Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

vendredi 9 décembre 2016

Pis-ça continue...

Un thermomètre en question
                                   Tous les trois ans revient le même scénario et parfois le même psychodrame.
       Les discussions et les polémiques autour des données chiffrées d'une organisation de l'OCDE, censée livrer une image comparée et objective du niveau scolaire de notre jeunesse à un moment donné.
     A chaque  Program for International Student Assessment , c'est l'effervescence assurée tous les trois ans, de Paris à Pékin et puis ça passe...
     Moment privilégié pour vanter ou  déplorer ses investissements en matière scolaire, gage des succès de la société et de l'économie de demain, au sein d'une compétitivité mondialisée exacerbée. Les esprits bien formés d'aujourd'hui feront la richesse de demain. C'est le postulat de base, le non-dit jamais analysé.
    On ne s'interroge pas sur ce qu'est une vraie formation humaine, en ne retenant que quelques critères, supposés déterminants, à partir d'une batterie de tests où l'ordinateur prend une place de choix.. Têtes bien pleines ou têtes bien faites? La question ne sera pas posée. Les protocoles uniformisés l'interdisent. Un élève bourré de connaissances aura-t-il pour autant une meilleure faculté d'adaptation et d'intelligence intuitive, d'inventivité?
        A l'heure de la mondialisation, l'OCDE classe mondialement
  La concurrence économique est sous-jacente à cette opération, ainsi que le prestige des Etats, par le bais de ces classements discutés et, du moins partiellement, discutables.   
     Même si certaines analyses et commentaires sont parfois pertinents. Mais jusqu'où et à quel fin? Si en France, la formation des enseignants a été sacrifiée sur l'autel de Bercy, contrairement à la Finlande, qui choisit les meilleurs, on n'entend pas un mot venant de la rue de Grenelle pour inverser la tendance. Si nos facultés sont dans la pénurie, sont les projets pour en faire des pôles d'excellence pour le plus grand nombre?.Un "placement" sûr pour notre avenir.
     Comme les classement de presse à l'emporte-pièce sur le niveau des établissements solaires ou la qualité des hôpitaux, ces marronniers...il faut prendre avec des pincettes ces données chiffrées, qui s'inversent parfois curieusement dans un temps très court.
   On peut s'interroger non seulement sur l'intérêt mais aussi sur la pertinence de tels tests.. On note des connaissances, des compétences,  pas une culture reçue en évolution, dans sa diversité, ses formes et ses composantes..
    Parfois on enfonce des portes ouvertes, quand on signale par exemple les déterminants sociaux de la "réussite" scolaire. Parfois on est dans l'approximation la plus totale ou l'affirmation gratuite.
            Une évaluation de la qualité et les performances des institutions ou des administrations, même si elle s'impose parfois, n'est jamais sans principes, sans présupposés, sans arrière-pensées parfois. Surtout quand elle se situe dans l'esprit du New public management... comme à l'hôpital aujourd'hui.
Et les critères peuvent être discutés, de même les résultats et leurs conditions d'obtention, les choix qui les déterminent.
      On a parfois des résultats sans surprise, ou sans nuances ni questionnement sur les causes.             .D'après la dernière enquête Pisa, notre  système éducatif serait le plus inégalitaire des pays de l'OCDE. « En France, quand on appartient à un milieu défavorisé, on a une chance sur cinq d'avoir de bons résultats, alors que c'est une sur deux à Shanghai où il y a une véritable équité sociale « , commentait Eric Charbonnier, expert à l'OCDE en présentant les résultats classement Pisa 2012 où la France a reculé de deux places.
        Peut-être, même si c'est un peu court, mais tient-on compte du système bicéphale du l'enseignement secondaire allemand, qui sélectionne très tôt, par exemple? Quel public scolaire est visé, quelles classes d'âge? Tous les pays intègrent-ils tous les élèves sans discriminations?
         De plus en plus, comme le remarque C. Valmour, on entend piloter le ministère de l'EN à l'aune des évaluations internationales, or, la lecture de milliers de pages de rapports officiels, notes et ouvrages, produits par des dizaines d’experts internationaux montrent que ces évaluations sont très réductrices. Si elles demeurent une source d’information intéressante, elles ne prouvent aucunement qu’un système est meilleur qu’un autre en raison des multiples biais (culturels, statistiques, méthodologiques) qui ont été découverts, et jamais relatés dans la presse, avide uniquement de palmarès. On ne peut comparer que ce qui est comparable, or il n’y a rien de tel pour PISA. Pire, les circonstances indéfinies dans lesquelles PISA est né laissent penser qu’il existerait au sein de l’OCDE un réseau qui vise à détruire l’Etat-Nation, les spécificités culturelles et les systèmes éducatifs de chaque pays pour imposer un modèle éducatif et culturel unique, doublé d’un projet commercial...
      PISA donne une impression de transparence, de pluralité et d’universalité. Or, du début à la fin du processus élaboration-correction-analyse d’items, il y a le consortium PISA et son maître d’œuvre. Qui sont-ils ?... 
     Créée en 1930, l’ACER (le maître d’œuvre) est une association australienne qui vend des évaluations, ainsi que des produits et services en matière d’éducation. NIER est un institut japonais qui s’occupe de politique éducative. ETS (Educational Testing Service) est une association américaine qui vend des produits et des services dans le domaine de l’enseignement. Deux de ses produits sont bien connus des français : le TOEFL et le TOEIC. CITO, créée par le gouvernement néerlandais en 1968, est devenue une société privée en 1999. Enfin, Westat Incorporated est une entreprise américaine (employee ownership) omniprésente dans les évaluations : PIRLS, TIMMS, NAEP, etc. 
     Notons que toutes ces organisations sont d’inspiration anglo-saxonne. De même, les experts scientifiques de PISA sont anglo-saxons à l’écrasante majorité. Nathalie Mons représentera pour la première fois la France lors de PISA 2009. Ce qu’il faut retenir à ce stade, c’est qu’une culture se définit aussi par son système éducatif. ...
          PISA prétend comparer et évaluer des compétences et s’abrite derrière l’élimination des biais culturels, c’est-à-dire, pour schématiser, tout ce qui peut avantager les élèves d’un pays. Or, quand on élimine ce qui fait la spécificité des pays, on ne les compare plus que sur la base du plus petit dénominateur commun. Et c’est ce dénominateur que l’on offre comme modèle de vie et de réussite dans le monde moderne, en occultant tout le reste.
        Comme le souligne C. Dubouloz, au niveau mondial, Singapour rafle l’ensemble des prix: les élèves sont les meilleurs, et de loin, en sciences, en maths, ainsi qu’en compréhension de l’écrit. «Il y a quelques années, les responsables de l’éducation étaient tous envoyés en Finlande pour étudier le système éducatif performant de ce pays. Ensuite, Shanghai est devenue la référence, maintenant c’est Singapour», ironise Stefan Wolter, directeur du Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation. Dans le classement, la Finlande a fortement chuté en sciences et en maths, de même que la Corée du Sud en lecture....
                   On peut s'étonner de telles baisses, improbables en si peu de temps
     Pour Julien Grenet, chercheur à l’Ecole d’économie de Paris, «ces palmarès ont peu de fondements statistiques. Le score moyen de chaque pays est entouré par une incertitude, qui tient au fait que l’enquête porte sur des petits échantillons d’élèves et présente des marges d’erreur. Si bien que des pays dont les rangs sont proches dans le classement peuvent avoir des résultats qui ne sont pas statistiquement différents.»
   En outre, dit cet expert, «il faut comparer ce qui est comparable. PISA ne prend en compte que les jeunes de 15 ans scolarisés». Alors, si l’on peut comparer entre eux les pays de l’OCDE «qui ont des taux de scolarisation à 15 ans proches de 100%, on ne peut pas en faire autant avec des pays où ce taux est bien plus bas».
     Un instrument de mesure qu'il ne faut donc surtout pas absolutiser  fétichiser, et faire bon usage du classement PISA  est la première consigne de méthode et de prudence . Il faut le répéter.
    Les limites intrinsèques à de telles comparaisons sont rarement signalées et comparaison n'est pas raison.
        Si la Corée du Sud caracole en tête cette année, c'est sans doute qu'elle  forme des élèves qui travaillent avec acharnement. Mais comment et  à quel prix? Pour former quels types d'adultes?   De bons serviteurs de Samsung? 
      Et si à l'OCDE on s'interrogeait sur une question largement occultée: qu'est-ce qu'une tête bien faite? qu'est-ce qu'un esprit cultivé?...
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