Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 6 janvier 2011

Marées noires oubliées

Le pétrole de la colère
_On a encore en mémoire l'immense pollution pétrolière du Golfe du Mexique, qui a duré des mois et dont toutes les conséquences à long terme sur les écosystèmes locaux ne sont sans doute pas encore mesurables.

_On oublie trop souvent une autre
pollution d'une plus grande ampleur, beaucoup plus ancienne, quotidienne, qui se passe quasiment dans le silence, moins médiatisée, car concernant un secteur défavorisé de la planète: celle qui concerne le delta du Niger, où des compagnies pétrolières exercent leur activité sans grand souci de l'environnement et des populations, détruisant la pêche côtière,polluant gravement les terres. On estime que autour de dix millions de barils de pétrole ont été déversés dans cette zône marécageuse depuis 10 ans. Des marées noires oubliées
.
" “Nous voyons avec quelle énergie on s’efforce de combattre la marée noire aux Etats-Unis”, commente Nnimo Bassey, responsable au Nigeria de l’organisation écologiste Friends of the Earth International. “Mais au Nigeria, les compagnies pétrolières éludent le problème et détruisent les moyens de subsistance des gens et l’environnement. La marée noire du golfe du Mexique est comme une métaphore pour ce qui se passe chaque jour dans les champs pétrolifères du Nigeria et ailleurs en Afrique. Voilà cinquante ans que ça dure ! Les Nigérians sont totalement tributaires du milieu naturel pour l’eau potable, pour l’agriculture et la pêche. Ils sont stupéfaits de voir le président américain prononcer un discours par jour, parce qu’eux n’entendent pas un mot de la part de leur gouvernement.”
__Mais c'est l'Afrique, n'est-ce pas? Qui devrait s'en soucier?...Les caméras sont peu présentes en ces lieux. Quelques images nous parviennent parfois, montrant l'ampleur du désastre.
Les sabotages de colère ou de détresse, la guerre des bandes rivales locales et la corruption n'expliquent pas tout. Ce sont plutôt les effets d'une situation explosive, fruits d'une mise en coupe réglée des richesses générées par l'or noir, dont la masse ne profite pas. Un problème politique essentiellement.
Le pétrole est au coeur d'une violence qui met en péril la stabilité du pays. En l'occurrence, il prend tout son sens d'"excrément du diable"

« Le peuple du delta sait que le pétrole génère une énorme richesse dont il ne profite pas. (...) [Cette situation] crée aussi des ressentiments, tout autant à l’égard des entreprises qui produisent cette richesse qu’à l’encontre des chefs de communauté, accusés de collusion avec celles-ci. D’autant que des personnes peu scrupuleuses utilisent les griefs de la population pour mener des actions qui mettent en péril les sources mêmes de cette richesse ..." (JC Servant)
_Une "malédiction" particulière, pour la plupart des pays africains:
"...
Les revenus pétroliers posent problème car elle est une incitation forte à la connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires dans les pays africains producteurs d’hydrocarbures. Cette connivence entretient ainsi l’opacité et la banalisation de la corruption. Au Nigéria, au Congo Brazzaville et en Guinée-Equatoriale, pour ne citer que ceux-ci, la gestion des revenus pétroliers est une affaire privée entre les compagnies pétrolières et le Président. Celui-ci supervise personnellement toutes les transactions financières se rapportant à l’exploitation des hydrocarbures. Au Cameroun les recettes pétrolières n’ont jamais été budgétisées et en Algérie le Fonds de Régulation des Recettes, dont les ressources sont estimées à plus de 32 milliards de dollars à la fin 2007, n’est pas intégré au budget. Par ailleurs, il n’est pas rare en Afrique que les ressources pétrolières soient détournés afin de financer les régimes autoritaires (Nigeria, Tchad), et d’approfondir des tensions ou des conflits armés (Soudan, Angola, Congo Brazzaville). Le pétrole se transforme donc en « carburant » alimentant la corruption et les conflits armés avec pour conséquence une pauvreté endémique, d’où la malédiction pétrolière..."

Aucun commentaire: