Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 8 février 2011

Demain l'Egypte...


Gagner du temps?...

Nul ne sait où va l'Egypte _

L'insurrection est là. La révolution tarde, qui pourra déboucher sur un changement de structures et un vrai projet démocratique.
Une chose semble sûre:
Moubarak ne pourra pas tenir très longtemps le pouvoir.
Quelle transition? Difficile à dire...L'ancien et le nouveau sont en conflit. L'armée garde la haute main sur les institutions. Entre aussi en scène l'acteur américain non désintéressé , qui tente de jouer les "arbitres", ou d'imposer ses vues...par des contournements préparés.
L'Egypte n'est pas la Tunisie.
Dans le processus irréversible qui touche le monde arabe, Le Caire est
de la plus haute importance pour Washington:
"...Il sera beaucoup plus difficile d'aller au bout de la révolte en Egypte ou ailleurs qu'en Tunisie, notamment en raison des intérêts économiques et géostratégiques des USA dans le pays et la région. L'Egypte est l'un des piliers de la politique américaine au Proche-Orient depuis trente ans. Les USA n'auraient pas pu faire les deux guerres en Irak sans le soutien logistique de l'Egypte. Il faut également rappeler l'importance du canal de Suez par où transite 7,5% du commerce mondial. De plus, les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre une déstabilisation de ce pays à cause de sa pr
oximité avec Israël et de la présence des frères musulmans. Les USA préféreraient voir un autre homme fort succéder à Moubarak afin de maintenir la stabilité du pays et de protéger leurs intérêts. Ils ne lâcheront pas Moubarak, sauf si un nouvel homme fort s'impose, comme Omar Souleyman ou le général Hussein Tantaoui par exemple. Il faut d'ailleurs rappeler que l'armée est au pouvoir directement ou indirectement en Egypte depuis plus de cinquante ans. Mais toutes ces tendances fortes (me) font penser que c'est un processus irréversible à moyen terme. Ces régimes sont condamnés mais ils peuvent encore gagner du temps...."
__Où va l'Egypte ? La crainte d'une montée en force des Frères musulmans, souvent divisés, dont l'importance et le poids politiques sont difficiles à apprécier, constitue u
ne sorte de frein, crée des réticences dans l'appui occidental. On oublie que " C'est le manque de démocratie qui a permis aux forces fondamentalistes religieuses d'occuper l'espace. "
Certains observateurs (Sfeir) pensent que, dans le jeu démocratique futur, le mouvement perdra de sa radicalité, de sa légitimité et de son influence, surtout si l'Etat prend en charge le social, que les Frères ont investi pour se populariser. Les nouvelles générations ne semblent pas se soucier de charia et pencheraient plutôt vers le modèle turc.

-Certains chroniqueurs français, plutôt pro-israëliens, expriment leur réticence à soutenir le mouvement de révolte. "Le quotidien Libération rappelle que ces intellectuels médiatiques avaient refusé de condamner l'intervention américaine en Irak, "au nom de la démocratisation du monde arabe". Ils ont également été prompts à soutenir les manifestations contre les régimes prosoviétiques à l'Est dans les années 1990 ou, plus récemment, contre la réélection contestée, et contestable, de Mahmoud Ahmadinejad en Iran.__Mais pour l'Egypte et la Tunisie, c'est une autre histoire. "Dans les pays de l'Est, il y avait une tradition démocratique dont les intellectuels dissidents, notamment tchécoslovaques ou polonais, étaient les héritiers. Une telle tradition existe-t-elle en Egypte? Je l'espère, mais je n'en suis pas sûr", assène Alain Finkielkraut. Il rejette la comparaison, souvent citée, des mouvements islamistes de Tunisie ou d'Egypte avec le parti "islamo-conservateur" AKP en Turquie. "L'AKP doit composer avec les laïcs et ceux-ci ont, en Turquie, une force et une légitimité sans équivalent dans les pays arabes", explique-t-il.... __Curieusement, nos vedettes médiatiques qui s'inquiètent fortement de l'arrivée au pouvoir d'un mouvement intégriste religieux, n'ont jamais rien dit contre le fait qu'en Israël un parti de cette nature soit membre depuis longtemps de la coalition gouvernementale. Le parti Shass, un parti extrémiste religieux (et raciste), est au pouvoir en Israël avec un autre parti d'extrême droite, celui-ci laïc et tout aussi raciste, Israel Beiteinu", s'étonne Pascal Boniface ..."

-_La révolution n'est pas du goût de l'oligarchie américaine. Il est à craindre que "malgré les voix faussement dissonantes des responsables américains", il y ait des pressions pour imposer une succession conforme au pouvoir du moment. "Il semble que l’administration US a décidé finalement de torpiller la révolution du peuple égyptien. Elle le fait, d’abord, en confiant à l’oligarchie, représentée par Frank Wisner qui, plus, est un vieil ami de Moubarak, de s’occuper du casse-tête égyptien. La position de l’émissaire américain indique qu’en coulisses, les USA sont entrain de faire le contraire de ce qu’avait martelé Obama, en juin 2009, lors de son discours du Caire à l’adresse du monde musulman ; supporter la dictature au détriment de la liberté, le règne de l’arbitraire au détriment de la démocratie, un régime voyou contre un peuple pacifique qui n’aspire qu’à recouvrer ses droits humains, les plus basiques. La position de Wisner traduit celle de l’oligarchie américaine
."
Frank G. Wisner est en effet arrivé au Caire. Il n'est pas n'importe qui...
En Egypte, l'armée est formée et équipée par le Pentagone.
La politique de la Maison Blanche oscille entre ouverture et maitrise des événements, entre
"Realpolitik" et "conflit d'intérêts": "Je veux un gouvernement représentatif en Egypte, a déclaré le président Barack Obama, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision conservatrice Fox. Nous l'avons dit, vous devez engager la transition immédiatement (...). Une transition ordonnée."__L'expression "transition ordonnée" a été façonnée spécialement pour l'Egypte, rappelle le Washington Post, par la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, qui l'a reprise toute la journée de samedi en écumant les plateaux de télévision – cinq au total... __les messages contradictoires et les revirements de la politique américaine sont surtout le reflet d'une politique "faite à la volée", causée par l'impréparation des Etats-Unis à un tel scénario, explique un responsable américain sous le couvert de l'anonymat au New York Times. "Nous avons eu des séances stratégiques sans arrêt pendant ces deux dernières années, sur la paix au Proche-Orient, sur la manière de contenir l'Iran. Combien d'entre elles prévoyaient la possibilité que l'Egypte passe de la stabilité à la tourmente ? Aucune."__Pour le journal britannique The Independent, il n'y a ni "realpolitik" ni "politique à la volée" dans le jeu américain. "Les Etats-Unis, encore une fois, travaillent en infiltrés pour servir leur propres intérêts au Proche-Orient", assène un éditorial du quotidien. Dans cet article, on apprend en effet que Frank Wisner, émissaire américain en Egypte qui a plaidé samedi pour que Moubarak reste en fonctions, serait employé par un cabinet d'avocats et de lobbyistes qui travaille pour le régime de Moubarak et plusieurs "familles les plus influentes dans les affaires en Egypte". "Ce n'est rien de moins qu'un conflit d'intérêts".
_Si Obama hésite entre intérêts politiques et économiques, c'est parce qu'il sait qu'il ne peut réitérer l'erreur de Carter, lors des événements d'Iran en 1979...
Mais pour
Mahmoud Hussein : "L'Egypte ne peut pas devenir un nouvel Iran".
Nul ne peut donc prévoir le scénario des événements qui vont affecter l'Egypte dans les prochains mois et les prochaines années.
Rien n'est joué .Mais une chose est sûre: rien ne sera plus comme avant...
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-L'étrange front du refus

Photos Abdelhafiz

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