Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 2 décembre 2010

Anglomania

Anglomanie en question

Notre français file-t-il à l'anglaise?

Parlez-vous globish ? ...yes, indeed!

"On n’entend que des mots à déchirer le fer,
Le railway, le tunnel, le ballast, le tender,
Express, truck et wagon ; une bouche française
Semble broyer du verre ou mâcher de la braise...
Certes, de nos voisins, l’alliance m’enchante,
Mais leur langue, à vrai dire, est bien envahissante !
Faut-il, pour cimenter un merveilleux accord,
Changer l’arène en turf et l’exercice en sport,
Demander à des clubs l’aimable causerie,
Flétrir du nom de grooms nos valets d’écurie,
Traiter nos cavaliers de gentlemen-riders ?
Je maudis ces auteurs dont le vocabulaire
Nous encombre de
mots dont nous n’avons que faire !(Viennet (1777-1868)

__Déjà, au 19° siècle, dans le contexte du développement de la puissance industrielle et politique anglaise, certaines critiques s'élevaient contre une certaine anglolâtrie française en usage dans la bourgeoisie, une forme d'imitation naïve, ridicule du "Maître" de l'Europe, de ses moeurs et de sa langue...
____________
Un mal qui répand la terreur, une contagion qui fait fureur, une mode pour être à l'heure (anglaise), un snobisme qui fait peur..
A la limite, on pourrait entendre ceci dans certains quartiers d'affaires:"
"....C'est aussi indispensable dans un brainstorming que pour un one to one au desk du boss. En effet, si vous ne comprenez pas les résultats du benchmarking sur le B to C offshore, gare au downsizing. Une place dans l'open space, ça se mérite. Vous devez être simply the best. Mais no stress : avec un bon coach, sky is the limit quel que soit votre background. Travaillez straight to the point pendant les jours en day off et vous serez on top."
,
Kouchner a pu déclarer sans rougir : « L’anglais est l’avenir de la francophonie"

_______________Même les Québecois déplorent un de nos travers qui s'aggrave et s'élargit:
la fatigue linguistique de la France.
Allons-nous un jour devenir étranger à notre propre langue?

"
Quand la France s'anglicise avec enthousiasme et désinvolture, bien au-delà de ce qu'exigent ses intérêts, quand elle donne l'exemple du zèle dans la soumission au nouvel empire, elle trahit ceux et celles qui depuis Léopold Senghor ont cru à une universalité de la culture française qui survivrait au déclin du pouvoir politique de la France. Le prestige de la culture grecque n'avait-il pas survécu à l'affaiblissement de la Grèce? "
____________Un article du New-York Times
soulignait "ce phénomène d’anglomanie qui semble se généraliser dans toute la France et dont les illustrations ne laissent pas d’étonner. La langue de tous les jours en est affectée ; dans les commerces, les médias, les publicités, en politique, on emprunte directement à l’anglais pour faire moderne, tendance, à la page, pour se distinguer de la « plèbe » restée franchouillarde, pour marquer son appartenance à un monde unifié, globalisé, interconnecté, électrostatique, sans frontières. Les emprunts à l’anglais sont de plus en plus délibérés, choisis à la manière d’une signature, d’un logo, d’une image de marketique qu’on lance à la volée pour épater le Gaulois ; plus l’emprunt est fracassant, grossier, tonitruant, meilleure est la réclame. Ainsi à la télévision française organise-t-on des « Talk », comme si la langue française était sans ressource pour nommer une émission de variété. Même le monde de la littérature se place sous le patronage de l’anglo-américain. Ainsi, s’inspirant du Courrier International, pourtant fondé comme une entreprise d’ouverture à la diversité linguistique, un magazine de recensions de livres a pris le nom de Books , façon désinvolte d’annexer une publication française au modèle anglo-saxon de revue littéraire (comme le New York Review of Books). Sur la scène parisienne, se faire jouer les trésors de la littérature française en anglais semble être du plus grand chic : ainsi le renommé théâtre du Châtelet a-t-il mis à l'affiche du 28 mai au 4 juillet 2010 une production anglaise de la comédie musicale Les Misérables d'Alain Boublil et de Claude-Michel Schönberg originalement conçue en français d'après le célèbre roman de Victor Hugo. (Quand verra-t-on sur les scènes londoniennes une comédie musicale Hamlet ou King Lear en français?)
Dans les grandes entreprises françaises, l’anglais a supplanté le français dans les rouages névralgiques; mêmes les entreprises à vocation strictement nationale voient arriver à leur tête des armées de jeunes managers formés à l’anglo-saxonne, pressés d’appliquer les recettes apprises en anglais à la lecture de manuels américains. Les universitaires français se convertissent aussi frénétiquement à l’anglais. Le prestige des publications dans les grandes revues et maisons d’éditions françaises a faibli ; les embauches dans les universités, les promotions, les honneurs se jouent de plus en plus sur la capacité à publier en anglais dans les forums mondialement cotés, à s’insérer dans les réseaux de recherche « européens » où tout se décline en anglais. Les grandes écoles et les universités françaises, au nom d’une autonomie fraîchement accrue, multiplient les programmes et les formations bilingues ou donnés strictement en anglais, dans l’espoir de toucher une part du marché lucratif des étudiants étrangers qui rêvent de vivre « a french experience » sans dépaysement linguistique. Il n’est pas rare que des professeurs français se vantent de donner leur cours en anglais, sans protestation des bacheliers français, au grand dam des étudiants…. étrangers que la France séduit encore par la langue et la culture
. Même le vocabulaire de la politique française se ressent de cette anglomanie. Le secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a proposé en avril 2010 de renouveler les politiques sociales françaises en s’inspirant du « care » britannique v. La diplomatie française s'est mise aussi à l'english, en publiant, sous l'impulsion de Bernard Kouchner, ses cahiers (Mondes) en version bilingue. On applaudit même en France à « l'impérialisme cool de l'anglais », ainsi que l'a fait le thuriféraire de la culture américaine Frédéric Martel, dans un texte publié dans Le Point du 28 juillet 2010, « Français, pour exister, parlez English », où il clame sans ambages sa conviction que le français est incapable d'être autre chose qu'une langue de Gaulois rétifs à la modernité, sans dimension internationale ni même européenne.
Si le français fut l’une des langues fondatrices de la construction européenne, il se recroqueville aujourd’hui dans l’arrière-cour de l’Union européenne, détrôné par un « euroglish » triomphant. ..
."

__Même Alain Touraine se croit obligé d'utiliser l'anglais pour faire une communication à Montréal , dans le cadre d'une réunion sur la francophonie!

___Il ne s'agit pas de critiquer l'usage souvent nécessaire de l'anglais de base dans les cas où il est devenu incontournable, pour des raisons pratiques, techniques,commerciales, puisqu'il s'est imposé historiquement, surtout depuis la fin de la dernière guerre, comme un effet manifeste de la montée de la puissance économique et politique anglo-saxonne, comme la latin s'était répandu pour assurer le pouvoir de l'empire romain jusqu'à ses confins. Nous sommes encore pour longtemps dans la sphère d'influence culturelle des USA.
Ce qui fait problème, ce sont les usages inutiles d'un globish de base assez pauvre qui fonctionne comme symbole de "modernité", dans des domaines ou des contextes où il ne s'impose pas. Une mode, un symbole de fausse distinction et d'ouverture mimétique, sur la base d'une langue maternelle de moins en moins valorisée et maîtrisée.
Dans les entreprises mêmes, l'anglomania fait fureur, pour des raisons discutables.
Comme la maîtrise d'un latin (dégradé, comme le globish) au Moyen Age et à l'époque classique impressionnait les "ignorants" et était un instrument de pouvoir écclésial , juridique, médical (cf.Molière)...


Assez d'anglolâtrie! nous disent nos cousins canadiens, nous incitant à ne pas céder au "désespéranto".
L'anglais, une langue utile, pour l'instant, dans les échanges internationaux, qu'il faut remettre à sa place, une langue comme les autres, et non une langue culte, où l'on puiserait de manière ridicule et inutile des éléments de substitution pour une langue défaillante et mal aimée...
Défendons notre bien commun, sans cocoricos.
___Pour exister, il n'est pas besoin de parler English...
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Sorry, mon billet n'est pas top. Il mériterait un rewriting...

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