux prises de position dogmatiques.
En France, dans le débat qui s’étend sur le rapport entre les deux protagonistes, la simple éventualité de l’agression sur l’homme est considérée comme la plus terrible des accusations. En concède-t-on la maté­rialité que la rage devient un recours pour expliquer la transgression et dis­culper l’animal sauvage. Un mauvais procès s’étale au grand jour. Tandis que les loups actuels ne posent plus de problèmes qu’à un secteur limité de l’élevage - très éloigné des centres de décision et d’opinion, et désormais marginalisé -, les relations entre la société et le prédateur n’ont plus rien à voir avec celles qu’elles ont été longtemps dans un pays où le loup était perçu comme l’ennemi public : « chiens, chasseurs, villageois, s’assemblent pour sa perte », une réalité qu’on retrouvait bien au-delà des Fables de La Fontaine. Du loup - la pire des « bêtes noires » ou des « bêtes puantes » -Buffon brossait un portrait épouvantable, souvent cité : « désagréable en tout, la mine basse, l’aspect sauvage, la voix effrayante, l’odeur insupportable, le naturel pervers, les moeurs féroces, il est odieux, nuisible de son vivant, inutile après sa mort »
!...
_" Le loup a longtemps été considéré comme le pire ennemi du bétail et même comme un prédateur dangereux pour l’homme. ... Quelle a été la dangerosité réelle du loup vis à vis de l’homme, quelles en ont été les conséquences et les manifestations ?...
Par ses attaques le loup s’insinue dans les maillons fragiles de l’organisation sociale et de l’organisation spatiale. En effet, pour pouvoir subsister et se développer, il sait que l’homme est son premier concurrent, son premier adversaire, qu’il lui est généralement supérieur, mais dans des contextes particuliers il sait mettre à profit les situations de vulnérabilité de son concurrent. Et les attaques du loup sur l’homme sont révélatrices des dysfonctionnements de la société rurale et en même temps des contradictions de l’occupation de l’espace. Par exemple le fait d’utiliser des enfants comme aides familiaux entre 4 ans et 15 ans non seulement pour des tâches artisanales et commerciales, mais surtout pour des tâches culturales et de gardiennage du bétail. Ce gardiennage s’effectue dans des pâturages qui se trouvent souvent en moyenne montagne et en région de plaine. Ils sont entourés par des bois à l’écart des maisons et ils assurent une situation de vulnérabilité à l’homme qui apparaît derrière des catégories faibles. Les attaques du loup mettent à jour un fonctionnement de la société, une situation concurrentielle dans l’occupation de l’espace où les situations de faiblesse de l’homme apparaissent au premier plan....

_" L’occupation de l’espace qui a été maximale à partir du XIIIème siècle, et avec des fluctuations jusqu’au milieu du XIXème siècle, de 1300 à 1850, le calendrier agropastoral pour expliquer les activités dans l’année et en même temps l’étendue des activités agraires, d’élevage et industrielles a été très dense dans les campagnes pendant cette période très longue. La situation de rencontre, de conflit entre l’homme qui occupait l’espace rural, davantage qu’aujourd’hui, et le loup, qui était beaucoup plus dense car il y avait entre 15 000 et 20 000 loups en France, était sinon permanente, du moins très fréquente....Il y avait une originalité profonde de cette Bête du Gévaudan et qu’elle était un révélateur des rapports entre l’homme et le loup mais aussi d’un état de la société et de l’environnement dans un secteur bien particulier de la France du XVIIIème siècle lancé dans les Lumières et le progrès agricole mais qui dans le cadre de l’Auvergne et du Gévaudan demeure dans un secteur très replié, extrêmement écarté. Nous sommes dans un pays oublié de la croissance, où l’on parle le patois, où les communications sont très mauvaises, où les conditions environnementales sont infectes, où la population est aux limites de la misère. Et cette Bête du Gévaudan est révélatrice des écarts culturels de la France en voie de développement."

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