Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 24 juillet 2007

Irak

L’Irak : jusqu’à quand ?

Le bourbier a de l’avenir.

L’occupation américaine est un désastre. Tout le monde peut maintenant en convenir. Même au Pentagone ou dans le cercle rapproché de G.W. Bush, l’évidence s’impose cruellement. La question qui se pose maintenant est : comment en sortir ? Le tableau est sombre. Les objectifs étaient irréalistes, les intérêts exorbitants, les plans irréfléchis, la tactique incertaine, le suivi empirique. C’est la nasse. L’absolue incertitude. La nécessité de durer. Avec quelles perspectives ?

Lucien Samir, sans rire, nous annonçait récemment sur Agoravox une amélioration de la situation. La foi ne sauve plus les inconditionnels de l’intervention... C’est la débandade morale dans les milieux officiels US, qui n’est pas sans rappeler celle qui a accompagné la chute de Saïgon, toutes choses égales par ailleurs... Les trahisons succèdent au scepticisme, parfois publiquement affiché, même au plus haut niveau. "Wolfie", l’inspirateur de l’intervention, est amené à critiquer son maître pour finalement se retirer honteusement de la direction de la Banque mondiale.

Il semble qu’on assiste à la chute d’un empire qui n’a plus de souffle, de perspectives, d’ambitions, de moyens, comme le pronostiquait fort bien Emmanuel Todd dans son ouvrage : "Après l’empire" et comme le remarque fort justement notre ami et rédacteur JP Immarigeon dans son blog et son ouvrage :"American parano". On pourrait penser que la décision de se retirer ne dépend plus que du gouvernement US. Laisser sur place tout le matériel de guerre, trop onéreux à rapatrier, faire ses valises, et rentrer au pays , en laissant un champ de ruines... L’objectif pétrole n’a même pas été rempli, sur lequel avaient misé tant d’intérêts texans, la démocratie qu’on voulait naïvement exportée débouche sur un chaos indescriptible. Tableau sinistre.

Et pourtant le retrait n’est absolument pas possible , géopolitiquement parlant. Pas pour les raisons qui viennent immédiatement à l’esprit : ne pas perdre la face, ne pas abandonner un gouvernement fantoche et impuissant, ne pas laisser s’installer un chaos plus grand encore, voire une guerre civile déclarée qui risquerait d’embraser le secteur et donner à l’Iran des atouts dangereux." Tout le monde trouve son compte dans le désastre de l’occupation américaine : aussi bien les Etats arabes modérés que l’Iran ou la Syrie, aussi bien Israël que les groupes politiques irakiens". Ainsi s’exprime Hussein Agha, professeur chargé d’études sur le Proche-Orient à l’université d’Oxford, dans une tribune libre du Monde du 25 Mai 2007. La situation n’est pas près de changer, dans ce Moyen-Orient compliqué, en partie à cause de l’héritage postcolonial, en partie à cause de l’impérialisme économique US, en partie à cause de la montée des intégrismes, effets de cette vassalisation directe ou indirecte.

Malgré ses déclarations indignées, l’Arabie Saoudite n’a pas envie de voir partir d’Irak les Américains. L’état des opinions publiques pousse les Etats de la région à ne pas admettre un départ des troupes US. "Ils ont appris à utiliser la présence américaine pour promouvoir leurs propres objectifs", comme dit HG. Une défaite américaine affaiblirait les régimes proaméricains, en radicalisant l’opinion. Si les Etas-Unis partaient, un régime chiite en Irak ne tarderait pas à s’imposer, qui ne manquerait de nouer des relations avec l’Iran. Une partition de l’Irak pourrait se produire, suite au retrait US, ce que les Etats voisins verraient comme une menace. Cela risquerait de réveiller des tendances sécessionnistes endormies et une remise en question des frontières de certains pays arabes.

Les Etats dits "voyous", la Syrie et l’Iran, eux aussi, n’ont pas intérêt à voir les troupes US faire leurs bagages. L’armée américaine s’affaiblit à tenir ses positions en Irak, ce qui n’est pas pour leur déplaire. Les embarras de Washington sont une sorte d’assurance d’une non-intervention éventuelle. De fait, on voit depuis peu des tentatives de négociation avec l’Iran s’esquisser du côté de la Maison-Blanche. Embarras ou opération tactique ? Impuissance ou ruse entretenue ?

Les Kurdes irakiens sont plutôt avantagés par la présence US et la Turquie verrait d’un mauvais oeil la possibilité d’un Etat irakien allié à l’Iran . Israël considère que le retrait des troupes US serait catastrophique. Que la plus grande puissance du monde puisse échouer affaiblirait son image et ses alliances, surtout après sa démonstration de fragilité lors de sa guerre catastrophique au Liban en 2006. Le renforcement de l’Iran et de la Syrie ne favoriserait pas ses ambitions.

En somme, la perpétuation de la présence américaine arrange tout le monde localement. La Maison-Blanche et l’opposition démocrate en sont conscientes. Les chiites au gouvernement souhaiteraient que les USA restent assez longtemps pour consolider leur pouvoir et éviter la confrontation avec leurs rivaux. Pour les sunnites, les USA sont une protection contre le risque d’hégémonie des chiites. al-Qaida tire le plus grand bénéfice de l’occupation américaine. Les Kurdes n’ont pas envie que la situation change, à l’abri de la menace turque et arabe.

On le voit, la situation n’est pas près de changer si la logique actuelle ne se modifie pas. On a affaire à un gigantesque jeu d’échec où la modification d’un élément peut entraîner une réaction en chaîne imprévisible et lourde de conséquences. Jeu pervers, qui se révèle être pour les USA un piège infernal. Comme les GI sur un terrain qu’ils ne connaissent pas, au cœur d’une culture qu’ils ignorent superbement, progressant sans visibilité, alourdis par un équipement technologique aussi sophistiqué qu’inutile, les USA sont sans perspectives, malgré leurs moyens, condamnés à l’immobilité, à la gestion au jour le jour d’une situation qu’ils ont eux-mêmes provoquée et qu’ils ne maîtrisent pas."Ils se voyaient en manipulateurs ; ils sont devenus manipulés. Le tout illustrant ce vieil adage arabe : "La magie s’est emparée du magicien" (Hussein Agha)

Et l’ONU dans tout cela ?...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_en_Irak

http://paxhumana.info/fr.php3

http://fr.news.yahoo.com/dossier/irak.html

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