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vendredi 3 juillet 2015

Tempête sur l'Europe

 Point de vue sur le piège européen et la dette grecque.
:                                                                            Un piège structurel..
                                                                                    Une dette largement "fabriquée".
                       L'Union européenne entre dans une crise sans précédent avec le risque que l'un de ses membres, la Grèce, soit exclu de la zone euro et peut-être de l'Union elle-même. Comment en est-on arrivé là ? Les choses ne sont pas difficiles à comprendre pour qui garde un oeil critique sur les errances des deux dernières décennies...
     En 1989, avec la chute du Mur, la fin de la guerre entre l'Irak sunnite et l'Iran chiite, l'éveil de l'opinion publique en Chine... chacun a cru à la fin de l'Histoire  et au triomphe définitif de la démocratie façon occidentale. Il est apparu inutile de s'appesantir sur l'union politique de l'Europe. Place donc à l'union monétaire, promesse d'un avenir meilleur fondé sur la « concurrence libre et non faussée » et les abandons de souveraineté des États au profit des instances bruxelloises.
En 1999-2002, dans l'euphorie, les Européens ont donc accueilli la monnaie unique avec l'assurance qu'elle ferait tout naturellement converger les économies européennes, les plus pauvres rattrapant à grandes enjambées les plus riches.

                         Confiants en la solidité de la nouvelle monnaie, appuyée sur une économie allemande fortement exportatrice, les financiers de tous poils se sont disposés à prêter de l'argent aux États les plus fragiles de la zone euro, pour combler leurs besoins d'infrastructures et leur aspiration à la modernité.
Personne n'a protesté quand il s'est agi de financer par exemple les Jeux Olympiques d'Athènes (2004). Soit une vingtaine de milliards prêtés par les banques françaises et allemandes au gouvernement grec pour commander à des entreprises de génie civil françaises ou allemandes qui un aéroport, qui un stade, qui un pont ou une autoroute...
Personne n'a protesté non plus quand le gouvernement grec, qui ne partageait pas la sympathie des Occidentaux pour le gouvernement islamo-conservateur du Turc Erdogan, a souhaité moderniser son armée et procédé à des achats massifs auprès des industriels français ou allemands, achats financés à crédit par les banques françaises et allemandes.
Chacun s'est félicité au contraire de ce que la modernisation à crédit de la Grèce et des autres pays méditerranéens contribuait à relancer l'économie allemande et dans une moindre mesure celle de la France.
Cet endettement eut été impossible auparavant avec les monnaies nationales car la balance des paiements de chaque pays étant en permanence à l'équilibre, les montants en monnaie nationale qui quittaient le pays étaient automatiquement compensés par des montants en devises étrangères équivalents qui entraient dans le pays. L'équivalence était garantie par l'ajustement au fil de l'eau des taux de change.
                  Cette course au crédit a pris fin brutalement avec la crise des subprimes venue des États-Unis, qui a mis à jour les failles de la monnaie unique en 2008. Menacées de faillite pour avoir pris des risques inconsidérés, les grandes banques européennes sont allées pleurer auprès des gouvernants : « Sauvez-nous car, si nous tombons, gros comme nous sommes, nous entraînerons toute l'économie mondiale dans la catastrophe (en anglais : too big to fail) ».
Et les États de s'exécuter. Ils ont racheté aux banques des créances irrécupérables, autrement dit ont fait payer les erreurs des banquiers par leurs contribuables. C'est ce qu'on appelle en termes choisis la « consolidation du système bancaire européen » !
C'est ainsi qu'aujourd'hui, les États riches de l'Union, les institutions européennes et le FMI réclament aux États surendettés de l'Union le remboursement d'une dette accumulée dans les premières années de l'union monétaire sous forme d'infrastructures, d'immobilier, de biens d'équipement et de subventions plus ou moins inutiles.

                  Cette réclamation est-elle légitime ? Quand le gouvernement français multiplie les investissements pour soutenir l'activité du BTP ou exige de son armée qu'elle s'équipe d'avions Rafale pour sauver le groupe Dassault, il se justifie au nom de la solidarité nationale. Malheureusement, il n'y a pas de solidarité semblable au niveau européen.
Après soixante ans d'efforts et malgré les discours de campagne électorale, les Européens n'ont produit guère plus qu'une zone de libre circulation des marchandises et des capitaux. Un bourgeois de Strasbourg est infiniment plus solidaire d'un habitant de Mayotte, malgré tout ce qui les sépare, que de son voisin de Fribourg, malgré tout ce qui les rapproche, parce qu'il partage avec le premier les mêmes droits civil, fiscal, social etc, et ne partage rien avec le second.
C'est ainsi que les Allemands de Rhénanie veulent bien supporter les dettes de leurs concitoyens de la Hesse mais exigent, tels le juif Shylock, d'être remboursés jusqu'au dernier centime par leurs débiteurs grecs.
En déséquilibrant les échanges entre les États européens, la monnaie unique aura eu pour principal effet d'exacerber les rapports entre les peuples du Vieux continent et de les rendre plus hostiles que jamais les uns aux autres depuis un demi-siècle.

                         Le plus fort est que les institutions européennes n'ont aucune chance d'obtenir de la Grèce, pays le plus fragile de la zone euro, qu'elle rembourse un jour sa dette. C'est ce que disent et répètent les économistes les plus renommés, tels les Prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugman.
Supposons que par un coup de baguette magique, le gouvernement grec arrive en 2015-2016 à lever deux milliards d'euros en recettes de TVA supplémentaires :
1- au titre du remboursement de la dette publique, ces deux milliards de TVA partent aussitôt dans les comptes des banques étrangères (celles qui ont financé à crédit les achats d'armes et d'infrastructures par les gouvernements grecs précédents),
2- les entrepreneurs grecs qui ont de leur côté accepté de payer la TVA voient leurs revenus amputés d'autant. Avec quelles conséquences ? ils réduisent leurs achats auprès de leurs concitoyens et aussi leurs effectifs salariés. Baisse de la consommation, hausse du chômage, aggravation de la crise humanitaire...
3- le gouvernement, appelé à la rescousse, doit emprunter dare-dare des sous à l'étranger pour restaurer l'activité ou du moins sauver les nouveaux chômeurs de la misère !
Ainsi peut-on comprendre pourquoi, dans le cadre de la monnaie unique, les politiques de rigueur passées, présentes et futures sont condamnées à échouer, en Grèce comme ailleurs, y compris en Espagne ou au Portugal, où la timide embellie des comptes publics ne vaut que grâce à une très sévère réduction des salaires ouvriers et un appauvrissement sans précédent des classes populaires.
Cette argumentation est facile à comprendre, du moins pour un enfant de douze ans encore épargné par les a-priori religieux mais elle est inaccessible, il est vrai, aux grand-prêtres de la finance européenne qui ne peuvent renier leur dogme sans se condamner à déchoir de leur piédestal et troquer leurs privilèges contre le galetas d'une cellule.(*)

                                 Il est encore difficile de prévoir le résultat du référendum grec du dimanche 5 juillet. Si les Grecs cèdent à la peur et aux injonctions étrangères, ils accepteront le nouveau plan de rigueur imposé par Bruxelles et c'est ce que chacun juge le plus probable. Mais l'Histoire nous enseigne aussi que les Grecs savent dire Non quand il y va de leur indépendance et de leur honneur. Une surprise n'est donc pas à exclure. Quoi qu'il en soit, la survie de la zone euro et de la construction européenne demeureront en suspens.
      N'y aurait-il pas d'issue honorable et pacifique à cette crise interminable ? Si. Cette issue passe par l'effacement au moins partiel de la dette grecque puis, dans le délai de grâce ainsi obtenu, la mise en oeuvre d'une monnaie « commune » et non plus « unique ». C'est la proposition que nous développons dans notre trilogie : L'Europe à l'épreuve de la monnaie unique, Histoire de la Crise europénne, Monnaie : secrets de fabrication (Merci à Hérodote.net)
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(*)  Il n'y a pas que DSK qui reconnaît les" erreurs" du FMI  et des institutions financières, comme Batista.
              Par delà les idées toutes faites, comme le disent  T. Piketty... J.Stiglitz, et V.Scoumbi, un travail d'analyse s'impose, au delà des réactions épidermiques et des curées médiatiques.
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